- Isabelle Wagner
Isabelle Camus.
- Isabelle Camus
Oui, Isabelle Wagner.
- Isabelle Wagner
J'avais très envie de savoir qui tu étais, parce que finalement, on se connaît depuis quelques années, mais on n'a jamais gratouillé notre passé ensemble. On m'a toujours dit que tu étais la première blogueuse de la ville de Bordeaux, ce qui n'est pas rien, avec aussi en deuxième référence pour la gastronomie, Anne Latayade. Je ne sais pas si vous avez commencé à peu près au même moment, mais je crois que c'était fin 90, fin des années 90.
- Isabelle Camus
Oui, c'est ça.
- Isabelle Wagner
Pourquoi est-ce que tu as pris... la décision d'écrire. Et pour le public.
- Isabelle Camus
En fait, je n'ai pas pris la décision d'écrire. C'est l'écriture qui est venue à moi via la correspondance de quartier Sud-Ouest qui m'a été proposée vraiment incidemment. Je n'avais rien fait pour. Mais la correspondante Sud-Ouest pour le quartier des Chartrons où je vivais a passé la main et on m'a contactée. Sud-Ouest m'a contactée pour la remplacer. Et c'est ce qui s'est passé. Je n'ai rien écrit, en fait, ça a été très fluide, très simple. On m'a proposé, j'ai dit ok, ça a commencé. Et je sais que mon premier article, ça a été le premier conseil de quartier au Grand Parc qui chapeautait Jardin Public, Chartron, Grand Parc. Et c'était ce jour-là, ils ont... présenté au public la charte d'écologie urbaine de Bordeaux avec Alain Juppé. Et en plus, il se trouve que c'était le 19 juin, jour d'anniversaire de ma fille. Donc pour moi, c'était vraiment une date…
- Isabelle Wagner
Symbolique.
- Isabelle Camus
Hautement symbolique. Et un sujet qui était complètement… En fait, je suis devenue un peu la correspondante de quartiers un peu bobos, tu vois, écolo-bobos, intello, culture, vélo. Ça, c'était mes…
- Isabelle Wagner
Et chat.
- Isabelle Camus
Pas trop à l'époque, justement, pas à l'époque, j'étais plus vélo que chat. Oui, j'étais beaucoup moins identifiée par rapport à ce que je suis devenue aujourd'hui.
- Isabelle Wagner
Mais alors déjà, pour te proposer d'être correspondante de quartier pour le quotidien sud-ouest, il faut avoir une certaine aura, il faut être connue, reconnue, ça l'était pour toi, mais pourquoi ? À quel niveau ?
- Isabelle Camus
Disons que j'étais hyper ancrée dans le quartier. Je savais écrire. Bon après les correspondants de quartier ils cherchent des gens qui habitent un quartier, qui savent en parler, qui sont complètement immergés dans l'actualité du lieu de vie. C'est vrai que les Chartrons c'est un quartier hyper riche, où il y a plein d'activités. Franchement pour moi c'était vraiment du paménie à l'époque en plus. Alors je partageais, on avait une pleine page tous les mercredis ou jeudis. tu vois j'ai oublié que je partageais avec alain mangini qui lui couvrait baccalan donc c'était baccalan chartron alors c'était vraiment deux univers différents tu vois baccalan quartier populaire et les chartrons quartier que j'ai vu évoluer il n'y a pas toujours été le quartier qu'il est devenu je les ai vu vraiment évolué passer des quais embouteillés tout noir tout tout pollué avec les baraputes, les tonneliers. C'était un quartier... éminemment artisanal avec toute l'activité sur le vin et le porc. C'était les restes. En même temps,
- Isabelle Wagner
c'est historique. Les chartrons, c'est tout pour Bordeaux. C'est le ventre de Bordeaux où le ventre, je parle du deuxième cerveau du corps, c'est le ventre. Aujourd'hui, on le sait, c'est trouvé scientifiquement. C'est peut-être même plus important que le cerveau en lui-même. Et j'ai l'impression que les chartrons sont un peu identifiés comme ça, parce que toute l'histoire de Bordeaux en découle.
- Isabelle Camus
Les Chartrons, c'est un village. C'est vraiment un quartier autonome, qui géographiquement est quand même séparé de Bordeaux. C'est un village à part. D'ailleurs, les Chartronnés peuvent vivre… Il y a tout ce qu'il faut aux Chartrons. Tu n'as pas besoin d'aller à Bordeaux. Tu n'as pas besoin. Les gens y vont parce qu'il y a plus d'offres, etc. Mais il y a tout. En fait, il y a tous les secteurs d'activité. Commercial, artisanal, au niveau administratif. Au Charton, t'as l'Ursaf, t'as la sécurité, t'as tout. Moi qui vis en voiture... J'avais tout sous la main, sous le pied, on va dire, à pied ou à vélo.
- Isabelle Wagner
Isabelle, ça c'est vraiment pour les prémices de l'écriture et tu t'es laissée prendre au jeu.
- Isabelle Camus
Oui, parce que comme tu disais, je suis vraiment une dinosaure du blogging de manière générale.
- Isabelle Wagner
Je ne l'ai pas dit là, mais je te le dis souvent dans l'intimité.
- Isabelle Camus
Je revendique ce titre de dinosaure du blogging parce que j'ai très vite créé un blog qui s'appelait Chartrand's Place to Be parce que je suis hyper anglophile. pour mettre mes articles en entier parce que bon quand on envoyait nos articles soit ils étaient trop longs et donc je mettais mes articles en entier et je mettais des photos puis je parfois je rajoutais des choses tu vois j'ai commencé c'était la plateforme sud ouest où tu avais plein de gens qui qui pouvait créer leur blog des gens de sud ouest tout comme des gens extérieurs qui avaient envie de parler de tout et n'importe quoi Et moi, j'ai vraiment connu l'âge d'or du blogging où j'étais très suivie parce qu'il n'y en avait pas beaucoup. J'écrivais bien, je produisais régulièrement. Donc, c'est vrai que là, il n'y avait pas encore la dictature des algorithmes. Donc, j'étais vraiment la reine du pétrole. Et puis après, les choses se sont complexifiées. Mais j'ai créé plein de blogs, en fait. Après les Chartrons, Chartrons Place to Be, mais toujours sur Bordeaux. Et donc, depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui, je pense que je n'ai pas fait le compte total, mais j'ai bien dû avoir, je ne sais pas, 5-6 blogs.
- Isabelle Wagner
En comptant Jujeote Média aujourd'hui, où tu écris depuis La Réole.
- Isabelle Camus
Oui. Alors, Jujeote Média a eu deux époques. J'ai eu un premier Jujeote Média où là, on était plusieurs, parce que là, je suis toute seule. Mais j'ai vécu des épisodes dans ma vie professionnelle à plusieurs avec des équipes de rédaction, avec des blogueurs qui m'avaient sollicité pour écrire sur mon blog, sur mon site. Et j'ai été chef de rédaction pour une équipe à la fois de blogueurs et même pour l'aventure de My Global Bordeaux, qui là était un média avec une petite équipe de rédaction. On avait créé carrément une société. Et là, il y avait à la fois des blogueurs et des journalistes. C'était vraiment une aventure professionnelle très sérieuse.
- Isabelle Wagner
Tu regrettes un peu ça ?
- Isabelle Camus
Non, parce que c'est vrai qu'il y a eu un côté humain un peu compliqué. C'est ça qui a fait capoter le projet. Mais c'était passionnant, par contre. On a couvert... C'est là où j'ai connu Mariko, figure-toi.
- Isabelle Wagner
Mariko, si tu nous écoutes.
- Isabelle Camus
Que tu connais bien, Mariko, qui est fan de sport, qui était vraiment spécialiste dans les sujets en lien avec le sport.
- Isabelle Wagner
Et qui est animatrice à ICI Gironde aujourd'hui, pour le réseau ICI.
- Isabelle Camus
Absolument. Et non, rencontre... très intéressante, apprentissage du métier, puis bon, connaissance de la ville, vraiment. Puis vraiment, j'ai rencontré des talents, j'ai vraiment eu la chance d'être entourée de gens très talentueux. C'était très...
- Isabelle Wagner
Enrichissant ?
- Isabelle Camus
Très enrichissant, très vivifiant, très stimulant, oui.
- Isabelle Wagner
Et finalement, aujourd'hui, est-ce que tu préfères travailler solo, ou est-ce que tu préfères travailler en équipe ?
- Isabelle Camus
Ben, disons que... Je travaille en solo par... par, comment dire, réalité économique, principe de réalité économique, parce que le modèle économique est très compliqué, et pour travailler avec des gens, c'est du bénévolat, c'est du gratuit, c'est pas possible. Aujourd'hui, je ne suis pas du tout en mesure, je n'ai pas le modèle économique qui me permet de travailler avec quelqu'un, mais j'ai beaucoup travaillé avec des stagiaires qui venaient vers moi, ce n'est pas du tout moi qui allais vers eux, et oui, c'était vraiment bien, en plus... C'était des jeunes et je m'entends très bien avec les jeunes. Il y avait un échange générationnel super intéressant. Et du coup, j'ai travaillé en équipe, en duo, en trio parfois, et aujourd'hui en solo.
- Isabelle Wagner
Bon, c'est vrai que si on est dans le jardin aujourd'hui, c'est aussi peut-être que...
- Isabelle Camus
Voilà, la nouvelle aventure commence en duo avec toi, Thierry Zabé.
- Isabelle Wagner
C'est ça, une nouvelle collaboration qui se complète bien finalement. pas là pour parler de ma personnalité, on est là pour parler de toi parce qu'il y a des choses que je ne comprends pas toujours en toi.
- Isabelle Camus
Oui, attends, je m'allonge.
- Isabelle Wagner
Il n'y a pas de canapé dans le jardin, mais bon. Dis-moi donc, tu as un côté anglophone et ça se voit aussi sur toi parce que tu as une manière d'être, de t'habiller, de rythmique aussi un peu anglaise je trouve. Tu as un petit côté english, pourquoi ? qu'est ce qui s'est passé dans ta vie pour que tu sois tellement marqué ? par l'anglaise attitude ?
- Isabelle Camus
Assez super intéressant ce que tu me demandes parce qu'en fait l'angleterre est apparue dans ma vie Pour la faire brève, j'ai eu une enfance assez solitaire, j'ai été chez les bonnes sœurs.
- Isabelle Wagner
Ah bon ?
- Isabelle Camus
Oui, mais oui, chez les dominicaines, donc pas de pantalon, la messe, le latin, vraiment une éducation très traditionnaliste et moi je suis rebelle. Et franchement cette rébellion, je l'ai complètement vécue lors d'un premier voyage, un camp d'ado auquel j'ai pu accéder grâce au travail de mon père, le comité d'entreprise du travail de mon père. Et d'ailleurs, là, il y a un scoop, tu vas voir. Donc, j'ai eu la première année sans d'ado, 14 ans, j'ai 14 ans, je viens en Angleterre, dans le Sussex, dans une public school, une école à la Harry Potter, mais vraiment. Et là, je rencontre, attention, t'es assise, Robert Smith.
- Isabelle Wagner
Non !
- Isabelle Camus
Robert Smith, qui avait un an de plus que moi, qui avait 15 ans, moi j'en avais 14. Et vraiment, alors, je te présente Robert Smith à l'époque, habillé tout en blanc. qui jouait vraiment déjà du piano, qui jouait déjà de la musique. On a eu un petit crush tous les deux, très platonique, mais vraiment il m'a fascinée. Alors là j'ai découvert Deep Purple, j'ai découvert la musique de l'époque, les Sparks, j'ai découvert la musique rock, la musique pop, l'ambiance anglaise. Et là, ça y est, j'ai été inoculée au virus de l'anglophilie, de la culture anglo-saxonne. J'y suis retournée en Angleterre l'année d'après. Après, des gens sont venus s'installer à la campagne en Dordogne où mes parents avaient une maison et où j'avais ma famille et où je m'ennuyais copieusement. Et un jour, des Anglais ont acheté une maison à côté de la nôtre et on s'est liés d'amitié. C'était des gens épatants, deux sœurs, deux filles, une et l'architecte. qui, avec son mari, ont créé The Big Eye, la grande roue de Londres. Tu vois, c'était des architectes. L'autre, Anna, était libraire. Elle représentait tout ce que j'aimais. Je suis allée à Londres chez elle, avec mes copines, en fait. Et moi, l'Angleterre, ça m'a complètement sortie de la monotonie de ma vie.
- Isabelle Wagner
De ta réserve.
- Isabelle Camus
de ma réserve, alors je lisais beaucoup c'est vrai et puis la musique, la musique anglaise, ça m'a sauvée quand j'étais adolescente, j'écoutais beaucoup de musique, Kate Bush, Peter Gabriel, Genesis à l'époque, enfin voilà la musique a fait vraiment partie intégrante de ma vie, même après professionnellement, j'ai travaillé dans une chaîne qui s'appelle His Master's Voice, HMV, bon l'aventure a duré un an, mais un an où à Bordeaux, c'était la ville où le disque était le moins cher, où tout le monde venait acheter ses disques, parce que c'était l'année où s'est installée Virgin, où il y avait la FNAC, et il y avait HMV.
- Isabelle Wagner
Ah oui, je me souviens très bien, Virgin, c'était Place Gambetta.
- Isabelle Camus
C'est ça. Donc, trois enseignes culturelles, où il y avait la guerre des prix, on passait notre temps à étiqueter, désétiqueter, parce que dès lors qu'il y avait quelques centimes d'écart, enfin bon. Et oui, oui, j'ai, en fait, j'ai développé ce côté anglo-saxon, bon, après, je suis blanche de peau, enfin j'ai Déjà, au niveau physique, je me fais assez anglaise. Et puis, j'adore le style anglais. J'avoue que j'adore ça.
- Isabelle Wagner
Est-ce qu'on peut dire, Isabelle, que c'est un peu ton refuge, que tu portes en toi ?
- Isabelle Camus
C'est vrai que ça me rassure. Je ne sais pas pourquoi. Le thé, tout ce qui fait partie, la musique, le cinéma, la culture anglaise, le côté cosy, le côté « les Anglais adorent les animaux » . J'adore le jardinage. Moi, j'aime beaucoup ce côté... Oui, ça me rassure. C'est vrai.
- Isabelle Wagner
Le petit arbre que tu as tatoué à l'intérieur de ton poignet, c'est juste une fin de panoplie, puisque c'est noté. Je peux le dire ?
- Isabelle Camus
Vas-y.
- Isabelle Wagner
Tout est possible à celui qui croit. Il y a plein de petites choses. Ça,
- Isabelle Camus
c'est fondamental.
- Isabelle Wagner
Mais c'est toute ta vie qui est là, sur cet avant bras à l'intérieur.
- Isabelle Camus
C'est tout ce que j'aime. Tu vois, la tasse de thé avec les livres, le chat. Là, il y a un vélo avec un palais pour dire qu'en fait, ton palais, tu peux être aussi riche dans une maison, une petite maison que dans une maison plus luxueuse. Mais avec un vélo, moi, je suis très vélo et je n'ai jamais eu envie d'avoir de grosses voitures ou autre. Mais voilà, c'est toi qui fais ça, c'est le cœur, c'est le cœur universel. Moi, je suis très amoureux universel en fait. Voilà, ça c'est l'arbre pour la nature.
- Isabelle Wagner
La santé aussi.
- Isabelle Camus
Oui, l'écologie. L'arbre de vie. Voilà, tout à fait. Là, c'est un billet de banque pour dire que l'argent, en fait, ça te permet de faire plein de choses, de réaliser plein de rêves. L'argent, c'est ce que tu en fais qui compte. Et l'argent, il en faut. Voilà. Ça, c'est Yoda. parce que je suis une fan, je suis un peu geek. J'adore la guerre des étoiles, le seigneur des anneaux, tout ça.
- Isabelle Wagner
Je peux faire une petite parenthèse ?
- Isabelle Camus
Oui.
- Isabelle Wagner
Chaque fois que tu viens chez moi, tu veux absolument avoir cette tasse de Star Wars qui est en fait la tasse de mon fils.
- Isabelle Camus
C'est ça. Je bois dans une tasse de Star Wars.
- Isabelle Wagner
C'est devenu ta tasse maintenant.
- Isabelle Camus
C'est vrai. Absolument. C'est ma tâche fétiche d'ici. Après, tu as un disque vinyle pour la musique, le cinéma, la baguette magique d'Harry Potter.
- Isabelle Wagner
D'Harry Potter, oui.
- Isabelle Camus
et un encrier avec une encre pour l'écriture. Tu vois, ça, c'est les fondamentaux de ma vie.
- Isabelle Wagner
C'est Catherine Lara qui chantait aussi la craie dans l'encrier. Tu te souviens de cette chanson ? Oui,
- Isabelle Camus
J'aime beaucoup de cette chanson.
- Isabelle Wagner
Pourquoi ?
- Isabelle Camus
Parce que la musique, elle a réussi à insuffler une atmosphère avec les voix en canne. Il y a un duo vocal, le violon. Puis la mélodie en elle-même, elle me touche. Ce morceau me touche.
- Isabelle Wagner
Est-ce que le fait de te prendre souvent en photo, te mettre en situation sur ton blog, c'est quelque chose qui raconte aussi une partie de toi ? C'est-à-dire que tu as envie tout de même qu'une partie de toi soit visible ?
- Isabelle Camus
En fait, moi je ne le vois pas comme ça.
- Isabelle Wagner
Alors dis-nous comment tu le vois.
- Isabelle Camus
Moi je le vois pour... En fait, ce que je montre de moi, c'est pour montrer les choses des autres en fait. Je me sers de mon image pour parler des sujets et des gens qui m'intéressent. Alors bon, il y a eu aussi un côté stratégique pour montrer que si j'étais là, je ne pouvais pas être ailleurs. Et si tu veux, tu es bien placé pour le savoir. C'est bon ? On a beaucoup de sollicitations pour des invitations, pour aller à tel ou tel endroit, etc. Et donc pour moi, c'était le moyen de dire, attendez là, je suis là, donc je ne peux pas être ailleurs. C'était aussi cette raison. c'est pas moi qui ai inventé le côté complètement incontournable de l'image dans notre société.
- Isabelle Wagner
Mais tu y adhères.
- Isabelle Camus
J'y adhère parce que, écoute, moi qui écris, je peux te dire que tu peux écrire le plus beau texte du monde aujourd'hui si tu ne l'illustres pas avec des photos. Parfois d'ailleurs même, les gens ne regardent que les photos, mais l'image est complètement incontournable, même quand tu écris quelque chose. Tu vois, on dit une image vaut mille mots, c'est dommage pour ceux qui écrivent. Mais si tu veux, le combo image-texte est devenu indissociable.
- Isabelle Wagner
Tu prends beaucoup de photos, effectivement, pour mettre les personnes en lumière, les sujets en lumière dont tu parles. Ça, on se rejoint beaucoup là-dessus. Mais j'ai l'impression que c'est un petit peu ton estampillage, ta signature. Oui, c'est ça. C'est un petit peu ton tampon, en fait. Ton image à toi que tu rajoutes. C'est un peu comme une validation de... Ça y est, je vous le livre. Je vous le livre. Avec une partie de moi.
- Isabelle Camus
Oui, c'est vrai. Mais oui, Parce qu'en fait, moi, j'ai remarqué que les gens, ils ont besoin que les choses soient incarnées. Ils ont besoin de voir qui est derrière, qui écrit. Maintenant, c'est devenu hyper classique, les blogueurs. Alors, je ne suis pas une influenceuse du tout. Oui,
- Isabelle Wagner
justement, tu te situes comme un blogueuse, influenceuse, journaliste. Je suis complètement hybride. J'avoue que j'ai du mal à... Moi, je mets les gens... J'ai envie de parler des sujets qui me touchent, des gens qui me touchent, des gens qui font bouger les lignes, qui transforment les paradigmes, qui font avancer la société. J'ai besoin de partager ça avec les autres. Et donc, je me mets en situation dans des endroits où ces gens-là évoluent, où ils créent, où ils innovent, où ils entreprennent. Donc, je suis là comme un témoin, en fait. Et puis, c'est aussi pour donner de la vie aux endroits dans lesquels je suis, pour mettre les gens en valeur en les prenant toujours à leur avantage. Moi, je suis très attentive à ce que les gens, d'abord, se plaisent en photo et puis qu'ils soient au mieux d'eux-mêmes. Et puis, avec toujours un côté décalé. C'est vrai que je cultive ce côté décalé. D'ailleurs, quand on voit tes lunettes aujourd'hui... Comme les lunettes de Michel Polnareff, pardon, mais...
- Isabelle Camus
Oui, oui, j'aime bien. J'ai un côté un peu perché, j'aime bien les percher. Et c'est vrai que la vie, elle est tellement dure, on est tellement stressé, il y a tellement d'anxiété. Moi, d'abord, je refuse de faire des faits divers. Par exemple, je refuse de cultiver l'anxiété. Je pense qu'on est... Je suis capable de voir... toujours le verre à moitié plein.
- Isabelle Wagner
Plein ? Et non à moitié vide.
- Isabelle Camus
Non, voilà. Parce que je trouve qu'on est à une époque où on a quand même beaucoup de chance. Quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense. Aujourd'hui, on a des conditions de vie, on vit mieux que Louis XIV, tu vois, à l'époque, dans son palais et tout. Je suis capable d'apprécier, je suis vachement en gratitude par rapport à la vie, parce que, franchement, la vie, elle est souvent magique. Bon, souvent, elle nous joue des tours. C'est vrai qu'il est d'accord avec moi, l'oiseau. C'est vrai qu'il y a des hauts, des bas, des up and down, etc. Mais moi, j'aime beaucoup cette phrase qui dit que ce qui compte, ce n'est pas ce qui nous arrive, c'est ce qu'on en fait. Et moi, j'essaie vraiment de développer ça dans ce que je fais, dans ce que j'écris, dans ce que je montre.
- Isabelle Wagner
Est-ce qu'on t'a déjà dit plusieurs fois que tu étais peut-être la petite sœur ou la grande sœur, enfin une sœur de Bette Davis, parce que tu lui ressembles ?
- Isabelle Camus
Ah oui, ça, on me le dit depuis le lycée. C'est incroyable, on me l'a souvent dit.
- Isabelle Wagner
Qu'est-ce que tu en penses, toi ?
- Isabelle Camus
Bon, alors... Bette Davis pour les plus jeunes qui ne la connaissent pas. C'est une actrice américaine qui n'est pas forcément belle.
- Isabelle Wagner
Quand tu as été plus jeune.
- Isabelle Camus
Quand tu as été jeune, oui. Les yeux ressemblent. C'est une actrice de caractère qui a joué des personnages de femmes pas toujours sympas. Vraiment pas. La vipère. Par contre, ce qu'il faut savoir, ce que je revendique, c'est que je suis née le 13 juillet comme Simone Veil, comme Harrison Ford. Et en plus, je m'appelle Camille comme Albert. Voilà. Donc c'est vrai que... Ça, c'est mon petit panthéon à moi.
- Isabelle Wagner
Et Albert Camus, fait parti de tes racines ?
- Isabelle Camus
Alors, tu vas rigoler. Mon grand-père s'appelait Albert Camus, mais il était facteur, tonnelier. En fait, il avait plein d'activités parce qu'il avait huit enfants. Donc, il fallait faire vivre une famille de huit enfants. Et il s'appelait Albert Camus et à Bergerac. Moi, ma famille est de Dordogne. Bergerac, c'était le foyer paternel, on va dire.
- Isabelle Wagner
Donc, le... L'Albert Camus de grande notoriété, l'écrivain, n'a rien à voir avec ta famille.
- Isabelle Camus
Pas du tout. Et moi, je n'ai jamais connu mon grand-père. Ça, c'est un regret. Mais par contre, je trouve ça rigolo. Tu vois, il était facteur. Tu vois, il y a le facteur des lettres. Il y a le… T'as un médiateur aussi. L'écriture, tu vois. Oui, absolument. La transmission, la communication, tu vois. Faire distribuer du courrier avec soit des lettres d'amour, soit… Bon, ça a des factures, mais bon. À l'époque, tous les gens le trouvaient. Donc, le courrier, il y avait plein, plein, plein de choses.
- Isabelle Wagner
C'était l'Internet de son époque ? C'était ça,
- Isabelle Camus
exactement. Moi, j'ai pris la suite, la modernité de l'écriture.
- Isabelle Wagner
Et maman, qu'est-ce qu'elle faisait ?
- Isabelle Camus
Ma maman ? Je ne sais pas parler de mon père, mais mon père, c'était le dernier de la fratrie de huit enfants. Le dernier qui, lui, était travaillé dans la banque. Et ma mère, grâce à mes grands-parents maternels, j'ai cette appétence pour les bonnes tomates et pour la bonne nourriture, parce qu'ils produisaient tout chez eux. C'était des paysans, des agriculteurs, des vignerons, et ils avaient des vaches, donc ils produisaient leur lait, ils produisaient leurs légumes. Aujourd'hui, je suis végétarienne, mais à l'époque, j'ai mangé tout ce qui peut se décliner en viande. Et donc ma mère, elle était mère au foyer, elle nous a élevés, elle a élevé ses trois enfants.
- Isabelle Wagner
C'est marrant parce que quand tu dis ça, je sens qu'il y a une espèce de petit pincement, de petits trois points de suspension aussi qui apparaissent comme ça dans une écriture invisible.
- Isabelle Camus
Là on est dans un domaine très privé puisque c'est vrai qu'en parlant de, en citant trois enfants, aujourd'hui on n'est plus que deux puisque j'ai une sœur qui s'est suicidée.
- Isabelle Wagner
Tu sais Isabelle, la vie c'est pas une... comment on dit déjà ? Un long fleuve tranquille. Un long fleuve tranquille, mais c'est pas aussi... On ne sait jamais sur quel chocolat on peut tomber dans la boîte à chocolat de Gump. Tu sais, Forest Gump, c'est un peu ça. On est bien d'accord là-dessus. Là aussi, tu ne sais pas, mais nous avons des points communs.
- Isabelle Camus
Ah oui ? Ah, d'accord.
- Isabelle Wagner
Voilà.
- Isabelle Camus
Toi aussi tu...
- Isabelle Wagner
Alors moi j'en parle vraiment jamais ou à des moments très inattendus parce que j'ai... Pareil. Voilà. Mes parents ont eu trois enfants, trois filles. J'étais la petite dernière et je suis la seule survivante.
- Isabelle Camus
Ah oui.
- Isabelle Wagner
Ouais. La première je ne l'ai pas connue parce que c'était l'aînée, elle était bébé. Et la seconde, ce n'était pas un suicide, c'était un assassinat, ce qu'on appelle aujourd'hui un féminicide.
- Isabelle Camus
Ah oui.
- Isabelle Wagner
Voilà.
- Isabelle Camus
Ah oui.
- Isabelle Wagner
Mais là, on parle de toi.
- Isabelle Camus
Oui, mais tu vois, on a quand même... C'est un parallèle. Un de plus, puisqu'on partage aussi, on a chacune une fille artiste qui dessine.
- Isabelle Wagner
Un talent extraordinaire.
- Isabelle Camus
Toi et moi, Camille.
- Isabelle Wagner
T'es fière de tes enfants ?
Ah oui, mes enfants, c'est mes trésors. J'ai trois enfants, j'ai deux filles et un garçon. Donc Margot, qui est ma fille aînée, Dimitri,
- Isabelle Camus
qui est au milieu, et Camille, la petite dernière, puisqu'ils ont 12 ans d'écart.
- Isabelle Wagner
12 ans, comme mes enfants, pareil. Quasiment, ouais, ouais.
- Isabelle Camus
Et j'ai deux petits-fils que j'adore. Ah oui, ça, c'est ma grande réussite. Et c'est vraiment ce qui me motive à fond les ballons. Et tu vois, puisqu'on en est au stade des confidences, ce que tu veux pour moi, les enfants prennent le pas sur, aujourd'hui, la vie affective. Ça n'a pas toujours été le cas. Je veux dire, j'ai eu plusieurs vies. Mais je m'entends très bien avec les papas. Vraiment. Vraiment très bien. Mais c'est vrai que mes enfants, c'est la seule chose. Parce que c'est vrai que j'aime beaucoup le changement. J'ai beaucoup changé de vie. Mais mes enfants, c'est mon socle, c'est mon roc. C'est le sens de la vie.
- Isabelle Wagner
On va finir sur une question d'E.A.U. C'est-à-dire que lorsque moi je t'ai connue en Charton, tu vivais donc au bord de la Garonne, pas très loin d'un pont, de deux ponts même aujourd'hui maintenant, parce qu'à l'époque il n'y avait que le pont Pierre. Aujourd'hui tu vis à la Réole, il se trouve qu'il y a aussi un pont qui s'appelle le pont du Rouergue qui a toute son importance, qui nous relie toi et moi, puisque moi j'habite de l'autre côté du pont. Moi j'habite dans le Bazadais, toi t'habites dans le Réolais et dans l'Entre-deux-Mers surtout. Tu dis le pont nous relie, mais c'est vrai que c'est un lien, un pont, entre deux univers différents. Pour toi, l'importance de l'eau qui coule de cette Garonne, tu la définirais comment ?
- Isabelle Camus
C'est incroyable que tu me poses cette question parce qu'en venant, je passe le pont et je remerciais, je me disais, que j'ai de la chance d'être ici. C'est exactement l'univers dans lequel je voulais vivre. J'ai toujours voulu vivre dans une belle ville historique avec des vieilles pierres et au bord de l'eau. Et là, avec ce pont magnifique, moi j'adore ce pont. Et la Garonne, tu avais le soleil qui scintillait sur l'eau et tout ça. Mais j'étais, tu vois, quand je te parlais de gratitude tout à l'heure, j'étais en mode, Inch'Allah, Alléluia, merci, tu vois, dans toutes les langues. Pour moi, c'est hyper important, l'énergie de l'eau, c'est hyper important. J'avoue, habiter au Chartron, je prenais toujours les quais pour aller quelque part, quelle que soit la destination. Parce que c'est beau, parce que l'énergie... Ah oui, pour moi, c'est hyper important. Et la Garonne a fait partie aussi de mon choix de vie à la réole. C'est au bord de l'eau. Je crois que je n'aurais pas pu vivre dans une ville où il n'y a pas d'eau. Tu vois, j'étais à Gradignan, mais ça me manquait incroyablement. Vraiment.
- Isabelle Wagner
Je comprends. Merci pour ces confidences Isabelle, s'il y a des choses que tu veux faire disparaître de cette interview, tu me le dis maintenant.
- Isabelle Camus
C'est la vie, je pense que tout le monde a des dossiers X-Files dans sa vie, et puis voilà, c'est pas un long fleuve tranquille, il y a des drames, il y a des tragédies, il y a des joies, c'est la vie.
- Isabelle Wagner
Merci Isabelle Camus.
- Isabelle Camus
Merci Isabelle Wagner.