- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans les Dessous de l'Industrie, l'émission qui présente les acteurs industriels français, leur parcours et leurs réussites. Aujourd'hui, nous avons le plaisir de recevoir Pascal Weber, dirigeant de Gamao, une entreprise qui électrise les textiles. Je suis très content de te recevoir aujourd'hui, Pascal, parce que pour moi, tu es un entrepreneur capable d'allier deux dimensions assez différentes, à savoir l'innovation de rupture et l'industrialisation. Je t'ai vu travailler sur ces deux sujets avec une vraie expertise. Donc Pascal, est-ce que dans un premier temps, tu peux nous présenter un petit peu GammaO et surtout le sujet qui, je pense, éveille la curiosité de beaucoup, à savoir comment tu arrives à électriser les textiles ?
- Speaker #1
Bonjour Ludo et bonjour à tout le monde. Écoute, effectivement, chez GammaO, on travaille à transformer l'énergie du mouvement en électricité. On prend des textiles et on met des électrodes triboélectriques. Et la triboélectricité... permet de transformer chaque mouvement du corps humain, du porteur, en électricité. Alors peut-être que tu ne sais pas ce que c'est que la triboélectricité, il faut peut-être que je revienne dessus, Ludovic.
- Speaker #0
Ça allait être ma question. Petite parenthèse sur ce mot triboélectrique, moi en tant que non-expert du sujet, pour moi, quand tu me parles de ça, triboélectrique, dans ma tête, ça rime avec électricité statique. Est-ce que c'est la même chose ? Pas du tout ?
- Speaker #1
C'est exactement ça. C'est-à-dire que triboélectricité, c'est le mot scientifique pour parler de l'électricité statique. L'électricité statique apparaît dans les vêtements et dans plein de phénomènes physiques quand il y a deux corps qui sont en frottement. Les frottements génèrent de la charge électrique. Dans nos vêtements, on connaît tous ça, quand on a l'occasion de retirer nos vêtements, on prend des décharges. Nous, ce que l'on fait, c'est collecter cette électricité pour alimenter des petits dispositifs électroniques. C'est concordant avec les développements aujourd'hui industriels de ce qu'on appelle l'électronique low power. qui a besoin d'assez peu d'électricité et donc nous on est une source d'électricité nomade pour ces petits dispositifs et ça permet à terme de se passer de batterie.
- Speaker #0
Moi de ce que je comprends c'est que ça amène un nombre de cas d'usage très divers et variés parce que si on se dit que maintenant de par mes simples mouvements je peux alimenter un petit peu d'électricité ça ouvre le champ des possibles de pas mal de cas d'usage justement. Est-ce que tu en as déjà en tête ? Dans quelle phase aujourd'hui vous êtes ? Est-ce que vous avez développé des cas concrets ? Est-ce que tu as des usages qui se démarquent un petit peu chez certains clients ? Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus de comment ça fonctionne concrètement ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Aujourd'hui, les cas d'application sont vastes. Dès qu'on parle d'électronique transportable, ce qu'on va appeler les wearables, on peut intervenir. Aujourd'hui, les wearables, ils servent à énormément de choses. Ils servent à de la sécurité, ils servent à... de la collecte de data, ils servent au tracking, ils servent à plein de choses. Nous, on intervient effectivement là où il y a du mouvement et on a ciblé dans un premier temps des applications dans le domaine du sport alliées à la sécurité. Donc le premier cas concret, on a lancé notre propre marque, une marque de vêtements qui s'appelle Upik et qui capte l'énergie du mouvement du runner. Et pour le mettre en sécurité, l'électricité qu'on capte, elle permet d'alimenter des LED de positionnement. Donc le coureur peut courir en toute sécurité. Ce principe peut s'appliquer à plein d'autres domaines. Les travailleurs de la route, les travailleurs isolés dans les usines. Mais ça peut également s'appliquer au domaine de la santé, au domaine de la défense. On a des cas d'usage qui sont vastes et effectivement, on est à la recherche de partenaires pour développer ces cas concrets.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, si je comprends bien, les acteurs avec qui tu travailles le plus, c'est le sport. Tu vois beaucoup de potentiels cas d'usage dans plein d'autres.
- Speaker #1
secteur d'activité mais là où ça avance très concrètement à date c'est le sport c'est ça et donc là tu m'as parlé de veste de running est ce que tu as d'autres cas un peu concret nous citer ou c'est encore trop tôt t'as pas trop le droit d'en parler on aime bien le sportif parce que le sportif il a plein de mouvements et il n'arrête pas de bouger donc là je t'ai parlé de runner on travaille avec les gens du cycle les gens du vélo voilà donc c'est plutôt sur des applications pareilles de luminosité avec des selles donc on a des partenariats avec des des grands noms qu'on ne citera pas aujourd'hui. effectivement avec qui on travaille. Et puis ce que l'on fait, c'est que les technologies qu'on a développées dans le sport, on va les transposer sur d'autres marchés. Les équipements de protection individuelle, la défense, sont des marchés aujourd'hui qui sont moteurs chez nous et qui viennent chercher notre technologie pour demain, le nouveau vêtement intégré, augmenté du travailleur. que ce soit dans des environnements compliqués. On travaille beaucoup avec les gens qui font ce qu'on appelle des vêtements NRBC. Ce sont des vêtements de protection en nucléaire, radio, chimique. Ces gens-là ont besoin de collecter de la data. de leurs porteurs et on travaille avec des nouveaux cas d'usage pour eux.
- Speaker #0
Donc avec chaque équipementier sportif, tu travailles un peu avec eux en disant « Bon, maintenant, messieurs, avec le textile, vous pouvez alimenter de l'énergie. » Donc en fait, tu leur proposes un nouveau prisme de réflexion en disant « Maintenant, vous pouvez faire plein d'autres choses. » Et du coup, si tu comprends bien, tu échanges avec eux pour trouver le cas d'usage qu'ils seraient capables de mettre sur le marché. Et l'autre truc que tu vois, c'est se dire de façon très concrète les policiers ou les pompiers qui travaillent dans certaines actions qui nécessitent potentiellement de l'énergie pour... Récolter de la data, ça je ne l'avais pas forcément en tête. Moi j'étais quand même toujours sur ce côté amener de la lumière sur leurs vêtements, mais tu as aussi vraiment ce besoin qu'on t'a exprimé, d'essayer de récolter des informations. Mais sur quoi ? Sur leurs mouvements ?
- Speaker #1
Par exemple, un pompier, quand il va sur les interventions sur le feu, il a la mauvaise habitude où des fois il ne fait pas attention, mais il se met en danger en allant trop proche du feu. Et d'avoir potentiellement un capteur de température intégré, autonome, dans une combinaison de pompiers, ça peut permettre... de l'alerter quand il est en danger, lui dire voilà, là, tu es dans une zone dangereuse, il faut que tu reviennes, tu ne peux pas rester là, et également potentiellement d'avertir le QG, donc le pompier, de savoir où il est, est-ce qu'il est dans une zone dangereuse ou pas. Donc ça, c'est pour une information, on va dire, sur l'environnement, mais ça peut être aussi une information, une data sur des informations physiologiques. Est-ce que le pompier qui est en intervention, il est en stress ? Pareil pour un policier. Est-ce que tu es dans une zone où tu es en stress, donc tu mesures ton rythme cardiaque, ta transpiration, et avec ça, tu arrives à déterminer si la personne a besoin de faire une pause, de lui dire, écoute, là, il faut que tu décroches, reviens, sinon tu vas te mettre en danger. Voilà, donc ça, c'est typiquement les combinaisons ou les vêtements augmentés tels qu'on les voit à terme. Voilà, donc ça, on travaille effectivement avec les équipementiers ou avec les donneurs d'ordre chinois, donc ça peut être un SDIS, voilà, de pompier qui exprime un besoin. Comme ceci, ou le ministère de l'Intérieur, ou le ministère de la Défense, qui dit, voilà, nous on a des données à récupérer, comment est-ce qu'on peut intervenir là-dessus ? Comment Kamao peut amener un petit peu d'énergie ou du capteur auto-alimenté pour répondre à ce besoin ?
- Speaker #0
Pour l'objectif d'éviter d'avoir une batterie portative.
- Speaker #1
Effectivement, pour que ça, ça fonctionne, pour avoir une tenue connectée augmentée, il faut qu'elle soit totalement autonome et qu'elle se porte comme un vêtement lambda. Et donc les contraintes du vêtement, et ce que normalement on ne montre pas à l'électronique, c'est qu'il faut qu'on soit souple. lavables, légers et autonomes. C'est-à-dire, je ne veux pas aujourd'hui, si on met une batterie dans un vêtement, dans certaines applications, on met des batteries dans les vêtements, il faut les débrancher quand on va les laver. Et malheureusement aussi, ce qui va se passer, c'est que la batterie, elle se décharge. Le jour où on en a effectivement besoin, on n'a pas de batterie chargée sous la main et on part et on n'est pas en sécurité. Donc le vêtement connecté, il ne fait pas son job. Donc l'idée, c'est vraiment de pouvoir proposer le vêtement qui se comporte comme un vêtement de tous les jours, que tu portes. que tu laves, etc. Et le jour où tu en as effectivement besoin, elle a suffisamment d'énergie pour t'alerter et te dire là, tu es en danger. Ou pour le coureur, tout simplement en disant là, tu es de nuit, on va allumer les LED. Et tu n'as pas besoin. Souvent, je vais revenir sur le cas du sportif. C'est le cas du sportif qui va courir. Il a ses habitudes. Il a l'habitude d'aller courir en gros entre 5h et 6h quand il est rentré du boulot. Il a fait ça tout l'été, il s'est bien entraîné. Et quand arrive l'automne, il a oublié qu'il y avait le changement d'heure. Et quand il va se retrouver à 5-6 heures, il court de nuit. Et il n'a pas pris ses lettres. Mais s'il a pris son textile connecté, il n'a même pas besoin d'avoir pensé à recharger ses batteries. Le produit, il est déjà là et il va l'éclairer, le mettre en sécurité. Ce qu'il faut, c'est que ça soit transparent. Si on apporte de la transparence et des cas d'usage où on a de la plus-value, c'est là où on va pouvoir intervenir.
- Speaker #0
Et très clair. Maintenant, j'aimerais qu'on parle un peu de ton parcours pour comprendre un petit peu comment tu es arrivé jusqu'à cette idée, comment elle s'est développée. Parce que là, on voit que c'est une innovation plutôt de rupture quand même. Ça change complètement le prise de réflexion et ce qu'on est capable de faire avec un vêtement. Comment tu es arrivé jusqu'à cette idée ? Combien de temps ça t'a pris pour la développer ? Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus sur la création de ce textile connecté ?
- Speaker #1
Je peux déjà parler un peu de mon parcours. Je suis ingé, donc il y a une formation scientifique. Ça, je ne peux pas le cacher, je pense que ça se ressent. Donc, 1G Textile, formé en 2000, je suis consacré par des bureaux d'études, des hyperformateurs dans des PME, donc la machine industrielle. Ensuite, j'ai fait de la direction industrielle dans des PME du monde du textile. Voilà, donc la direction industrielle, ça touche à la fois la qualité, ça touche l'industrialisation. Et puis dans mon parcours, j'ai toujours gardé la casquette développement, R&D, les liens avec les universitaires et donc toujours en veille sur des nouveaux produits. Moi, depuis que je travaille dans le monde du textile, donc maintenant plus de 25 ans, on nous parle de textiles connectés, on nous parle de ces textiles de demain. Et en définitive, rien n'aboutit véritablement. Donc le constat, moi je l'ai fait dans les années 2018-2019, en me disant « mais pourquoi est-ce que ça pêche et pourquoi on n'y arrive pas ? » J'en suis arrivé à ces problèmes d'autonomie énergétique. À chaque fois, on revient en disant « bah oui, mais il faut une batterie, et la batterie, elle n'est pas lavable, et la batterie, il faut la retirer, et le connecteur de la batterie, il ne tient pas au lavage, etc. » Et donc, le constat, il est vite fait. C'est-à-dire que si on veut nos textiles de demain, il faut qu'ils soient autonomes en énergie. Donc de la... Ayant fait ce constat, j'ai eu l'occasion de rencontrer des gens brillants qui m'ont dit « mais il y a plusieurs façons de faire ce qu'on appelle de l'énergie investie, donc récupérer de l'énergie. On peut récupérer l'énergie solaire, on peut récupérer l'énergie des ondes électromagnétiques, on peut récupérer l'énergie de la chaleur, de la sueur, plein de choses comme ça. Ça me semblait assez compliqué. Et puis on m'a parlé de l'électricité statique. Je lui ai dit « l'électricité statique, moi ça fait 20 ans que je suis dans le textile, et l'électricité statique, ça fait 20 ans que je me bats contre elle. » à chaque fois dans mes métiers, on avait toujours des problèmes d'électricité statique et je me dis ça serait un joli pied de nez si on pouvait transformer ce problème en une solution pour nos textiles de demain. On a fait un peu de biblio et puis on s'est aperçu que ça pouvait bien le faire donc on a commencé, on a fait des protos et très rapidement on s'est aperçu qu'on était très positif. Voilà donc de ce point de vue là est arrivé alors un peu je dirais comme tout le monde en 2020 2021 sortie Covid, les idées trottent dans la tête. J'avais besoin de mettre un peu de sens dans mon activité et c'est là où l'idée d'entreprendre est arrivée. J'avais ce joli projet de tribo électricité, d'électricité statique sous le coude, et je me suis dit il faut se développer, il ne faut pas que ça reste une idée sur le papier, il faut aller de l'avant et voir si on peut industrialiser ça et proposer ça à des clients. Voilà le parcours et voilà pourquoi on en est là aujourd'hui avec GammaO.
- Speaker #0
Ok, je reprends juste la phase où on en est actuellement. En 2021, tu te lances vraiment en tant qu'entreprise sur le sujet. Tu as combien de temps, on va dire, de R&D avant une première mise sur le marché à travers ta marque ?
- Speaker #1
Ce qui était avant, c'était un POC, une manip de paillasse qui fonctionnait, qui montrait, mais avec des densités de courant qui ne permettaient pas de faire des choses assez intéressantes. On ne générait pas assez d'électricité. Donc, il a fallu faire des choix de quelles étaient les technologies textiles les plus adaptées. là-dessus, monter en cadence, vous vérifier que ce soit industrialisable avant de pouvoir dire, ben voilà, on peut lancer un produit. Pour faire ça, il faut trois ans. Il m'a fallu trois ans pour sortir de cette manip labo à un produit qui est aujourd'hui en petite série, mais qui est réalisé sur des outils industriels. C'est-à-dire que demain, ce que l'on vend et ce que l'on fait avec nos clients, c'est qu'on est capable de faire le passage à l'échelle, parce que tout ce que l'on produit... et réalisé sur machine Indus. Voilà,
- Speaker #0
finalement, avant de te lancer vraiment en mode entreprise et R&D, tu t'es dit, bon, je fais mon petit test dans le coin et j'arrive à faire de l'électricité avec mon tissu. Là, ensuite, trois ans pour se dire que j'y arrive juste moi dans mon coin, mais est-ce que c'est envisageable de le mettre sur une usine de prod finalement ? Et c'est là où tu amènes tout ton expertif sur la partie industrialisation. Et aujourd'hui, si on continue, finalement, ton défi, c'est est-ce que j'arrive à le mettre ? à grande échelle avec certains acteurs et à le commercialiser et à le déployer et finalement à faire comprendre aux acteurs que ça existe.
- Speaker #1
C'est exactement ça. Aujourd'hui, en gros, on fait des études, on fait des proto-industriels, on fait ce qu'on appelle dans le textile des collections capsules, c'est-à-dire des petites séries pour effectivement valider que ce que je raconte n'est pas du flanc. Et après, bien entendu, le gros challenge qu'on s'est fixé en 2026, c'est le passage à l'échelle. Donc monter en capacité de production, être capable d'accompagner nos clients sur de la montée en charge et donc vraiment reprendre ce qu'était mon métier pendant 15 ans de la direction industrielle et produit.
- Speaker #0
Avec GammaO, tu reprends ton parcours perso, c'est-à-dire au début 1G très R&D, après Industre.
- Speaker #1
C'est ça, en résumé et en plus rapide avec l'expérience, c'est ça.
- Speaker #0
Si tu me donnais ton gros défi du moment pour GammaO ?
- Speaker #1
Les défis, il faut pouvoir monter en... puissance. Donc, je te l'ai dit, c'est un défi industriel. Alors, c'est mon métier. Celui-là, il ne me fait pas spécialement peur. Pour moi, il n'est pas compliqué. Non, ce qu'il faut continuer à faire, c'est à culturer. Le milieu textile est quand même assez conservateur. Quand on vient avec une nouvelle technologie, il faut la faire comprendre. Donc, on passe beaucoup de temps dans les salons, dans les colloques, à faire des présentations, à expliquer, montrer comment ça fonctionne. C'est toujours payant, mais c'est vrai qu'il faut continuer à se faire connaître.
- Speaker #0
C'est une vraie période d'évangélisation pour faire comprendre que maintenant avec un textile, ils sont capables d'alimenter quelque chose. Mais c'est vrai que quand tu y réfléchis, tu te dis que ça ouvre des possibilités, il faut le temps de l'intégrer, de le digérer et de se dire vers quoi on va.
- Speaker #1
C'est ça, on n'a pas tous les cas d'usage. Les cas d'usage, ça va être les porteurs, les utilisateurs qui vont nous les faire remonter. En disant, tiens, est-ce que ton textile ne pourrait pas faire ceci, cela ? Et puis après, nous, on fait les études. Donc, il faut que les clients se l'approprient. Et au-delà de ce que nous, on a proposé, qui était des textiles lumineux, ce n'est pas spécialement, ce n'est pas ça l'avenir. L'avenir, c'est les vrais textiles intelligents. Il faut acculturer les gens là-dessus et les accompagner.
- Speaker #0
Oui, ton textile lumineux, il est... plus là pour être un faire-voi-loir de la technologie et montrer assez facilement qu'on est capable de faire certaines choses.
- Speaker #1
C'est ça,
- Speaker #0
c'est ça. Est-ce que toi, tu as des frustrations ? Ou tu te dis, tiens, ça c'est dommage, ça me bloque dans l'avancée du projet ?
- Speaker #1
J'avoue, 2025 a été une année un peu compliquée pour nous parce qu'on a voulu faire une levée de fonds. Effectivement, je suis une startup deep tech. Donc là, on met les gros mots un petit peu à la sauce. parisienne des start-upers en se disant effectivement il y a a priori il y a de l'argent pour investir et pour faire un projet industriel et les choses sont plus complexes que ça voilà le monde de la start up aujourd'hui vit de ses levées de fonds de ses courses au pitch et on commence à s'apercevoir il y a de la bulle financière et d'investissement et aujourd'hui faire comprendre qu'on a un projet industriel sachant qu'on est sur une technologie émergente j'avoue que c'est plus compliqué à faire passer voilà C'est très chronophage, ça m'a pris quasiment un an. On y est arrivé, on attend les derniers chiffres, mais on va être arrivé à peu près à 500 000 euros sur la levée de fonds, ce qui est plutôt bien, avec du dilutif et du non dilutif, avec du prêt bancaire l'un dans l'autre. Effectivement, on est plutôt satisfait, mais ça demande énormément d'énergie. Et quand on passe cette énergie dans la levée de fonds, on n'est pas sur le terrain à aller chercher des clients et à industrialiser. C'est là où c'est frustrant.
- Speaker #0
Période de transition pas évidente dans le sens où tu te dis j'ai besoin de fonds pour justement évangéliser et à l'inverse, tu as des fonds qui vont te dire oui, mais moi j'ai besoin que vous vendiez. Toujours ce moment charnière pas évident à gérer. Justement, si on parle de mise sur le marché de ce genre de technologie, est-ce que toi qui as navigué dans ce marché-là, tu peux nous donner un petit peu ton avis sur la mise sur le marché de nouvelles technologies dans le secteur du textile ? Tu l'as déjà dit un petit peu en préambule, le secteur du textile c'est un secteur particulier, c'est un vieux secteur, c'est un secteur historique pour que ce soit plus joliment dit. Comment il bouge ? Comment tu vois l'innovation dans ce secteur-là ? Est-ce que tu peux nous donner ton avis, toi qui en viens de cette industrie et qui maintenant innove dedans ?
- Speaker #1
Le secteur industriel du textile est contradictoire. A la fois, on est un héritage textile de plusieurs siècles, j'ai des confrères à moi. Quand on regarde effectivement les statuts et les créations d'entreprises, ça se compte effectivement en siècles. Et puis d'un autre côté, on a de très beaux produits qui ont été inventés. Il n'y a qu'à regarder le monde du sport ou le monde effectivement de la protection individuelle. Aujourd'hui, on fait des choses complètement bluffantes avec des textiles complètement légers, etc. C'est absolument génial là-dessus et donc ça, c'est un secteur qui est fascinant. Maintenant, comment on rentre sur le marché et comment on commercialise ? C'était le cœur de ta question. Aujourd'hui, on rentre sur une autre problématique. Ce qui fait vendre le textile, ce n'est pas tant la technicité, puisque la technicité, les gens arrivent à peu près à se mettre tous à peu près sur le même niveau, mais c'est la valeur de la marque. Quand aujourd'hui tu achètes un textile, tu achètes avant tout une marque. Et il y a de plus en plus une décorrélation entre la marque et la qualité perçue du produit. Donc aujourd'hui, le consommateur et moi le premier, on est perdus parce que... Tu peux acheter une marque et être déçu parce que le produit n'est pas bon. Tu peux avoir de très bonnes surprises, etc. Et donc, en définitive, on est un peu perdu là-dessus. Qu'est-ce que ça veut dire également pour la marque ? Ça veut dire que quand tu achètes un distributeur ou une marque textile, le vaut de sa valeur, ce n'est pas tant son outil industriel, ni son design, ni sa technicité. C'est avant tout sa marque en elle-même. Donc, quand tu viens avec une innovation, une innovation de rupture, La marque, elle se dit, si je prends l'innovation de rupture, mais qu'en définitive, ce n'est pas un bon produit ou que ça n'atteint pas le marché, je vais dégrader ma valeur de marque. Donc, je dégrade ma valeur d'entreprise. Voilà, si tu viens avec un grand nom du sport et qu'en définitive, ça ne leur plaît pas, ils se disent, moi, j'ai perdu mon temps et potentiellement, je vais avoir des mauvaises notes sur les réseaux, donc ma marque, elle vaut moins. Et puis, d'un autre côté, ils se disent, bah oui, mais si ça se trouve, c'est tous les vêtements de demain, c'est peut-être la révolution qu'on attend, il faut que je les prenne. Donc, toutes les marques viennent me voir où on est capable d'obtenir des rendez-vous avec eux pour démarcher et faire des prototypes. Mais la mise en production et en collection, c'est une autre chose. Et les gens sont effectivement très frileux là-dessus. Voilà. Donc, toute la difficulté pour innover. Et quand on vient avec une innovation aujourd'hui dans un marché qui est drivé par le marketing et la marque, avant tout. avant l'innovation en elle-même.
- Speaker #0
Pour réussir à vendre finalement l'histoire et le storytelling marketing presque autant que l'administration en tant que telle. Et petite question quand même, parce que je vois très bien le sujet côté marque grand public. Ça m'arrive d'acheter des vêtements comme tout le monde. Est-ce que c'est aussi vrai sur du vêtement professionnel où on a aussi le sentiment qu'il faut acheter de la marque ?
- Speaker #1
Le marché de vêtements professionnels aujourd'hui, il a une autre problématique. Il y a des marques qui sont fortes. qui sont reconnues, ça c'est vrai, et qui ne vont pas être rebutées par l'innovation. Mais le driver, c'est le prix. Là, on a un fort driver prix avec des systèmes d'importation, avec les regards tournés vers l'Asie très forts. Et aujourd'hui, il faut que la technologie soit low cost. C'est l'enjeu et c'est la problématique. Donc, effectivement... On peut faire des protos, mais très rapidement, il faut qu'on soit capable de monter en production très vite, très fort, pour pouvoir atteindre les objectifs de prix qui sont demandés par ce secteur des EPI.
- Speaker #0
Ma question d'après, est-ce que toi qui navigues dans ce secteur d'activité du textile depuis de nombreuses années, est-ce que tu as vu des évolutions de comportement côté acheteur, côté fonctionnement des achats ?
- Speaker #1
C'est sûr qu'aujourd'hui, on sait que le textile... en très grande majorité est produit en Asie, particulièrement la Chine. Alors ça a été longtemps le tabou, il ne fallait pas dire qu'effectivement certains produits venaient de Chine ou que les marques faisaient fabriquer en Chine. Aujourd'hui ce tabou est levé, tout le monde sait qu'effectivement les partenaires de production sont des partenaires chinois ou asiatiques de façon large. Ce qui fait que la négociation aujourd'hui que GammaO va rencontrer, c'est de dire bon très bien on est capable de produire des petites séries, des collections de capsules. sur le territoire européen, mais comment est-ce que vous nous suivez sur la production en Asie ? Donc ça, c'est tout de suite mis sur la table et il n'y a pas de mystère. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il faut avoir des capacités ou avoir des relais de croissance vis-à-vis de la Chine. Voilà, c'est le gros changement que l'on a aujourd'hui. Le loup est sorti du bois, on sait qu'on peut travailler et qu'il faut travailler avec la Chine. Et tout le monde en parle et il faut déjà être armé là-dessus quand on veut démarrer et travailler dans le textile.
- Speaker #0
Toi, stratégiquement, il n'y a pas un moment où tu t'es dit non, je n'irai pas en Chine pour x, y, z, donc l'innovation va au-dessus. Tu te dis, il faut que j'intègre dans ma stratégie qu'à un moment donné, je vais devoir travailler avec eux. C'est ça, en fait,
- Speaker #1
il faut... Alors après, le modèle, il est à travailler. On est d'accord. Est-ce que c'est un outil de production propre ? Est-ce que c'est du licensing, de la licence ? Comment on peut travailler là-dessus ? Avec tout plein de questions sur comment est-ce que je garde l'API ? Bon, est-ce que... n'existe vis-à-vis de ça. Alors maintenant, le marché de la Chine est ouvert depuis plusieurs décennies. On commence à avoir du recul et on sait comment s'armer vis-à-vis de ça. Mais c'est sûr que c'est un enjeu qu'il ne faut pas se cacher. Il faut savoir qu'il est là et il faut l'anticiper parce que de toute façon, on devra y faire face avec les montées en volume.
- Speaker #0
Pour continuer un petit peu sur ton avis sur le marché, toi en plus, qui as développé une innovation, comment tu vois l'évolution du marché du textile, que ce soit en termes d'innovation ou d'organisation ? Bon, peut-être... autre que sur l'aspect électricité, parce que j'imagine qu'il y a d'autres choses qui vont se passer. Toi qui gravites là-dedans, est-ce que tu peux nous dire comment tu vois l'avenir côté textile ?
- Speaker #1
Pour moi, il faut que l'industrie textile se transforme autour de piliers du développement durable. Alors, ce qui me tient à cœur et qui pour moi ont du sens, c'est des choses comme la traçabilité, la durabilité, la durée de vie de nos textiles, puis la recyclabilité pour partir sur une économie plus circulaire. C'est très clairement les choses qui ont pris le bras-le-corps de l'industrie textile. Selon moi, un autre point qu'on voit apparaître, qui va à mon avis dans le sens de grandir et qui est une bonne façon d'acter contre la fast fashion, c'est ce qu'on va appeler la personnalisation de masse. On voit de plus en plus d'entreprises qui se lancent là-dessus, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, rien ne nous empêche de produire toujours en quantité importante des produits qualitatifs, mais pour répondre à ces besoins. légitime du consommateur d'avoir un produit unique, comme aujourd'hui on est unique, on n'a pas envie d'être la personne lambda et de l'afficher sur nos vêtements, et bien il y a ces phénomènes, ces systèmes de personnalisation de masse. Avec le développement des machines numériques, que ça soit l'impression, la broderie, le transfert, on a plein de possibilités, et je pense que demain c'est une bonne façon de répondre à l'ultra-fast fashion, avoir des produits plus calibrés, mais effectivement personnalisables, ce qui permet à la... à terme de garantir une bonne traçabilité, de garantir la durabilité et à la fin d'avoir un produit bien recyclable sans augmenter les quantités dans des quantités absolument énormes. Aujourd'hui, on parle de production doublée tous les 15 ans en textile. Il va falloir que ça s'arrête. Bien entendu.
- Speaker #0
Toi, tu crois finalement au fait que plus on avance, plus la demande aussi va vers la personnalisation et plus l'industrie est prête et propose de personnaliser de plus en plus.
- Speaker #1
Tout à fait. Et surtout, les producteurs européens ont une vraie carte à jouer puisqu'on a encore beaucoup de fabricants de machines sur nos territoires et ces fabricants de machines ont déjà pris le virage de toutes les machines numériques. Donc la personnalisation, elle se fait assez simplement et assez facilement. Donc on a une vraie carte à jouer.
- Speaker #0
Ok, et alors tu nous as parlé un petit peu justement des enjeux écologiques du secteur du textile, c'est vraiment quelque chose qui revient assez souvent, comme on le sait que c'est effectivement un des secteurs qui est assez consommateur. Est-ce que toi tu constates des changements qui sont radicaux sur le terrain ? Est-ce que tu as vu certaines démarches écologiques ?
- Speaker #1
Oui, il faut le dire aujourd'hui, beaucoup de marques vont sur des démarches d'éco-conception. de leurs produits, ça on ne peut pas le nier. Après, ça va rejoindre ce que je te disais tout à l'heure, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, une marque, elle vit par la valeur de sa marque et les marques ont très peur du greenwashing, bashing, donc voilà, de proposer un nouveau produit et que ce produit, après, soit démonté par des ONG. Voilà, donc aujourd'hui, c'est un frein, des fois, à démarrer de nouveaux produits. Moi, ce que j'ai vu dans l'industrie, c'est qu'effectivement, beaucoup de marques se sont... mis à faire de l'éco-conception. Donc ça c'est plutôt une bonne chose. Maintenant je trouve que la mise en pratique reste encore très frileuse et c'est le côté conservateur du secteur qui fait qu'on a du mal à avancer. La réglementation pousse énormément, il y a plein de réglementations qui sont faites au niveau européen. Je souhaiterais que cette réglementation soit pas un nouveau frein à l'innovation ou à la production industrielle. Voilà, et qu'elle soit bien un levier et une force demain pour aller vers une innovation responsable. Il faut trouver l'équilibre, on a besoin de structurer le marché, on a besoin d'aller vers plus de durabilité, de recyclabilité. Maintenant, il faut qu'on trouve le modèle économique qui nous permette de le faire.
- Speaker #0
Pour continuer à parler un petit peu de futur, comment tu verrais GammaO dans une situation idéale dans les 4-5 ans ? Qu'est-ce qu'on peut te souhaiter à GammaO justement ? Où est-ce que tu vois ? Parce qu'il y a un champ des possibles qui est tellement large qu'on se dit « Mais Pascal, c'est quoi ton idéal pour GammaO ? »
- Speaker #1
GammaO est né de l'innovation, de la deep tech. Donc les gens qu'on a pu recruter, qui ont rejoint l'équipe, on a un fort background R&D. Donc dans l'ADN, on restera avant tout un pourvoyeur de solutions et de tech. Donc ça c'est un point important. Pour que l'entreprise puisse grandir, on va être aussi bientôt une entreprise industrielle avec des outils et des produits pour accompagner nos clients. Dans cinq ans, on est encore une grosse entreprise qui développera beaucoup de produits sur notre technologie triboélectrique ou plus largement sur l'énergie harvesting. On aura certainement affaire à aller voir d'autres technologies à terme. adosser un outil industriel souple qui ressemble à des outils de personnalisation de masse. Donc voilà, c'est ça qu'on peut souhaiter à GammaO. Ok,
- Speaker #0
très clair. Déjà on te le souhaite. Merci. Avec ton profil d'industriel innovant dans le textile, est-ce que tu aurais un message à faire passer aux acteurs du textile en devenir, à peut-être des futurs entrepreneurs dans le textile français notamment ? Qu'est-ce que tu leur conseillerais ? Est-ce que tu as un message à leur faire passer ?
- Speaker #1
Oui, alors, aller faire de l'innovation dans le textile, on peut le faire. Voilà, donc j'ai une autre casquette dont je ne vais pas parler, où je fais un peu d'enseignement. Je donne de mon temps pour aller voir les jeunes ingénieurs textiles. Et donc, effectivement, cette fibre de l'innovation, elle est là et on la voit chez les jeunes. Il ne faut pas la brider, il faut y aller. Par contre, il faut être clairvoyant sur ce marché du textile. On est sur un marché qui est à la fois conservateur, qui fonctionne sur le réseau. Donc il ne faut pas se dire, aujourd'hui avec des réseaux sociaux, en plaçant un produit, depuis il y a un pot, je suis la nouvelle marque à la mode et tout va bien se passer. Non, non, le textile c'est quand même un peu plus compliqué. Le secteur industriel est très fragmenté. Il y a beaucoup d'étapes de fabrication de vêtements en textile. Donc il faut aller chercher le savoir-faire. Il faut s'appuyer de connaissances, il faut accepter de prendre appui sur le réseau, se faire connaître, être persévérant, et sur le long terme, on peut avoir de très belles réussites. Il ne faut pas se dire qu'on va aller très vite, très fort.
- Speaker #0
Je pense que ça, c'est une erreur. Il y a certainement de très belles réussites qui se sont faites comme ça, mais je pense que c'est surtout un travail de longue haleine, travailler moyen terme, long terme, pour réussir à développer les choses. Mais il y a encore plein de places, bien entendu. Merci Pascal pour ces conseils, et puis surtout pour cet échange qui était quand même très riche, autant sur ton parcours que sur l'innovation que tu apportes avec GammaO. Moi, j'aimerais quand même te souhaiter le meilleur pour l'avenir, et j'espère que j'aurai l'occasion de porter. Un jour, un vêtement, parce qu'il en existe déjà, c'est vrai que tu me diras peut-être que je pourrais passer par une certaine marque qui s'appelle Upik pour aller courir avec. Mais j'espère qu'un jour, ça se démocratisera et que j'aurai l'occasion d'aller, je ne sais pas, chez un décathlon ou autre et me dire tiens, là, je vais m'acheter une parka et elle sera connectée grâce à un tissu développé par Gammao. Merci, c'est ce qu'on peut souhaiter à Gammao. Merci Ludo. Eh bien, je t'en prie avec grand plaisir et je vous dis donc à bientôt. pour un nouveau rendez-vous dans les deux sous l'industrie. Je te dis encore un grand merci Pascal pour cet épisode. Merci.