- Speaker #0
« Bienvenue dans les dialogues théologiques de la NRT, le podcast où la théologie s'écoute autant qu'elle se lit. »
- Speaker #1
Bonjour à tous, nous vous proposons aujourd'hui un dialogue théologique qui a l'allure de ce qu'on appelle dans la presse un « avant-papier » . On va préparer au plan théologique la visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, soit dans trois mois exactement. Ce voyage ne sera pas seulement une succession de cérémonies. Il va dessiner une véritable carte théologique que les lieux-mêmes suggèrent. Paris, Lourdes, puis Metz, sur les traces de Robert Schumann. Père Alban Massy, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour Lorraine, merci de participer à ce dialogue théologique que nous avons préparé avec les textes de la NRT dans la perspective de ce voyage. Un voyage... Le pape est toujours quelque chose de théologique. Les théologiens ont forcément quelque chose à dire. Et effectivement, le pape ne parle pas seulement par les discours qu'il va faire, mais par les lieux, par les gestes qu'il montre au monde entier. Dans la logique de Vatican II, c'est très théologique. L'Église regarde le monde pour y discerner des signes. Le kairos dit l'évangile de Luc, les signes des temps, c'est-à-dire... les signes que Dieu donne pour qu'on puisse voir sa présence et son action dans ce temps. Et la première encyclique de Léon XIV, je vous le rappelle, Magnifica Humanitas, le formulait de manière assez forte. Le pape Léon XIV disait « La doctrine sociale n'est pas un recueil de principes, de normes à appliquer, mais c'est un chemin de discernement communautaire. » Et il précisait « Où la parole faite chère devient dialogue, mémoire, prophétie. » C'est cela, je crois, que va mettre en œuvre le pape lorsqu'il va venir en France.
- Speaker #1
Et ce voyage prend place dans un pontificat qui semble déjà structuré par trois axes. La lecture des textes de Vatican II, il en a fait le thème de ses catéchèses hebdomadaires, l'attention aux pauvres et aux victimes, dans la suite de son prédécesseur, et le discernement anthropologique face aux nouvelles puissances techniques, comme le montre la publication. comme vous le venez de dire, de Magnifica Humanitas. On pourrait dire que Léon XIV veut contribuer à la réception du Concile et qu'il engage une fidélité qui génère l'avenir. La question de fond serait donc, que veut dire être l'Église en France aujourd'hui ? Une Église blessée par les abus, minoritaire dans une société sécularisée, mais aussi visitée par de nouveaux catéchumènes appelés à l'unité et obligé de parler à la société sur la vie, la mort, la technique, dans un contexte où la paix est menacée en Europe aujourd'hui.
- Speaker #2
Merci pour ce panorama, Lorraine. Oui, comme directeur de la NRT, je me souviens lorsque, Dilexi te, le premier texte de Léon XIV est paru, c'est Bertrand Lesoing qui avait écrit dans une nouvelle théologique « L'amour des pauvres n'est pas un supplément moral » . Il montrait que les pauvres ne sont pas seulement destinataires de l'action sociale, ils sont pour Léon XIV des lieux théologiques, des sujets actifs du renouveau de l'Église.
- Speaker #1
Et donc ce fil rouge va traverser tout notre dialogue. L'Église n'est renouvelée ni par la communication, ni par la stratégie, ni par le prestige. Elle est renouvelée quand elle accepte d'être évangélisée par ceux qu'elle avait. marginaliser les victimes, les pauvres, les malades, les nouveaux croyants, les artisans de paix. Nous allons évoquer plusieurs textes de la NRT qui apportent leur pierre à la théologie dans cette perspective. Vous pourrez les retrouver avec les liens qui sont notés dans la présentation de ce podcast et dans le premier commentaire. Commençons par Notre-Dame de Paris. Le vendredi 25 septembre, Léon XIV préside des Vépres solennelles dans la cathédrale. Spontanément, on pense à la beauté liturgique, à la cathédrale reconstruite cinq ans après le grand incendie, au patrimoine, à la mémoire chrétienne de la France, à son identité. Mais on peut peut-être aussi y entendre autre chose.
- Speaker #2
Pour moi, la réunion des consacrés, des prêtres, dans cette cathédrale qui avait été brûlée et ça avait été un... Un traumatisme non seulement pour les Parisiens, mais pour tous les Français, je crois. Cathédrale brûlée et remise en état très vite. Un véritable feu. sentiers pharaoniques, eh bien, voir des religieux, des prêtres, ceux qui ont consacré leur vie à Dieu, réunis par le pape dans ce lieu restauré, eh bien, c'est très symbolique parce que c'est quand même l'Église blessée. On pense aux abus. On va entendre les psaumes, mais les psaumes, ce n'est pas seulement des... Des chants de gloire, c'est la prière du cri, c'est la supplication. Moi, la question qui est logique, c'est de se dire, tiens, comment est-ce que l'Église peut chanter alors qu'il y a encore des victimes qui crient, elles qui pleurent ?
- Speaker #1
On se souvient qu'en 2018, la NRT a publié un livre de Mgr Éric de Moulin-Beaufort qui posait la question « Comment sortir de l'aveuglement devant les abus sexuels dans l'Église ? » Ce ne sont pas seulement des mots de gestion de crise, c'est une question ecclésiologique. Quelle culture d'Église a permis que des victimes soient rendues invisibles ?
- Speaker #2
Oui, question redoutable, théologique, et la crise des abus oblige à convertir notre théologie. La NRT a publié plusieurs textes sur ces questions, et je crois pouvoir dire qu'on a aidé l'Église à avancer sur ce dossier. Je voudrais souligner l'article de Béatrice Guillon qui m'avait énormément touché. Son titre, c'est celui-ci, c'est « Victimes d'abus dans l'Église pour une théologie de la vulnérabilité, de la responsabilité et de la guérison » . Elle insiste sur la reconnaissance du statut de victime et sur l'ouverture à la réparation, et cela dans une perspective pascale, vraiment théologale. Et cette reconnaissance n'est vraiment pas juridique seulement, elle est théologique. Je crois que de notre point de vue, c'est de pouvoir dire, reconnaître une victime, c'est refuser que la grâce serve d'écran au réel. Ce n'est pas quelque chose de surajouté.
- Speaker #1
Et ça, c'est très important pour Notre-Dame. Une liturgie solennelle ne peut être vraie que si elle se tient dans la vérité. La question n'est pas de poser liturgie et victime. La question serait davantage. La liturgie de l'Église peut-elle devenir le lieu où la parole des victimes est portée devant Dieu, au lieu d'être étouffée par la majesté du rite ? Je cite un extrait de l'article que vous avez mentionné. Non seulement l'onction sacerdotale ne fait pas automatiquement du prêtre un saint, mais l'autorité que lui confère le ministère sacerdotal est aussi un lieu du bris. pour le prêtre qui est un homme fragile comme tout être humain. Les fidèles portent également une responsabilité à cet égard, dans la mesure où ils ont parfois un rapport fétichiste avec le sacerdoce, en imaginant que l'Esprit Saint repose sur le prêtre pour apporter des réponses à toutes leurs questions, faisant de ce dernier, entre guillemets, un expert en tout. Or, les prêtres catholiques ne sont pas des druides. La sacralité de leur ministère ne sacralise pas leur prêtre. personne pour autant.
- Speaker #2
Voilà, on entend le pape François se battant contre le cléricalisme des ministres dans l'Église. Et alors, pour filer la même analogie, je dirais que la cathédrale n'est pas seulement restaurée par des pierres, elle doit être restaurée aussi dans une culture de la relation.
- Speaker #1
Alors à cela, j'ajouterais une autre source. Dans son article sur Dilexi te, Bertrand Lesoin écrivait que les structures de péché peuvent aussi affecter l'Église comme corps social. Et il ajoute que la crise des abus l'a manifesté. Il note que l'Église doit lutter en elle-même contre les structures qui empêchent de mettre au centre les plus pauvres, les exclus, les victimes d'abus. C'est précisément le lieu théologique de Notre-Dame. L'Église ne peut annoncer la justice au monde. que si elle accepte de laisser le jugement de l'évangile traverser sa propre maison. Et bien sûr, il y a aussi la question du pardon. Pendant longtemps, certains responsables ecclésiaux ont pu confondre miséricorde et oubli. Comment le dire dans le dialogue ?
- Speaker #2
Il faut le dire très clairement, le pardon chrétien, ce n'est pas l'effacement des conséquences du mal. Le pardon ne remplace ni la justice,
- Speaker #1
ni la vérité, ni la réparation.
- Speaker #2
La miséricorde n'est pas une amnistie psychologique imposée aux victimes. Dans l'accompagnement des auteurs d'abus, tout suivi des auteurs doit être indissociable de la reconnaissance de la souffrance des victimes et de leur protection.
- Speaker #1
Cela touche la théologie du ministère. Comme le disait Béatrice Guillon, dans les abus, il n'y a pas seulement un usage dévoyé de la sexualité, il y a un usage dévoyé du sacré. Le pouvoir spirituel, quand il n'est pas configuré au Christ serviteur, peut devenir en prise. D'où l'importance du thème de la formation. Notre-Dame n'est pas l'étape du prestige retrouvé, c'est l'étape de l'Église qui accepte d'être... purifiée.
- Speaker #2
J'aime bien l'image du patriarche Jacob, employé par Mgr de Moulin-Beaufort dans son livre qu'il avait publié en 2018 avec la MRT. Il disait que l'Église sort de la nuit des abus, comme Jacob sort de la nuit du combat au guet du Yabok. L'Église est bénie, oui, mais elle est blessée. Elle est sauvée, mais elle est boiteuse. Sa crédibilité ne viendra plus de sa puissance sociale, mais d'une capacité retrouvée à habiter la vérité.
- Speaker #1
Passons à la soirée du vendredi. Une grande veillée de prière pour les jeunes à Paris. Et le samedi, une grande messe sur un lieu emblématique de Paris et de la France. Avec, on peut le supposer, pour la veillée du vendredi soir, un accent sur les jeunes, d'où sont souvent extraits les néophytes et les catéchumènes aujourd'hui. Ici, le thème semble différent. On passe des abus à la jeunesse de la foi, des blessures à l'engendrement.
- Speaker #2
Oui, mais quand même, après la question comment réparer, la question comment engendrer. Dans une église blessée, l'arrivée des catéchumènes adultes est un signe très fort. Ça étonne, ça étonne. Et elle oblige l'église à ne plus penser la transmission comme un héritage automatique. On ne devient plus chrétien par simple imprégnation culturelle, on le devient par la rencontre, par la décision et par l'initiation.
- Speaker #1
Et la NRT a beaucoup travaillé cette question. Ce ne sont plus seulement les communautés qui catéchisent, elles doivent redevenir elles-mêmes catéchisées. On pourrait donc poser la question, une paroisse peut-elle accueillir des catéchumènes sans se laisser elles-mêmes convertir par eux ?
- Speaker #2
On verra ce que dira l'Assemblée provinciale des diocèses d'Ile-de-France, qui justement réfléchit cette année et l'année prochaine à cette question. Mais la réponse pour moi, c'est oui. Oui, oui, les catéchumènes posent à l'Église une question très simple. Croyez-vous vraiment ce que vous transmettez ? Vous savez, ils arrivent souvent sans les codes, sans vocabulaire chrétien. Ils obligent les communautés à revenir à l'essentiel. Le Christ, l'Évangile, les sacrements, la vie fraternelle, la prière.
- Speaker #1
Il faut aussi parler de la liturgie. La NRT, il y a 25 ans déjà, a publié « Vivre la liturgie au temps du catechuménat » qui rappelait que les étapes liturgiques du chemin catechuménal font partie intégrante de l'initiation chrétienne. La foi n'est pas seulement expliquée, elle est vécue, célébrée, incorporée. Comment une Église initie-t-elle à une vie et pas seulement à un discours ?
- Speaker #2
Oui, il ne suffit pas de donner des contenus doctrinaux. Bien sûr, les contenus sont nécessaires, mais ils doivent être intégrés dans une existence. Il faut que le Christ soit formé en vous, disait Saint Paul. Eh bien, cette expression, je crois, est décisive pour les catéchumènes. L'article que vous avez mentionné, moi j'étais très étonné de voir qu'il y a 25 ans... Les questions qu'on se pose aujourd'hui, il y avait une sorte de réponse. Croire dans cette liturgie d'initiation, c'est aider les catéchumènes et les néophytes à expérimenter la foi.
- Speaker #1
Et cela concerne tout le peuple de Dieu. Albert Chapelle écrivait dans la LNRT que ce qui est le meilleur pour la formation théologique des prêtres est le meilleur pour la formation théologique des laïcs et des religieux. C'est évidemment très actuel. Les catéchumènes adultes obligent à sortir d'une division aux prêtres la théologie, aux laïcs quelques notions. Une église missionnaire a besoin d'un peuple théologiquement formé.
- Speaker #2
Alors, moi, je vais vous citer ce texte du père Albert Chappel. J'avoue que j'aime beaucoup. C'était un de mes professeurs à l'Institut d'études théologiques à Bruxelles. Ce qui est nécessaire pour former le sacerdoce baptismal des laïcs, se trouve dans ce que l'Église a considéré comme nécessaire pour la formation des pasteurs. annoncer la parole, sanctifier par la prière les sacrements dont l'Eucharistie est le premier, conduire leurs frères à Dieu. Cette vision sacramentelle et liturgique de l'Église, de ses fidèles et de ses pasteurs, est accueil de sa tradition vivante.
- Speaker #1
Une autre question, l'Église est-elle capable d'accompagner la liberté des nouveaux chrétiens dans la durée ? On peut peut-être faire un lien avec Dilexi te, l'exhortation apostolique que Lyon XIV a publiée le 4 octobre 2025. Bertrand Le Soin montre que l'exhortation commence par l'adresse du Christ à l'église de Philadelphie, une église sans beaucoup de puissance, à qui le Christ dit « Je t'ai aimé » . Et que les cathécumènes arriven dans une église française, qui n'est plus socialement dominante. Et ça peut être une grâce. La foi peut être... proposé non comme appartenance majoritaire, mais comme réponse personnelle à un amour premier. Père Annebon, c'est quoi la naissance chrétienne dans un monde post-chrétien ?
- Speaker #2
Question redoutable. Le mot néophyte le dit très bien. Ça veut dire jeune pousse. C'est le statut des nouveaux chrétiens. Ils ont encore à grandir. La foi n'est pas un monument à conserver, à restaurer, pour le patrimoine seulement. C'est la vie, c'est une vie qui gerbe, qui grandit, qui porte du fruit. Mais cette vie a besoin d'un terreau. La liturgie, l'écriture, la fraternité, la doctrine au service des pauvres. Sans cela, on fabriquera des baptisés isolés, livrés à eux-mêmes après la nuit pascale de leur baptême.
- Speaker #1
Alors le samedi 26 septembre, Léon XIV présidera une messe solennelle en plein air à Paris. Selon vous, Père Alban, le thème qu'on pourrait voir proposé serait-il éventuellement l'unité de l'Église ?
- Speaker #2
Écoutez, moi je ne suis pas au milieu des évêques en train de préparer cette visite, mais je me dis que ce serait un beau thème à souligner. Et puis on sait que le pape Léon XIV, il est augustinien. Et pour saint Augustin, l'Eucharistie, c'est le sacrement de l'unité. On est souvent dispersé, les diocèses, les paroisses, les mouvements, les sensibilités liturgiques. les différences de génération et tout cela on a besoin de se réunir de voir qu'il y a une unité qui n'est pas simplement le fait d'être nombreux on n'est pas une foule allant à un concert on n'est pas une arène pour un match de foot non, on est une unité reçue soyez un comme moi aussi je suis un avec mon père Jésus
- Speaker #1
L'Église de France s'est traversée par quelques tensions, de liturgie, la synodalité, la place des ministères, la relation à Vatican II, le cléricalisme, la gouvernance. Comment cette messe pourra-t-elle ne pas simplement masquer ces divisions ?
- Speaker #2
La messe ne masquera rien si on la comprend comme ce qu'elle est. Un sacrifice de réconciliation, c'est ça ce qui se passe. à chaque Eucharistie. Ce n'est pas « allez, on va mettre entre parenthèses nos conflits » , non. C'est « on met nos conflits devant le Christ, on les offre au Christ » . Marie-Laetitia Calmen, dans un article sur la synodalité sacramentelle, avertissait que la synodalité ne doit pas devenir une question de place à prendre. C'est toujours le risque. Mais il s'agit de s'enraciner dans le service de la communion. Le mot « communion » , c'est un mot eucharistique. L'unité ne se construit pas par la compétition des positions, mais par la participation à l'offrande du Christ. Dans un autre article de la NRT sur l'Église missionnaire et synodale, Mgr Jean-Marc Eychen rappelait que la mission n'est pas une activité parmi d'autres, confiée à des spécialistes, elle exprime la nature même de l'Église. Eh bien, là aussi, C'est cette unité des différents membres du corps du Christ. On n'est pas appelé à faire tous la même chose, mais on a tous dans la mission.
- Speaker #1
Merci Père Alban, cela permet de comprendre le sens de cette messe en plein air. Elle n'est donc pas seulement un grand rassemblement, elle est une sortie. L'Église célèbre dehors, dans la ville, non pour s'imposer à elle, mais pour rappeler que l'Eucharistie envoie vers le monde.
- Speaker #2
Merci Lorraine et merci chers auditeurs. C'est la fin de notre podcast, cette première partie de la décide du pape Léon XIV en France. Dans le prochain podcast, on suivra la suite de la visite, Lourdes et puis Seychelles, Metz, avec la figure de Robert Schumann. À bientôt !
- Speaker #0
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