- Speaker #0
Dossier OVNI, le podcast.
- Speaker #1
Les habitués du podcast le savent. Ici, dès qu'on parle de l'histoire de l'ufologie, il y a un nom qui arrive très vite. C'est celui du capitaine Ruppelt. En effet, les écrits de ce capitaine de l'US Air Force, auquel Frank Istas, journaliste belge bien connu des amateurs d'OVNI, nous a initiés, témoignent de la naissance de l'étude des OVNI. C'est lui, entre autres, qui imposera le terme OVNI, UFO en anglais, pour éviter le terme de soucoupe volante qui décrédibilisait un petit peu le phénomène. Et c'est lui qui donnera aussi des outils scientifiques pour son étude. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise, agréable surprise, de découvrir dans les dossiers de la sixième déclassification des dossiers OVNI américains, le fichier audio et la transcription d'une réunion où Ruppelt présente son travail. fait une sorte de point devant un public apparemment nombreux. On est en 1952, cinq ans à peine après les observations d'objets lumineux autour du Mont Régnier par Kenneth Arnold, qui marque le début de l'ufologie moderne. Donc aujourd'hui, nous vous convions à cette intervention du capitaine Ruppelt, puis nous rejoindrons Julien pour voir comment les statistiques sur les ovnis ont évolué et si les méthodes prônées et envisagé lors de cette réunion en 1952, trouve écho dans celle employée aujourd'hui.
- Speaker #0
Chaque observation d'OVNI raconte une histoire. Une histoire de femmes et d'hommes confrontés à l'inattendu. A travers leurs témoignages, les enquêtes et les archives, nous essayons de comprendre ce qui s'est réellement passé. Bienvenue dans le podcast Dossiers OVNI.
- Speaker #1
En mars 1952, dans une salle qu'on ne peut plus identifier aujourd'hui, un capitaine de l'US Air Force allume un magnétophone. Il prononce plusieurs fois une phrase rituelle à destination des sténos. Le moment est venu pour que tous les hommes bons viennent à l'aide de leur pays. Il teste le niveau d'enregistrement, recule d'un pas, parle au tableau noir pour vérifier le rendu. Nous sommes donc en 1952. Je le rappelle, cinq ans seulement se sont écoulés depuis l'observation de Kenneth Arnold en 1947. Cet épisode qui marque traditionnellement le début de l'ufologie moderne et dont nous avons déjà parlé dans ce podcast. Ruppelt n'est pas là pour raconter une histoire de soucoupe volante. Il est là pour expliquer un problème auquel l'armée américaine est confrontée. Des gens voient des choses dans le ciel, parfois des pilotes, parfois des militaires, parfois des scientifiques. Et malgré les enquêtes, certaines observations restent sans explication. Avant de l'écouter, rappelons rapidement qui est cet homme. Edward James Ruppelt a 28 ans au moment de cette conférence. Pendant la seconde guerre mondiale, il a servi comme bombardier, puis comme opérateur radar à bord d'un B-29. Après la guerre, il reprend ses études et obtient un diplôme d'ingénieur aéronautique. Rappelé pendant la guerre de Corée, il rejoint l'Air Technical Intelligence Center, nous l'appellerons pour plus de commodité LATIC. Installé sur la fameuse base de Wright-Patterson, dans l'Ohio. Cet organisme est chargé de recueillir et d'analyser des renseignements sur les aéronefs et les engins étrangers. Lorsqu'il faut comprendre ce que sont ces objets signalés dans le ciel américain, c'est donc vers lui qu'on se tourne. Et Ruppelt se retrouve chargé de reprendre un dossier que l'armée de l'air avait pourtant en quelque sorte déjà refermé. Mais revenons à notre enregistrement. Une fois les essais terminés, Ruppelt commence par rappeler comment tout cela a débuté. En 1947, l'observation de Kenneth Arnold fait la une des journaux. La radio et la presse s'emparent du sujet. Les témoignages de Kenneth Arnold sont enregistrés. Le voyage se multiplie et l'armée de l'air se retrouve sommée de fournir des explications. Deux ans plus tard, en 1949, elle publie un rapport fondé sur environ 300 observations. Plusieurs spécialistes ont été sollicités, parmi lesquels l'astronome J. Allen Hynek. Leur conclusion est plutôt embarrassante. Ils ne savent pas exactement ce que sont certains des phénomènes rapportés. Mais il ne voit pas non plus de menaces directes pour la sécurité des États-Unis. Et donc, l'affaire est progressivement reléguée au second plan. A l'époque, l'armée avance plusieurs explications. Des méprises avec des objets ordinaires. Des personnes cherchant à attirer l'attention. Des canulars. Et ce qu'elle présente comme une forme d'hystérie collective dans le climat nerveux de l'après-guerre. En somme, le phénomène serait en grande partie le produit des circonstances, de l'imagination et de la confusion. Sauf que les rapports continuent d'arriver. Et c'est là que Ruppelt apporte un élément important. Lorsque son équipe reprend les dossiers, elle en compte environ 800. Les signalements ne disparaissent pas lorsque les journaux cessent de parler des secoupes volantes. Pour lui, cette persistance pose problème. Si tout cela n'était qu'une vague d'hystérie collective alimentée par la presse, comment expliquer que les observations continuent alors que l'agitation médiatique est retombée ? Ruppelt ne prétend pas du tout avoir trouvé une réponse. Il explique plutôt que le premier examen du dossier n'a pas permis de tout résoudre et qu'il faut donc reprendre le travail. Son équipe réorganise les archives. recoupe les informations, cherche des régularités. Elle compare les lieux, les périodes, les formes décrites et les profils des témoins. Cependant, il admet que les résultats restent difficiles à interpréter. Certaines régions attirent son attention, notamment autour de Los Alamos, d'Albuquerque, de White Sands ou encore d'Oak Ridge. Des lieux, ils ne sont pas anodins dans le contexte stratégique de l'époque. Mais Ruppelt reste prudent. Ces concentrations peuvent avoir une signification, ou pas. Même chose lorsqu'il examine la fréquence des observations. Il relève certaines régularités au fil des mois, sans parvenir toutefois à en tirer une conclusion solide. Il y a donc des pistes, des indices, et surtout des questions, mais rien qui permette de comprendre le phénomène. Et les chiffres qu'il présente donnent une idée du problème. Sur ces quelques 800 dossiers, Ruppelt estime qu'environ 2% seulement relèvent de cas nullards ou de témoignages qu'il juge peu fiables. Il indique également que près de 20% des cas sont, selon lui, de bons rapports provenant de témoins crédibles pour lesquels aucune conclusion ne peut être tirée. Attention, cela ne signifie pas que 20% des observations démontrent l'existence d'engins extraordinaires. Cela signifie qu'après l'enquête menée à cette époque, l'équipe n'est pas parvenue à les expliquer. Et cette distinction est essentielle pour comprendre la démarche de Ruppelt. Son travail ne consiste pas à déclarer que les témoins ont raison sur la nature de ce qu'ils ont vu. Il consiste à déterminer ce que l'on peut établir à partir de leurs déclarations et ce qui demeure incertain. D'ailleurs, Ils se heurtent à une difficulté supplémentaire. Certains des témoins qu'ils considèrent comme les plus intéressants hésitent à parler. C'est particulièrement vrai pour les pilotes de ligne. Ils savent qu'une observation étrange peut les exposer au ridicule, voire leur valoir d'être temporairement écartés des commandes. Ruppelt rapporte même le témoignage d'un pilote qui lui aurait confié que même s'il voyait une fusée V2 voler elle contre elle à côté de lui au-dessus de Spokane, il ne dirait rien, il ne signalerait rien. Voilà qui complique singulièrement le travail des enquêteurs. Ceux qui sont les mieux placés pour observer certains phénomènes peuvent aussi être ceux qui ont le plus à perdre en les racontant. Reste alors une autre question. Que décrivent exactement ces témoins ? Ruppelt évoque des objets ou des lumières se déplaçant à des vitesses considérables, parfois accompagnées de retours radars difficiles à interpréter. Il rapporte des estimations allant jusqu'à plusieurs milliers de miles par heure, tout en reconnaissant les limites de certaines mesures. Mais un détail l'intéresse particulièrement. Dans les bons témoignages, les objets sont souvent décrits comme parfaitement silencieux, même lorsqu'ils semblent voler à basse altitude. Or, souligne-t-il, les systèmes de propulsion connus produisent du bruit. Comment expliquer ces observations ? Là encore, il ne donne pas de réponse. Et c'est précisément ce qui rend cette conférence intéressante aujourd'hui. En 1952, Ruppelt essaie de construire une méthode, de séparer les méprises possibles des cas qui résistent à l'analyse et de trouver des moyens de recueillir des données plus fiables. Mais pour comprendre ce que cela signifie concrètement, rien ne vaut une affaire précise. Et Ruppelt en a justement une à présenter. Une affaire qu'il considère comme l'une des plus intéressantes que son équipe ait eu à examiner. Elle se déroule au Texas, dans la ville de Lubbock. au cours de l'été 1951. Cinq professeurs de l'université Texas Tech sont assis dans une cour un soir en train de discuter de météores. Ils regardent le ciel lorsqu'un groupe de lumière passe au-dessus d'eux. Ils ne savent pas ce qu'ils viennent de voir, ils ne le comprennent pas. Et lorsque les lumières repassent une demi-heure plus tard, ils décident de ne pas en rester à une simple observation. Ils vont essayer de mesurer le phénomène. C'est le début de l'affaire des lumières de Luboc. Ruppelt raconte.
- Speaker #2
Au total, sur une période de cinq ou six nuits, ils observent douze vols de ces choses qui sont passées au-dessus d'eux.
- Speaker #1
Les professeurs pensent d'abord qu'il s'agit d'un missile développé par l'Air Force. et espèrent découvrir rapidement duquel il s'agit. Pour enquêter, ils mettent en place des systèmes de mesures rudimentaires, les angles des maisons et d'autres éléments de la cour pour déterminer l'angle de passage, un chronomètre pour le temps de passage et une ligne de base à 90° par rapport à la trajectoire, toujours la même, qui se produit à la même heure chaque nuit. Posté à chaque extrémité de cette ligne avec des tacky-walkies, et des appareils que Ruppelt décrit comme des théodolites faits maison, ils tentent d'obtenir une altitude. Sans succès, mais ils obtiennent malgré tout une mesure angulaire de 30 degrés par seconde. Ruppelt n'apprend l'affaire qu'un mois plus tard et rencontre les professeurs avec un a priori négatif. Ne cherchent-ils pas simplement à se faire de la publicité ? Quand ils découvrent parmi eux le chef du département de physique de Texas Tech et un astronome professionnel, Son premier a priori ne tient plus. De leur côté, les professeurs apprennent que le phénomène observé n'est pas lié à un missile et que l'Air Force elle-même s'interroge sérieusement sur la nature du phénomène. Bien sûr, cette information change leur perception de toute l'affaire. Quelques jours plus tard, un étudiant de Texas Tech surveille le ciel nocturne avec son appareil photo prêt à déclencher. C'est un bon photographe amateur, précise Ruppelt. Il se dit qu'il peut essayer de prendre un cliché des lumières dont on commence à parler un peu à Luboc. Soudain, il les voit. Elles sont plus sombres qu'il pensait, mais il tente sa chance. Il les prend avec son appareil photo Kodak 35 au dixième de seconde, avec une ouverture de 3,5 sur une pellicule plus X, en suivant leurs mouvements. Ce qui explique peut-être le flou des clichés, à moins que le flou ne vienne du mouvement des lumières elles-mêmes. Les photos sont analysées à la recherche de traces de trucage. Le service de sécurité de l'Air Force, l'OSI, interroge l'étudiant à trois reprises, lui proposant même de se rétracter discrètement. Il refuse.
- Speaker #3
Ce sont les photos de quelque chose qui a survolé Luboc. Je ne sais pas ce que c'est. J'ai pris les photos. C'est tout.
- Speaker #1
Et il signe. une déclaration sous serment. Une question surgit alors dans le public présent face à Ruppelt.
- Speaker #4
« Ces photos correspondent-elles à ce qu'ont vu les cinq témoins ? »
- Speaker #1
Ruppelt reprend la parole. Non, les professeurs ne reconnaissent pas ces photos qu'ils pensent truquer. Eux-mêmes avaient envisagé de photographier le phénomène, mais juger les lumières trop faibles pour impressionner une pellicule. Mais l'étudiant confirme. Il a mis deux jours à développer ces clichés, pensant justement n'obtenir aucune image, imaginant que les lumières n'auraient pas marqué la pellicule. Ruppelt passe en revue quelques techniques de trucage testées pour obtenir une photo similaire. Il va jusqu'à percer des trous dans une feuille noire en plaçant la pellicule dessous, mais jamais il ne parvient à trouver des éléments laissant penser à une falsification. En reproduisant la même exposition sur la même pellicule, tout en photographiant des planètes, Il note que la densité du négatif de l'étudiant est à peine supérieure à celle d'une planète très brillante photographiée de nuit. Il avance alors une hypothèse qu'il prend au sérieux. Un vol de canards, nombreux dans la région à cette période. Le dessous des volatiles aurait été éclairé par les lumières de la ville, donnant l'impression de boules lumineuses dans le ciel. Mais l'hypothèse ne colle pas au calcul des professeurs. Un test empirique est tout de même tenté sur place, jugé peu concluant. Les habitants de Luboc, eux, se divisent en deux camps qui interpellent Ruppelt directement. Les uns.
- Speaker #5
Je sais ce que sont ces lumières. Ce sont des canards. Parce que je les ai vus. Je voyais les ailes battre. Je les entendais. Je voyais leurs coups sortis. Et vous gaspillez l'argent du contribuable à chercher autre chose.
- Speaker #1
Et les autres.
- Speaker #6
Nous avons vécu à Loboc toute notre vie. Nous n'avons pas vu de canards en 30 ans. Donc ce ne sont pas des canards.
- Speaker #1
Ruppelt conclut. Résigné.
- Speaker #2
Sur ce cas-là. On se heurte à un mur.
- Speaker #1
Il change alors de sujet pour évoquer les boules de feu vertes, les Green Fireballs, dont on a déjà parlé dans notre hors-série estivale que je vous invite à écouter, et les expériences envisagées pour tenter d'en sarner la nature. Pourtant, Ruppelt n'en a pas fini avec Lubock. Il y revient. Car deux témoignages sur une route du Texas allaient relancer l'affaire. Deux ou trois jours après le développement des photos, deux femmes conduisent. Elles observent les plaines lorsqu'elles aperçoivent... Cette chose, décrite comme une toupie d'enfant, de couleur argentée, flottant au-dessus des prairies. Elle s'en approche, l'objet d'école. Ruppelt précise que l'enquête a pris leur témoignage au sérieux. Les deux femmes n'ayant aucune réputation de menteuses ou d'infabulatrices.
- Speaker #2
« Ce sont de bonnes vieilles fermières du Texas, c'est tout » ,
- Speaker #1
dit-il. Des femmes qui ne mettent aucun nom sur ce qu'elles ont vu. et qui attendent de Ruppelt une réponse qu'il n'a pas. Un autre témoignage vient encore épaissir le mystère. Deux heures avant que l'étudiant prenne ses photos, à 500 km de Lubbock, un garde de la base de Sandia et sa femme, dans leur jardin, voit une grande forme sombre traverser le ciel. Ils observent une silhouette façon aile volante, terrifiante, car volant extrêmement bas, environ 150 pieds, une quarantaine de mètres, avec des lumières interprétées comme des petites flammes d'échappement visibles à l'arrière. Ruppelt dresse le portrait du couple comme il l'a fait pour les deux fermières. L'homme, garde à Sandia depuis des années, est jugé totalement fiable. On n'engage pas, rappelle-t-il. des personnes instables sur un site aussi stratégique. Quand l'OSI montre aux témoins les photos de l'étudiant, il reconnaît les lumières comme celles qu'il avait observées. Laissant Ruppelt conclure lui-même sur Luboc, avec une phrase qui a le mérite de la franchise.
- Speaker #2
« C'est probablement une coïncidence, mais encore une fois, on ne peut pas dire que c'en est une. » On n'arrive pas à réunir assez de faits pour jamais l'établir avec certitude, mais c'est une de ces choses qui reste passionnante à étudier. Ça peut vous rendre fou à la longue, mais on essaie de continuer quand même.
- Speaker #1
Continuer, c'est bien le mot. Car pour Ruppelt, l'enjeu n'est pas seulement de savoir ce que les témoins ont vu. Il faut trouver un moyen de sortir de cette succession de récits et d'hypothèses. Il faut des données plus solides, des mesures que l'on puisse vérifier, confronter et surtout interpréter correctement. Et justement, en 1952, un outil semble pouvoir changer la donne, le radar. Contrairement à un témoin qui décrit une lumière dans le ciel, un opérateur radar dispose d'une trace sur un écran. Quelque chose apparaît, se déplace, parfois à une vitesse qui paraît considérable. On pourrait croire que l'on tient enfin un élément plus concret. Mais Ruppelt sait déjà qu'un écho-radar ne raconte pas toute l'histoire. Et l'une des affaires qu'il évoque devant son auditoire va le montrer de façon assez spectaculaire.
- Speaker #0
Le podcast.
- Speaker #1
Dans le New Jersey, des pilotes de T-33 signalent un objet qu'ils poursuivent sans parvenir à le rattraper. L'affaire attire l'attention. Puis les radars de la région commencent à détecter des échos qui semblent filer dans toutes les directions. Certaines vitesses calculées atteignent 3500 miles par heure. Si on fait la conversion, ça fait du 5600 km heure. On est très loin du ballon météo qui dérive tranquillement dans le ciel. Ruppelt et son équipe se rendent donc sur place et finissent par comprendre ce qui s'est passé. Leur enquête leur réserve en effet une première surprise. Les pilotes ont bien poursuivi quelque chose. Mais ce quelque chose était un immense ballon météo lancé depuis Fort Monmouth. Ils avaient mal évalué sa distance et par conséquent sa taille et son déplacement apparent. Reste le plus intéressant, les écho-radars. Au moment où ils apparaissent, une équipe composée principalement d'étudiants est en train de faire une démonstration devant des officiers supérieurs. Les opérateurs sont déstabilisés, n'arrivent pas à verrouiller automatiquement les échos et les interprètent comme des cibles se déplaçant à une vitesse phénoménale. Et Ruppelt apprend que le ballon, lui, est équipé de réflecteurs radar, ce qui facilite sa détection. Et il y a un dernier détail, assez révélateur. Après l'alerte donnée par les pilotes, les opérateurs ont reçu une consigne. Allez regarder les écrans d'urgence et chercher ces mystérieux objets volants. Ils les ont trouvés. L'histoire est intéressante parce qu'elle ne se résume pas à un canular ou à une erreur grossière. Il y a un ballon réel, des pilotes qui se trompent sur ce qu'ils observent, des écho-radars, des opérateurs sous pression et des mesures mal interprétées. Et c'est la combinaison de tous ces éléments qui produit une affaire beaucoup plus spectaculaire qu'adnée réellement. Pour Ruppelt, c'est une leçon importante. Même lorsqu'un phénomène est détecté par un instrument, il faut encore comprendre ce qu'on mesure. Et il raconte une seconde histoire plus brève qui pousse le raisonnement dans une direction presque comique. Un opérateur radar repère deux échos qui semblent se diriger droit vers un C-47 en approche. La tour de contrôle tente de prévenir les appareils concernés par radio. Elle lance un appel aux deux avions non identifiés. Et au moment même où le message est diffusé, les deux échos changent de cap. Alors, que faut-il en conclure ? Que les objets ont réagi à l'avertissement, qu'ils ont compris qu'on les avait repérés, ou qu'une coïncidence a donné à cette séquence une apparence particulièrement troublante. Ruppelt pousse l'histoire jusqu'à sa conclusion la plus amusante. Si ces objets ont changé de direction en attendant le message radio, c'est qu'ils doivent parler anglais.
- Speaker #2
C'est à peu près la seule conclusion qu'on puisse tirer, ils doivent parler anglais.
- Speaker #1
La salle peut sourire, mais derrière la plaisanterie, la difficulté reste entière. Une succession d'événements peut sembler raconter une histoire très convaincante. sans que l'on puisse démontrer que les événements sont liés. Nous voilà donc au terme de ce voyage dans les dossiers de 1952. Nous avons rencontré des professeurs qui tentent de mesurer les lumières au-dessus de Luboc, un étudiant dont les photographies résistent aux tentatives d'explication. Des témoins qui décrivent des formes très différentes, puis des radars qui enregistrent des échos spectaculaires, parfois explicables, parfois beaucoup plus difficiles à interpréter. Et au milieu de tout cela, il y a le capitaine Ruppelt. Il ne prétend pas résoudre le problème. Il ne veut pas non plus accepter sans examen toutes les histoires d'engins extraordinaires, ni tout ramener systématiquement à des ballons ou à des météores. Il cherche une position intermédiaire. Enquêter, tester les hypothèses, reconnaître ce que l'on sait et ne pas masquer ce qu'on ne sait pas, ce que l'on ignore. Il résume sa position par cette phrase.
- Speaker #2
On essaie de rester au milieu de la route.
- Speaker #1
C'est dans cet esprit qu'il évoque plusieurs pistes pour améliorer les investigations. Des appareils photographiques capables d'analyser la lumière. des caméras associées aux écrans radars, ou encore des systèmes permettant de déclencher une prise de vue lorsqu'un écho inhabituel apparaît. En 1952, ces propositions sont encore des pistes de travail. Ruppelt réfléchit aux moyens de transformer ces observations fugaces en données exploitables. Et c'est précisément là que nous allons retrouver Julien. Car, près de 75 ans plus tard, Comment enquête-t-on sur un phénomène aérien inexpliqué ? Est-ce qu'on a beaucoup avancé dans l'identification du phénomène ? Quelles méthodes ont été développées depuis l'époque de Ruppelt ? C'est ce que nous allons essayer de comprendre ensemble. Avant de passer la parole à Julien, un petit mot sur la source de ce qu'on vient de raconter. Cette conférence de Ruppelt fait partie de la sixième vague de divulgation américaine sur les OVNI, publiée en septembre dernier, donc septembre 2026, par le Pentagone. Dans ce même lot de documents se trouvait aussi, soit dit en passant, le film de Tremonton. Mais attention, c'est pas Ruppelt qui en parle dans notre document. Ce film a été tourné en juillet 1952, quelques mois après cette conférence. Les deux se trouvent juste dans la même déclassification, et c'est des cas qui se ressemblent un peu, mais c'est tout. Et puisqu'on parle de ce qu'on n'a pas raconté, Ruppelt aborde dans ce briefing bien d'autres sujets qu'on a choisi de laisser de côté pour l'épisode, parce que sinon il aurait été trop riche. Les boules de feu vertes au Nouveau-Mexique, bien sûr, mais il évoque également le cas Mantel, un pilote qui aurait été tué lors d'une poursuite avec un ovni. Il parle aussi de la manière dont la presse traite ces informations.
- Speaker #0
Et là, il a fallu faire des choix, mais je pense que ça méritera peut-être un épisode à part un jour, parce que ces épisodes de Mantel et tout ça, c'est quand même des cas qui sont vraiment très très impressionnants. En attendant, c'est le moment d'accueillir Julien. On retourne maintenant en 1952. Julien, toi qui es enquêteur au Geipan, Ruppelt semble déjà avoir une vision un petit peu moderne de l'enquête sur les ovnis. Alors, est-ce que, voilà, est-ce que toi, comment tu peux juger sa démarche, si c'est des choses qui t'ont marqué ? Et est-ce que tu peux, à la lumière des méthodes actuelles du GEPA, en revenir un peu sur ce que raconte Ruppelt ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'on peut le considérer comme un précurseur. Parce que si on revient sur le contexte, là il reçoit 800 signalements accumulés par l'US Air Force, avec des enquêtes qui ont été faites là-dessus sur des qualités très inégales. Il y a notamment des explications qui ont été données de façon très expéditive. Et quand tu sors l'hypothèse de l'hystérie collective, c'est que vraiment t'as plus rien à dire. Donc Ruppelt, ce qu'est-ce qu'il fait ? Il lui reprend les dossiers. Il réorganise et recoupe. Et donc, son principe essentiel, c'est qu'une explication plausible n'est pas une explication démontrée. Ça, c'est intéressant, parce que justement, on pourrait s'appuyer sur son instinct ou quoi que ce soit. Non, lui, il veut faire de la science ou de l'enquête. L'exemple qu'il donne, c'est les ballons météorologiques. OK, on sait qu'il y a un ballon à un endroit. Ce n'est pas une explication suffisante pour dire que c'est lié à l'explication. Il faut confronter ça à l'heure du lancement, la trajectoire des vents, la position du témoin, etc. Et ça, ça rappelle... évidemment l'approche du Geipan, où tu as des procédures structurées, des recoupements, et il y a aussi une autre notion en commun, il insiste beaucoup sur la mobilisation des experts. C'est-à-dire, si c'est une problématique astronomique, allons voir des astronomes, si c'est aéronautique, allons voir des pilotes, ça aussi c'est un point commun avec le Geipan, qui a avec son fameux collège d'experts, qu'on peut solliciter si on a besoin d'une expertise un peu pointue. Et l'autre point commun aussi, et qui n'est pas commun à tous les ufologues, c'est que C'est une espèce d'humilité qui consiste à accepter qu'une enquête sérieuse puisse se terminer sans conclusion. Le fameux cas D ou C en France. Et ça, c'est quelque chose que j'aime bien, parce que justement, c'est une démarche un peu humble et qui ne cherche pas à expliquer à tout prix et qui ne cherche pas non plus l'extraordinaire à tout prix.
- Speaker #0
Voilà, oui, c'est vrai qu'on est passé très vite dessus sur la présentation qu'on a faite sur la première partie du podcast, mais Ruppelt évoque un groupe qui est sensible. à cette cause de la recherche autour des OVNI, et qui peut mettre à disposition des astronomes, des gens qui font de la revue de presse, enfin tout un tas de choses qui sont utiles à Ruppelt quand il en a besoin, et c'est ça qui lui manque.
- Speaker #2
Le Battelle Memorial Institute, souvent appelé Battelle, est une organisation privée à but non lucratif spécialisée dans la recherche scientifique, le développement technologique et la gestion de laboratoires.
- Speaker #0
Et finalement, à t'écouter, Ruppelt... pose déjà certaines bases méthodologiques qu'on retrouve aujourd'hui.
- Speaker #1
Oui, absolument. Donc oui, quelque part, ce qu'on disait au début, c'est un précurseur, parce que c'est quelqu'un qui essaie d'étudier de façon méthodique et avec des procédures un peu structurées, un phénomène qui jusqu'à présent était un peu traité, on l'a vu, traité de façon un peu légère.
- Speaker #0
Oui, et puis il précise bien que dans les organismes de recherche, tu avais vraiment deux groupes très distincts et qui se faisaient un peu la guerre. les tenants de l'hypothèse extraterrestre et les autres qui pensaient que c'était des armes éventuellement d'ennemis, etc. Et qu'effectivement, il y a des gens qui se sont engouffrés là-dedans, et ça, ça fait partie aussi des choses qu'il développe dans son propos, mais qu'on n'a pas trop abordé, nous.
- Speaker #1
Oui, mais ça, on est bien placés, nous, pour savoir que c'est pas évident d'avoir cette position médiane, de ne pas aller voir des ovnis partout, des extraterrestres partout, et de ne pas vouloir tout expliquer à tout prix non plus. Une position un peu médiane, c'est pas évident, parce qu'on se sent gueulés par les deux.
- Speaker #0
Voilà, comme il dit, il faut essayer de rester au milieu de la route. Alors, c'est pas valable pour tout, mais là, pour le coup, ça serait pas mal. C'est pas mal d'essayés en tout cas. Et puis donc, il arrive, Ruppelt, à parler des statistiques. Et alors là aussi, ça a fait un petit peu parler parce que lui, il avance 20% de cas non expliqués sur toutes les enquêtes qu'il a faites. Et en plus, il parle de témoignages qualifiés, c'est-à-dire de bons témoignages. Donc, est-ce que maintenant le Geipan, lui, en compte 3%, il y a beaucoup d'ufologues qui sont venus là-dessus en disant, voilà... Donc on nous cache vraiment des trucs, parce que c'est passé de 20% et on le voit, de choses non expliquées, maintenant à 3%, donc vraiment, c'est qu'on nous cache un certain nombre de cas qui ont maintenant été expliqués, alors qu'on voit bien que le mystère était vraiment plus grand. Donc est-ce qu'il a reculé le mystère ?
- Speaker #1
En fait, oui, il ne faut rien dire de prudence, parce que là, on parle de catégories différentes, de populations étudiées différentes, donc il ne faut pas comparer les chouilles et les patates. Chez Ruppelt, c'est à 60% qu'il a identifié, 20% probablement identifié, et 20%... inexpliquées. Ça correspond à peu près aux catégories ABCD du Geipan, où on a A, identifié, 28%, B, 39%, probablement identifié, C, 30%, information insuffisante, et D, des effectivement les 3% inexpliqués après enquête. Mais ce qu'en fait nous, ce qu'on fait au Geipan, c'est la distinction, qui pour moi est vraiment fondamentale, entre l'absence d'explication parce qu'on n'a pas pu faire d'enquête et l'absence d'explication après enquête. Pour moi, la distinction est vraiment très importante. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. Alors, ce qui est un peu étonnant dans les chiffres que tu avances, que moi je n'avais jamais fait attention, c'est les 30% de cas C. C'est vraiment important. Après, d'un tiers des dossiers, Donc, sans conclusion possible, pour faute d'information, comment expliquer aussi la diminution des KD ? Parce que c'est vrai que tomber à 3%, c'est vraiment énorme.
- Speaker #1
Oui, sur les KC, oui, effectivement, il y a beaucoup de cas où le témoignage est trop léger, et puis on peut corriger ça à rien du tout. Bon, on n'a pas d'information, qu'est-ce que tu veux faire ? Une enquête. Et puis sur la diminution des KD, c'est vrai aussi que le pourcentage des KD au Geipan a diminué. Ça s'explique par l'amélioration des moyens d'investigation, d'abord. On en a beaucoup parlé, on a beaucoup de moyens pour... étudier les données aéronautiques et les calculs astronomiques, en analyse d'images aussi, etc. Et puis aussi, un truc qui peut aussi altérer les statistiques, c'est qu'on a beaucoup de signalements très ordinaires et qui sont très facilement identifiés. Les Starlink, les lanternes thaïlandaises, etc. Statistiquement, si on a beaucoup de cas expliqués facilement, ça vient diminuer le pourcentage des cas.
- Speaker #0
C'est des modèles qui peuvent se répéter. Quand c'est identifié, ça l'est.
- Speaker #1
Ils sont identifiés très tôt. Et puis aussi, il y a une différence sur les dossiers. C'est-à-dire que chez Ruppelt, on parle d'observation militaire, parce que c'est un militaire,
- Speaker #0
principalement,
- Speaker #1
et en pleine guerre froide, tandis qu'au Gépin, c'est des témoignages du grand public et en période de réellement tranquille. Donc, c'est difficile de conclure, de comparer directement et de dire que la proportion du phénomène a été divisée par 7. Ce n'est pas tout à fait ça.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. C'est vrai que, comme tu l'as dit, Là, tout restait à construire. Donc, c'était 20%. Et je crois que le Geipan, au début de son existence, avait également 20% de cas inexistants. Oui,
- Speaker #1
ça a évolué.
- Speaker #0
Parce qu'en fait, comme tu dis, dans ces 20%, il y a des choses qu'on va identifier et qui vont se répercuter.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de cas qui ont été repris plus tard avec des méthodes modernes et qui ont été expliquées.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Alors, il y a un autre souhait qu'aimait Ruppelt dans sa conférence, c'est le fait d'en faire obtenir des mesures. Il voudrait un petit peu, on l'a dit, dépasser les témoignages, dépasser juste les hypothèses basées sur les témoignages pour essayer d'avoir du matériel. Et donc, il parle par exemple d'associer la photographie et le radar. C'est marrant parce qu'en lisant ça et en me rappelant les rencontres qu'il y a eu à l'Assemblée nationale au mois de juin, qu'on a évoquées dans notre hors-série cet été, les questions restent les mêmes, les souhaits restent les mêmes. Maintenant, on parle de data, avant on parlait de données. Ce qui veut dire à peu près la même chose. Mais c'est vrai que c'est fou de voir qu'en fait, on en est toujours à réclamer ça.
- Speaker #1
C'est rigolo parce que là, il est très américain dans sa démarche finalement. Parce que si on regarde les différences d'approche, la NASA a fait un groupe d'études. La conclusion, c'était qu'on a besoin de plus de données. Il nous faut des capteurs, il nous faut des caméras, il nous faut des machins. L'approche française, c'est plutôt s'appuyer sur le témoignage en priorité. Parce que les données, c'est très compliqué à capter. Il faudrait mailler le territoire de caméra. Le nombre d'artefacts, de faux positifs, il est, évidemment, à tous les avions, les Starlink qui sont dans l'air. C'est très compliqué. Donc, pour l'instant, l'approche française, en tout cas, consiste plutôt à partir du témoignage. Et quand il y a des données, on les prend, bien sûr, mais pas compter dessus.
- Speaker #0
Donc, il propose. Il le dit lui-même, en fait. Encore faut-il savoir ce qu'on étudie. Quand il parle des traces radar, il montre qu'une trace radar ne signifie absolument pas qu'on a quelque chose de formidables dans le ciel et qu'elle dit une vérité.
- Speaker #1
Non, puis après, il faut corréler ça avec d'autres informations. Ce qu'il propose, justement, c'est de corréler les radars avec des caméras. Mettre sur chaque radar une caméra pour enregistrer simultanément le même événement avec deux instruments indépendants, pour comparer sur l'éco-radar et le visuel, qu'est-ce que ça donne. Après, la difficulté, c'est que il faut démontrer que les capteurs observent réellement le même phénomène. En fait, on a toujours le même problème depuis 1952, c'est-à-dire que combien il faudrait mettre de caméras, combien il faudrait mettre de radars partout. Donc c'est toujours la même problématique. Et pour parler du Geipan, forcément ça les intéresserait d'avoir ça, mais c'est pas leur rôle. Le Geipan, il n'y a pas de réseau de surveillance du ciel parce que c'est pas son rôle. Le Geipan, son rôle c'est de répondre à l'étrangeté perçue par les gens. Donc oui, ça les intéresserait d'avoir ça, mais c'est pas leur rôle.
- Speaker #0
effectivement il parle de milliers de militaires qui voudraient équiper et faire un réseau d'alerte etc mais voilà ça c'est toujours la vision américaine puisque c'est dans les bases militaires c'est vraiment ça en France on est le réseau fripon ce qui est un réseau de caméras qui surveille les
- Speaker #1
bolides les météorites donc effectivement de temps en temps on fait appel à eux pour voir s'ils n'ont pas capté quelque chose mais bon ce genre de réseau Effectivement, il passe plus de temps à éliminer les faux positifs qu'à détecter les choses. C'est très compliqué.
- Speaker #0
Bien sûr. Et si on revient justement à ces datas et à ces données, Ruppelt étudie notamment les célèbres photographies des lumières de Lubbock prises en 1951. Alors, je reviens un petit peu à l'expo que j'ai vue cet été à Arles sur les photographies d'Ovni, où effectivement, l'auteur disait que les photos semblaient être comme une preuve. jusqu'au moment où on se dit, mais ces photos d'OVNI, finalement, les photos ne suffisent pas. Ce n'est pas forcément une preuve, puisqu'on voit des photos trafiquées, du trafic de photos également, qui sont vendues assez cher. Et aujourd'hui, la multiplication des vidéos et des photos grâce au smartphone est réelle. Donc, le problème, c'est, est-ce que ces images permettent de mieux enquêter ?
- Speaker #1
Alors, pour revenir sur Luboc... Effectivement, Ruppelt, il a une vraie démarche d'enquêteur, comme on pourrait le faire maintenant. Il examine les négatifs, il dérègle l'âge de l'appareil, les possibilités de trucage. Maintenant, on fait la même chose, mais en numérique, bien sûr. Et effectivement, il n'a pu démontrer aucune falsification. Mais par contre, ça n'a pas permis d'identifier de façon certaine le phénomène photographié. Donc, il y a eu cette hypothèse, c'est vrai qu'on voit la photo, ça évoque un grand V, ça évoque des oiseaux migrateurs, forcément. Donc, il y a des hypothèses d'oiseaux qui sont éclairés par les lumières de la ville. Mais cette démonstration n'a pas été établie formellement.
- Speaker #0
Il faut dire que l'éclairage de la ville était au gaz, je ne sais pas quoi. Et en fait, ça faisait un truc qui était une lumière bleutée qui pouvait se refléter particulièrement sur certains oiseaux. Mais c'est vrai qu'apparemment, ils ont fait l'expérience. Ce n'était pas très probant.
- Speaker #1
Pour que ça éclaire assez, pour que ça apparaisse sur une photo, surtout à l'époque, c'est vrai que c'est un peu compliqué. Et du coup, c'est assez marrant de voir qu'il a eu les mêmes problématiques qu'on a maintenant finalement. La première partie, c'est de qualifier l'authenticité d'une image. Est-ce qu'elle a été falsifiée ou pas ? Nous, on fait pareil. Avec Ipaco, d'abord, on regarde est-ce que les métadonnées ont été altérées ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui peut indiquer quelque chose comme quoi l'image a été trafiquée ? Et ensuite, une fois que la réponse est non, le contenu, ça ne dit rien de son contenu. Donc, c'est deux questions et deux analyses distinctes. Effectivement, le dossier qu'on a au Geipan Ipaco, il permet de faire les deux. permet de faire le... l'authentification de l'image, et puis après, tout ce qui est analyse géométrique, recherche d'artefacts optiques, exploitation des caractéristiques de l'image, et puis des mesures quand les données le permettent.
- Speaker #0
Ça veut dire qu'une vidéo moderne, qui aurait tendance à être beaucoup plus nette que ses anciennes photos, ne serait pas forcément plus probante que cette ancienne photo un peu floue.
- Speaker #1
Ce qu'on a beaucoup comme film, il y en a des films, mais ce qu'on a beaucoup, c'est un point lumineux filmé dans un ciel noir. T'as pas de repère de distance, t'as pas de repère de vitesse angulaire, rien. Là-dessus, c'est impossible de calculer la taille ou la vitesse réelle, parce que tu connais pas la distance. Donc finalement, les outils numériques, ils peuvent pas reconstituer une information qui n'a jamais été enregistrée. Ils peuvent pas inventer des trucs. Et en plus, le numérique, il amène de nouveaux problèmes. La compression des données, ça fait comme énorme, il y a des informations qui sont soit altérées, soit ajoutées par ces algorithmes. Il y a des reflets internes et puis il y a toujours l'histoire des insectes proches de l'objectif qu'on prend en flash. Donc tous ces problèmes-là, ça ne change pas. Et donc la question scientifique, finalement, elle reste inchangée. Qu'est-ce que permet de démontrer une image ?
- Speaker #0
On peut peut-être renvoyer, pour ceux que ça intéresse, à ça, à l'épisode qu'on avait fait, je pense qu'on avait appelé ça les images d'OVNI ou les photos visées au OVNI, qu'on avait fait avec l'enquêteur du Geipan qui est... spécialiste du logiciel Ipaco et du traitement des images. Antoine Cousin, si ça vous intéresse.
- Speaker #2
En 1952,
- Speaker #0
les principales sources de méprise, tu en as déjà un peu parlé, bien sûr. C'était les avions, les ballons, peut-être les hélicoptères, les météores. Alors les oiseaux, on l'a vu parce que le film de Tremonton dont je parlais, qui n'a pas été traité par Ruppelt, l'un de la conférence, mais qui est dans le dossier de divulgation, ce sont des oiseaux, des phénomènes atmosphériques, etc. Mais aujourd'hui, on a d'autres choses qui arrivent dans le ciel, comme les satellites qu'il n'y avait pas à l'époque, les drones qu'il n'y avait pas à l'époque, ou très peu certainement, des constellations orbitales, des rentrées atmosphériques, ça il y en avait aussi à l'époque, mais voilà. Les enquêteurs, est-ce qu'ils doivent désormais connaître beaucoup plus de phénomènes pour enquêter ?
- Speaker #1
Oui, absolument. L'explication avec les oiseaux, ce n'est pas déconnant du tout. J'ai eu un cas comme ça notamment. Quelqu'un qui regardait à l'horizon, il voyait des boules blanches qui évoluaient comme ça dans le ciel. Et j'ai pu démontrer que c'était au-dessus d'un marais dans lequel il y avait des cigognes blanches. Et que ce jour-là, il y avait des trouées de percées dans des nuages qui ont éclairé directement le phénomène alors que le ciel était sombre. Et donc effectivement, ça arrive. C'est pas déconnant, et c'est pour ça que d'ailleurs, au Geipan, parmi les experts, il y a des astronomes, bien sûr, il y a des pilotes d'avion, etc., mais il y a un ornithologue. Parce que, effectivement, c'est quelque chose qu'il y a à considérer. Et puis donc, c'est vrai que par rapport au ciel de 1952, notre ciel à nous de 2026, il a beaucoup évolué, notamment en raison de la multiplication des activités humaines dans le ciel, et évidemment dans l'espace. Il y a des nouveaux phénomènes visuels qui sont venus surprendre les témoins. L'exemple typique, toujours, c'est Starlink. Starlink, il y a eu des observations qu'on a pu tous faire maintenant dans le ciel. On se souvient tous, la première fois qu'on a vu des Starlink, c'était hallucinant.
- Speaker #0
Oui, très très surprenant.
- Speaker #1
C'était très surprenant. Et puis les Starlink maintenant, qu'il y en a beaucoup plus. Voir l'épisode qu'on a fait récemment sur les observations de pilotes d'avion. Maintenant, il y a des lumières qui semblent apparaître, disparaître, qui surprennent beaucoup. y compris des pilotes très chevronnés, peut-être qu'on fera un épisode là-dessus bientôt, et qui sont une nouvelle source de méprise causée par la multiplicité des satellites de Starlink. Ils en ont plus de 10 000, je ne sais même plus combien. Donc effectivement, il y a tellement de satellites qui peuvent passer au même endroit du ciel et être éclairés sous un angle particulier. Ils donnent l'impression d'apparaître sous forme de petits flamèges comme ça. Et cet effet de succession, ça peut donner l'impression de mouvements complexes. et ça peut tromper ça,
- Speaker #0
même les pilotes les plus aguerris donc effectivement il y a beaucoup plus d'explications maintenant qu'à l'époque on a déjà posé la question dans le podcast mais c'est pas mal d'y revenir on peut se demander quand même pourquoi ces pilotes expérimentés sont-ils trompés par des choses aussi on pense qu'ils devraient connaître ça on a un témoignage au Gépin il faut qu'on fasse un épisode là-dessus bientôt
- Speaker #1
On a un épisode d'un pilote aiguerri, 43 ans d'expérience, qui volait dans une zone sensible entre le Pakistan, l'Inde, je ne sais plus trop quoi, un endroit un peu sensible, et il voyait des petites flamèches partout, mais tout simplement il n'avait jamais vu ça en 43 ans. Ça, ça arrive depuis 3-4 ans, qu'il y ait autant de cette zone dans le ciel pour provoquer ce phénomène. Et ce pilote-là était très surpris et... se demander s'il n'y avait pas derrière une activité militaire cachée ou quelque chose comme ça. Parce que c'était vraiment très surprenant. J'ai vu la vidéo, il a pris une vidéo avec son téléphone. C'est vrai que c'est un peu Star Wars. Il y a des flamèges dans le ciel dans tous les sens, dans un endroit sur Terre où il y a beaucoup de conflits.
- Speaker #0
C'est toujours lourd. On en revient presque aux années 50, tu sais, par la guerre froide, où justement les gens s'attendent à avoir des armes un peu particulières, etc. Donc là... Lui, il s'interroge, est-ce que c'est une arme ? Est-ce que c'est des armes, des nouvelles armes ? Est-ce que c'est d'autres choses ?
- Speaker #1
Oui, il s'est demandé si c'était pas des manœuvres militaires d'avions de chasse ou des drones, mais il dit que la trajectoire est très étrange et puis ça disparaît. Ou alors, est-ce que c'est des faisceaux ? Enfin bon, il y a une explication qui est donnée et qui a été, pour le coup, prouvée scientifiquement. Et donc, quoi, c'est ça, les progrès technologiques, ça crée de nouvelles sources de méprise.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Alors, M. Jeff serait là, il te dirait... Oui, dans les années 50, c'était les ballons, maintenant c'est les drones. Et c'est vrai qu'on a fait plein d'émissions. Nous, je me rappelle, par exemple, une lumière verte, dans un pré qu'une dame voit le matin en allant embaucher. À part le drone, tu te dis, si c'est pas ça, qu'est-ce que ça peut bien être ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'à cette époque, ils aimaient bien les ballons.
- Speaker #0
Oui, voilà. Et c'est vrai que maintenant, on aime bien les drones. Mais voilà, je pense que... Comme le dit Ruppelt, si on doit dire que c'est un drone comme lui il disait que c'était, il faut savoir d'où il a décollé, quand il a décollé, est-ce qu'il était au bon endroit, etc.
- Speaker #1
Et c'est là qu'on a les limites, c'est que les vols de drones ne sont pas tous déclarés dans le delà. Bien sûr. Ils devraient l'être.
- Speaker #0
De plus en plus.
- Speaker #1
Ils devraient l'être, mais ils ne sont pas. Pareil pour les lanternes et puis des choses comme ça, c'est compliqué de prouver qu'il est lâché.
- Speaker #0
Bien sûr. Donc, pour en revenir à Ruppelt, lui il travaille pour l'US Air Force, on l'a déjà dit, donc en pleine gare froide. Il y a un contexte vraiment particulier. Le GEPOR, lui, il dépend du CNES, du Centre National d'Études Spatiales, et il poursuit des objectifs un peu différents. Donc, est-ce qu'il y a des conséquences sur la manière d'enquêter quand on enquête pour l'armée ou quand on enquête pour les civils en temps de paix ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, parce que lui, pour Ruppelt, il y a clairement une dimension stratégique et militaire, c'est lui-même un militaire. Son objectif, c'est de rendre compte aux autorités militaires de est-ce qu'il y a une éventuelle technologie étrangère et quels sont les éventuels, toujours, implication pour la défense. C'est ça son objectif. C'est pas de brouiller les extraterrestres. Pour le Geipan, alors le Geipan c'est une autre mission parce que c'est un organisme civil. C'est une mission d'études et d'informations qui consiste à recueillir les témoignages, analyser les observations, s'il faut mobiliser des compétences scientifiques techniques, et puis après, le I, le Geipan, informer, publier les dossiers et leurs conclusions. Donc, on l'a dit tout à l'heure, là-dedans, aucune mission opérationnelle. de surveillance du ciel, ça c'est le CNOAC, c'est les militaires, le Geipan ne fait pas ça. Il n'a aucune mission de sécurité nationale. Donc le contexte, les enjeux, c'est là que ça diverge un petit peu entre Ruppelt et le Geipan, là ça n'a rien à voir pour le coup.
- Speaker #0
Oui, même si à l'origine, avec la crise des ormissiles, comme le dit M. Jeff, peut-être il y avait une volonté de savoir un peu ce qui se passait dans notre ciel, également du côté militaire.
- Speaker #1
Ça alors je suis demandé à Yves Sillard, qui a fondé le Geipan.
- Speaker #0
Et puis quoi qu'il en soit, maintenant, c'est vrai que les missions elles sont... très largement sur le civil et très peu sur le militaire.
- Speaker #1
En fait, on s'appuie sur les données militaires. On a des partenariats avec les militaires qui nous donnent justement les cartes CNOA, les cartes des radars. Mais par contre, il n'y a aucune mission qui est de détecter des forces étrangères. Non, c'est le CNOA qui fait ça. Là, les militaires sont plutôt en mode collaboratif. Ils donnent le minimum d'informations dont on a besoin, évidemment. J'ai un exemple. Par exemple, une fois, j'avais un cas où j'avais quelqu'un qui voyait des... point lumineux qui faisait des trajectoires bizarres. Alors je prends la carte, je trace le trait, je tombe pile sur une base aérienne. Et la réponse des militaires, on les a interrogés, c'était « oui, c'était nous » . C'était pas plus, c'était pas « c'était tel avion qui a fait telle manœuvre » . Évidemment, à la limite, on n'a pas le savoir.
- Speaker #0
Oui, oui, il y a des secrets là-dedans.
- Speaker #1
Ils collaborent, mais par contre, oui, j'ai pas tellement vu qu'ils étaient la source de beaucoup d'informations.
- Speaker #0
Et bon, voilà, donc en guise de conclusion, maintenant on est 74 ans plus tard, quand même, 1972-2026. Que penserait, d'après toi, Ruppelt des moyens dont disposent les enquêteurs modernes, avec les ordinateurs, les satellites, les radars numériques, les logiciels d'analyse ? Je pense qu'il ne pouvait pas imaginer tout ce qui allait se développer en 1952.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'il aurait été content d'avoir tous ces outils à l'époque, parce que quand tu te retrouves face à 800 cas comme ça à traiter, pas évident. Donc je pense qu'il constaterait effectivement des progrès considérables avec tous les outils numériques qu'on a maintenant pour la capacité à identifier les phénomènes connus. On a des méthodes d'enquête aussi qui sont beaucoup, évidemment, plus structuré qu'à l'époque, avec des sources de données très nombreuses, mais par contre, qu'est-ce qu'on peut en tirer, ce n'est pas toujours évident. Donc finalement, on reste un peu avec les limites qu'il avait à l'époque, c'est-à-dire déjà les témoignages, qu'est-ce qu'on peut prendre comme acquis d'un témoignage ou qu'est-ce qu'on doit remettre en cause. Il y a l'absence de mesures instrumentales aussi, malgré tous les capteurs qu'il y a partout. C'est rare d'avoir une donnée pertinente avec un éco-radar corrélé avec une observation, c'est très rare. Et on a toujours une difficulté qui est très humaine à estimer les distances, on en parle avec chaque épisode.
- Speaker #0
Les billets sont fort les mêmes en 52 !
- Speaker #1
Estimer les distances, les dimensions, les vitesses, c'est très très compliqué, surtout quand c'est un objet dans le ciel sans repère. Et puis toujours aussi la même difficulté qui est un peu inhérente à l'activité de l'ufologie, c'est quand on veut faire de la science, il y a cet aspect de reproductibilité qui est important, qu'on n'a pas là, on ne peut pas reproduire une observation ponctuelle. Voilà, c'est comme ça. Donc effectivement... Ruppel, peut-être que maintenant, il dirait « OK, vous avez plein plein d'outils, mais est-ce que vous avez réussi à obtenir de bonnes mesures ? »
- Speaker #0
Voilà. C'est peut-être ça, la bonne conclusion à donner à tout ça. On le disait un petit peu par rapport à ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale au mois de juin, où les questions et les interrogations se ressemblent beaucoup avec celles de 52.
- Speaker #2
Voilà pour ce briefing de mars 1952. Dans la foulée, le projet est relancé sous un nom qui entrera dans l'histoire. Project Blue Book. Mais avant Blue Book, il y a eu cette salle, ce magnétophone, et un capitaine qui reconnaissait avec franchise qu'il manquait surtout de faits. Malgré 74 ans de progrès techniques, la réponse reste parfois difficile à donner. Retrouvez Dossier OVNI sur les réseaux sociaux. Et comme toujours, tournez la tête vers le ciel, mais gardez les pieds sur Terre.