Speaker #0Canard laqué. Il y a quelques années, il m'est arrivé une histoire qu'on pourrait qualifier de fort embarrassante. Nous sommes en vacances avec celle qui va bientôt devenir ma femme dans la résidence secondaire de mes parents. Il nous vient alors l'idée de partir en vadrouille en Bretagne. L'itinéraire prévu est de passer une grande partie de l'après-midi dans la forêt de Brosséliande et de terminer la journée à Vannes. La balade en forêt est... particulièrement agréable en cette chaude journée d'été. Cela nous change un peu de notre routine de vacances qui consiste habituellement à ne rien faire de la journée sur la plage. La marche nous fait un bien fou, mais nous arrivons à Vannes affamés. Nous nous mettons donc à la recherche d'un restaurant pour dîner. Mais n'ayant réservé nulle part, nous finissons par atterrir dans un restaurant chinois où il n'y a apparemment personne. Restaurant en somme toute réputé sur internet par les habitués du coin. et qui fait aussi traiteur. Il y a donc d'un côté les tables et les chaises pour consommer sur place et de l'autre un long comptoir avec vitrine pour les clients qui prennent à emporter. Dans le fond se trouvent ensuite les cuisines et enfin, à côté de celles-ci, la porte des toilettes. La seule et unique serveuse nous installe à une table et nous apporte la carte. Nous faisons alors comme n'importe quel couple, c'est-à-dire qu'une procédure de négociation se met en place sur la question du partage des plats Ou du chacun pour soi. Après quelques minutes, nous nous rendons compte que, comme dans 99% des cas, nous voulons le même plat. Et nous n'avons qu'à tourner la tête pour faire un grand sourire à la serveuse derrière son comptoir. Celle-ci se lève, prend notre commande et retourne s'installer derrière celui-ci. Étant donné que nous sommes les seuls clients du restaurant, elle nous fixe avec un grand sourire, ce qui est un peu gênant. D'autant plus que j'éprouve moi-même une certaine gêne intérieure. N'ayant pas pu y aller de la journée, car nous avons passé celle-ci en extérieur, je décide de déroger à ma règle de ne pas m'alléger dans les restaurants. En effet, comme beaucoup de personnes, je ne me sens pas à l'aise à l'idée de me relâcher dans des endroits publics. Mais à cet instant, je n'en peux plus. Et puis, il n'y a de toute façon pas d'autres clients, donc aucun risque d'entendre hurler derrière moi Qui a défoncé les chiottes ? Bref, j'y vais, fais ce que j'ai à faire, remonte mon pantalon, me lave les mains et retourne à ma place. Mais au moment de m'installer, il y a un truc qui cloche. J'ai la sensation de m'asseoir sur quelque chose alors qu'il n'y avait rien sur ma chaise une seconde plus tôt. Je place donc ma main vers mon postérieur et empoigne ce quelque chose. Je me retourne pour constater ce que c'est et... Oh mon dieu, je reconnais l'objet. Ni une ni deux, je le glisse sous la nappe, pose celui-ci par terre et mets mon pied dessus pour le cacher. Je regarde autour de moi et constate que personne n'a remarqué ce qui venait tout juste arriver. La serveuse a disparu et ma copine regarde son téléphone. Un fou rire me vient donc très rapidement. Ma copine remarque mon hilarité et me demande ce qu'il y a de si drôle. Je lui réplique donc Il vient de m'arriver un truc super marrant, devine ce qu'il s'est passé. Ma copine un peu perplexe, puis hilare, commence à poser des questions. C'est quelque chose que tu as vu en allant aux toilettes ? Non. C'est quelque chose qu'on t'a proposé aux toilettes ? Que veux-tu qu'on m'ait proposé aux toilettes ? « Je ne sais pas, la serveuse est partie dans ta direction après ton départ. Elle est peut-être venue te voir avec une proposition. » dit-elle en mimant des mouvements de bas en haut avec son bras. « Non, non, pas du tout. Il y a les cuisines à cet endroit. » « Ah, c'est donc quelque chose que tu as vu dans les cuisines. » « Non plus. » « C'est quelque chose que tu as fait dans les toilettes ? » « Euh, en quelque sorte. » « Oh, t'es dégueu, laisse tomber, je veux pas savoir. » Ne voulant pas passer pour un gros porc, je décide de mettre un terme à ce petit jeu de pistes et l'invite à regarder sous la table discrètement. Et là, sous mon pied, elle découvre un petit boîtier avec un crochet en plastique que l'on connaît aussi sous le nom de bloc-cuvette. Cet objet a une action anti-tartre et permet d'avoir une fraîcheur marine quand vous tirez la chasse d'eau. En usage un peu dérivé, Il peut servir aussi de cible privilégiée pour les hommes qui pissent debout. Vous vous posez donc la question suivante. Comment ce truc dégueulasse a-t-il pu s'accrocher à mon cul ? Mon hypothèse est que lorsque j'ai remonté mon pantalon, celui-ci a ripé contre la cuvette et le crochet du fameux bloc cuvette s'est accroché à ma ceinture sans que je ne m'en aperçoive. C'est en expliquant cela à ma copine que la serveuse réapparaît avec nos plats. C'est une belle surprise car tout est délicieux. Et c'est en avalant une bouchée de mon canard laqué qu'une question vient me titiller l'esprit. Qu'allons-nous faire de ce bloc cuvette ? Nous ne pouvons décemment pas le laisser sous la table. La serveuse a regagné son comptoir. De là où elle est, elle ne peut pas avoir sous mon pied. Mais je me mets à l'imaginer à la fin de son service. Passant le balai sous les tables, elle buterait contre l'objet, puis regarderait en bas et verrait le truc à chiottes. Elle irait ensuite dans les toilettes en se disant que ça ne pouvait pas être le truc à chiottes du restaurant quand même, et finirait par constater que l'objet venait bel et bien de là. Quel genre de gros dégueulasse ferait la démarche de venir dîner dans un restaurant, d'aller aux toilettes, d'enlever le bloc cuvette ? et de le déposer sous une table. Un autre scénario me vint alors en tête. Celui où, au moment de partir, elle remarquerait qu'il y a un étrange objet sous notre table, qu'elle viendrait voir de plus près, puis se retournerait vers moi et demanderait « Qu'est-ce que vous avez fait avec ce truc, gros porc ? » Non, Ce serait bien trop gênant. Il faut établir un plan d'action. Et vite. Après quelques minutes de discussion avec ma copine, nous nous mettons d'accord sur le plan suivant. Au moment de partir, elle ira payer l'addition directement au comptoir. Cela permettra de distraire la serveuse. De mon côté, j'attraperai le truc à chiottes avec ma serviette et sortirai discrètement du restaurant. Enfin, elle payera en cash pour qu'il n'y ait aucun moyen de nous retrouver. Le plan parfait quoi. Enfin presque. Il y aura forcément le moment où la serveuse regardera dans les toilettes et se dira « Je n'avais pas installé un canard WC là-dedans ? » Nous sommes à la fin du repas, et il est temps de mettre à exécution notre plan. Quand une famille nombreuse entre dans le restaurant, ils viennent prendre à emporter et se placent devant le comptoir, c'est-à-dire précisément entre la serveuse et nous. C'est ma chance, j'agis donc instinctivement. Je prends ma serviette, m'abaisse, empoigne l'objet de la honte avec celle-ci, puis je me lève et me dirige vers les toilettes. Je remets le bloc cuvette en place, et me lave trois fois les mains. En sortant des toilettes, un rapide coup d'œil m'indique que tout est en ordre, à part ma copine qui ne peut plus s'arrêter de rire. Par la suite, nous réglons l'addition et quittons le restaurant. L'incident fut donc évité. Je ne remercierai jamais assez cette famille nombreuse. Nous finissons la soirée sur les remparts de vannes à imaginer une vie de fugitif pour vol de bloc cuvette dans les restaurants de la région. Une fois rentré chez nous, je me déshabille pour aller dormir et remarque à l'arrière de mon pantalon une petite tâche bleue, unique, vestige de cette incroyable histoire. Merci d'avoir écouté cette histoire. Si vous l'avez aimée, n'hésitez pas à la partager et mettre 5 étoiles sur votre application de podcast. Enfin, si vous aimez les histoires de Papy Pyro et que vous en voulez d'autres, faites-le moi savoir en commentaire. Merci à vous !