Speaker #0Le coaching hollandais, 4h30 vendredi matin. Cela faisait à peine deux heures qu'ils s'étaient couché lorsque le réveil sonna. Difficilement, ils émergèrent petit à petit de cette minuscule nuit. Ils étaient éclatés au sol comme ils disaient, mais habités d'une énergie inépuisable, celle des voyages entre amis. Des années qu'ils en parlaient comme du week-end qui allait être gravé à jamais. dans leur amitié. Jadis peu pratiquée en Europe, ce rite de passage était devenu une véritable institution. Alors après un petit café nécessaire à leur survie, le petit groupe prit la voiture et roula en direction de l'un des Eldorado du genre, Amsterdam. L'enterrement de 8 garçons d'Alexandre pouvait officiellement commencer. S'en suivirent 5 heures et des brouettes de route où ils chantèrent, discutèrent et ructèrent. et bien sûr, Ronfler. Une fois arrivé en Hollande, alors, oui, j'utilise ici le terme Hollande et non Pays-Bas, oui, je sais qu'Amsterdam est la capitale des Pays-Bas et que la Hollande ne représente que deux provinces des Pays-Bas sur douze, mais j'aime bien utiliser le mot Hollande, parce que c'est haut, alors que les Pays-Bas, c'est bas. Arrivé à destination, donc, la petite bande fit un premier arrêt à l'hôtel Resort Amsterdam, où chacun put déposer ses affaires dans une magnifique chambre de 6 mètres carrés pour 5 personnes. Bon, ok, c'était plus un couloir qu'une chambre en réalité, mais pas cher. Et en vrai, on ne va pas à Amsterdam pour rester à l'hôtel, donc tant qu'on peut dormir, c'est bon, non ? On reconnaissait bien là le pragmatisme de Christophe, témoin et organisateur de l'EVG. Amis depuis le lycée, Alexandre et lui avaient toujours réussi à garder contact malgré un éloignement géographique et culturel flagrant. En effet, Alexandre était parti faire une école de commerce dans le sud de la France, alors que Christophe était resté à Paris pour faire l'aide moderne à la fac. Ce dernier était d'ailleurs assez nerveux de rencontrer ses autres potes. Les mecs d'école de commerce avaient la réputation d'être des gros fêtards, mais pas très futés. Fort heureusement, Christophe avait regardé... tous les films américains qui traitaient d'enterrement de vie de garçon. Il avait donc un plan pour s'intégrer au groupe. Aussi, quand chacun fut installé, il prit la parole. Maintenant que nous sommes enfin arrivés à HAMSTERDAM ! telle une foule en festival, les autres répondirent avec des grands cris et applaudissements. Merci, merci ! Donc, comme je disais, maintenant que nous sommes installés, je vous propose d'aller directement dans le centre-ville pour un premier A coffee shop ! Même réaction de cette mini-foule en délire. Se défoncer la gueule, tel était son plan. Alexandre profita de l'ambiance pour se lever et démarrer un petit discours. Car c'est le genre de choses qu'il allait bientôt devoir savoir faire en tant comme marié. Merci les mecs d'être tous là pour mon EVG. Avec les préparatifs du mariage, vous le savez, j'ai pas été très présent ces derniers temps auprès de vous. Mais... C'est que Marie, il me fout pas mal la pression aussi. Enfin merde, est-ce que c'est normal en fait d'être sous pression pour un événement qui est censé célébrer notre amour ? Qu'est-ce que j'en ai à foutre putain, que ce soit la bonne couleur pour ce putain de faire part ? Je vous jure les gars, des fois j'ai envie de partir et plus jamais revenir. Un silence gêné suivit sa dernière phrase, puis il éclata de rire en ajoutant que bien évidemment qu'il déconnait. Mais son rire était beaucoup trop fort pour qu'il n'y ait pas un fond de vérité là-dessous. Il était temps pour le groupe d'affronter le centre-ville. Ils s'habillèrent alors chaudement et partirent en direction du premier coffee shop. Il régnait dans les rues une atmosphère tranquille en ce début d'après-midi. Christophe se fit la réflexion que l'architecture aurait beaucoup plu à Coralie, sa nouvelle petite amie, et en profita pour lui envoyer un message en lui promettant qu'il reviendrait un jour avec elle. Alors qu'Alexandre avait rencontré sa future femme au lycée, Christophe, lui, n'était que depuis quelques mois avec Coco, comme il aimait l'appeler. Ils s'étaient rencontrés dans un magasin de musique où Cricri aimait bien faire un peu de gratte sur des guitares qu'il n'aurait jamais les moyens de se payer. Coco, de son côté, souhaitait s'initier à la guitare et prit Christophe pour un vendeur. Celui-ci ne se fit pas prier et lui fit essayer l'intégralité des guitares du magasin. C'est au moment de passer à la caisse qu'elle s'aperçut qu'il n'était pas du tout vendeur et lui proposa de lui payer un verre pour s'excuser d'avoir abusé de son temps. Celui-ci se surprit à accepter. D'habitude, il avait si peu confiance en lui que le simple fait de parler à une inconnue le mettait mal à l'aise. Alors, aller boire un verre en tête à tête, c'était tout simplement la fin du monde. Mais il l'avait suivi, et quelques mois plus tard, recevait le message suivant. J'espère que vous avez fait bonne route. Trop chaude pour qu'on y aille ensemble. Le premier coffee shop où il fire un arrêt apparaissait dans le guide du routard, et d'après Google, Ce coffee shop un peu en retrait est peu fréquenté par les touristes et offre une ambiance lounge très agréable. En tout cas, c'était la vie laissée par Fons des 45. Christophe n'ayant pas eu de très bonnes expériences avec les joints classiques, décida de prendre un space cake. Et ce fut très certainement sa première connerie du week-end. Au début, il ne ressentit pas trop les effets du cannabis sur son corps. Mais ce n'est qu'une fois sorti du coffee shop qu'il comprit. Je ne sais pas si vous êtes déjà allé à Amsterdam, mais il y a des choses que vous ne remarquerez pas avant votre premier arrêt au coffee shop. En effet, ce n'est qu'une fois bien défoncé que les lumières scintillantes des magasins de sucreries vous attirent l'œil et que le donut fourré et nappé de chocolat, puis recouvert d'une orgie de chamallow, vous excitera plus que n'importe quelle vitrine d'Amsterdam. Ce même donut qui aurait pu vous paraître too much ! avant ce premier coffee shop, mais qui vous semble dorénavant être un bien nécessaire à votre survie. Car ce n'est plus quelque chose dont vous avez envie, mais bien quelque chose dont vous avez besoin. Le reste de l'après-midi fut assez flou pour Christophe, car après le premier coffee shop, il y en eut un deuxième, et peut-être un troisième, mais c'était pour un vrai café celui-ci. Le peu dont il se souvient est qu'ils sont allés au Museum of Sex. Car il conserve en mémoire des flashes d'organes génitaux particulièrement perturbants et qui resteront sans doute à jamais gravés dans son esprit. Le brouillard de cette journée commença à s'évaporer après avoir dîné en début de soirée. La journée ayant été particulièrement éprouvante, la petite bande décida de rentrer à l'hôtel pour se poser un peu. A cet instant, Christophe fut très heureux de retrouver ses capacités physiques et mentales. Il n'avait pas l'habitude de se retrouver dans un tel état. et avait hâte de se reposer. Mais la journée était loin d'être terminée. Il n'était rentré que depuis cinq minutes lorsque le destin de cette soirée bascula dans une direction que Christophe avait en horreur. Bon les gars, pour vous remercier de m'avoir amené à Amsterdam et me permettre de me changer un peu les idées, je nous ai acheté tout à l'heure des... CHAMPUS ! annonça Alexandre en grande pompe et, une fois encore, ovation générale de la part du groupe. Seul Christophe resta silencieux. Il était là, ce moment qu'il détestait. Ce moment où il allait annoncer aux autres que, malheureusement, il ne pourrait pas les suivre, qu'il était fatigué et que, s'il voulait en profiter encore demain, il valait mieux qu'il se repose. Après plusieurs commentaires de type « T'es sûr ? » C'est dommage quand même. Nous aussi on est fatigués mais c'est la fête. La petite bande finit par le laisser tranquille et partir de la chambre. Ce n'était pas la première fois que Christophe se retrouvait dans cette situation. En soirée, il était toujours le premier à aller se coucher. Le premier à questionner une potentielle connerie. Le seul à refuser systématiquement quand on lui proposait d'aller en boîte à la sortie du bar. Ce n'était pas toujours facile d'être la voix de la sagesse. ou comme les autres l'appelaient, le party pooper. À peine allongé dans son lit, Christophe s'endormit aussitôt. Mais son sommeil fut vite troublé par quelqu'un qui toquait à la porte de la chambre. La tête à moitié dans le cul, Christophe peina à se lever et maudit un des gars qui avait très certainement oublié quelque chose. Aussi, une fois la porte entreouverte, il courut se remettre dans son lit. La personne entra... et referma la porte derrière elle. Puis, elle s'approcha et dit d'une voix calme. « Bonsoir, Christophe. Je suis désolé de t'avoir réveillé, mais il faut absolument qu'on se parle. » Le sang de Christophe se glaça. Il n'avait pas reconnu la voix qui s'était adressée à lui. Et, pour cause, en se relevant, il découvrit face à lui un parfait inconnu. Abasourdi, il ne put balbutier qu'un vague « Qu'est-ce que vous faites là ? » L'inconnu lui répondit alors avec énervement. Toi, qu'est-ce que tu fais là ? À dormir alors que tes potes sont en train de faire la fête ? Ça fait des semaines que tu prépares cet enterrement de vie de garçon. Enfin, des années même. Tu en avais même parlé à Alexandre le jour où il s'est mis avec Marie au lycée. Christophe entra alors dans un état de choc mental. S'il avait été une machine, il aurait frisé. Comment cet inconnu pouvait-il lui parler d'une conversation qu'il avait lui-même eue dix ans plus tôt ? et dont il ne se souvenait que partiellement. Mais avant même qu'il ait pu traiter l'information, l'inconnu reprit d'une voix plus douce. « Pourquoi tu fais toujours ça, hein ? Tu restes toujours dans ta zone de confort. Je veux dire, c'est comme avec ta musique. Tu pourrais trouver des gens avec qui jouer, ou mettre des compositions sur Internet. Mais non, tu ne le fais pas, car c'est en dehors de ce que tu sais faire. » Christophe, piqué au vif, répondit alors. « Euh, d'une part, je sais pas qui vous êtes, alors je vous prierais de sortir de cette chambre. Et puis, je ne sais pas comment vous avez eu ces renseignements sur moi, mais ils sont complètement faux. Ma musique, c'est très personnel. Et quel rapport entre ça et le fait d'aller prendre des champignons hallucinogènes ? » « Le rapport ? » répondit l'inconnu énervé. « Tu ne vois pas le rapport ? Eh bien moi je vais te le montrer, le rapport. » L'inconnu agrippa alors la manche de Christophe et le tira vers la porte. En traversant le cadre de celle-ci, il fut ébloui par une lumière aveuglante, celle du soleil. Il ne se trouvait plus dans l'hôtel miteux d'Amsterdam, mais dans une cour de collège. Il faisait jour et l'endroit était désert. Le rythme cardiaque de Christophe s'accéléra. Ce n'était pas n'importe quelle cour de collège. C'était le collège où il avait passé les... pires années de sa vie. « Comment vous avez fait ça ? » Christophe, qui était toujours en pyjama, se mit alors une petite claque, pour être sûr de ne pas rêver. Il s'approcha de l'un des seuls arbres de la cour et le toucha. Celui-ci était tout à fait normal. Cela provoqua en lui deux sentiments très contradictoires que l'on retrouve dans toutes les choses que l'on qualifie d'extraordinaires. Une subtile combinaison entre excitation et crainte de ce qui va arriver. L'inconnu sentit alors qu'il était temps pour lui de se présenter. Bon, Christophe, je vais faire simple. Mon nom est François et j'aide les personnes comme toi à s'épanouir dans leur vie personnelle et professionnelle. Un peu comme un coach en développement personnel, mais un peu plus magique, quoi. Et non. Je n'essaierai pas de te vendre une formation sous la forme d'un e-book, ne t'en fais pas. Comme tu peux le voir, j'ai la capacité de te ramener dans des endroits qui ont marqué ta vie. Cela va te rappeler des souvenirs et te démontrer à quel point tu dois prendre conscience de ta situation. Pour commencer, j'ai choisi un lieu qui doit te rappeler beaucoup de souvenirs douloureux. C'est à cet endroit qu'est née ta peur des autres. « Ma peur des autres » , répliqua Christophe interloqué. « Oui, c'est dans cette cour de collège que ta réalité d'enfant a volé en éclats lorsque tu t'es retrouvé confronté à la violence morale et physique de cet environnement. » Christophe n'avait jamais spécialement été victime de harcèlement, mais il se souvenait très bien des amas de pré-ados parqués dans cette minuscule cour, des bastons qui ameutaient les foules, des calottes. qu'il se prenait sans savoir d'où elle venait, des béquilles dans les rangs, du couloir sombre où se trouvaient les salles de techno, des filles qui se moquaient, même les moches, des profs qui criaient, et enfin, de la boule au ventre qu'il portait quand il était en chemin pour rejoindre cet enfer. Oui, c'est vrai que je ne conserve pas de très bons souvenirs de cet endroit. Et depuis, tu te méfies des autres. Bah, bien sûr ! « Mais c'est normal, non ? Il y a plein de gens qui ne nous veulent pas du bien dans la vie. » « Donc, tu pars du principe qu'un inconnu te veut forcément du mal. » « Et c'est là, en tant que coach, que je ne peux que te conseiller de réviser cette posture et partir du principe que les gens te veulent du bien. » « Ça, c'est mon premier conseil. Pour la suite, c'est par là. » Il se dirigea vers le bâtiment C et ouvrit la porte pour entrer dans celui-ci. Christophe, ne souhaitant pas rester tout seul, le suivit. En passant par la porte, il fut de nouveau surpris en découvrant qu'il n'était pas dans un des couloirs de son collège, mais dans un environnement beaucoup plus agréable, sa chambre d'enfant. Celle-ci ne lui appartenait plus depuis que ses parents avaient vendu la maison. Mais pourtant, tout était là. Son petit bureau, ses Lego Star Wars sur le tapis, son radio réveil qui projette l'heure au plafond, et même le papier peint bleu clair que son père avait remplacé. lorsqu'il avait atteint l'adolescence. François, tel un guide de musée, reprit alors la parole. « Comme tu peux le voir, nous nous trouvons dans ta chambre d'enfant. Elle symbolise ton ultime zone de confort, l'endroit où tu t'es senti le plus en sécurité. Et c'est ici qu'est née ta peur de l'extérieur. » Pointa du doigt la fenêtre. Christophe s'approcha alors de la grande fenêtre. Et observa. Il faisait nuit, et la rue déserte était éclairée par un lampadaire rond qui défusait une lumière blanche. Les grands arbres formaient des ombres sur le sol en bitume. On entendait des Ausha miauler au loin. C'était une scène paisible pour l'adulte qu'il était, mais un sentiment de malaise s'empara de lui. Et si les arbres cachaient quelque chose ? Et s'il y avait quelqu'un en bas qui le voyait, mais que lui ne voyait pas ? Et si des jeunes traînaient dans les parages ? Il dégagea alors le regard de la fenêtre à la recherche de quelque chose d'apaisant, et ouvrit son placard à jouets. Il s'était mis à la recherche d'un des trésors de son enfance. C'est caché sous un hamas de Lego qu'il trouva la petite boîte en métal. Il l'a pris alors religieusement, et l'ouvrit avec beaucoup de soin. A l'intérieur se trouvait une énorme pile de cartes Pokémon. Oh là là, mais vous avez une idée de combien ça coûte en 2020 ces trucs ? Avec Alex, on en avait une énorme collection quand on était petit. Bon, c'était plus mon truc que lui, et je crois qu'il en achetait juste pour qu'on soit copain. François lui prit alors les cartes des mains et s'emporta. Tu vois ce que t'es en train de faire ? Tu fuis, t'as peur de l'extérieur. « Tu fuis ce que tu ne connais pas. C'est comme tout à l'heure avec les champis ou avec les potes d'Alexandre que tu ne connais pas, mais que tu juges. » Christophe baissa la tête en silence et ferma les yeux. C'est vrai qu'il était comme ça. Il se méfiait pour un rien, il détestait essayer quelque chose de nouveau, et préférait une tisane à la maison qu'une bière en terrasse. Mais en quoi cela l'empêchait-il d'être heureux ? Car... Quand c'était important, il y allait dehors. Quand c'était pour sa petite amie Coralie ou pour Alexandre, il ne fuyait pas, il y allait. Quand ils avaient besoin de lui, il n'avait plus peur. Il ouvrit alors les yeux pour confronter ce soi-disant coach. Cependant, il constata qu'il n'était plus dans sa chambre d'enfant, mais dans la minuscule chambre d'hôtel à Amsterdam. Un peu déboussolé, Il chercha autour de lui et appela « Monsieur le coach ? » Seul le silence lui répondit. Christophe se remit alors dans son lit et repensa à ce qui devait certainement être un rêve mélangé à un résidu de space cake mal digéré. Les souvenirs de sa chambre d'enfant étaient encore très frais dans son esprit. Il repensa aux cartes Pokémon. Et aux après-midi qu'il avait passé avec Alexandre à l'étrier. Il était si foufou à l'époque, toujours à faire le con, alors que ces derniers temps, il avait toujours l'air blasé et triste. « Eh merde ! » s'écria Christophe en se levant de son lit. En quelques secondes, il se rhabilla et sortit de la chambre. Dehors, il trouva Alexandre assis seul sur un banc. En voyant arriver Christophe, il sourit. « Bah, alors papy, tu dors pas ? Et toi, t'es pas sous champi ? » « Bah, j'avais un peu la flemme finalement. Et puis, ça me faisait un peu peur. » « Ça, je peux comprendre, t'inquiète. » Le téléphone d'Alexandre se mit alors à vibrer. C'était Marie qui lui avait envoyé plusieurs messages. Christophe lui demanda alors « Et du coup, ça se passe bien, la préparation du mariage ? » Bof. Ouais. Bon, allez. Viens, on va se prendre un verre et tu vas tout me raconter. Merci d'avoir écouté cette histoire. Si vous l'avez aimée, n'hésitez pas à la partager et mettre 5 étoiles sur votre application de podcast. Enfin, si vous aimez les histoires de Papy Piro et que vous en voulez d'autres, faites-le moi savoir en commentaire. Merci à vous.