Speaker #0Le manoir de Neuville. Hugo scrollait sur son téléphone. Que cherchait-il à la base ? Il ne s'en souvenait plus. Les vidéos courtes s'enchaînaient et il n'arrivait pas à s'arrêter. Heureusement, la connexion réseau était défaillante sur cette petite route de campagne. Ce qui lui fait y relever sa tête de son écran. Et il se tourna vers sa petite amie, Jeanne, qui conduisait. Le jeune couple silonnait les routes pour découvrir le vaste monde. Ils avaient succombé à la tendance de la van life, dont le concept était littéralement de vivre dans un van. Ils s'étaient lancés dans cette aventure quelques mois plus tôt, et même si la vie n'était pas toujours comme sur Instagram, globalement, tout allait bien pour eux. Hugo savait que c'était un équilibre fragile. Ainsi, il avait décidé de préparer quelque chose pour Halloween, la fête préférée de Jeanne. Ah mais putain, c'est ça que je cherchais ! Une idée ! C'est ce soir. « Et je n'ai toujours rien » , pensa-t-il en replongeant dans son téléphone. Après plusieurs minutes de recherche, il se retrouva de nouveau dans un scroll automatique et sans fin. Mais son algorithme finit par lui proposer une vidéo d'Urbex qui avait pour titre « OMG, découverte du manoir perdu de Neuville » . L'Urbex, contraction des mots « urbain » et « exploration » , dont le principe consistait à visiter des bâtiments ou des zones abandonnées, était une de leurs activités préférées. Fait étrange, l'emplacement du manoir était clairement indiqué, alors que d'habitude, les vidéastes préféraient être flous sur l'adresse exacte pour que les spots, comme il disait, ne deviennent pas des sites touristiques. En regardant un peu mieux, Hugo se dit qu'il avait de la chance. La vidéo venait juste d'être publiée et comptabilisait peu de vues. Il avait donc son idée. Visiter un manoir. abandonné pour Halloween. Qui a dit que scroller sur son téléphone était une perte de temps ? Quelques heures plus tard, il gara le van sur un parking en lisière de forêt. Jeanne ne comprenait pas ce qu'il foutait là alors qu'il allait faire nuit. Elle demanda alors des explications. Hugo démarra alors, très grave, le petit texte qu'il avait préparé. « Mon amour, ce soir est une nuit très spéciale. En cette veille de Toussaint, nous allons... » essayer de résoudre l'affaire de l'assassinat du comte Henri von Labise, célèbre propriétaire du manoir de Neuville. Le petit sentier que tu aperçois devant toi va nous mener à cette demeure abandonnée dont l'exploration nous permettra à coup sûr d'expliquer ce mystérieux crime jusqu'ici jamais élucidé. Jeanne hurla de joie et le couvrit de bisous. Elle adorait Merci. les enquêtes un peu sombres, elle adorait Halloween et elle adorait les surprises. Équipée de lampes torches et de sacs en bandoulière, nos deux explorateurs s'aventurèrent alors sur le chemin menant au manoir de Neuville. Il faisait relativement doux pour une fin octobre, ce qui contrastait avec l'histoire glaçante que continuait à compter Hugo. Donc d'après la vidéo, la baraque est abandonnée depuis une bonne centaine d'années. Ça dit aussi que d'après les archives de la ville, elle appartenait à ce fameux Comte Labise, dont j'ai mentionné l'assassinat tout à l'heure, mais ça c'était un peu pour l'effet dramatique, car en vrai, on sait pas trop ce qui lui est arrivé à ce mec-là. C'est le genre de situation où le gars a un peu disparu du jour au lendemain, laissant ses proches sans nouvelles et un manoir à l'abandon. Et là où ça devient carrément bizarre, c'est que le manoir en question n'a à... a priori pas bougé d'un poil depuis 100 ans. C'est comme si la demeure attendait que son propriétaire rentre d'une minute à l'autre. Ils arrivèrent bientôt devant un portail en fer forgé, typique des propriétés haut de gamme de la fin du XIXe siècle. En son centre, il y avait les armoiries de la famille Labise, c'est-à-dire deux vagues parallèles qui se rejoignaient à l'extrémité et qui formaient une bouche. Je crois que c'est là. dit Hugo. Derrière ce portail, il y avait la demeure. Et quelle demeure c'était ? Cette grande bâtisse de trois étages était coupée en son centre par une tour qui semblait être l'entrée. Eux qui vivaient dans un van, ils n'arrivaient pas à concevoir qu'un homme puisse vivre seul ici. Ils commencèrent par faire le tour du bâtiment pour inspecter les murs et la toiture. On ne sait jamais ce qui peut vous tomber sur la gueule. Tout avait l'air clean Alors il était temps pour eux de démarrer la partie la plus intéressante, l'intérieur. La grande porte d'entrée semblait déjà entrouverte. En pénétrant dans le manoir, Hugo hurla d'une voix très aiguë. Il venait de se prendre une toile d'araignée sur le visage et ça l'avait surpris. En regardant autour d'eux, ils constatèrent que l'entrée en était infestée et que le réseau de toiles continuait même dans l'escalier qui menait au niveau supérieur. Jeanne se moqua gentiment de lui, mais cela ne dura pas longtemps. car ils entendirent un grand fracas qui semblait provenir de l'étage. Ils se figèrent quelques secondes sans rien dire, puis Hugo, se rappelant que l'adresse était disponible sur internet, haussa la voix et demanda si quelqu'un était déjà en train d'explorer ce spot. Aucune réponse. Jeanne prit les devants en disant que c'était sûrement un chat qui les avait entendus arriver avec son cri de fillette. C'est ça ou alors c'est le fantôme de l'abysse ? qui n'est pas content qu'on soit chez lui. « Bon allez, viens, faut commencer à enquêter » , conclut-elle. La première pièce qu'ils inspectèrent fut le grand salon, qui était le fantasme de n'importe quelle booktalk-stagrammeuse, c'est-à-dire une meuf qui publie sur les réseaux sociaux ses lectures. Une grande cheminée était entourée de hautes bibliothèques, tellement hautes qu'une petite échelle permettait d'accéder aux étagères du haut. Sur la cheminée, Il y avait une peinture qui était le portrait du comte Henri von Labise. Ce dernier était en costume de style victorien et sur sa tête blonde était posé un chapeau haut de forme. « Il a l'air triste » , commenta Jeanne. Face à la cheminée, il y avait un grand bureau Napoléon sur lequel traînaient des tas de papiers que Jeanne commença à feuilleter. Ne sachant pas trop quoi faire, Hugo, lui, se concentra sur la bibliothèque. en faisant glisser son doigt sur les tranches des gros volumes qu'il a constituées. Pléiade, philosophie, essai, rien de bien fun, pensa Hugo. Alors qu'il allait rejoindre Jeanne, son regard fut attiré par une tranche où était inscrit en lettres d'or « Mémoire d'Henri von Labies » . Il s'approcha pour le regarder, mais au moment où il le saisit, un bruit assourdissant lui vrilla les tympans et le fit tomber à terre. C'était comme si des trompettes jouaient directement dans son oreille, puis elles furent accompagnées par une femme qui hurlait « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien » . Hugo était en position fétale avec ses doigts dans ses oreilles lorsque le phénomène s'arrêta. Il ouvrit les yeux et aperçut Jeanne, une prise électrique à la main. « Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais c'était énorme... » enceinte s'est activée. Ah putain, ça m'a fait une de ces peurs ! Qu'est-ce qu'une enceinte Bluetooth fout dans un manoir abandonné ? Hugo se releva avec les oreilles qui sifflaient et regarda autour de lui. Il commençait à regretter d'avoir proposé cette activité. Mais Jeanne avait l'air de tellement kiffer qu'il inventa. Tu veux pas qu'on sorte pour voir s'il y a quelque chose dans la cabane ou dans le garage ? Loin d'être dupe ? Jeanne lui répondit « Oui, oui, oui, t'inquiète, cassons-nous. Moi aussi, je commence à pas être hyper sereine de toute façon. » Ils retournèrent donc sur leurs pas jusqu'à la porte qu'ils avaient empruntée quelques minutes plus tôt. Mais lorsque Jeanne tenta de l'ouvrir en actionnant la poignée, celle-ci ne bougea pas. Ils tentèrent de la forcer en y mettant tout leur poids, de taper sur la porte à grands coups de pied, de prendre de l'élan pour l'enfoncer, mais rien ne fonctionna. Ils ne pouvaient pas sortir. Cela commençait à être trop pour eux. Cela ne pouvait plus être un enchaînement de coïncidences. Il y avait quelqu'un d'autre dans le manoir et il semblait ne pas vouloir qu'ils rentrent tranquillement chez eux. « On fait quoi ? » demanda Hugo en panique. « Vous allez souffrir. » lui répondit une voix d'outre-tombe qui venait du haut de l'escalier. Ils relevèrent la tête et reconnurent l'homme du portrait au-dessus de la cheminée, le comte Henri Fonlabise qui descendait les escaliers lentement. Ses yeux étaient rouges sang, sa peau était presque aussi blanche que ses cheveux, et son allure lui donnait un air de mort vivant. C'est d'ailleurs immédiatement ce que pensèrent Hugo et Jeanne. « On est dans l'entre-d'un vampire et il va nous manger. » Merci. hurlèrent et se précipitèrent dans le salon. Hugo tenta sa chance en essayant d'ouvrir une fenêtre et à sa grande surprise, celle-ci ne lui opposa aucune résistance. Ils l'enjamberrent et tapèrent le sprint de leur vie pour mettre le plus de distance entre eux et le comte. Les pensées les plus folles se bousculaient dans leur tête dans cette course effrénée pour sauver leur vie. Plusieurs fois, Hugo se retourna pour voir s'ils étaient suivis et il lui sembla que rien ni personne n'était après eux. Dans le doute, ils seraient en sécurité arrivés au van. Celui-ci n'était plus qu'à quelques mètres. Jeanne déverrouilla les portières et prit le volant. Elle démarra en trombe et bientôt, le parking en lisière de forêt fut loin derrière eux. Essoufflés comme ils ne l'avaient jamais été dans leur vie, ils mirent bien dix minutes pour reprendre leur souffle et avoir de nouveau la capacité de s'exprimer. « Putain, mais c'était quoi ça ? » commença Jeanne. « Je sais pas, mais peut-être qu'avec ça, on va pouvoir comprendre » , répondit Hugo en sortant un gros livre de son sac. Par curiosité, il avait gardé les mémoires d'Henri von Labise. En parcourant ce livre, qui était en fait son journal intime, Il découvrit l'histoire de cet homme et comprit ce qui leur était arrivé. Henri Fonlabis n'était pas né à la fin du 19e siècle, comme indiqué dans la vidéo d'Urbex, ou comme le laissait penser son portrait au-dessus de la cheminée. Non, il était né au début des années 1940 et avait donc aujourd'hui 80 ans. Il avait grandi et fait des études dans la région parisienne, avait eu un boulot d'ingénieur dans une grande entreprise et était maintenant retraité. Il n'avait jamais eu. ni de femme, ni d'enfant, ni d'ami d'ailleurs. Et à l'aube de sa vie, il écrivait que la solitude lui pesait. Alors, il avait eu l'idée d'attirer des gens en postant une vidéo de son manoir sur internet en le présentant comme abandonné. Il trouvait ça très amusant de faire peur à des jeunes gens et au moins, ça lui ferait de la compagnie. Hugo et Jeanne discutèrent toute la nuit. Et au petit matin... Ils reprirent le chemin vers le manoir de Neuville. Cette fois, ils n'entrèrent pas directement, mais toquèrent à la porte. Lorsque le vieil homme ouvrit, il n'y avait personne. Juste son vieux journal sur le paillasson. Et à l'intérieur, il y avait un mot qui disait « Merci pour l'Halloween le plus terrifiant de notre vie » . Merci d'avoir écouté cette histoire. Si vous l'avez aimée, n'hésitez pas à la partager et mettre 5 étoiles sur votre application de podcast. Enfin, si vous aimez les histoires de Papy Piro et que vous en voulez d'autres, faites-le moi savoir en commentaire. Merci à vous !