Speaker #0Bouteille à la mer. Petit, je n'aimais pas trop les balades. Et la raison que j'invoquais était très simple. Je ne vois vraiment pas l'intérêt de me fatiguer pour aller quelque part et revenir exactement au même endroit. Mais en grandissant, avec la pression sociale, il m'est apparu de plus en plus difficile de refuser ce genre d'activité. Et comme beaucoup de ces choses qu'on n'aime pas enfant, on finit par les apprécier un peu plus adulte. Il n'empêche... que j'ai toujours une petite appréhension avant une balade. Quitte à faire une activité peu réjouissante, autant que cela vaille le coup. Un village pittoresque, un arbre millénaire, un lac où on peut se baigner. Marcher pour le plaisir, pourquoi pas, mais j'ai besoin d'une motivation en plus. C'est certainement la conséquence d'une technique qu'avaient mes parents et qui consistait à m'appâter sur des chemins de randonnée où ils savaient qu'il y avait des coins à murs ou à framboises. Toujours est-il que lorsque nous... décidons de partir en balade avec ma femme, je m'arrange pour avoir une motivation. Et pour être honnête, celle d'aujourd'hui en manque un peu. Nous sommes partis du petit village de Piriac-sur-Mer et longeons actuellement la côte pour aller jusqu'à la plage de Port-Lorec. Alors oui, le village est mignon et la vue sur la mer est sympathique, mais il manque quelque chose. Une aventure. Je propose alors à ma compagne de quitter le sentier pour nous rapprocher de l'eau, en passant par les rochers qui composent le littoral. Nous traversons des petites criques, ainsi que des chemins escarpés dans le sable entre des rochers pointus. Il fait chaud et nous nous apercevons très vite que je n'ai pas eu la meilleure idée du monde. En effet, certains endroits sont particulièrement glissants et à chaque pas nous manquons de nous casser la figure. L'aventure devient alors un peu stressante. Et nous décidons donc d'essayer de revenir vers le sentier touristique. Et par un pur hasard, très certainement commandité par le merveilleux, nous nous retrouvons devant l'entrée d'une petite cavité qui ne doit pas être plus haute qu'une cinquantaine de centimètres. Par curiosité, j'allume la fonction lampe-torche de mon smartphone et regarde à l'intérieur. Le fond ne semble pas très loin, mais un détail retient mon attention. Je crois distinguer des reflets comme s'il y avait du verre. Je tends alors le bras et en retire plusieurs morceaux. Après les avoir dégagés, je jette de nouveau un coup d'œil au fond et découvre deux bouteilles qui semblent intactes. Je les retire délicatement et nous avons la surprise de constater que celles-ci ne sont pas vides. Elles semblent assez vieilles et sont scellées par des bouchons de liège. « Tu crois que ce sont des vraies ? » me demande ma compagne. Elles sont très sales mais en secouant l'une des deux, je lui confirme. Il y a un truc à l'intérieur. Nous mettons alors nos trésors dans un sac à dos et décidons de les ouvrir à la maison. Nous rattrapons le sentier et théorisons sur ce qui peut se trouver à l'intérieur de ces bouteilles. Ce sentier qui longe le littoral nous amène jusqu'à un petit espace puvette avec food truck. Je propose alors de nous poser pour inspecter les bouteilles et boire un rafraîchissement. En les posant sur la table, nous pouvons mieux les analyser. De plus près, elles ne sont pas seulement vieilles. Elles sont d'une époque où la fabrication de verre n'était pas encore standardisée. Celles-ci sont jumelles. Elles ont la même forme et la même couleur, vert sombre qui semble ciriser à certains endroits. Très excités de savoir ce qu'elles contiennent, nous demandons à la serveuse un tire-bouchon. Nous découvrons alors avec étonnement que les bouteilles contiennent des rouleaux de papier fin. Il serait dommage de s'arrêter là. Alors, nous commençons la lecture de la première lettre. Je ne sais pas quand et où ce message va vous parvenir, mais maintenant que vous l'avez trouvé, je vous en conjure. Venez libérer notre village de sa malédiction. Je me nomme Pierrick et je viens du village de Kerdu. Au village, un vieil adage raconte que lorsqu'il n'y a plus d'espoir, il y aura toujours la mer. Certains l'interprètent littéralement et dans un dernier acte de désespoir, se jettent à la mer. D'autres... y voit un symbole de respect envers celle-ci, comme bienfaitrice de la prospérité pour notre village de pêcheurs. Enfin, les plus mystiques viennent directement lui parler de leurs problèmes et lui font des prières. Pour ma part, je lui confie mes espoirs. Enfin, je pensais que notre village n'avait pas son pareil. Les cœurs de tous les kerdouis battaient au rythme des vagues. Les troncs des arbres de notre forêt retraçaient toutes nos histoires et la terre de nos champs portait les âmes de tous ceux qui nous ont précédés. A l'époque, chaque habitant pouvait être digne de confiance. Être Kaer Dwiwi, c'était être bon avec son prochain et festoyer jusqu'au matin. Nous n'avions peut-être pas l'or des grandes cités de ce monde, mais nous étions riches de cœur et cela faisait notre fierté. Une fois adulte, d'étranges événements sont survenus dans le village et m'amenaient à prendre une décision qui changea ma vie. Celle qui me poussa à la prendre s'appelait Mai Wen et elle était la plus belle femme de tout le village de Kerdu. Si vous pensez qu'elle était la fille du chef et que j'ai dû traverser 50 épreuves les plus périlleuses les unes que les autres, Pour prouver ma bravoure et avoir le droit de l'épouser, vous faites fausse route. Non, Mai Wen n'était pas la fille, mais la femme du chef. Elle avait le double de mon âge, mais elle avait le don de me faire chavirer à chaque fois qu'elle posait les yeux sur moi. Étant un simple marchand, je ne pensais pas être un jour quelqu'un à ses yeux, mais j'avais un savoir-faire que beaucoup m'enviaient. J'étais également musicien à mes heures perdues. Et ma cité... tard pouvait envoûter le cœur de n'importe quelle femme. Mais comme vous l'aurez compris, aucune ne trouvait valeur à mes yeux comparée au regard sulfureux de Mai Wen qui promettait mille plaisirs. Notre idylle démarra à un bal dressé en l'honneur d'un émissaire du comté voisin qui avait été envoyé pour de sombres histoires de disparitions inexpliquées d'où il venait. Ce soir-là, on m'avait demandé de jouer quelques mélodies. Ma prestation ayant été appréciés. On me demanda si je pouvais accompagner une personne qui souhaitait chanter. J'accepta avec joie et qu'elle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris que la personne en question était Maïwenn. Notre performance ce soir-là me donne encore la chair de poule rien qu'd'y penser. Et alors que la fête battait son plein, le chef s'isola avec l'émissaire. C'est à ce moment qu'elle s'approcha de moi pour me féliciter. Au fil de la soirée... Nous avons discuté de tout et de rien. Je n'osais faire le premier pas. Alors elle prit les devants et m'embrassa avec pour témoin les étoiles. Ce fut évidemment la plus belle nuit de ma vie. Et lorsque le petit matin arriva, elle me réveilla pour me sortir de son lit et de sa vie. Sur le coup, je ne lui en voulais même pas. Elle m'avait donné une raison de vivre. Sentir à nouveau la douceur de sa peau allait me guider jusqu'à ce terrible choix. Mais dans les semaines qui suivirent, d'autres cas de disparition furent rapportés au chef du village. Nous avions connu des vagues de famine et des épidémies sur les dernières années, mais en se concertant et en prenant les bonnes décisions, nous avions toujours réussi à nous relever de ces épreuves. Ainsi, le chef convoqua tout le village pour une grande assemblée sur le sujet de ces mystérieuses disparitions. Ces types de réunions sont constructives quand on identifie la problématique au préalable, mais... Dans ce cas-là, nous n'avions aucune idée de la cause de tout ça. Et quand l'homme ne comprend pas, il a peur. L'Assemblée Générale vira au drame quand une violente bagarre démarra et que le chef reçut une belle blessure qui le cloua au repos pendant quelques temps. Pour enquêter sur les disparitions, il fit revenir l'émissaire et confia à sa femme Mai Wen les reines du village. La population s'inquiétait et la présence d'un étranger ne passa pas. Pour eux, c'était forcément lui qui faisait disparaître tous ces gens. Ils l'entraînèrent sur la place du village, l'attachèrent et le lapidèrent. Pris d'une énergie de révolte, les villageois marchèrent vers la maison du chef. C'est ce moment qui changea ma vie à tout jamais. Je voyais cette foule qui criait vengeance devant moi et un peu plus loin Mai Wen qui voyait approcher sa fin. Dans un élan de sacrifice, je m'interposais devant eux. et clamait ma culpabilité dans cette histoire de disparition. Je n'avais bien évidemment aucun lien dans cette affaire, mais pour les arrêter, il fallait qu'il y ait un coupable. Alors, j'ai hurlé avoir tué et enterré toutes ces personnes en concluant qu'ils ne me retrouveraient jamais. Puis, je m'enfuis à toutes jambes jusqu'aux limites du village et disparus dans la forêt. Ils n'entendirent plus jamais parler de moi mais aux yeux des habitants du village, j'étais devenu Pierrick, le sorcier. Les premières semaines dans la forêt furent difficiles. Il me fallait cartographier le secteur, trouver de quoi me nourrir et m'armer contre les bêtes sauvages. Je me trouvais finalement à un bel arbre pour y construire une cabane. Un mois passa et je ne pouvais m'enlever Mai Wen de la tête. Alors, une nuit, je descendis de mon arbre et me faufila dans le village jusqu'à chez elle. malheureusement je la surpris avec un autre homme enfin c'est ce que j'ai d'abord cru mais l'homme ne bougeait plus il était mort et c'est mai wen qui l'avait tué Elle tenta de m'expliquer que je devais l'aider, qu'elle était victime du diable qui l'avait poussé à le tuer. Je compris alors que c'était donc elle, la sorcière, qui avait tué toutes ces personnes. Écoeuré et trahi, je m'enfuis de nouveau dans la forêt. S'il devait m'arriver quelque chose, je jette cette bouteille à la mer pour solliciter votre aide. Je vous en prie, trouvez le village de Cardu et arrêtez Maiwen la sorcière. Pierrick. Village de Cardu. Waouh, c'est dingue cette histoire. Ma femme me regarde alors avec un air atterré. Elle lit plus vite que moi et en attendant que je finisse, elle avait déjà sorti le contenu de la deuxième bouteille. Sans aucun commentaire, elle me tend la lettre et je lis avec stupeur les premiers mots. Pierrick, mon amour, je t'en prie, reviens à moi. Je ne sais pas si ce message arrivera jusqu'à toi, mais lorsqu'il n'y a plus d'espoir, il y a toujours la mer. À l'heure actuelle... « Tu dois très certainement me prendre pour un monstre, et je ne peux pas t'en vouloir. » « Je le suis. » Dès mon plus jeune âge, j'ai été vendue par mes parents pour devenir la femme du chef. La veille de notre mariage, ma mère m'a demandé de lui pardonner. Sur le coup, je m'étais dit qu'elle n'avait pas eu le choix, et je lui ai accordé en disant que ça irait. Mais dès le lendemain, j'ai connu l'enfer. Le jour, j'étais la femme du chef. à qui le peuple devait obéissance, mais qui la haïssait. La nuit, j'étais la victime d'un mari tyrannique qui me battait. Petite, j'étais pour ma mère son petit soleil breton, sa petite éole, comme elle m'appelait. Mais la vie m'a fait sombrer jusqu'à pratiquement m'éteindre pendant des années. C'est peut-être mon chant du désespoir qui l'amena jusqu'à moi. Il se présenta sous la forme d'un émissaire. Mais ce déguisement cachait le diable en personne. Il me promit alors de mettre fin à mes souffrances, mais en contrepartie, il m'indiqua que je lui étais redevable et qu'un jour, il viendrait collecter ma dette. Pour assurer ma survie, je n'eus d'autre choix que d'accepter son aide. Il me tendit alors un flacon en m'indiquant qu'il fallait mettre quelques gouttes chaque jour dans la nourriture de mon mari et qu'en quelques semaines, ce serait fini. Les premiers jours, il n'avait que des désagréments intestinaux. Puis sa peau fut recouverte de furon. Enfin, il commença à avoir du mal à se déplacer. Plus il dépérissait, plus je prenais du pouvoir au village et me sentais revivre. C'est à ce moment qu'une lueur d'espoir rentra dans ma vie. Une lueur qui jouait divinement bien de la cithare. Tu avais commencé à jouer à ce banquet qui avait été organisé et financé par l'émissaire pour tout le village. Ta douce mélodie me rappelait une chanson que me chantait ma mère lorsque j'étais enfant. Je ne sais pas pourquoi, mais je demandais à chanter avec toi. Tu acceptas, et ce fut merveilleux. Comme si nous étions faits pour être ensemble. Cette évidence me poussa à t'inviter pour la nuit. Au petit matin, j'étais tellement heureuse que je pris peur. Tu semblais si bon que je ne pouvais te faire entrer dans ma vie. J'avais pactisé avec le diable et je ne pouvais pas te faire courir un risque tant que je n'avais pas réglé ma dette. Et cela arriva bien plus tôt que je ne l'imaginais, puisque la semaine suivante, l'émissaire vint à moi et m'indiqua que le poison faisait bien effet et que bientôt je serais libre. Il me demanda alors quelque chose qui me glaça le sang. Sa requête était la suivante. Je devais lui indiquer une personne au village qui ne manquerait à personne. Ne sachant quoi répondre, et celui-ci se faisant pressant je finis par lui désigner le vieux mari de gwen car je savais qu'il la battait et le lendemain gwen vint me trouver pour me dire que c'était le plus beau jour de sa vie son mari avait disparu dans les semaines qui suivirent à chaque fois que l'émissaire me demandait de lui désigner quelqu'un je m'arrangeais pour lui indiquer un homme qui maltraitait sa femme mais alors que le village devenait enfin un endroit sécurisé pour les femmes La folie de l'homme frappa. Le village accusa l'émissaire des disparitions et le tuèrent. Puis, alors que je pensais ma dernière arrivée, tu vins me sauver. C'était une folie de ta part, mais je sus à cet instant que nos destins étaient liés et que je t'aimerais toute ma vie. Et alors que je pensais le cauchemar terminé, un homme que je ne connaissais pas vint me trouver. Très vite, je reconnus le diable derrière les traits d'un nouvel émissaire. Celui-ci venait réclamer son dû. Et c'était moi. Il me sauta dessus alors pour me soumettre à lui. Sauf que je n'étais plus la jeune fille fragile que j'étais jadis, et je gardais maintenant toujours un couteau sur moi, que je brandis et enfonça profondément dans le cœur de mon agresseur. C'est très certainement à cet instant que le Seigneur me fit payer pour avoir pactisé avec le diable. Puisque tu arrivas de nulle part alors que tu étais en exil, et voyant la scène, tu te décomposa. L'horreur qui s'inscrivit sur ton visage à ce moment me rentra jusqu'à la fin de ma vie. Depuis cette tragique soirée, je ne cesse de te chercher. Mon amour, j'espère que si cette bouteille arrive jusqu'à toi, tu pourras lire mon histoire, comprendre mes choix, et peut-être revenir jusqu'à moi. T'as bien aimé, Maïwenn, village de Cardu. Nous, non. revenions pas. Les deux bouteilles étaient liées et composaient deux versions d'une même histoire. Ma femme théorisa. Si les deux bouteilles ont été jetées à peu près du même endroit et à peu près en même temps, elles ont sûrement dû traverser les mêmes courants marins et ça semble donc plausible qu'elles se soient nichées au même endroit. Sinon, autre possibilité, c'est une caméra cachée. Nous regardons alors autour de nous. Mais la rue semble assez calme. Je viens de checker et le village de Cardu est à une petite heure de route. Tu veux qu'on aille y jeter un coup d'œil ? Et nous voilà partis pour une heure de route à travers la campagne de la Brière puis du Morbihan. Très excités, nous nous demandons de quelle époque pourraient dater ces écrits et si nous avons une chance de trouver une trace d'eux dans les registres de la ville. La mairie semble être notre meilleur point de chute. En entrant dans le village... Nous découvrons un espace qui semble être figé dans le temps. Les mots de Pierrick et Maïwenn prennent naturellement vie dans ces rues bordées de maisons en granit avec des toits de chaume. Étrangement, nous ne croisons personne. Et en arrivant sur la place du village, nous comprenons pourquoi. Face à la mairie, un café-bar semble très animé. « Je pense que tout le village picole là-dedans » , plaisante ma femme. « Et même les agents de la mairie, a priori. » Je réponds après avoir remarqué que la mairie était fermée. « On fait quoi alors ? » « J'ai peut-être une idée. Suis-moi. » Je prends la main de ma femme et l'emmène en direction d'une petite église qui fait face à la mer. Ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'église en soi, mais le petit cimetière qui le borde. Nous passons entre les tombes et sur une des plus vieilles stèles, nous pouvons lire partiellement « Ici J. Maiwen, chef du village de Cardu et son mari. » Pierrick. Nous déposons alors les deux bouteilles sur les tombes et nos pensées émues s'envolent vers ce couple maudit qui a finalement été réuni. Merci d'avoir écouté cette histoire. Si vous l'avez aimée, n'hésitez pas à la partager et mettre 5 étoiles sur votre application de podcast. Enfin, si vous aimez les histoires de Papy Piro et que vous en voulez d'autres, faites-le moi savoir en commentaire. Merci à vous !