- Speaker #0
Il y a des reconnaissances qui prennent du temps, et même toute une vie. En 2018, quand ouvre au musée de l'Orangerie l'exposition intitulée « Les contes cruels de Paola Rego » , l'artiste a 83 ans, et c'est sa première exposition rétrospective sur le territoire français. Le public parisien se presse pour découvrir cette œuvre à la fois forte et immédiatement reconnaissable, où l'on croise, représentée à l'encre de Chine, à l'acrylique ou au pastel, Des personnages ressemblant à l'artiste elle-même, à son défunt mari, à sa famille, mais aussi à des animaux, des personnages de Walt Disney et des marionnettes. Chaque tableau demanderait une description de plusieurs minutes, tant il semble s'y passer des choses différentes. Des couples y dansent, des petites filles jouent avec des chiens, des femmes montrent les crocs et d'autres posent de façon triomphante. Prises dans leur ensemble, ces œuvres narratives ont en commun de remettre en cause l'ordre établi. Elle bouleverse les codes de la peinture traditionnelle pour esquisser un monde avec d'autres jeux de pouvoir. Coïncidence ou pas, un an avant l'ouverture de cette première rétrospective française, le hashtag MeToo faisait le tour du monde et donnait aux œuvres de Paola Rego un écho inattendu et inédit. Je m'appelle Anne-Cécile Genre et vous écoutez Les Intranquilles, le podcast de la délégation en France de la Fondation Gulbin-Kian, en partenariat avec Beaux-Arts Magazine. Aujourd'hui, je vous raconte comment la grande artiste luso-britannique Paola Rego a dû attendre plusieurs décennies, et même presque toute une vie, avant d'être admirée par le public français. Par un jour d'hiver très gris comme il y en a parfois à Paris, j'ai rencontré Cécile Debray. Aujourd'hui, elle est directrice du musée national Picasso à Paris. Mais en 2018, elle était directrice du musée de l'Orangerie. C'est elle qui est à l'initiative de l'exposition « Les contes cruels de Paola Rego » et qui en fut la commissaire. Elle a répondu avec d'autant plus d'enthousiasme qu'elle a un souvenir marquant de son premier contact avec l'artiste.
- Speaker #1
Je l'ai rencontré quand je travaillais sur une exposition consacrée à Lucien Freud, l'artiste d'origine allemande, mais installé à Londres, donc représentant de l'école de Londres. Donc ça, c'était en 2008. J'allais tous les mois déjeuner avec lui à Londres. Et un jour, une des personnes qui était proche de lui m'a proposé d'aller visiter l'atelier de Paola Rego. Je suis allée voir son atelier, je l'ai rencontrée dans cet univers absolument fantastique. Et voilà comment ça s'est passé.
- Speaker #0
Cécile Debray m'a raconté que si elle a choisi d'axer l'exposition de 2018 autour des contes, c'est parce qu'une bonne partie de l'inspiration de Paola Rego lui venait de son enfance. Elle naît au Portugal en 1935, mais ses parents déménagent à Londres juste après sa naissance, en raison du travail de son père. La petite fille est confiée aux bons soins de sa grand-mère, qui l'élèvera jusqu'à ses trois ans. Elle laberse de contes et de légendes portugais, des histoires parfois difficiles, auxquelles Paola Rego est particulièrement réceptive. Comme elle souffre de tuberculose, elle prend vite conscience des choses qu'habituellement on cache aux petits, comme la mort et la maladie. Après avoir suivi sa scolarité dans une école anglaise au Portugal, la jeune fille part finalement au Royaume-Uni à l'âge de 16 ans. Et elle étudie l'art à la Slade School of Fine Art à Londres. Elle fait la connaissance des artistes qui seront plus tard connus avec elle sous le nom de l'École de Londres. En particulier Frank Auerbach, Francis Bacon et Lucian Freud. Ce sont des peintres figuratifs. alors que l'époque est plutôt à l'abstraction et ne valorise pas vraiment la peinture. Paola Rego n'a pas froid aux yeux, elle choisit la même voix qu'eux. En 1954, elle est confortée dans ce choix difficile quand elle remporte le prestigieux prix de la Slade School. Son tableau, titré Under Milk Wood, au bois lacté, est inspiré par une pièce radiophonique du même nom, diffusée à l'époque sur la BBC. On y devine déjà les éléments qui feront le style de l'artiste, à la fois narratif et intriguant. Trois personnages féminins se tiennent dans l'embrasure d'une fenêtre. L'une d'elles tient une poule à la main, tandis que des œufs au plat cuisent dans une poêle au premier plan. C'est à la Slade School que Paola Rego rencontre celui qui deviendra son mari et le père de ses trois enfants, le peintre anglais Victor Wheeling. Elle l'admire énormément, mais elle se heurte à un souci de taille. Victor Willing est alors marié et il refuse pendant plusieurs années de quitter sa femme pour officialiser sa relation avec la jeune artiste.
- Speaker #1
On comprend de ce qu'elle raconte et surtout de son œuvre qu'elle va avorter plusieurs fois jusqu'au moment où elle décide de garder l'un de ses enfants, bien que... Victor soit marié. Et donc, quand lui se réfugie du côté de son épouse, quand il apprend que Paola est enceinte, elle retourne au Portugal. Son père vient la chercher et Victor va les rejoindre qu'un an après. Donc, ce qui est intéressant, c'est qu'elle rejoue ce qu'elle a vécu elle-même, d'une manière un peu différente, mais donc son enfant ne va connaître son père qu'un an plus tard. Il y a en tout cas ces épisodes de grossesse, il y a ensuite la maladie de son mari. Son mari va développer une sclérose en plaques, il meurt au début des années 80. Et donc toute cette période de la maladie qui se déclare en 1966, elle a vécu avec un homme qui se montre, si dit, assez tyrannique. Elle a un mariage qui est à la fois heureux et à la fois difficile. Et ça va nourrir aussi sa peinture.
- Speaker #0
Paola Rego aura deux autres enfants avec Victor Willing. Elle partage alors son temps entre leur éducation et sa pratique artistique. Quand elle crée, ce sont surtout des collages, à la lisière de l'abstraction, qui dénoncent la situation politique du Portugal, alors soumis à la dictature de Salazar. Ce n'est qu'après la mort de son mari qu'elle retrouve le style qui avait fait son succès précoce. En 1988, elle signe deux tableaux où on la reconnaît sans difficulté, elle et ses proches. L'un s'appelle « La famille » et l'autre « La danse » .
- Speaker #1
La danse, c'est un très beau tableau, je l'avais mis en couverture du catalogue de l'exposition de 2018. C'est une scène de danse en bord de mer, un paysage de son enfance, celui du Portugal. Ils sont revenus, de toute façon c'est installé au Portugal un moment après la mort de son propre père. Et cette scène de danse, on voit une femme seule et puis on voit un couple. On peut imaginer que c'est à la fois... la représentation de l'artiste en train de danser seule, et puis le couple formé par son mari et une autre femme. Toutes les interprétations sont possibles. Elle utilise quand même beaucoup des modèles existants pour construire des scènes totalement oniriques ou romanesques. Donc on sait que pour la danse, elle utilise une photographie de son mari. Et donc, ça multiplie le champ des interprétations, ça nourrit en fait une forme d'énigme autour de ces représentations.
- Speaker #0
Cécile Debré m'a confié que dans ces deux tableaux, Paola Rego développe le thème sous-jacent à toute son œuvre, les jeux de pouvoir. Ce thème était déjà présent en 1986 dans sa série Girls and Dogs. On y voyait des petites filles maîtrisant des chiens, soit pour leur passer un collier, soit pour les attraper par les pattes ou par la mâchoire, dans un geste de domination jubilatoire. Parmi les références de Paola Rego, il y a les contes de son enfance, bien sûr, mais aussi des romans de la comtesse de Ségur, où les enfants sont punis pour leurs bêtises par des adultes qui semblent exercer un pouvoir illimité à leur rencontre. Et comme elle a grandi dans une école anglaise, d'après Cécile Debray, elle a sans doute aussi récité les nursery rhymes, ses comptines en apparence anodines, à la morale pourtant souvent cruelle.
- Speaker #1
Elle introduit comme ça des petits personnages, qui sont souvent des personnages enfantins ou des personnages d'animaux. Et puis, peu à peu, elle construit une figuration très puissante, où là, elle va construire un espace très défini, très perspectiviste. au profit d'une narration fantastique, avec des plans de voix, de temporalité, qui peuvent se superposer dans une même composition. Donc ça devient de plus en plus complexe. Mais quiconque voit une œuvre de Paola Arrigo la reconnaît immédiatement. à partir du moment où il connaît l'œuvre de Paola Rego. Elle a vraiment une identité très forte et une très grande cohérence.
- Speaker #0
À partir des années 90, Paola Rego change de support. Elle abandonne progressivement la peinture pour le pastel, un mode d'expression en apparence doux et tendre. C'était le support privilégié de Marie Cassatt pour ses portraits d'enfants. et d'Edgar Degas pour ses portraits de danseuse, entre autres. Mais elle en prend le contre-pied. Ses œuvres sont gigantesques et les femmes qu'elle représente sont tout sauf effacées. Dans sa série Dog Woman, les femmes sont animalisées et se comportent comme des chiens, à quatre pattes, montrant les crocs, tabliers à fleurs relevés, pour laisser voir leurs jambes puissantes.
- Speaker #1
Peindre un corps ? ou le peindre avec du pastel, parce que c'est difficile de dire, ce n'est pas du dessin. On se retrouve dans la posture de Pygmalion, c'est-à-dire rendre vie à un corps par la peinture. Et ça, c'est très très fort chez chacun de ces artistes à Londres, et c'est leur manière de travailler sur cette question de la figuration. Et donc, c'est comment approcher au plus près l'organicité de la chair. quand vous faites du pastel Vous pouvez estomper avec les doigts. Et je pense qu'on n'est pas très loin de la technique du modelage. Donc, ces pinceaux, ce sont ses doigts. Donc, il y a quelque chose qui est de l'ordre du geste de Pygmalion, rendre vie avec ses mains. Et moi, j'ai un souvenir vraiment ébloui de sa manière dont elle construisait ses pastels, mais immense, parce que c'est des très grands formats, ce qui est quand même très atypique. Qui fait ça ? Il y a très peu d'artistes qui utilisent comme ça le pastel. C'est vraiment une singularité chez elle.
- Speaker #0
Dans l'autoportrait « L'artiste dans son studio » datant de 1993, Paola Rego se représente elle-même fumant la pipe, les jambes écartées, dans une attitude triomphante, entourée de statues et de personnages mystérieux. Au premier plan, sur une table, on aperçoit trois gros choux verts et une petite souris à la tête de squelette, en train de jouer. sur un banjo miniature. D'après Cécile Debray, cette posture de pouvoir est évidemment fantaisiste, car il n'a en réalité jamais été facile pour Paola Rego de vivre de sa peinture, même si la National Gallery de Londres l'expose dès le début des années 90.
- Speaker #1
Souvent, les artistes répondent que c'est un choix existentiel, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas le choix, ils le font parce qu'ils ne peuvent pas faire autrement. Pour une femme, c'est déjà une expression de force incroyable. Elle dit souvent que quand elle était avec son mari, c'était une épouse très discrète derrière son mari. Donc il est évident que la disparition de Victor lui a laissé le champ pour enfin s'affirmer. Et même si Paola Rego est une femme timide, peu sociable, pas mandenne pour dessous, et finalement pas une femme de groupe d'artistes, Merci. Elle est très puissante dans son univers qu'elle s'est construite, c'est-à-dire qu'elle a une forme d'autonomie, d'humour un peu grinçant, de liberté dans le choix de ses références, qu'elles soient à la fois picturales mais également littéraires. Et donc sa toute-puissance, elle est dans l'univers de son atelier. Et je crois que quand elle se représente comme ça, c'est la puissance dans l'univers qu'elle s'est construite.
- Speaker #0
Dans ses tableaux, Paola Rego mélange, comme on le ferait dans un rêve, des éléments familiers avec des personnages de la culture populaire. Que ce soit des héros de l'histoire ou des personnages fictifs de Walt Disney. Comme par exemple ces femmes qui prennent la place des autruches en tutu de Fantasia. Elles se mettent en scène non seulement en tant que personnages, mais aussi parfois en tant que peintres et dessinatrices. Dans une sorte de mise en abîme multiple. Cécile de Brême a dit qu'ensemble, les deux femmes ont discuté de Balzac. Paola Rego admirait particulièrement son ouvrage Le chef-d'œuvre inconnu. Il raconte l'histoire d'un peintre nommé Frenhofer, tellement passionné par son modèle qu'il refuse de montrer au public son travail. À sa mort, on découvre son chef-d'œuvre présumé. On y distingue un pied parfaitement exécuté. Mais le reste n'est qu'un embrouillamini de lignes, comme s'il avait échoué. à transcrire la beauté qu'il voyait. Paola Rego s'en est inspirée pour deux toiles en 2011. Painting Him Out, c'est-à-dire littéralement le faire disparaître en le recouvrant, et The Balzac Story, l'histoire de Balzac. Le regard du spectateur se perd entre les personnages, leurs reflets dans des miroirs et leurs dessins sur des toiles. Toutes ces images forment une sorte de labyrinthe où l'on ne distingue plus ce qui est en dedans ou en dehors de la toile. Ces éléments de décor, Cécile Debray les reconnaît. Ils étaient déjà dans l'atelier de Paola Rego quand elle l'a visitée.
- Speaker #1
C'était une sorte de caverne d'Ali Baba avec à la fois ces poupées, ces mannequins qu'elle fabriquait, des costumes qui étaient sur cintres et qui étaient en hauteur, des objets totalement éclectiques, ça pouvait être un bout d'échafaudage, des WC qui trônaient au milieu. Et en fait, elle fabriquait des petites scénettes pour ces tableaux. Au sein de l'atelier, c'était relativement propre, ça ne sentait pas la térébenthime. Par contre, il y avait ces grandes palettes de pastels très colorées, avec de la poudre. Et puis une petite table où on a bu du champagne. Il était 4h de l'après-midi, elle a ouvert une bouteille de champagne et on a commencé à discuter. C'était un moment assez merveilleux parce que je découvrais un univers.
- Speaker #0
Quel type de personnalité elle avait ?
- Speaker #1
D'abord, elle avait une voix comme ça, assez au perché. Elle parlait très vite, elle avait un regard très rieur et très affable. C'est-à-dire qu'elle se confondait en remerciements, alors qu'il n'y avait absolument aucun remerciement à formuler. Et en même temps, elle était capable de sortir des pics comme ça, très ironiques sur le monde, sur des personnages, avec une sorte de sourire comme ça, très lumineux. Non, c'était une femme... très charmante et en même temps qui pouvait faire un petit peu peur. Je ne sais pas pourquoi, elle avait une sorte de posture à la fois enfantine et c'était déjà une vieille femme. Donc oui, elle était très originale.
- Speaker #0
En 1998, un référendum visant à dépénaliser l'avortement au Portugal est refusée par une très courte majorité. Paola Rego signe alors son œuvre la plus politique et la plus réaliste. Dans cette série de tableaux intitulée « Abortion Pastel » , les pastels sur l'avortement, on voit des femmes en diverses positions, le visage grave et parfois souffrant, en position d'attente de l'avortement. L'une est accroupie sur un lit, une serviette et une bassine sous ses pieds. Une autre a improvisé des étriers gynécologiques, avec des chaises pliantes. L'une est agenouillée par terre, le front contre un coin de drap, l'air épuisé. Quand une autre est recroquevillée sur elle-même, l'air renfrogné et les yeux fermés sur un bout de canapé. Dans une interview à l'époque, l'artiste explique avoir voulu montrer que les femmes qui endurent ça ne sont pas des criminelles et ne devraient jamais être considérées comme telles. L'avortement sera finalement légalisé au Portugal, 9 ans plus tard, en 2007. Cette série sur l'avortement a choqué, mais elle a aussi renforcé sa célébrité dans son pays d'origine. Un pays avec lequel elle garde des liens forts par la représentation de ses paysages et de ses histoires et par cet engagement politique féministe. En 2009, pour couronner cette reconnaissance, un musée dédié à Paola Rego ouvre à Cachcaich, en banlieue de Lisbonne. Mais en dehors de l'Angleterre et du Portugal, l'œuvre de Paola Rego reste encore méconnue.
- Speaker #1
La peinture de Paola Rigo, elle met mal à l'aise. Donc c'est une peinture qui est rude, parce qu'elle représente des corps de femmes avec la crudité de l'école de Londres d'ailleurs, puisque les nues de Luciane Freud mettent tout aussi mal à l'aise. C'est très puissant du point de vue du féminisme, mais ça met mal à l'aise. Donc je crois qu'il faut avoir un peu toutes ces lectures-là pour comprendre pourquoi on ne regarde pas la peinture de Paola Rigo en France, mais on la regarde. pas en Italie, on la regarde pas en Pologne, on la regarde pas en Allemagne. Voilà. Mais son féminisme, il va gêner tous les hommes de la Terre, ou les femmes, je veux dire. Parce qu'elle n'y va pas par quatre chemins, quoi. Elle est frontale, elle est même... Encore une fois, il y a toujours une petite forme de perversion chez Paola Rigo. Et d'ailleurs, quand on lui dit « Est-ce que vous êtes féministe ? » , elle fait une réponse plus ambiguë. Donc, elle aime pas. On la rabatte sur une forme de radicalisme un peu revendicatif. Elle est plus subtile que ça et donc, elle a une forme d'ambivalence qui, à mon avis, est aussi à l'origine du malaise qu'elle suscite.
- Speaker #0
En 2012, la fondation Gulbin-Kian organise une première exposition des œuvres de Paola Rego à Paris. L'exposition n'a pas d'ambition rétrospective. Mais c'est la plus grande exposition alors dédiée à l'artiste en France. Elle ne crée malheureusement pas l'événement. L'écrivaine franco-canadienne Nancy Houston signe alors une tribune dans le quotidien Libération, intitulée Urgence pour Paola Rego. Elle s'y étonne du manque d'ouverture et de curiosité du monde de l'art français envers l'œuvre de l'artiste portugaise. Peut-être parce que la France n'aime pas les œuvres narratives, dit-elle. Peut-être aussi... Parce que ces œuvres suscitent l'émotion chez le spectateur, quand la mode en France serait avant tout aux œuvres purement intellectuelles.
- Speaker #1
Je suis contente qu'elle défende Paola Rego. Mais moi, je suis historienne d'art, et je suis un peu gênée par les raccourcis. En fait, c'est le ton, mais bon, le ton revendicatif. Je ne dirais pas qu'elle n'a pas eu de succès. Je dirais que la Fondation Goulbenkian, c'est un petit lieu dans Paris. Donc, ce n'est pas un musée. C'est un centre culturel portugais. C'est une étape. La reconnaissance d'un artiste se fait par palier. Donc je pense que s'il n'y avait pas eu cette exposition, peut-être qu'il n'y aurait pas eu l'exposition à l'Orangerie. Tout ça se fait progressivement. Il y a eu cette exposition au Musée de l'Orangerie. Moi, ça faisait un moment que je voulais la montrer. Comme j'ai pris la direction du Musée de l'Orangerie, ce rêve que j'avais, je l'ai fait au Musée de l'Orangerie.
- Speaker #0
Il faut donc attendre 2018 pour couvrir au Musée de l'Orangerie la première grande exposition rétrospective dédiée à Paola Rego en France. sous la direction de Cécile Debray. Et cette fois-ci, le succès est au rendez-vous. J'ai demandé à Cécile Debray si la vague MeToo avait peut-être permis une meilleure compréhension de l'œuvre de Paola Rego. Car la France, jusque-là, n'était peut-être pas prête pour des œuvres si ouvertement féministes.
- Speaker #1
Vous voyez, je suis venue à Paola Rego par Luciane Freud, donc ça n'a rien à voir avec MeToo. Je regarde les artistes femmes depuis longtemps, je suis assez sensible à ces questions-là, mais vraiment, Paola Rego, elle est bien au-delà de ces questions un peu conjecturelles. J'ose espérer que l'univers de Paola Rego, qu'elle soit un homme ou une femme, s'impose. Là, ce n'est vraiment pas une question du fait qu'elle soit une femme, c'est qu'elle a une œuvre d'une force incroyable. J'aimais cet artiste, j'aimais la personne, mais j'aimais cette audace qu'elle a eue de relier des sujets graves autour des femmes, autour du mythe, autour de l'exil, parce qu'il y a quand même aussi cette question, à partir d'un jeu sur des références très liées au XIXe siècle. Et donc, il me semblait que le lieu du musée de l'Orangerie, qui fait une sorte de trait d'union entre le XIXe siècle et le XXe siècle, était un lieu particulièrement adapté.
- Speaker #0
En 2018, Paola Rego est venue visiter l'exposition au musée de l'Orangerie. Au milieu de ces tableaux, Cécile Debray avait rajouté, en contrepoint, ici et là, des œuvres d'autres artistes. Audimon Redon, Édouard Manet, Louise Bourgeois, ou encore le gendre de Paola Rego, le sculpteur Ron Mouic. Une galaxie de références qui a fait pétiller un peu plus les yeux de l'artiste, qui a toujours aimé brouiller les pistes entre l'intime et le collectif. Elle est décédée quatre ans plus tard, en 2022, à l'âge de 87 ans. Vous venez d'écouter le septième épisode des Intranquilles, le podcast de la délégation en France de la Fondation Gulbin-Kian, en partenariat avec Beaux-Arts Magazine. Merci pour votre écoute. Et à bientôt pour un nouvel épisode.