- Speaker #0
Mais totalement, en fait, il ne faut pas avoir honte que je parle de l'alcoolisme ou d'autres maladies. Mais le fait de parler, ça développe tellement de choses. Mais même pour la vie de tous les jours, quand on est en angoisse, il faut en parler. Quand on a un problème, il faut en parler. Quand ça va, il faut en parler. En fait, il faut parler. C'est pour ça que les psychologues et les psychiatres existent. Parce que quand on n'arrive pas à parler à sa propre famille ou son propre entourage, on va voir quelqu'un pour parler et puis ça va mieux. Le fait de parler, on nous a doté de la parole, ce n'est pas pour rien.
- Speaker #1
Les Invisibles, juin 2020. Ma vie bascule du jour au lendemain dans une maladie neurologique, rare, qui n'a de poétique que le nom, le syndrome du mal de débarquement. Les symptômes qu'elle m'amène vivent en colocation avec moi, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, et ne prennent jamais leur week-end. Je n'ai donc pas la place pour un autre combat. Du moins, c'est ce que je crois. Puis vient ce jour où je témoigne dans une émission télé, dans l'espoir de rendre visible l'invisibilité du syndrome dont je suis atteinte. A peine sortie du plateau, forte de cette expérience et encore dans mes talons rouges, une évidence s'installe. Je n'en resterai pas là. Dans le train du retour, je rejoins à la fois ma maison et mon nouveau combat. Offrir un espace de parole au travers d'un podcast, aux personnes qui composent, bien souvent en silence, avec des maladies invisibles, et avec les regards de sociétés qui ne croient que ce qu'elles voient, deux réalités plus souvent subies que choisies. Aujourd'hui, loin de mes talons rouges et au plus proche de l'engagement, l'évidence s'étend. C'est à l'invisible ou pluriel que je vous invite. Ceux qui dans la chair, l'esprit et les sociétés se vit, sans pour autant faire de bruit. Si comme le dit Antoine de Saint-Exupéry, l'essentiel est invisible pour les yeux, ici, on compte bien le faire entendre. Bonne écoute !
- Speaker #0
Hello Adrien ! Hello Tamara !
- Speaker #1
Comment est-ce que tu vas aujourd'hui ?
- Speaker #0
Bah écoute, malgré les fortes chaleurs, je vais très bien. Ça fait un peu plus de trois ans que je n'ai pas touché à une goutte d'alcool, donc je m'hydrate avec de l'eau. Donc tout va très bien. Je ne suis pas en vacances, donc je continue à bosser, la preuve. On est ensemble aujourd'hui. Et le moral va bien. Et voilà, donc toute ma vie se déroule plutôt bien en ce moment. Et toi, comment vas-tu Tamara ?
- Speaker #1
Ça va, écoute, j'ai passé deux semaines incroyables dans les Cévennes avec mon mari et ma fille. C'était vraiment un peu hors monde comme ça, totalement une bulle. Le retour, il est un peu plus difficile. Dans la réalité, dans la civilisation, dans l'hyperstimulation sensorielle, j'en bave un petit peu en ce moment. Mais très contente d'être là avec toi aujourd'hui et de pouvoir dérouler ce thème, donc je me réjouis beaucoup. Adrien, il y a une phrase que tu as prononcée lorsque nous nous sommes rencontrés et que j'ai immédiatement noté. J'étais absent de ma propre vie. Ton histoire avec l'alcool commence presque comme beaucoup d'histoires avec l'alcool. Tu es jeune, étudiant en école de communication, tu sors, tu fais la fête, tu bois pour être moins timide, pour te sentir plus à l'aise avec les autres. Sauf que progressivement, quelque chose change. Tu ne bois plus seulement avec les autres. Tu commences à boire seul, à cacher ta consommation. Puis une rupture amoureuse vient accélérer les choses. Tu le dis avec tes mots, je m'anesthésie à la tronche. Pendant 7 ans, il y aura 11 cures, 5 comas, des rechutes, des groupes de paroles, de la sophrologie, des tentatives pour sortir de quelque chose que ton entourage et peut-être toi-même ne comprends pas encore complètement. Jusqu'à ce qu'un médecin prononce une phrase qui va changer ton histoire. Ce n'est pas un vice. Ce n'est pas un manque de volonté, c'est une maladie. À partir de là, quelque chose bascule. Tes parents deviennent des alliés. La culpabilité laisse peut-être un peu de place à la compréhension. Et commence alors une autre traversée, celle du rétablissement. Aujourd'hui, à 37 ans, tu es sobre, comme tu l'as dit juste avant, et abstinent. Tu te dis rétabli, mais pas guéri. Tu continues à prendre soin de ta santé psychique et tu dis que chaque jour est une victoire. Et c'est précisément pour cela que ton histoire trouve sa place ici. Parce que derrière l'alcool, il y a une expérience que beaucoup de personnes vivant avec une maladie chronique connaissent, celle d'un quotidien bouleversé par quelque chose que les autres ne voient pas nécessairement. Le déni, la culpabilité, les rechutes, le regard des autres, la nécessité d'accepter que certaines choses devront peut-être être pensées autrement pour le restant de sa vie. Alors aujourd'hui, nous n'allons pas tellement parler d'alcool, mais de ce que cela fait de vivre avec une maladie dont on nous a longtemps laissé croire que nous étions responsables. Et je me permets d'utiliser le pronom « nous » parce que j'ai, moi aussi, été alcoolique durant des années et que je sais que toute ma vie, je resterai en équilibre sur un fil. Quant à mon rapport à l'alcool, tu m'as dit j'étais absent de ma propre vie. J'aimerais commencer par là. À quoi ressemble une vie dans laquelle on est physiquement présent, mais intérieurement absent ? Et est-ce que toi, à l'époque, tu avais conscience de cette absence-là ?
- Speaker #0
Alors à l'époque, je n'avais clairement pas conscience de cette absence, parce que comme tu l'as très bien dit, j'étais anesthésié. Donc les journées, elles se ressemblaient toutes. C'est à dire que je buvais le matin pour avoir ma dose et j'étais clairement dans une bulle toute la journée. Et puis les journées en général, je refaisais la sieste 2-3 heures l'après-midi pour entre guillemets des cuvées et puis après je rebuvais. Donc j'étais vraiment comme tu l'as aussi très bien dit absent, c'est à dire que même au repas de famille, au travail, dans les activités sportives. Déjà, ce n'était pas moi, c'était l'alcool qui me dirigeait. Et puis, la plupart du temps, je ne me souvenais que de la moitié de ce que je faisais. J'étais vraiment en mode zombie. Alors, ça ne se voyait pas, mais moi je sentais que, enfin maintenant avec le recul, je sentais que je n'étais pas du tout proactif ni actif. Voilà, je subissais ma vie. Donc, j'étais clairement absent. Hum.
- Speaker #1
Et comment tu décrirais cette absence ? C'est quelque chose d'un peu cotonneux ? Tu parlais d'une bulle. Moi, en intro, je te disais, j'étais dans une bulle dans les Cévennes. C'était quelque chose de plutôt positif. Là, quand tu parles de bulle, j'imagine que c'est quelque chose qui n'est pas agréable ou en tout cas, avec le recul, tu ne le vois pas comme ça ?
- Speaker #0
Pas du tout. Alors, c'est une bulle pour la métaphore. En fait, on est à côté de soi-même. C'est-à-dire que les journées, déjà, sont toutes pareilles. Et puis, en fait, on n'est pas du tout actif. Moi, je sais qu'au tennis, quand j'y allais alcoolisé, je pensais que je jouais bien, mais en fait, je jouais mal. Je parlais tous mes matchs. Au travail, je pensais que j'étais le roi du monde, mais j'ai eu des avertissements parce que j'avais des oublis, parce que j'arrivais en retard, parce que je m'endormais sur mon bureau. Donc voilà, en fait, on a l'impression que tout est normal, nous, mais en fait, non, pas du tout. Et on est dans une bulle, mais en fait, c'est plutôt une fuite. On a une fuite morale, on a une fuite physique aussi parce qu'on est moins dynamique, on est moins présent. Donc c'est une bulle, mais ce n'est pas du tout une bulle comme toi tu as vécu dans les Cévennes. Moi, c'était une bulle anesthésiante.
- Speaker #1
C'est vraiment l'anesthésie quotidienne.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que ça anesthésie du coup à ce moment-là ?
- Speaker #0
Alors pour ma part, moi ça anesthésie mes angoisses, parce que déjà à la base je suis quelqu'un de très angoissé, bon bah c'est comme ça, ma mère est angoissée, mon grand-père est angoissé, donc je pense que c'est génétique. Et puis la pression sociale, la pression du travail, la pression de la vie de tous les jours, la pression des problèmes. Je ne dis pas que j'ai eu des gros problèmes dans ma vie, mais bon chacun a ses problèmes aussi. Donc moi c'était pour anesthésier tout ça, il y a eu ma rupture amoureuse aussi qui a été très compliquée. Et puis il y avait aussi à la base quelque chose que j'ai toujours eu en moi, c'est-à-dire un manque de confiance que j'ai eu très tôt, très jeune, parce que j'étais petit, parce qu'on me rabaissait tout le temps, on me traitait de nul, voilà j'ai été élevé un peu dans ça. Donc j'avais déjà à la base un petit flottement dans ma vie, ce manque de confiance. Donc c'est vrai que l'alcool ça a été un révélateur pour moi, parce que du coup j'étais moins timide, je ne me disais pas que je prenais de la drogue, parce que moi on m'a jamais dit que l'alcool c'était une drogue. dans toute ma famille tout le monde boit et tout le monde arrive à gérer, sauf moi du coup. Donc moi j'ai pris l'alcool comme une vitamine, comme un peu une Red Bull, qui me donnait des ailes. Enfin je pensais que ça me donnait des ailes mais en fait ces ailes se sont vite broulées.
- Speaker #1
Tu disais que les gens ne se rendaient pas compte mais tes parents ont quand même un peu réalisé que tu n'étais plus tout à fait toi-même à un moment donné.
- Speaker #0
Oui oui. Déjà il y a un moment donné quand on... quand on devient malade alcoolique, c'est vrai que l'alcool est tellement ancré et dans nous qu'on n'a pas l'impression qu'on est sous, c'est-à-dire qu'on ne se situe pas, on ne parle pas plus fort qu'un autre, on n'a pas l'air bourré, entre guillemets. Mais par contre, on est à gare, on est bouffi, on prend du poids ou on maigrit, ça dépend des gens. Donc mes parents me connaissent très bien, parce qu'on a vécu ensemble et on se voit très régulièrement. Donc ils ont vu que j'étais plus moi-même, que j'étais complètement différent et absent encore une fois. à table j'étais lent, j'étais plus souriant du tout. C'est là où ça a commencé un peu à se voir. Et puis, ils ont remarqué que je ne buvais plus d'alcool à table, mais que je n'étais pas normal. Donc, ils se sont dit, il y a quand même un problème. Parce qu'avant, ils buvaient son apéro et puis ils buvaient du vin à table. Tout se passait à peu près normalement. Mais là, ils ne buvaient plus à table. Par contre, il arrive, il est bizarre. Et puis, ils se sont rendus compte que je buvais dans ma chambre.
- Speaker #1
OK, c'est hyper intéressant ce que tu racontes, parce qu'il y a quelque chose qui s'est rendu vraiment invisible. C'est-à-dire que... Tu avais une consommation d'alcool, mais qui était du coup plus sociable, mais qui était vraiment faite de manière solitaire, prise en solitaire.
- Speaker #0
Oui, alors dans les débuts, j'avais une conso un peu comme tout le monde, c'est-à-dire en boîte de nuit, dans les restos, etc. Donc j'arrivais à gérer, mais je sentais quand même que j'avais besoin de ma dose d'alcool pour aller danser avec une fille, pour aller parler à une fille dans les boîtes de nuit, pour avoir un peu plus confiance en moi, tout simplement. Mais après, en fait, l'alcool, il a vite pris le pas sur moi. Et en fait, c'est tellement simple de l'acheter de l'alcool et puis d'en boire assez pour être saoul. Il a vite pris le pas sur moi et puis c'est devenu nécessaire à tout. Dès que je faisais une sortie ou même quand j'allais au travail, j'avais besoin de ça. Puis j'avais l'impression vraiment que ça m'aidait.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut parler d'automédication ? Il y a un moment donné où ça vient vraiment calmer l'anxiété finalement qui est un trouble.
- Speaker #0
Alors ça la calme sur le moment, mais le problème c'est que ça la calme 2, 3, 4 heures. Mais une fois que l'alcool n'a plus d'effet sur le corps et sur l'esprit, on ré-angoisse encore plus fort. Donc on est obligé, dans mon cas en tout cas, de reboire pour recalmer cette angoisse qui est encore plus grande. C'est un peu un cercle vicieux.
- Speaker #1
Moi je le vois vraiment et ça c'est complètement à titre personnel par rapport à mon expérience. C'est comme si c'était une maladie qui cachait une autre maladie. Tu vois, j'ai un diagnostic de PTSD complexe, donc relié à des traumatismes. Et du coup, l'alcool venait vraiment tout d'un coup, mais presque à la seconde même, calmer l'anxiété en fait. Et c'était comme une médication. C'est comme si j'avais pris un médicament qui venait calmer tout ce qui s'agitait à l'intérieur. Mais comme tu dis, après aussi les actions qu'on fait, on en a honte. Il y a de l'anxiété encore plus forte qui ressort suite à ça. Donc c'est plein de petites choses qui se cachent les unes avec les autres.
- Speaker #0
En fait, c'est ça, c'est exactement, c'est très pertinent ce que tu dis. Parce qu'en fait, être alcoolique, c'est déjà une maladie chronique et mentale. Parce qu'elle agit sur le cerveau, l'alcool agit sur le cerveau. Et clairement, moi, j'étais quelqu'un de très angoissé, j'ai fait une dépression. Donc oui, l'alcoolisme cachait d'autres maladies. Et même pour... certaines personnes notamment des stars je vais pas les citer mais qui n'ont pas qui ont d'autres maladies que l'alcoolisme il y en a il y en a un je vais pas le citer mais il a des troubles obsessionnels il buvait pour pour éviter tous ces troubles obsessionnels voilà donc oui oui ça cache ça cache d'autres d'autres troubles mentaux
- Speaker #1
d'autres d'autres troubles et est ce qu'il ya un moment donné où tu tu Qu'est-ce qui a fait qu'il y a quelque chose qui a basculé ? Est-ce que c'était tes parents qui ont dit « ok, ça ne va plus » , est-ce que toi tu as réussi à sortir un peu de la bulle et t'auto-observer et te dire « là, il faut que ça change » ? Il a été où le basculement ?
- Speaker #0
Ça a été long, ça a été très progressif. En fait, j'ai connu tellement d'épreuves, que ce soit les cures, j'en ai fait plus de 10, enfin 11, les hospitalisations, les comas, voilà. Amis. Ce qui m'est arrivé, vraiment, j'ai mis beaucoup de temps, mais c'est vraiment le déclic, ça a été ce fameux médecin, qui m'a expliqué à moi et à mes parents, donc il a pris trois heures en tout, c'est-à-dire qu'il m'a pris à part, il a pris mes parents, puis il a pris nos éclipses ensemble, que c'était une maladie et que ce n'était pas un vice. Donc moi, sur le coup, ça m'a déculpabilisé, puis je me suis dit, en fait, je ne suis pas une merde. on choisit pas d'être malade, c'est pas un vice, tout le monde te ponte du doigt, mais en fait c'est une maladie quoi. Et là ouais j'ai commencé à... bon après il me l'a très bien expliqué, j'ai eu un vrai déclic avec lui, c'est vraiment très bien entendu, puis mes parents aussi pour le coup, et puis le fait que mes parents comprennent aussi, je me suis dit ça y est ils vont plus m'engueuler quand je repicole et tout ça, ils vont plus fouiller dans mes affaires en disant que c'est qu'une question de volonté, enfin que je parle de mes parents ou tout mon entourage parce que Il faut la comprendre la maladie alcoolique, moi j'en veux à personne, mais si il y avait plus de prévention, c'est vrai que les gens seraient plus au courant que c'est une maladie, comme être diabétique ou comme avoir un cancer ou plein d'autres maladies. Mais ouais, c'est vraiment le déclic, ça a été ce monsieur et puis le fait que mes parents comprennent et que ça devienne des alliés. contre cette maladie.
- Speaker #1
Et c'est vrai que c'est essentiel de pouvoir sortir la personne de ce sentiment de responsabilité, parce que là aussi, c'est un cercle vicieux. Tu te penses responsable de cet alcoolisme, tu as de la honte et de la culpabilité, et tout ça, ça réengendre aussi, j'imagine, de la consommation et de la consommation, alors que de pouvoir dire, non, mais en fait, c'est une maladie au même titre que les autres maladies chroniques. Il y a un pas de côté qui peut se faire et on peut se regarder différemment. Et peut-être avec... plus de bienveillance et de compassion aussi.
- Speaker #0
Oui, totalement. Mais c'est vrai que la plupart des gens ne comprennent pas parce que l'alcool fait partie de notre société, de notre culture. Donc, les gens ne peuvent pas comprendre que ce produit-là peut nous rendre malades. Par contre, pour la cigarette ou d'autres drogues dures, oui, là, ils comprennent. Moi, j'ai vécu, j'ai une famille de fumeurs. Donc, il y a beaucoup de gens qui ont essayé d'arrêter et qui l'ont arrêté et qui ont eu des rechutes. comme moi avec l'alcool en fait, mais quand les gens avaient des rechutes par rapport à la cigarette, on ne pointait pas du doigt, on ne disait pas « ouais, c'est un manque de volonté, t'as qu'à faire des efforts, être un peu combatif et tout » . Non, on disait « oh, c'est dommage, bon ben, on prend le temps et tout » . Alors que quand on fait une rechute d'alcool, on pointe du doigt « oui, c'est un manque de volonté, tu ne te bats pas » . Donc non, en fait, ça ne va plus loin que ça. si tout le monde avait de la... Si la volonté suffisait à se guérir, mais il n'y aurait pas 41 000 morts par an à cause de cette maladie, il n'y aurait pas autant de malades.
- Speaker #1
Carrément. Et tu disais donc vraiment que cette phrase du médecin, elle a ouvert une porte que rien d'autre n'avait ouvert jusque-là. Qu'est-ce qui s'est passé par la suite ? Est-ce que justement les cures se sont arrêtées, les comas aussi, la reprise de l'alcool ? Qu'est-ce qu'il y a eu ensuite ?
- Speaker #0
Alors déjà, j'ai fait une cure dans l'hôpital où il y avait ce docteur, à Gien, pendant trois mois. Je l'ai fait deux fois la cure. La première pour être totalement sobre. Et puis la deuxième, c'était avant les périodes de Noël. Donc, c'était plus pour me remotiver.
- Speaker #1
Motivationnel.
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est ça. Donc après, oui, ma consommation s'est arrêtée. J'ai eu de moins en moins de rechutes. Et les rechutes duraient moins longtemps. C'est-à-dire qu'avant, elles duraient... 3 à 4 jours les rechutes, donc je consommais pendant 3 à 4 jours, et puis à la suite de cette révélation avec ce médecin, les rechutes, j'arrivais à les gérer en une journée. J'avais de moins en moins de craving, donc de moins en moins d'envie de boire incontrôlable, j'étais moins stressé, j'ai eu un traitement médical, parce que je suis sous le traitement encore, vu que c'est une maladie, il y a un traitement. Il m'a mis un traitement qui était bien adapté à mes angoisses, avec lequel je n'étais plus dépendant. parce que c'est vrai que j'ai eu beaucoup de traitements où j'étais devenu dépendant du traitement, donc j'avais une autre addiction du coup. Donc pendant cette cure, il m'a désintoxiqué de mon ancien traitement pour que je ne sois plus addict, et il m'a mis un nouveau traitement qui était top. Et puis aussi, je l'ai vu après avoir terminé ma cure, deux, trois mois, je l'ai vu tous les mois, ce docteur, et du coup, petit à petit, c'est comme ça que j'ai, moi et mes parents, parce que je le voyais avec mes parents. On a appris à combattre cette maladie et puis à apprendre à revivre avec cette maladie qui est toujours dans un petit point de notre tête quand même. Mais voilà, il faut apprendre à revivre avec cette maladie.
- Speaker #1
Et tu dis « on » , donc tu inclus ta famille. Comment ça a impacté ta famille ?
- Speaker #0
Mes parents, oui, j'inclus beaucoup mes parents parce qu'en fait, même s'ils ont été parfois maladroits, ils ont toujours été là. Toujours, Sans eux et ce docteur, je ne serais pas là aujourd'hui. Même le docteur le dit, je suis un survivant, parce qu'il n'a jamais eu des cas comme moi. J'avais vraiment une ancholymie sévère, très très sévère. À ce temps-ci, si j'avais continué, je serais mort. Mes parents ont toujours été là, même quand ils m'emmenaient aux urgences ou quand j'étais dans le coma, s'ils ne savaient pas si j'allais vivre ou pas. Forcément, ils étaient super mal. Mais ils ont toujours été là,
- Speaker #1
Ça a dû créer beaucoup de stress, c'est clair, chez l'entourage. Mais on voit aussi à quel point l'entourage peut être soutenant. Comme tu dis, il peut y avoir des maladresses parce qu'on ne sait pas toujours comment agir. Mais rien que déjà la présence, ça fait beaucoup.
- Speaker #0
Oui, puis ils m'ont accueilli chez eux. Donc, j'étais quand même dans une bulle plutôt positive. Alors, pas dans les Cévennes, mais dans le 41. Mais non, ils ont tout fait avec leurs moyens à l'époque qu'ils avaient. parce que On en a fréquenté des médecins, des cures et tout, mais aucun médecin, aucune cure a dit que j'avais ce problème-là. Il y a même une cure qui a dit que je n'étais pas alcoolique. Donc c'est vrai que mes parents, dans tout ça, ils étaient complètement déstabilisés. Mais en fait, ils boivent, mais il n'est pas alcoolique, alors pourquoi ils boivent ? Ils essayaient de comprendre, mais quand ils ont compris, bizarrement, moi ça allait mieux, eux aussi. Puis ça fait des années que je suis sobre et que franchement, ça va super bien. Et aussi du coup.
- Speaker #1
Comme quoi poser les mots justes, c'est vraiment important. Ça peut changer complètement de paradigme sur comment on vit, comment les autres nous voient et vivent cette maladie-là.
- Speaker #0
Mais totalement, en fait, il ne faut pas avoir honte que je parle de l'alcoolisme ou d'autres maladies. Mais le fait de parler, ça développe tellement de choses. Mais même pour la vie de tous les jours, quand on est en angoisse, il faut en parler. Quand on a un problème, il faut en parler. Quand ça va, il faut en parler. En fait, il faut parler. C'est pour ça que les psychologues et les psychiatres existent. Parce que quand on arrive... pas à parler à sa propre famille ou son propre entourage et ben on va voir quelqu'un pour parler et puis ça va mieux le fait de parler nous avons nous a on nous a doté de la parole c'est pas pour rien j'avais une autre question mais j'ai un bug de
- Speaker #1
deux secondes tac tac tac faut que je raccroche les wagons ça arrive c'est la chaleur qui top sur la tête clairement clairement tes parents, ok bon, je vais repartir sur un autre truc mais j'avais un il y a un truc qui m'a tilté, fais ch'mire c'est pas grave, j'aimerais te poser une question qu'on pose souvent aux personnes atteintes de maladies invisibles, c'est à quel point t'as dû performer quelqu'un qui allait bien, tu vois tu buvais en cachette, qu'est-ce que les gens voyaient d'Adrien pendant que derrière tu étais en train de sombrer alors
- Speaker #0
Je vais parler du côté professionnel et du côté de l'entourage. Il voyait quelqu'un... Parce qu'au début, ça m'aidait. Ça m'aidait clairement. Pas longtemps, mais ça m'a aidé. Avec mes potes, j'étais drôle, j'étais dynamique. J'étais celui qui organisait les trucs et tout. Donc, j'étais plutôt actif dans tout ça. Et puis, au boulot, pareil. J'étais dynamique. Quand j'étais dans le commerce, je faisais des ventes. Quand j'ai créé ma boîte... Je démarchais les clients, j'étais bien. J'étais bien, donc je paraissais normal, même un petit peu plus performant que normal, parce que j'avais cette fausse béquille qui m'aidait à me dépasser.
- Speaker #1
Donc on avait plutôt un regard sur toi qui était posé, qui était valorisant.
- Speaker #0
Ah bah totalement, oui.
- Speaker #1
Et ce que tu ressentais à l'intérieur était en totale opposition avec l'image que tu paraissais.
- Speaker #0
Bah oui parce que quand j'ai arrêté de boire, il y avait la réalité qui revenait, mes angoisses, et puis je ne savais pas pourquoi j'étais angoissé, mais j'avais par contre ce manque de confiance qui revenait, et du coup je me dis, mince, il faut que tu reboives, sinon tu ne vas pas réussir à atteindre cet objectif, tu ne vas pas réussir à gagner ton match de tennis, tu ne vas pas réussir à être drôle avec tes potes, tu ne vas pas réussir à rendre ta copine heureuse, etc.
- Speaker #1
Donc beaucoup de pression en fait.
- Speaker #0
Ouais, ouais, ouais.
- Speaker #1
Beaucoup de pression. Dans beaucoup de maladies chroniques, une poussée ou une aggravation peut être vécue comme un échec. On peut se dire, j'avais pourtant tout bien fait. Dans l'alcoolisme, il y a la rechute avec une charge morale peut-être encore plus forte. Comment tu as vécu les rechutes ? Et est-ce que c'est comme une manifestation de ta maladie ou comme un échec personnel ?
- Speaker #0
Alors, moi, personnellement, je l'ai vécu comme un échec personnel et la maladie. Parce que je me disais, mince, tu rechutes, tu es... Ouais, t'es qu'un pauvre type, quoi, t'arrives pas à arrêter de boire, pourtant t'as plus de soucis, t'as tes proches qui t'aident, t'es allé en cure, donc ça doit être simple maintenant d'arrêter de boire. Et puis, oui, en fait, c'est la maladie qui fait un coucou en disant « je suis encore là, je vais pas te lâcher, donc tu rebois » . C'est la maladie, c'est là où on voit que la maladie, elle est très forte et des fois, elle est plus forte que soi. c'est que parfois on ne peut pas s'empêcher de boire et on ne sait même pas pourquoi on a envie de boire de l'alcool. Moi, j'ai fugué des hôpitaux là où j'habite pour aller chercher une bouteille de whisky, me l'enfiler cuissac et après tomber dans le coma. Pourquoi j'ai fait ça ? Je ne sais pas. Parce que j'étais angoissé, parce que j'avais besoin, parce que je ne sais pas. Mais c'était plus fort que moi et je suis sorti en habit quand on est à l'hôpital, dans la rue. Je n'avais rien à faire du regard des gens. En plus, je n'ai même pas payé la bouteille, je l'ai volée. A la base, je déteste ça, voler, ça me stresse au plus haut point. Et là, je volais une bouteille de ski pour me l'enfiler cuissec et puis pour après tomber dans le coma.
- Speaker #1
Ça montre que la maladie est plus forte que toi, en fait. C'est ceux qui te mettent dans des situations où tu n'es pas OK avec ça. Ça montre qu'il y a quelque chose de plus fort que toi.
- Speaker #0
Ah, complètement. Mais les gens, ça par contre, c'est pour ça que les gens ne le comprennent pas. Parce que la plupart des gens, les gens en globalité maîtrisent leur consommation. ou en tout cas... le montre comme ça, mais ils ne peuvent pas comprendre que l'alcool ou qu'une autre drogue soit plus fort que soi. Il y a des gens qui ne comprennent pas.
- Speaker #1
Non, on se dit qu'il suffit qu'il se contrôle, il n'a qu'à faire attention, il n'a qu'à boire de manière modérée. Il y a vraiment des phrases sociales comme ça qu'on a l'habitude d'entendre.
- Speaker #0
C'est ça, exactement.
- Speaker #1
Tu disais tout à l'heure que tu n'avais plus vraiment d'angoisse aujourd'hui parce que tu as un traitement et tu disais que c'était un traitement qui n'a pas créé d'addiction chez toi. Comment tu l'expliques ça ?
- Speaker #0
En fait, il y a des traitements, c'est des bains d'eau. Je ne vais pas dire le bon en outil parce que je vais l'écorcher, mais on en dit indépendant si on en prend trop. En fait, c'est un peu comme une drogue. Donc, il y a un moment donné dans ma période de rétablissement où j'avais arrêté de boire, par contre je prenais beaucoup de médicaments, beaucoup énormément même. Donc j'étais un peu dans le même état que quand j'étais sous alcool, c'est-à-dire que j'étais un peu un zombie et puis je ne faisais rien quoi. Mais par contre je ne buvais plus d'alcool, donc j'ai remplacé une addiction par une autre. Mais du coup ce médecin m'a vraiment baissé le traitement et puis il m'a mis d'autres molécules dont on ne tombait pas addict et puis qui apaisaient mes angoisses.
- Speaker #1
Et qui en fait sont des traitements que tu devras prendre à vie aujourd'hui ? Comment tu vois ça pour l'avenir ?
- Speaker #0
Non, alors mon docteur, il me le baisse progressivement. Là, j'ai vraiment plus beaucoup de médicaments. Il me l'a vraiment beaucoup baissé. Par contre, c'est vrai que vu que je suis quelqu'un d'angoissé à la base, je vais peut-être le garder quand même encore un certain temps. Parce que les angoisses, ça peut créer une rechute. Donc, je préfère garder ce petit traitement en béquille, en bouclier, et puis ne pas avoir de rechute, même si ça fait un bout de temps. de temps que j'ai pas eu de craving et tout ça, la maladie elle est quand même toujours là. Donc on n'est pas à l'abri d'avoir une pensée noire et puis de dire en passant devant un bar « je vais me prendre une petite bière là parce que ça va pas quoi » .
- Speaker #1
Il y a un terme que tu utilises en anglais « craving » ?
- Speaker #0
Oui, craving.
- Speaker #1
Craving, est-ce que tu peux nous le définir ?
- Speaker #0
Alors le craving en fait c'est une envie incontrôlable de consommer de l'alcool. C'est une espèce de poussée, d'envie irrésistible de consommer de l'alcool pour aller mieux ou pour combler quelque chose.
- Speaker #1
Et ça pourrait être finalement associé à n'importe quelle autre consommation, la nourriture, l'héroïne, la cocaïne ? Ou c'est que relié à l'alcool ?
- Speaker #0
Je pense que c'est... Du coup, mon médecin l'utilise pour l'alcool, mais je crois que c'est pour toutes les additions. Quand on voit, même dans les films, les gens... pour aller chercher leurs drogues dures qui volent ou qui font des trucs pas normaux. Je pense que c'est valable pour toutes les addictions, et notamment pour la cigarette, parce que je l'ai vécue de par mon entourage, où mon entourage faisait les mégots de cigarettes parce qu'ils n'avaient plus de cigarettes dans la poche, où ils allaient à minuit dans les stations de service pour acheter des cigarettes. Donc ça, c'est une sorte de famine. J'ai besoin de ma clope, donc je fais n'importe quoi pour trouver ma drogue.
- Speaker #1
Moi, ce qui me marque là-dedans, c'est vraiment la liberté que ça enlève. Je dis ça aussi parce que j'étais aussi très longtemps fumeuse. Et il y a un moment donné où j'ai réalisé que je n'étais plus libre et indépendante. Parce que si, par exemple, je partais trois jours dans la montagne et que j'avais oublié mes clopes, en fait, je serais redescendue de la montagne. Je n'aurais pas juste dit « Ok, je m'en fous » . Et il y a vraiment quelque chose de... casse la liberté et qui me parle aussi dans la question de la maladie chronique en fait. C'est-à-dire qu'il y a une liberté qui est un peu amputée à un endroit. C'est que tu peux pas juste faire la vie comme tu l'as envie et juste écouter tous tes élans, c'est qu'il y a des choses qui se cassent comme ça, dans cette liberté. Est-ce que tu ressens aussi ça un bout, que ce soit avec l'alcool ou la cigarette à un moment donné, cette liberté amputée ?
- Speaker #0
Oui, oui, totalement. Moi, à l'époque où j'étais bien dans l'alcool, quand je partais en vacances, par exemple, je prenais l'avion, j'allais au duty free me prendre ma bouteille de whisky. Sinon, je ne sais pas, j'étais pas bien et j'avais dans ma valise mes réserves d'alcool. Donc, j'étais dépendant clairement de ça. Et si je n'avais pas eu mes réserves d'alcool, je ne serais peut être pas parti en vacances ou je n'aurais pas fait ce que je voulais. Donc oui, j'ai eu cette perte de liberté totalement parce que... J'avais mon sac à dos et dans mon sac à dos, j'avais ma dose d'alcool. Donc sans cette dose d'alcool, je n'étais pas libre. Je ne faisais rien. Donc clairement, je n'étais pas libre.
- Speaker #1
Donc il y a toute l'anticipation aussi et la charge mentale que ça amène finalement d'être malade.
- Speaker #0
Ça, c'est une organisation. On devient les rois de l'organisation. Parce que c'est vrai qu'on anticipe. On se dit, bon, à 8h du matin, Lidl ouvre. Donc comme ça, je vais acheter mon alcool. J'aurai ma dose à 9h. je vais acheter 4 bouteilles comme ça je vais pas avoir besoin de me déplacer pendant 4 jours enfin ouais on devient complètement esclave de cette drogue quoi Aujourd'hui, tu es sobre, abstinent, rétabli, mais tu ne dis pas guéri. Tu dis aussi que chaque jour est une victoire. Qu'est-ce que ça change de vivre en sachant que même lorsque ça va, une partie de soi doit peut-être continuer à rester vigilante ?
- Speaker #1
Malheureusement, on n'est jamais guéri et je le sais parce que j'ai fait plein de rechutes et je pensais être guéri. Donc c'est vrai qu'on a toujours, quand je me lève, bon déjà j'ai plus mes angoisses, mais quand je me lève et je me dis ça va être une journée victorieuse sans alcool. Mais on apprend, c'est vraiment on apprend à vivre avec en fait. Donc ça a été compliqué, ça a été très long parce que j'ai dû apprendre à faire la fête sans alcool, j'ai dû apprendre à faire des repas de famille sans alcool. Déjà même les gens que je péquante boivent de l'alcool, donc ils se comportent différemment quand ils ont bu de l'alcool, donc il faut s'adapter. Il faut s'adapter à tout ça, à cette pression sociale, à cette pression qu'est l'alcool, que ce soit au restaurant ou partout. Quand on va faire les courses, il y a de l'alcool partout, même aux caisses maintenant. Donc on apprend à vivre avec. Il faut combattre ses démons et puis trouver des petits tips ou des petites astuces pour ne pas y penser. Mais après, ça devient automatique. Moi, j'ai mis un an et demi à apprendre à vivre sans alcool, à faire la fête, à sortir, à jouer au tennis, etc. sans alcool. Mais ça met beaucoup de temps. Enfin, en tout cas, pour moi, ça a mis beaucoup de temps.
- Speaker #0
Bah oui, c'est pas évident, étant donné que justement, tu l'utilisais pour aussi te donner confiance, de la contenance face aux autres. Comment tu fais aujourd'hui pour profiter avec les autres sans pouvoir consommer ?
- Speaker #1
J'ai réappris à m'aimer, j'ai réappris avec tout ce que je fais à avoir confiance en moi et à dire que j'étais pas une pauvre merde. Excusez-moi du terme, mais c'est le terme qu'on employait. Que j'étais pas nul, que j'étais pas un bon à rien. En fait, c'est tout ce qui se crée autour de moi. c'est-à-dire l'assaut, la plie, mon entourage qui me revoit bien, qui sont souriants avec moi, qui disent « c'est bien de te voir comme ça Adrien » . Voilà, c'est tout le cercle autour de moi qui se recrée, toute la vie qui revient, qui me redonne confiance, et du coup, je n'ai plus besoin de cette substance pour être bien. Donc bon, il y a tout qui s'enchaîne bien, c'est une succession de choses qui font que je n'ai plus besoin de l'alcool pour avoir confiance en moi, etc. Il faut trouver aussi sa voie, il faut se fixer des objectifs de vie, apprendre à être heureux sans cette substance, savoir ce qui nous rend heureux aussi, parce que c'est ça aussi la base de la vie, c'est être heureux, et comprendre ce qui nous rend heureux. Puis moi j'ai compris ce qui me rend heureux, et puis du coup j'ai appris à vivre sans cette substance, et de comprendre que la substance ne m'apportait pas ce bonheur que je recherchais en fait.
- Speaker #0
Il y a vraiment un paradoxe qui est assez vertigineux dans cette maladie, c'est qu'on peut être malade de quelque chose que la société nous encourage régulièrement à consommer. Et comme tu disais, tu te retrouves à faire tes courses, tu as de l'alcool partout, tu vas dans des repas de famille, tu vas dans des soirées avec des potes. En fait, c'est tout le temps devant toi. Et il faut parfois aussi justifier le fait de ne pas consommer. Du coup, combien de fois... En tout cas chez les femmes, quand on refuse de boire, en général on nous dit qu'on est enceinte, ça ne peut pas être une autre raison. Chez les hommes, je ne sais, mais il faut justifier, ce n'est pas juste quelque chose qui passe comme ça naturellement. Comment est-ce qu'on vit son rétablissement dans un monde où l'objet même de sa maladie est associé à la fête, au plaisir, à la convivialité, au fait d'être cool ou fun ?
- Speaker #1
Moi j'ai eu la chance d'avoir un entourage et des proches hyper compréhensibles. qui m'ont pas forcé à boire, qui m'ont pas dit t'es chiant maintenant que tu bois plus etc. Donc ils ont pas forcément compris la maladie, mais je leur demande pas de la comprendre, de toute façon c'est tellement compliqué mais par contre ils m'ont soutenu c'est à dire que quand on allait prendre l'apéro moi j'avais mon coca ou ma limonade et puis ils me proposaient pas une bière ou... Voilà, ils ont en fait ils ont intégré le fait que je ne buvais plus d'alcool. Ils ont peut-être pas intégré le fait que c'était une maladie mais ils ont intégré le fait que je ne buvais plus d'alcool et que c'était comme ça. mes amis et mes proches. Après, quand je sors dans les restaurants et tout ça, c'est vrai que moi, tous les gens, à part ma maman, consomment de l'alcool autour de moi, donc souvent le serveur dit « je mets combien de verres de vin ? » et puis automatiquement, il me met un verre de vin. Je fais « non monsieur, moi c'est un limonade » . Il me regarde un peu bizarrement, ou même pour goûter le vin ou des choses comme ça. En général, on me regarde un peu bizarrement, mais moi je fais « non » ou je trouve une phrase qui me vient comme ça. Que ce soit dans les restaurants, dans les bars, c'est pareil. Mais après la pression sociale, elle est existante et il y en a qui la subissent beaucoup plus que moi parce qu'il y a des proches qui ne comprennent pas et qui eux gèrent leur conso, donc ils se disent que tout le monde peut la gérer.
- Speaker #0
Qui gèrent leur conso ou pas non plus et du coup c'est confrontant d'être face à quelqu'un qui déstoppe.
- Speaker #1
Alors oui, il y a ces personnes-là aussi, oui, qui sont pas forcément dans la maladie alcoolique, mais qui ont un problème avec l'alcool, et qui du coup, quand on leur dit qu'on ne boit pas d'alcool, ça leur remet face à leur propre consommation, et là, il y a un tic. J'en ai vu des gens comme ça, mais ça, c'est les gens les plus compliqués, parce qu'ils peuvent être agressifs ou ils peuvent être pas très gentils.
- Speaker #0
Est-ce que tu as été cette personne-là à un moment donné quand tu buvais ?
- Speaker #1
Non. Bon alors non, qu'on boive de l'alcool ou pas, moi je forçais personne, j'avais mon mélange à moi et puis je faisais, j'embêtais personne quoi. Mais bon, tout le monde buvait de l'alcool, donc c'est vrai que je ne me suis jamais posé la question. J'ai été sur Paris très longtemps, donc ça faisait un peu partie de ma vie quoi l'alcool, et puis que ça soit dans mon école. Sur Paris, il y avait les week-ends d'intégration, les sorties étudiantes, etc. Donc l'alcool était partout et puis tout le monde buvait de l'alcool. C'est ça. Je n'ai pas de souvenance que même les filles ne buvaient pas d'alcool.
- Speaker #0
Sauf si elles étaient enceintes.
- Speaker #1
Ouais, mais ouais.
- Speaker #0
C'était pour la petite blague. Aujourd'hui, tu habites dans une petite ville et comme tu le dis, tout le monde sait que je suis malade. Comment est-ce qu'on trouve la frontière entre assumer son histoire et aussi peut-être refuser d'être... éternellement identifié à celle-ci. Est-ce qu'il t'arrive d'avoir envie de rencontrer quelqu'un qui ne sache absolument rien de ton passé ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, non. Aujourd'hui, j'assume totalement d'être malade alcoolique. J'ai mis du temps à l'accepter, mais je pense qu'il faut l'accepter pour avancer et pouvoir se guérir de ça. En fait, il faut assumer d'être... Voilà, on ne choisit pas d'être malade, donc il faut... Enfin, quand je dis assumer, le mot n'est pas très bien dit, mais il faut accepter. d'être malade et de vivre avec ça. Il y a des gens qui ne vont pas le comprendre, il y a des gens qui vont juger, de toute façon il y a des cons partout. Mais voilà, en tout cas, moi je suis passé dans le journal et tout, donc toute la vie, enfin toute la vie de beaucoup de personnes sont au courant. Je sais qu'il y en a qui me parlent plus comme avant ou qui sont un peu réticents quand on est autour d'un verre, mais bon, c'est pas grave, c'est comme ça. Moi ma vie, je la mène comme je le souhaite maintenant. Et puis les gens qui me jugent ou qui ne comprennent pas, ce n'est pas grave, je les laisse de côté et puis ils ne font pas partie de mon voyage. Et puis c'était comme ça.
- Speaker #0
Moi, le terme assumer, je l'aime beaucoup. Et d'ailleurs, je le préfère à accepter parce que c'est vraiment une vision personnelle. Mais dans l'acceptation, je trouve qu'il y a quelque chose de très passif. C'est un peu, je me résigne à ce que la vie soit comme ça. Alors qu'assumer, il y a quelque chose d'actif. J'assume d'être malade. c'est ma réalité. Comment maintenant est-ce que j'avance avec cette réalité-là ? Comment je deviens un ou une alliée autour de cette maladie ? Comment j'informe les gens là autour ? Il y a vraiment quelque chose de l'ordre de je porte ça, mais pas je le porte sur mes épaules de manière passive justement, mais plus j'avance et je porte ça, ça fait partie de moi.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Oui, j'avais pas vu ce nom, c'est très bien dit. Et c'est vrai que dans dans l'acceptation, on subit, tu as raison. on subit un petit peu, ben voilà j'accepte d'être malade donc bon ben voilà c'est comme ça, j'ai plus le droit à l'alcool mais ouais assumer ouais c'est plutôt le terme parce que pour le coup ça me représente plus parce que oui j'assume vu que je suis actif et qu'aujourd'hui je fais des choses pour aider les gens à pas finir mal quoi et puis à réduire ou stopper leur compte de l'alcool donc oui oui c'est vrai le fait d'assumer c'est plus approprié ouais en tout cas pour les gens qui souhaitent qui souhaitent le dire et puis entamer un processus de rétablissement.
- Speaker #0
Tu m'as parlé de ton envie de rencontrer une femme. Comment est-ce qu'on commence une histoire d'amour, selon toi, en ayant une maladie chronique ?
- Speaker #1
Déjà, il faut en parler. Alors pas forcément dès le premier rendez-vous en disant « salut, je suis alconique » . Mais non, il faut dire les choses naturellement, simplement. Et puis la personne soit l'accepte, soit l'accepte pas. mais bon Merci. Quand on aime, en général, on accepte la personne comme elle est. Donc, bon, pour l'instant, malheureusement, j'ai trouvé personne. Peut-être que c'est la maladie qui fait que les filles sont vaticines, je n'en sais rien. Mais bon, je ne recherche pas non plus. C'est vrai que je suis dans mes projets, donc j'ai un peu la tête dans le guidon. Donc, je ne reçois pas les signaux extérieurs des filles. Donc, je ne suis pas très réceptif, on va dire, pour le moment à ça. même si j'en fréquente mais ça reste des copines mais pour l'instant bon il n'y a personne dans ma vie quoi.
- Speaker #0
Et je trouve beau ce que tu dis de quand même en parler alors peut-être pas au premier rendez vous et encore pourquoi pas finalement ça fait partie de toi mais J'ai le sentiment que ça fait vraiment partir une relation sur quelque chose qui est authentique et transparent. Et finalement, on a envie d'être aimé pour ce qu'on est réellement et ce qu'on a avec soi dans sa vie, nos bagages.
- Speaker #1
C'est ça, que ce soit son caractère ou son handicap ou soit maladie invisible ou autre. Quand on aime, on accepte les gens comme ils sont. Moi, je sais que j'aime mes parents, j'aime mes soeurs, mais ils ont des défauts comme tout le monde. Mais je les accepte comme ils sont. Mes potes c'est pareil, personne n'est parfait. Bon bah nous on a une maladie, voilà faut que la personne qui partage notre vie l'accepte et puis elle apprenne aussi à la vivre avec nous quoi parce que bah les proches c'est aussi bah c'est des dommages collatéraux aussi parce qu'ils subissent aussi la maladie eux aussi donc il y a les malades et puis il y a les proches aussi malheureusement qui ont subi ces conséquences quoi.
- Speaker #0
Et j'aimerais te demander aujourd'hui qu'est ce qui te soutient parce que ok aujourd'hui tu es sobre mais comme tu disais il y a un terrain anxieux qu'est-ce qui vient te soutenir en dehors d'un traitement médicamenteux peut-être en dehors aussi de l'entourage est-ce qu'il y a d'autres choses qui sont un peu ta petite boîte à outils et qui te permettent d'avancer de manière sereine dans la vie ?
- Speaker #1
Tu l'as très bien dit il y a mes proches il y a les rendez-vous chez mon médecin que je garde alors c'est plus tous les mois c'est un peu quand je veux on va dire tous les deux mois Mais sinon, il y a le sport. J'ai trouvé des passions pour l'art, pour des choses comme ça. Donc, je m'évade un peu dans tout ça. La lecture, ça, j'ai toujours aimé lire, mais j'aime ça. Le cinéma, il y a plein de petites choses qui sont réveillées en moi et puis auxquelles je m'accroche et qui me font sentir vivant. Mes chiens, par exemple, un truc tout bête. Mes chiens, c'est un énorme soutien pour moi. Pourtant, c'est des animaux. Mais ils dorment avec moi, je leur fais des câlins tout le temps. Ils m'apportent tellement de bonheur. Des petites choses comme ça, le sport, les balades. J'aime bien me balader, j'aime bien la nature, j'aime bien les musées. Tout ça, c'est des petites vives, des petites choses qui me font sentir vivant et qui me gardent la tête hors de l'eau.
- Speaker #0
C'est vraiment des choses concrètes qui ramènent dans la vie, dans la matérialité.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et tu t'es engagé dans un sacré projet.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, oui, un sacré projet.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux nous en parler un peu ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. Du coup, j'ai créé une asso Trop C'est Trop, alors qu'un peu une asso comme les AA, qui organise des groupes de parole et qui fait de la prévention pour aider les gens à réduire ou à stopper complètement l'alcool. Donc, j'anime des groupes de parole une fois par mois pour le moment. Et puis du coup, j'aide les gens qui sont un peu dans le même cas que moi. Et puis, j'ai créé aussi une application, Trop c'est trop, qui a le même but en fait. Il y a plein d'outils dedans, plein de ressources, des professionnels partenaires, des anciens malades qui sont dans l'appli et qui peuvent donner des conseils ou on peut les contacter si on a besoin de conseils ou de méthodes pour arrêter sa conso. Donc oui, un sacré projet.
- Speaker #0
Excellent. Moi j'arrive gentiment sur mes deux dernières questions de fin. Adrien, est-ce que toi tu voulais rajouter quelque chose avant ?
- Speaker #1
Non, je pense que c'était plutôt pertinent toutes tes questions. On n'a pas fait le tour parce que la maladie alcoolique, où chaque maladie est quand même très complexe et on pourrait y passer des heures. Mais non, franchement ça a été super pertinent ce que tu m'as posé comme question.
- Speaker #0
Quel message aimerais-tu faire passer aux personnes qui vivent avec une maladie invisible et à leur entourage ?
- Speaker #1
Que derrière une addiction ou une maladie invisible, il y a toujours une personne. Dans mon cas, ce n'est pas un alcoolique, ce n'est pas une étiquette. Il y a une personne avec une histoire, des qualités, des blessures, des proches, et surtout un avenir. J'aimerais également aussi que les proches entendent que leur souffrance compte aussi pour nous, les malades. Pendant longtemps, l'alcool a parlé à ma place, et aujourd'hui, j'ai retrouvé ma voix. Et si je parle, ceci pour ceux qui n'arrivent pas encore à en parler.
- Speaker #0
Et quel super pouvoir cette maladie t'a amené ?
- Speaker #1
La confiance en moi, tout simplement.
- Speaker #0
Magnifique. Merci beaucoup, Adrien, pour ton témoignage.
- Speaker #1
Merci à toi, Tamara.
- Speaker #0
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