- Speaker #0
L'aspect essentiel de cette maladie, c'est le travail de deuil et d'acceptation. Si tu ne réussis pas à faire le travail de deuil et le travail d'acceptation de qui tu es devenu et de dire au revoir à la personne que tu étais, tu ne prends pas ton traitement, tu te laisses aller et tu fais régulièrement des crises. Et un jour, c'est la crise de trop.
- Speaker #1
Ma vie bascule du jour au lendemain dans une maladie neurologique, rare, qui n'a de poétique que le nom. Le syndrome du mal de débarquement. Les symptômes qu'elle m'amène vivent en colocation avec moi. 7 jours sur 7. 24 heures sur 24. Et ne prennent jamais leur week-end. Je n'ai donc pas la place pour un autre combat. Du moins, c'est ce que je crois. Puis vient ce jour où je témoigne dans une émission télé, dans l'espoir de rendre visible l'invisibilité du syndrome dont je suis atteinte. A peine sortie du plateau, forte de cette expérience et encore dans mes talons rouges, une évidence s'installe. Je n'en resterai pas là. Dans le train du retour, je rejoins à la fois ma maison et mon nouveau combat. Offrir un espace de parole au travers d'un podcast, aux personnes qui composent, bien souvent en silence, avec des maladies invisibles, et avec les regards de sociétés qui ne croient que ce qu'elles voient, deux réalités plus souvent subies que choisies. Aujourd'hui, loin de mes talons rouges et au plus proche de l'engagement, l'évidence s'étend. C'est à l'invisible ou pluriel que je vous invite. Ceux qui dans la chair, l'esprit et les sociétés se vit, sans pour autant faire de bruit. Si comme le dit Antoine de Saint-Exupéry, l'essentiel est invisible pour les yeux, ici, on compte bien le faire entendre. Bonne écoute ! Hello Olivier ! Comment est-ce que tu vas aujourd'hui ?
- Speaker #0
Eh bien écoute Tamara, déjà je suis ravi d'être là. et de participer à un témoignage, une interview, en tout cas dans ce cadre magnifique, je trouve. Ça va plutôt bien. J'ai quelques projets en ce moment sur le feu. J'attends des réponses pour des collaborations. Et aujourd'hui, comme tous les jours, je vis au mieux, on va dire, avec ma bipolarité. Et toi, alors Tamara, comment tu vas aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ça va. j'ai le moral j'ai vraiment un bon moral en ce moment et je tiens à le dire parce que c'est pas toujours le cas donc ça fait du bien par contre j'ai vraiment eu une nuit toute pourrie avec ma fille de deux ans et demi qui a fait une insomnie de deux heures à cinq heures et on sait bien les enfants ils font pas des insomnies tout seuls ils embarquent leurs parents tout à fait et donc je me sens très très fatiguée mais vraiment ravie aussi d'être là avec toi et je sens que ça va être un sujet passionnant qu'on va traverser ensemble
- Speaker #0
En tout cas, avant de commencer, je voulais te dire que tu m'as envoyé quelques mots avant qu'on se voit aujourd'hui. Et j'ai été incroyablement, voire extraordinairement surpris à quel point tu avais réussi à comprendre ce que je vis au quotidien et à quel point tu avais pu réussir à coller à ma réalité. J'ai rarement vu ça.
- Speaker #1
Merci, j'en suis touchée. Olivier, tu te souviens de ce matin à 5 heures où ton corps lâche et ta tête aussi. tu es en pleurs paralysé, incapable de te lever. Et pourtant, tu connais ça la psychiatrie. Tu y travailles depuis des années en tant qu'infirmier. Tu es aussi conférencier et formateur dans ce domaine. Tu accompagnes depuis 25 ans celles et ceux qui traversent des tempêtes. Mais ce matin-là, ça ne concerne plus ton métier, mais toi. Avant ça, il y avait des signes avant-coureurs, comme la fatigue, le sommeil qui se dérègle, le travail partout, tout le temps, à toute heure. Jusqu'au jour où tu te retrouves cramé et ce sont tes termes à toi. Commence alors un long face-à-face avec la maladie et avec un système de soins que tu connais déjà de l'intérieur. Des diagnostics qui passent à côté, des traitements qui s'enchaînent, des psychiatres qui te reçoivent pour 10 minutes montre en main et cette sensation d'être seul. Pendant 5 ans, tu traverses une dépression qui n'était pas une dépression lambda parce qu'un jour, tout bascule. dans l'autre sens. Tu ne dors plus, tu travailles 70 heures par semaine, les idées fusent, les projets, le corps ne s'arrête plus. J'avais un appétit que rien n'épuisait, tu me disais. Un appétit pour le sexe, les achats, les projets. Tu te sens tellement bien que tu ne vois pas le danger. Jusqu'à ce que le diagnostic tombe, trouble bipolaire de type 2. Dès lors, contenu par les traitements, tes émotions deviennent plus calmes, plus lisses, presque fades. Tu ne dis plus « c'est génial, je suis content » , tu dis « je suis ravie » . Aujourd'hui, tu vis avec la maladie et des traitements à vie qui te protègent notamment d'un passage à l'acte suicidaire. Tu es père de deux enfants ? En couple depuis 20 ans, tu as été soignant et tu es devenu patient. Et tu refuses que cette expérience reste silencieuse. Tu prends la parole, tu questionnes le système et tu déconstruis les idées reçues tenaces sur la santé mentale. Parce que non, la bipolarité n'est pas belle, parce que non, souffrir n'a rien de romantique. Mais aussi parce que oui, on peut apprendre à vivre avec. Dans cet épisode, Olivier, tu nous racontes ce que ça fait de connaître la maladie des deux côtés. Comme un expert à la fois du côté soignant et du côté patient. Qu'est-ce que ça change, Olivier, de vivre la maladie que tu as accompagnée chez les autres pendant 20 ans ? Est-ce que ça t'aide ou est-ce que ça rend les choses encore plus violentes ?
- Speaker #0
C'est une très très bonne question. Déjà, effectivement, comme tu le disais pour moi, ça a commencé le 6 février 2019, un matin. Je n'ai pas réussi à me réveiller. C'était compliqué. Quand j'ai ouvert les yeux, j'étais paralysé dans mon lit. Je pleurais. Il y avait un tas de choses qui se passaient dans ma tête. Très compliqué. Je n'avais jamais vécu ça avant. C'était vraiment un tsunami émotionnel. J'avais ma femme qui était à côté de moi et qui me disait « Olivier, qu'est-ce qui t'arrive ? Qu'est-ce qui ne va pas ? » Je ne pouvais pas répondre aux questions. C'était trop dur, trop compliqué. J'étais... J'étais complètement, comme tu le disais, complètement cramé. Jamais je ne me serais imaginé vivre ça un jour dans ma vie, jamais en tant que soignant, jamais en tant que personne même. Dans ma famille, personne n'est touché par la maladie psychique. Je suis le seul, je l'ai découvert. J'ai effectivement accompagné pendant pratiquement 25 ans des personnes qui souffraient de troubles psychiques de tout ordre. que ce soit la schizophrénie, la bipolarité, la dépression, les troubles de personnalité borderline, psychopathiques, etc. Mais jamais je me serais imaginé vivre ça un jour dans ma vie. Et même mes connaissances en santé mentale et psychiatrie ne m'ont pas protégé. Oui, avant de sombrer, j'avais des troubles du sommeil. Oui, je dormais moins. Oui, je mangeais moins ou des fois je mangeais plus. Oui, je me sentais fatigué. Oui, j'avais des troubles du sommeil. J'étais réveillé dans la nuit et je dormais deux à trois heures par nuit. Mais en même temps, cette période, je commençais un nouveau travail de maître d'enseignement à Lausanne. Et je me disais que c'était normal. Il fallait juste se donner un coup de pied aux fesses, comme on dit, et puis ça allait mieux. J'étais sous tension, je travaillais beaucoup, j'avais énormément d'objets à créer pour les cours pour les étudiants mais aussi pour les professionnels de santé puisque j'étais formateur pour les étudiants infirmiers mais j'étais aussi formateur pour les professionnels de santé, notamment dans les spécialisations. Et je me disais, ça va passer. Parfois, je revenais à la maison, je pleurais, c'était compliqué. Et parfois, non, même souvent, je travaillais partout dans le train, comme tu disais, à peu près 70 heures par semaine. Mais tout ça me semblait normal parce que voilà, lorsqu'on commence quelque chose de nouveau, des fois, les débuts sont compliqués. Mais les débuts ont continué à se compliquer et continué à se complexifier. Et puis un soir, mieux qu'un autre. Je vais me coucher tranquillement. Je dis bonne nuit à mon épouse. Et puis le matin, à 5h15, le 6 février, je ne me lève pas.
- Speaker #1
À quel moment tu comprends que tu es en train de basculer de soignant à patient ?
- Speaker #0
Il m'a fallu pratiquement deux semaines pour aller voir mon médecin traitant. Mon médecin traitant, je suis allé le voir. Puis quand je me suis assis... Sur ce siège à son bureau, j'ai sombré en larmes. Il n'y avait rien qui sortait, il n'y avait pas un mot qui sortait. J'entendais anxiolytique, j'entendais antidépresseur, j'entendais suivi psychiatrique. Il vous faut un suivi, monsieur Ducourant, c'est important. Oui, et après, j'ai réussi à trouver un psychiatre. Et le premier rendez-vous avec le psychiatre, j'avais déjà commencé un traitement antidépresseur. Je pense que la grosse claque, elle arrive là. Traitement antidépresseur, traitement oxylytique, que je n'ai pas voulu prendre et que je n'ai jamais pris pendant cette année. Mais traitement antidépresseur, oui, ça y est, c'était le début. C'était le début des traitements, parce qu'ils ont été nombreux et différents. Ils ont été énormément nombreux, je pourrais dire. Et ça, c'était le début où le psychiatre me disait « Vous faites un burn-out, vous avez une dépression, il faut traiter votre dépression. » Oui, il faut traiter la dépression, sauf que prendre un traitement antidépresseur, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux dans la vie. Minimum 4 à 6 semaines pour avoir les meilleurs effets. Donc bien souvent, le psychiatre te dit 1 à 3 mois. Et les 1 à 3 mois, je les ai cumulés, cumulés, cumulés, sans amélioration.
- Speaker #1
C'est là où tu te dis, tu es au plus bas déjà à ce moment-là et tu dois encore traverser toute cette période sans sentir les effets des traitements. Et ne sachant pas non plus si les traitements vont faire effet, parce que ce n'est pas toujours si simple que ça. À ce moment-là, tu dis que le psychiatre, il te parle de burn-out, on te parle de dépression. Ni le médecin, ni le psychiatre ne parlent de troubles bipolaires de type 2.
- Speaker #0
Non, non, non, jamais, à aucun moment. Et même moi, je ne l'ai pas envisagé. Déjà, je vivais pleinement mon burn-out. Il faut savoir que quand je dis que j'étais cramé, j'étais vraiment littéralement cramé.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Speaker #0
Pour moi, ça veut dire commencer à dire que je n'avais plus aucune ressource. Quelques exemples fondamentaux. Couper un fruit, couper un légume, je ne savais plus faire. Je ne savais plus à quoi servait l'économe, je ne savais plus à quoi servait le couteau. Éplucher, je ne savais plus. Compter, je ne savais plus. Parler, j'avais beaucoup de difficultés. J'ai essayé d'aller chez le boulanger pour commander des petits pains. Je n'ai pas réussi. Je ne savais plus faire. Payer pour reprendre la monnaie. Dans la vie, tous les jours, je ne savais plus rien faire. Je fais référence à quelqu'un que je connais, qui elle-même a vécu un burn-out plus tard. Elle me disait qu'elle ne savait plus se laver et que ses parents devaient réaliser ses soins d'hygiène. Et moi, c'était pareil. Je ne savais plus prendre une douche, je ne savais plus me laver, je ne savais plus me brosser les dents. Les gestes de la vie quotidienne, je ne savais plus du tout les faire. C'était impossible pour moi, cognitivement. Je ne comprenais plus rien à la vie.
- Speaker #1
Tous les acquis, tous les automatismes. On arrive bien à imaginer, même de manière très imagée, que vraiment ce soit cramé, et je fais beaucoup de guillemets, mais au niveau neurologique, au niveau cérébral, il n'y a plus de connexion en fait.
- Speaker #0
C'est ça, il n'y a plus rien. Je prends un autre exemple. Les premiers rendez-vous que j'ai eus, c'est ma femme qui m'a conduit en voiture. Ça aurait été juste impossible pour moi de me retrouver au volant et de conduire ma voiture. Les choses si essentielles de la vie de tous les jours, prendre une cuillère pour l'amener à la bouche, prendre une fourchette et avoir un couteau pour couper un morceau de viande ou de poisson, tout ça, c'était terminé pour moi. Et ça, ça a duré pratiquement un mois.
- Speaker #1
Et donc là, tu fais l'expérience du handicap.
- Speaker #0
Complètement. Déjà, je commence à basculer effectivement dans le handicap. Et puis, dans ma vie de tous les jours, je vis avec un handicap qui est certes invisible, mais avec un handicap qui est réel. Et c'est vrai que maintenant, Maintenant, ça fait sept ans. Maintenant, j'ai pris un certain recul par rapport à tout ça. Je vis différemment, peut-être maintenant. Mais oui, là, j'ai complètement basculé dans le monde du handicap sans pouvoir bouger, sans pouvoir réfléchir et sans pouvoir finalement pallier à toutes les situations qui semblent si simples dans la vie de tous les jours.
- Speaker #1
Et au bout du moment où le traitement a fait effet, est-ce que là, tu as pu retrouver certaines fonctions ?
- Speaker #0
Alors, j'ai commencé à retrouver. c'était... difficile. Il m'a fallu pratiquement une bonne année, voire presque une année et demie pour commencer à retrouver des sensations, des possibilités, que ça soit pour parler, pour écrire, pour manger, pour aller faire les courses. Les premières fois, je me souviens, j'allais commencer au supermarché qu'à côté de chez moi et arriver à la caisse. Comme on sait, il y a une nécessité d'efficacité, de rapidité. Donc j'avais Merci. tous mes achats qui se cumulaient à la fin du tapis et je ne réussissais pas à les mettre dans mes paniers, c'était trop compliqué. Il y avait énormément de choses qui se passaient. plein de choses effectivement qui étaient difficiles dans la vie de tous les jours. Et il m'a fallu attendre vraiment beaucoup de temps. Et en sachant que les traitements d'antidépresseurs que j'avais, j'en ai accumulé un bon paquet, il y avait des effets positifs, mais pas forcément ceux qu'on escomptait. On imaginait une récupération plus rapide, une récupération meilleure. Et à aucun moment, les antidépresseurs que j'ai eus m'ont permis de pouvoir récupérer pleinement mes possibilités. Et c'est là que j'ai été hospitalisé, parce que j'avais commencé à manger peu, j'avais envie de rien, je ne voulais pas bouger de chez moi. J'ai vécu les angoisses. Alors les angoisses, je n'avais jamais vécu ça de ma vie, mais c'est vrai qu'auprès des patients que j'avais côtoyés, que j'avais soignés, ça me disait quelque chose. Mais effectivement, lorsqu'on est angoissé, On a une violente douleur dans la poitrine, on a tout le corps qui est fatigué, on a la gorge qui est complètement, avec le thorax qui est compressé, on ne réussit plus à sortir un mot et puis on pleure, on pleure. En tout cas, moi, c'était mon cas. Je pleurais, je pleurais, je pleurais. C'est carrément la crise d'angoisse. La crise d'angoisse, exactement. Et dans ces moments-là, le seul refuge que j'avais, c'était de me retrouver sur mon parquet ou sur mon carrelage à la maison. Je me recroquevillais et je pleurais, pleurais, pleurais en attendant que ça passe. Petit à petit, j'ai mis des choses en place qui m'ont aidé. Je m'en maillotais dans mon duvet et je serrais très, très, très fort pour pouvoir aller mieux. Et ça m'aidait, mais les traitements ne m'aidaient pas suffisamment. Donc, quand les idées, et c'est la première fois que ça m'est arrivé de ma vie, quand les idées noires sont arrivées, les idées suicidaires et les envies de mourir, c'est là où on a décidé une première hospitalisation pour moi dans le milieu de la psychiatrie. Et là, ça y est, je basculais pleinement dans le monde de la patience. Parce que c'est vrai que quand tu deviens patient, tu comprends très, très bien ce que ça veut dire être patient dans tous les sens du terme.
- Speaker #1
Complètement. Et tout ça te traverse alors que tu es sous traitement. Ces crises d'angoisse, l'hospitalisation. Donc, on ne peut pas parler d'une grande avancée dans ton état à ce moment-là ou d'une grande amélioration.
- Speaker #0
non, non, amélioration... Dans le sens où je peux reprendre des actes fonctionnels de la vie de tous les jours, mais pas pour vivre.
- Speaker #1
Oui, et puis au niveau émotionnel, ça ne va pas du tout.
- Speaker #0
Non, pas du tout. Je pleure régulièrement et puis surtout mes idées, mes pensées sont mauvaises. Elles sont noires. Je n'avais pas de projet de suicide concret, mais j'avais envie de mourir. Je voulais vraiment, comme beaucoup de personnes qui ont une dépression vivent ça, Je voulais vraiment que tout s'arrête. Et tout s'arrête, ça voulait dire mourir, parce que la douleur était trop importante. Mes nuits étaient toujours mauvaises. Alors, on m'a donné de la mélatonine, on m'a donné des tas de trucs. Ça n'a rien fait. Pendant des années, mon sommeil a été très mauvais. Donc, la journée, je ne dormais pas, j'allais mal. J'avais des crises d'angoisse et des idées noires. Et la nuit, les idées me réveillaient. J'avais des réveils nocturnes. Et je dormais une à deux heures de suite. sans plus. J'étais déjà fatigué par le burn-out et la dépression n'a rien amélioré.
- Speaker #1
C'est ça qui s'est passé. Il y a eu un burn-out après une dépression. Comment le trouble bipolaire prend sa place dans tout ça ?
- Speaker #0
Le trouble bipolaire a mis longtemps parce qu'on l'a découvert en septembre 2024. De 2019 jusqu'à septembre 2024. on n'a pas du tout prêté attention à la bipolarité.
- Speaker #1
Donc à ce moment-là, tu n'es que traité pour une dépression.
- Speaker #0
Que traité pour une dépression. Et puis on m'informe que ma dépression est devenue une dépression mélancoliforme, sévère, résistante au traitement.
- Speaker #1
Heureusement que tu travailles dans les soins infirmiers pour comprendre ce type de définition.
- Speaker #0
Oui, franchement, quand tu accueilles ça, tu te dis, en gros, ça veut dire que aucun traitement ne peut t'aider. Mais il faut quand même en prendre pour ne pas passer à l'acte contre toi, pour ne pas mourir. et que ta dépression, elle est vraiment au plus bas du plus bas puisqu'elle est mélancoliforme sévère. Ça m'a valu l'hospitalisation et surtout, après cette hospitalisation où je suis sorti en allant un peu mieux, très rapidement, il y a eu une nouvelle entrée en hospitalisation et c'est là où j'ai vécu de manière brutale les soins en psychiatrie parce que face finalement à mon état, il a été instauré un traitement d'électroconvulsivothérapie qu'on appelle communément les électrochocs. Et ça, j'en ai vécu trop. Mais vraiment, vraiment trop.
- Speaker #1
Tu en as vécu trop en tant que patient ?
- Speaker #0
Oui, tout à fait. J'ai eu 27 séances d'électroconvulsivothérapie. Donc, on t'envoie un courant électrique au niveau du cerveau, tout en étant en anesthésie générale. Donc, j'ai vécu 27 anesthésies générales en très peu de temps.
- Speaker #1
Ça me met moi-même une angoisse, ce que tu me racontes. Je ne savais même pas que c'était des traitements qui existaient.
- Speaker #0
Ah si, ça a repris. Moi, je les ai fait à Lyon Lumière.
- Speaker #1
Et comment tu te sens ? à ce moment-là, enfin bon t'es en anesthésie générale finalement tu ressens pas grand chose mais qu'est-ce que c'est d'à chaque fois 27 anesthésies générales ?
- Speaker #0
Ah ça fatigue !
- Speaker #1
Comment on peut prescrire ça ?
- Speaker #0
Ah ben alors jusqu'à ce que on voulait continuer les soins jusqu'à ce que je sorte de cette dépression mélancolie forme sévère donc selon les médecins la seule façon c'était l'électroconvulsivothérapie sauf que à un moment donné j'ai dit stop parce que je voyais pas d'amélioration notoire mais comme ça J'avais pas non plus le... Si tu veux, pendant cette période, je n'avais pas non plus le pouvoir décisionnel. Je n'avais pas cette capacité à pouvoir dire non. Je m'étais dit, oui, on y va. Si ça peut améliorer, tant mieux. Et surtout, ce qu'on ne m'avait pas dit, c'est que ça allait m'enlever des pans entiers de souvenirs de ma vie. Donc, ce qui veut dire que même encore aujourd'hui, il y a des choses dont je ne me souviens plus. Il y a des souvenirs auxquels je n'ai pas accès. J'ai essayé un traitement. à base d'hypnose pour essayer de retrouver j'ai rien retrouvé et puis surtout ce qui est incroyable c'est que je peux voir des photos de moments de famille ou de moments de voyage, peu importe et quand je me vois sur la photo, je ne réussis pas à faire le lien, c'est à dire qu'il n'y a à aucun moment, je me dis ah ben tiens c'est toi Olivier t'étais là et il s'est passé ça j'ai l'impression d'une personne qui n'est pas moi dans un endroit où je ne suis jamais allé Et ça, j'ai retrouvé quelques souvenirs, mais majoritairement, ils sont effacés. Et même encore maintenant, j'ai encore, de par ces traitements-là, et de par la maladie et les traitements que je prends, j'ai encore par moments des troubles cognitifs. Mes enfants me disent quelque chose et deux jours après, je leur dis « Oh, mais au fait, écoute papa, on te l'a dit il y a à peine deux jours, mais... Je présente encore aujourd'hui des troubles cognitifs.
- Speaker #1
Je suis hyper troublée par ton témoignage, Olivier, en étant tout à fait sincère. Moi, ce qui me vient, il y a beaucoup d'émotions. Ce qui me vient, c'est est-ce qu'on peut parler de maltraitance médicale ?
- Speaker #0
Alors, d'une certaine façon, oui, dans le sens où on ne m'a pas averti de ce qui allait se passer, de ce qui allait se produire avec cette thérapie-là. Dans le sens aussi où j'ai pris un tas de médicaments avec deux psychiatres différents et aucun des deux psychiatres ne s'est posé la question d'eux. Est-ce qu'on ne va pas dans le mur ? On continue à donner des traitements. à chaque fois on me disait on va en essayer un nouveau peut-être que ça va aller Il faut tenir. Souvent, on ne voit pas des résultats avant 3 à 6 mois. Moi, j'avais plutôt en tête 4 à 6 semaines. Mais bon, des fois, comment ça, ça allait jusqu'à 3 à 6 mois. Et toujours en me disant qu'on va essayer quelque chose de nouveau. Mais le quelque chose de nouveau n'apportait rien. Et on va dire que j'ai plutôt serré les dents pendant toutes ces années. J'ai été cabossé, très concrètement, par la psychiatrie. Alors, je ne fais pas un procès à la psychiatrie de nos jours. Mais voilà, si on m'avait mieux conseillé, mieux informé, mieux sensibilisé pour pouvoir me permettre de prendre moi-même mes décisions, c'est-à-dire avec un parcours plutôt éclairé, parce qu'on parle beaucoup de cette possibilité de prendre des décisions éclairées avec le patient, peut-être que je ne serais pas allé jusqu'au 27 non plus. J'étais dans un état de vulnérabilité et d'une certaine façon, la psychiatrie a profité de mon état de vulnérabilité pour m'asséner. des traitements horribles, inhumains.
- Speaker #1
Et comment tu regardes ça maintenant, alors que tu connais le système de l'intérieur, le système de soins et la psychiatrie ? Quel est ton regard aujourd'hui avec le recul ?
- Speaker #0
Mon regard en tant que soignant, déjà, si j'avais dû parler d'électro-compulsivothérapie à une personne, à un patient, je lui aurais amené toutes les notions, de manière à ce qu'il puisse prendre des décisions pour lui-même et qu'ils soient les meilleurs pour lui, avec la possibilité de dire non. aussi, s'il n'avait pas envie. Moi, cette possibilité de dire non, on ne me l'a pas offerte. Comme je te disais, j'étais dans un état de vulnérabilité et finalement, j'ai accepté. J'ai accepté les choses sans vraiment savoir ce qui allait m'arriver. Et en tant qu'infirmier, je laisserai la possibilité aux patients de pouvoir dire non, surtout. Et de pouvoir prendre des décisions qui soient les meilleures pour lui.
- Speaker #1
Et c'est déjà l'attitude que tu avais avant. d'être toi-même malade et patient avec tes patients ou c'est quelque chose que tu vois maintenant avec ton regard en ayant traversé tout ça ?
- Speaker #0
Non, alors quand j'étais infirmier, soignant, sans être patient comme je suis maintenant, j'informais régulièrement les patients que je côtoyais, que je voyais, que j'avais en soins. Je leur laissais la possibilité de pouvoir refuser un traitement hormis en cas de danger imminent. C'est-à-dire que si la personne à un moment donné souhaite mettre fin à ses jours, on ne peut pas la laisser souffrir, il faut qu'on puisse lui donner un traitement pour qu'elle ne passe pas à l'acte contre elle, puisque la dépression, ce n'est pas un choix de la personne, mais c'est un non-choix qui s'impose à elle, qui fait qu'à un moment donné, on décide de mourir, mais si on avait vraiment le choix, et si on pouvait laisser le choix à quelqu'un, personne n'aurait envie de mourir au quotidien. Donc non, je n'ai jamais forcé quelqu'un, hormis en cas d'urgence vitale, mais maintenant, en étant soignant et malade, puisque, ben... certains parlent de folie, de malade mental, effectivement, ça ne me dérange pas, je suis effectivement un malade mental, même si j'ai pour habitude de dire que je vis avec la bipolarité, mais je ne me considère pas comme un bipolaire, mais je souffre de bipolarité ou je vis avec la bipolarité. Quand j'ai retravaillé il y a deux ans en arrière, de mars à juin, dans un EMS à Genève, Et lorsque je m'occupais des personnes, j'avais beaucoup plus de facilité à parler de dépression, à parler de suicide, à parler de troubles psychiques, parce que je me trouvais beaucoup plus légitime qu'avant. Même si j'ai une spécialisation en santé mentale et psychiatrie, je me sentais plus légitime d'en parler parce que je l'avais vécu de l'intérieur. Et ça, ça fait vraiment toute la différence. Souvent, dans les entretiens que j'avais, les personnes me disaient mais c'est incroyable, vous, vous me comprenez. Et je leur disais, oui, je vous comprends, pour la simple et bonne raison que la dépression, je l'ai vécue, l'envie de mourir, je l'ai vécue. Et ce n'est pas une solution en soi. En tout cas, ce n'est pas la bonne. Mais de pouvoir discuter de ça avec les personnes, ça renforce ma légitimité. De toute façon, ça me rend plus fort parce que je sens que je peux vraiment aider quelqu'un et beaucoup plus qu'avant. Parce que j'étais simplement soignant.
- Speaker #1
Tout à fait. Et comme je disais en intro, il y a un moment donné où tout a basculé aussi d'un autre côté. Où là... Tu avais un appétit de tout extrêmement intense. Tu avais une vie qui était à 10 000 à l'heure, beaucoup de projets, beaucoup d'idées. Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là pour toi ? Quand est-ce que ça arrive sur ce chemin ?
- Speaker #0
Alors, ça arrive à l'automne 2024, après un moment où je n'étais pas forcément si bien que ça. Et puis là, d'un seul coup, j'ai l'impression de revivre, de revivre enfin une nouvelle vie. Moi, je l'avais imaginée comme une forme de renaissance. À cette époque-là, j'étais devenu chasseur de tête pour une plateforme en ligne. Donc, j'analysais à peu près une trentaine de candidatures par semaine. Je réalisais de nombreux entretiens pour les candidats, pour essayer de leur trouver un emploi. Je me sentais créatif, sans fatigue. Je travaillais 70 heures par semaine. Ça ne me posait pas de questions. Je vivais comme je n'avais encore jamais vécu, puisque les cinq années auparavant avaient été très compliquées, plutôt sur un versant dépressif. Donc pour moi, ça y est, c'était une nouvelle vie. Je regardais aussi pas mal de vidéos où les personnes disaient que sur un plan spirituel, lorsqu'elles allaient mieux, elles étaient ouvertes à tout. Alors c'est vrai que moi, j'étais ouvert à plein de choses. Je faisais énormément de choses. J'étais un peu le maître du monde. Il ne pouvait rien m'arriver. J'étais un super génie.
- Speaker #1
Dans la toute puissance un peu.
- Speaker #0
Complètement. Et rien ne pouvait m'atteindre. J'étais juste une machine de guerre.
- Speaker #1
Intouchable.
- Speaker #0
Intouchable, complètement. Par contre, je passais beaucoup de temps sur les réseaux. Je postais sur sept réseaux différents. Je faisais du sourcing. J'étais présent partout.
- Speaker #1
Mais partout.
- Speaker #0
Sauf que je ne me rendais pas compte que je commençais à fatiguer mon épouse et mes enfants. Et à un moment donné, ma femme m'a dit stop, on ne peut pas continuer comme ça. Surtout en plus, j'avais fait d'énormes dépenses. J'étais allé sur la crypto-monnaie, j'avais fait des placements hasardeux et j'ai dépensé 11 000 euros en un mois. Et là, elle m'a dit stop, il faut qu'on aille voir ton médecin, tu ne peux pas continuer comme ça. Et à cette époque, c'est vrai que j'étais inarrêtable. Inarrêtable. Mais surtout, je ne me rendais pas compte que j'allais mal. Parce que je n'avais jamais été aussi bien que cette fois-ci. Bien sûr. Donc, c'était très compliqué.
- Speaker #1
Quand tout se sent intouchable, que tout est à notre portée.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Tout s'ouvrait à moi. La vie s'ouvrait à moi. Et la vie s'était fermée pendant cinq ans. Donc, à aucun moment, je ne m'étais imaginé que je pouvais aller mal. J'allais très bien.
- Speaker #1
Et on peut comprendre comme on a aussi envie de coller à ça quand on a vécu autant de moments dépressifs avant. On se dit mais enfin la libération, enfin tout va bien. Comment on qualifie cette phase ?
- Speaker #0
C'est une des plus mauvaises phases de ma vie et en même temps c'est aussi une des meilleures. Parce que j'ai fait des choses que je n'aurais jamais imaginé faire avant. J'étais très affable, j'avais les personnes au téléphone, je les voyais en entretien, je pouvais faire tout ce que je n'avais pas fait auparavant. Je m'étais de nouveau remis à écrire, je continue l'écriture mais sur un autre versant. C'était ma plus belle vie après cinq années de dépression pénible.
- Speaker #1
Et à quel moment ce « je vais incroyablement bien » devient paradoxalement dangereux ?
- Speaker #0
Ah, alors il devient dangereux quand tu te mets à consommer de l'alcool et qu'après plus d'un litre, un litre et demi, tu n'as aucun effet secondaire ou indésirable. Tu ne te sens même pas saoul et que tu peux continuer, que tu fais effectivement des achats compulsifs, que tu fais des placements hasardeux, que tu as effectivement un appétit sexuel incroyable, que tu as des désirs fous. que là, effectivement, ça commence à devenir très dangereux et que tes enfants ne te reconnaissent plus, qu'ils ne t'ont jamais vu dans cet état-là et que tu ne dors plus la nuit. Et qu'à un moment donné, il va y avoir un nouveau point de bascule, mais tu ne le vois pas. Tu ne le voyais pas à ce moment-là.
- Speaker #1
Et tu dis justement, tu fatigues ton entourage, tes enfants, ton épouse. Qu'est-ce que cette maladie a demandé à ta famille ? Enfin, ça peut être la maladie, mais ça peut être cette période-là aussi précisément.
- Speaker #0
La maladie jusqu'à cette fin de septembre 2024, ça a beaucoup impacté mes enfants. Papa descend, papa pleure, papa a envie de mourir, papa est sur le carrelage, il n'a pas l'air bien, qu'est-ce qu'on fait pour lui ? Papa, on ne peut pas compter sur lui parce qu'on doit aller quelque part et il ne peut pas nous conduire, parce qu'il ne sait plus conduire une voiture. Papa, on a besoin de ça, mais papa, il ne sait pas aller faire les courses parce qu'il ne sait plus le faire. Papa reste au lit ou reste dans le canapé allongé parce qu'il ne sait plus en bouger parce qu'il est trop fatigué. Ça les a énormément impactés. Je sais que mon fils, même encore actuellement, il a quelques tocs. Alors pas des tocs qui lui permettent de ne pas vivre, mais il a quand même été touché par ça. Ma fille, à un moment donné, a dû prendre ses distances par rapport à moi pour pouvoir être mieux. Donc, il y a eu une forme de séparation, de scission qui s'est faite entre eux et moi. Et puis, avec ma femme, il y a un moment donné où c'était tellement très compliqué que je ne voulais plus non plus vivre avec elle, ni vivre avec mes enfants, parce que c'était une manière pour moi de les protéger. Et puis, je voulais si bien partir définitivement.
- Speaker #1
Et après, il y a cette période... de phase de manie ou phase up. Là, qu'est-ce qui se passe ? Ta femme te dit, il faut que tu ailles voir ton médecin. Est-ce que tu t'y rends ou tu te dis, pourquoi j'irai voir un médecin, je suis en pleine forme ?
- Speaker #0
Alors, la première, c'est je me sens bien comme je n'ai jamais été. C'est les propos de ma femme et la présence de ma femme me persécutaient parce que pourquoi elle me disait que j'allais mal alors que c'était ma meilleure vie ? Et à un moment donné, à force d'insister et d'insister, j'ai accepté d'aller voir le médecin, d'aller voir le psychiatre. Et c'est là où, avec ma femme, qui est venue lors de cet entretien, qui a parlé avec le médecin, qui a dit tout ce qui se passait. Et c'est là que le médecin psychiatre a dit, bah oui, effectivement, on va plutôt parler de bipolarité que de dépression. Et c'est là. C'est là où j'ai réalisé, effectivement, que j'étais devenu une personne bipolaire.
- Speaker #1
Donc, il y a un nouveau diagnostic qui rentre dans ta vie. Burn-out, dépression, trou bipolaire de type 2.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Il faut accueillir encore ça.
- Speaker #0
C'est ça. C'est ça. C'est ça, parce que quoi qu'il arrive, si tu veux avancer, il faut faire le deuil de qui t'étais. Parce que plus jamais je serai l'Olivier d'avant. Ça, c'est terminé. donc j'ai dû faire le deuil de qui j'étais acceptation de la maladie acceptation de traitement parce que qui dit bipolarité auparavant on pouvait parler de dépression et puis se dire qu'il y a peut-être un moment où ça allait aller mieux et un aller mieux sans traitement mais quand le verdict de la bipolarité tombe le diagnostic est là et ça veut dire traitement à vie parce qu'il n'y aura plus jamais de moment comme avant sans traitement c'est terminé
- Speaker #1
Et tu me disais que ce traitement, finalement, il te contient. Tes émotions sont lissées. Comment ça de vivre avec... Est-ce que c'est un peu plus gris, la vie aujourd'hui, sous traitement ? Et est-ce qu'il y a un deuil de cette intensité que tu as quand même pu expérimenter ?
- Speaker #0
Oui. Alors, c'est très compliqué. Parce que si tu veux, il y a la part de la maladie. Donc, ma maladie, c'est un dérèglement émotionnel. En phase up, effectivement, c'est l'euphorie, rien ne peut me toucher, je suis un super héros, super guerrier. Dans la phase down, c'est la dépression, la dépression qui peut être sévère, qui peut arriver à tout moment. Et là, je digresse un peu parce que cognitivement, je suis passé un petit peu à côté, mais tu me disais...
- Speaker #1
Le fait, est-ce que... Comment c'est de vivre avec ces émotions glissées ? Et l'autre question, c'était un peu, est-ce qu'il y avait un deuil de cette intensité ?
- Speaker #0
Oui, alors c'est très compliqué de vivre avec des émotions lissées, parce qu'il faut savoir que des émotions de joie, de plénitude, tout ça, j'en vis plus. C'est pour ça que je dis souvent que je suis ravi et je ne suis plus content ni heureux. Ça, c'est terminé. C'est autant la maladie que les traitements qui font ça, puisque le soir, avant d'aller me coucher, j'ai commencé un traitement de séroquel. qu'on appelle aussi la kétiapine, 600 mg, et qui me met dans une forme de camisole chimique. Donc je vis encore les émotions mauvaises, noires, de manière assez subtile, mais je ne vis plus d'émotions de joie. Ça, c'est terminé. Et donc, ce traitement, j'en ai besoin, puisque sans, je pourrais revivre des phases hypomaniaques, voire maniaques. Ça ne veut pas dire qu'en continuant le traitement à 600 mg, je ne vais pas en revivre, mais j'ai moins de chances d'en revivre. Si je devais revivre régulièrement des phases, il n'y a plus aucun traitement qui pourrait m'aider, parce que plus tu sombres, plus tu revis des phases up ou down. Et plus il est difficile de pouvoir les canaliser et les contenir avec un traitement. Donc oui, pour vivre de manière plus ou moins équilibrée, j'ai dû réaliser un travail d'acceptation, de deuil de qui j'étais et d'acceptation de moi avec la maladie et avec un traitement. Avec un traitement qui a complètement nivelé mes émotions, avec la maladie aussi. Et aussi un traitement qui entraîne des troubles cognitifs et un traitement qui m'a aussi fait prendre 15 kilos. en quelques mois, parce que c'est aussi ça, vivre avec un traitement neuroleptique, on prend aussi beaucoup de poids.
- Speaker #1
Et quand on ne vit plus avec la joie, est-ce qu'on arrive quand même à reconnecter à des plaisirs ?
- Speaker #0
Alors ça, c'est compliqué. À un moment donné, je me suis dit, Olivier, parce que j'enseignais auparavant la sociopathie et la psychopathie, et je me suis dit, mais t'es devenu un sociopathe en puissance. Je l'explique en disant, c'est assez simple. Si je devais voir... un enfant renversé par une voiture dans la rue, ça me ferait ni chaud ni froid. Waouh ! Ça me ferait vraiment rien du tout. J'irais secourir cet enfant de manière spontanée, mais ça ne me toucherait pas.
- Speaker #1
Tu le ferais de manière automatique ?
- Speaker #0
Automatique, parce que je sais qu'il faut que je le fasse, en tant que citoyen, parce que cet enfant... a le droit de vivre et que ma priorité, c'est de lui permettre de continuer à vivre. Donc, j'irai en essayant de lui sauver la vie, mais je ferai les choses de manière très systématisée, professionnelle et froide, surtout.
- Speaker #1
Mais il resterait quand même l'empathie, une empathie quelque part, même pas forcément ressentie, mais quelque chose qui va quand même te donner l'élan d'aller secourir cet enfant, parce que finalement, si ça te fait ni chaud ni froid, tu pourrais tracer ta route.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Qui te donne cet élan-là ?
- Speaker #0
Il y a quelque chose de l'ordre de l'empathie que j'ai réussi à travailler chez moi et que je parle en tant qu'empathie expérientielle incarnée. C'est-à-dire que mon vécu expérientiel de la maladie me permet d'avoir de l'empathie pour une autre personne.
- Speaker #1
Mais elle est presque plus théorique.
- Speaker #0
Mais voilà, c'est-à-dire qu'intérieurement, des phases de stress, je réagis peu au stress. des phases négatives ? Alors moi, j'ai eu la mort de mon papa l'année dernière au mois de novembre. J'ai vécu des émotions négatives, mais lorsqu'il a fallu répondre présent le jour de l'enterrement et pour aider ma maman pendant une semaine parce qu'il y avait énormément de papiers administratifs à faire, l'émotion a été très vite très contenue. J'ai pleuré un peu le jour de l'annonce du décès de mon papa, mais ce n'est pas allé plus loin. Quand j'ai fait mon discours, j'ai été par moments envahi par l'émotion à l'église, mais pas plus que ça.
- Speaker #1
Et comment ta famille vit ces émotions contenues ? Parce que pour eux, c'est aussi complètement différent dans ce qu'ils connaissent de toi.
- Speaker #0
Oui, moi j'étais toujours quelqu'un de très solaire, de très lié à ces émotions. Quand mes enfants ou quand ma femme rit, ou si quelqu'un rit autour de moi, je ne comprends pas. Je les vois rire. Par automatisme, je souris.
- Speaker #1
Par imitation.
- Speaker #0
Par imitation, oui. Mais voilà. L'émotion de joie, de rire, de plaisir, elle n'est pas là. Elle n'est plus là. Et quand j'en parle, quand j'en parlais avec mon médecin psychiatre, parce que maintenant, je n'ai plus de suivi avec un psychiatre, mais j'ai un suivi avec mon médecin généraliste, parce que trouver un psychiatre, c'est très compliqué. Là où je vis, c'est un désert médical. Je... Je lui en parle et la première chose c'est vous avez un traitement qui vous maintient en vie, vous avez un traitement qui maintient vos émotions, on ne va pas le changer. parce qu'on aurait trop peur que je retombe soit dans une phase dépressive, soit dans une phase d'hypomanie ou de manie.
- Speaker #1
C'est une question presque de balance. C'est ça. Faire ça.
- Speaker #0
C'est ça. C'est un peu si tu devais faire les pour et les contre et que finalement, il y avait un peu plus de pour à prendre le traitement et que les contre, finalement, on te dit tu n'as pas d'autre choix que de faire avec.
- Speaker #1
Mais comment ta famille, elle vit ça ? Parce que c'est presque un changement de paradigme au niveau de ta personnalité.
- Speaker #0
Ah oui, c'est complètement... Ma femme me dit, le mari, la personne avec laquelle je me suis marié il y a 20 ans, c'est plus lui.
- Speaker #1
C'est rude, non ?
- Speaker #0
C'est terminé. Ah oui, je vis très peu d'émotions vis-à-vis de mon épouse, j'ai encore de l'empathie pour elle, mais c'est plus comme avant. Et avec mes enfants, j'aime bien leur faire un bisou le matin, sentir leurs cheveux, mais voilà. il y a des choses effectivement une fois j'avais joué avec mon fils au tennis et puis il était tombé alors je suis allé à son secours je suis allé vers lui mais avant il y aurait eu finalement qu'est-ce qui se passe qu'est-ce qui arrive et là comment ça, formellement je lui demande ce qui s'est passé, ce qu'il a et puis j'agis mais il n'y a plus le côté émotionnel qui est là et qui peut être un mot à mon pauvre c'est terrible, c'est terminé ça
- Speaker #1
Est-ce que tu as l'impression que ces traitements te retirent un peu un bout d'humanité ?
- Speaker #0
Complètement, complètement. Heureusement que je travaille encore dans le milieu du soin et j'écris beaucoup pour me relier à moi et à cette partie émotionnelle qui est complètement enfuie. Mais sinon, effectivement, oui, j'ai une part d'humanité qui m'a été enlevée et j'aurais préféré que ce soit la plus mauvaise. Mais c'est la meilleure partie de moi qui est partie. Même si, comme je te disais, je peux encore voir quelqu'un d'entretien, passer du moment avec elle et être bien d'être là avec elle. Mais ça ne va pas plus loin. Professionnellement, ça fait quand même quelqu'un de moi qui, professionnellement, est quand même présent. Puisque je m'aide de mon vécu expérientiel pour pouvoir aider une autre personne et lui dire Voilà. On a des choses semblables et tout. On va trouver ensemble des ressources, des solutions pour vous permettre d'aller mieux. Mais ce n'est plus le Olivier d'il y a sept ans. Celui-là, j'ai pour habitude de dire qu'il est mort.
- Speaker #1
Et je voudrais revenir sur cette question de plaisir. Est-ce qu'il y a quand même des petits plaisirs qui persistent, même minuscules ?
- Speaker #0
Oui, il y a des petits moments de plaisir. Je prends un peu de plaisir à jouer avec mon fils au tennis. Parce que le tennis, c'est quelque chose que je pratique depuis longtemps. Et puis, il y a quelques années, il a fait le choix de se mettre au tennis pour jouer avec moi. Donc, quand on joue ensemble, je prends un peu de plaisir à jouer. Je prends un peu de plaisir à lire. Je prends un peu de plaisir à écrire quand même. J'écris ce que je vis à l'intérieur de moi. Je le mets en récit poétique. J'ai des bonnes sensations en fonction de ce que je mange. Mais sur une échelle de 1 à 10... Je dépasse rarement les 5-6. Et j'ai accepté. Souvent, je dis, quand je poste une vidéo sur les réseaux, quand j'écris quelque chose pour permettre aux personnes de mieux comprendre ce qu'elles vivent, l'aspect essentiel de cette maladie, c'est le travail de deuil et d'acceptation. Si tu ne réussis pas à faire le travail de deuil et le travail d'acceptation de qui tu es devenu, Et de dire au revoir à la personne que tu étais, tu ne prends pas ton traitement, tu te laisses aller, et tu fais régulièrement des crises. Et un jour, c'est la crise de trop.
- Speaker #1
Parce que je crois qu'il y a un risque suicidaire, c'est quoi, 40 fois plus important ?
- Speaker #0
40 fois plus élevé que dans la société, oui. C'est le trouble psychique, la bipolarité, qui entraîne le plus haut taux de suicide. Pour la simple et bonne raison que, quand tu es en période dépressive, tu en as marre parce que c'est relativement plus ou moins long, et qu'à un moment donné, rechute sur rechute sur rechute, tu as envie de mettre fin à tes jours. Et puis dans la phase up, comme tu es complètement exalté, euphorique, tu peux t'amener à prendre beaucoup d'alcool, à prendre des drogues.
- Speaker #1
Des conduites à risque.
- Speaker #0
Des conduites à risque, effectivement, que tu n'aurais pas imaginé avant, et tu peux mourir dans le cadre d'une conduite à risque. Donc, des deux côtés, finalement, tu peux mourir.
- Speaker #1
Tu me disais que les psychiatres, aujourd'hui, te reçoivent 10 minutes montre en main pour te faire des prescriptions et même pas pour te faire un suivi thérapeutique. On est passé du patient au client. Qu'est-ce que ça donne comme image aujourd'hui de la psychiatrie ?
- Speaker #0
C'est un client à 50 euros. Je vais voir mon médecin. Maintenant, j'ai changé. Parce qu'avec mon médecin psychiatre, elle voulait diminuer sa clientèle. Du jour au lendemain, elle m'a dit, je suis bientôt à la traite, je vais diminuer la clientèle. Trouvez-vous un autre psychiatre ? Je lui ai dit, oui, mais à 50 km à la ronde, autour de moi, il n'y en a pas. Donc, je fais comment ? C'est votre problème. OK, c'est mon problème. Donc voilà, ça s'est terminé comme ça, mon médecin psychiatre. Et quand j'allais la voir, elle me voyait quand elle était prête à me voir. Donc ça veut dire, tu vas dans la salle d'attente, t'attends, t'attends, que la personne elle veut bien te demander de venir. Comment vous allez ? Voilà, t'exprimes comment tu vas. Ok, donc on ne va pas changer le traitement alors, parce que vous comprenez, ça serait trop difficile. Ordonnance, au revoir monsieur. Et puis maintenant, on passe au paiement, carte bancaire, et c'est parti, c'est fini. J'ai plus de temps finalement avec mon médecin traitant qu'avec mon médecin psychiatre. Parce que dernièrement, elle m'a vraiment demandé ce qui allait et ce qui n'allait pas. Donc, elle a vraiment de l'intérêt pour qui j'étais. Le psychiatre, quand j'allais le voir, il n'avait pas d'intérêt pour qui je voyais, pour qui j'étais. Et malheureusement, dans les soins en psychiatrie, il y a très peu de personnes qui s'intéressent au handicap. Les gens font leur job, ils cumulent toutes les 15 minutes 50 euros et ça n'a pas plus l'air que ça.
- Speaker #1
Et avec ton regard de patient et d'infirmier en soins psychiatriques, qu'est-ce qui manque selon toi dans la prise en charge actuelle ?
- Speaker #0
Tu me parlais tout à l'heure de l'humanité, d'humanité. D'humanité parce que tu es un client, tu es un client payant, tu es un client qui doit payer. Quand tu vas en soins en psychiatrie, il n'y a pas assez d'infirmiers pour pouvoir prendre du temps avec toi. Ils sont deux infirmiers ou trois maximum pour 30. Donc, ils n'ont pas de temps pour toi. Ils ont trois à quatre fois. Ils doivent donner trois à quatre fois les médicaments par jour pour chaque patient. Donc, voilà, tu es là. Tu es content d'être en vie à la fin de la journée. Eux aussi. Et finalement, tu es dans une unité où on te distribue ton traitement. Donc, ça ne va pas plus loin que ça.
- Speaker #1
Et tu penses qu'on va pouvoir garder notre humanité maintenant que dans les soins est rentrée l'intelligence artificielle, les robots, toutes ces choses qui finalement nous déshumanisent aussi ?
- Speaker #0
J'entendais, il y avait commencé une émission ce matin qui parlait de chat GPT et puis d'une, qui allait avoir une plainte contre le chat GPT parce qu'une personne récemment aux Etats-Unis est allée dans une université et a tiré sur des gens. C'est un chat GPT qui lui a indiqué à quelle heure il fallait y aller pour tuer le maximum de personnes et à quel endroit il fallait y être pour ne pas finalement être remarqué. Dans les soins, maintenant, de plus en plus, quand tu n'as pas de psychiatre, tu peux aller sur des plateformes en ligne. Tu sais combien tu vas payer, tu sais pendant combien de temps tu vas être vu. Le problème du travail en ligne, c'est qu'émotionnellement, il y a quelque chose qui ne vient pas. Parce que tu n'es pas avec la personne dans le même endroit comme ici aujourd'hui et tu ne peux pas décoder les émotions de l'autre, c'est beaucoup plus compliqué. Donc l'IA, lorsqu'on va amener de plus en plus de l'IA dans les soins, l'IA c'est une manière de penser comme elle a été programmée. Elle se colle à toi, elle te donne des réponses, mais l'empathie et l'émotion, ça reste un ordinateur, ça reste un outil informatique. Ça reste un outil informatique, mais en même temps, il y a une question que je me pose. Et quelle est la place, parce que tu me parlais là de l'IA, mais quand je vois la pauvreté du soin en psychiatrie de nos jours... certains ont recours à une EIA pour discuter, pour ne plus être dans cet isolement sociétal qu'on vit concrètement de nos jours. Et je me dis, dans la balance, on peut quand même se poser la question. On peut quand même se poser la question parce que, oui, les soins, il faut savoir que la bienveillance, elle est diminuée. Moi, je vois, par exemple, au quotidien, Je suis... et soignant et patient, donc je me qualifie d'infirmier patient partenaire en santé mentale et psychiatrie. Et je me rends compte que depuis que j'ai cette étiquette d'handicap invisible, mais qui est tout à fait bien réelle, le monde du soin est très peu enclin à accepter et accueillir le handicap.
- Speaker #1
Tu sais, moi, à titre vraiment personnel, alors que j'ai un suivi thérapeutique d'une qualité immense depuis dix ans, Maintenant, j'ai vécu une phase dernièrement, un refus au niveau médical qui m'a vraiment peiné à un moment donné où ma thérapeute n'était pas apte à répondre à ma demande, voilà, elle était en vacances. Et du coup, je me suis rendue sur ChatGPT et je lui ai parlé de tout ça. Et ça a été très paradoxal ce que j'ai vécu parce que... il y avait toute une partie de moi qui se sentait évidemment comprise et soutenue, parce que c'est exactement ce que fait l'intelligence artificielle, c'est de te dire que tu as toujours raison, de te soutenir, de reconnaître. Finalement, soutien, reconnaissance, tout ce que tu aurais besoin d'une personne face à toi. Ça m'a permis de pleurer et de traverser ce moment-là et d'avoir quelqu'un, quelqu'un avec beaucoup de guillemets, vu que c'est Tchadjépté, qui était dans l'inconditionnel.
- Speaker #0
Puis disponible.
- Speaker #1
Complètement. Pendant 3 heures, 4 heures, je pouvais discuter et c'était gratuit finalement. et là je me suis dit wow heureusement que j'ai un esprit critique une éducation qui fait qu'aujourd'hui je me vois de manière méta et je me dis ok j'ai traversé ça mais c'est quelque chose de ponctuel mais je pense à moi il y a 15 ans en arrière en étant ado ou je ne sais mais j'aurais sauté à pieds joints là-dedans ça aurait répondu à toutes mes interrogations toute mon enthousiasme et je me dis c'est extrêmement flippant mais ça montre que de l'autre côté il manque euh C'est terrible à dire parce que finalement, on a l'impression que l'intelligence artificielle aujourd'hui, c'est celle qui nous donne plus d'humanité que les humains. Oui. Waouh !
- Speaker #0
Alors c'est vrai que c'est une application qui est créée par l'homme. Et là où je suis heureusement, effectivement, ça m'arrive d'utiliser ChatGPT ou Copilot Microsoft. Et effectivement, on peut être des fois bluffé par les réponses qu'on peut obtenir.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu veux changer aujourd'hui dans le regard sur les maladies psychiatriques ?
- Speaker #0
Si je devais changer quelque chose, c'est que ce soit en France ou en tout cas dans toute la francophonie, j'intègre la Suisse, la Belgique et en tout cas tous les partenaires européens qui sont autour de nous, d'inclure, d'intégrer la notion du handicap dans la constitution. Parce qu'on peut parler pendant des années de handicap, on fait la semaine du handicap, on fait des job dating handicap, on fait plein de choses. C'est très bien. certains font des fresques de chaussettes pour la trisomie. C'est très bien, on en parle, on fait des choses. OK, mais qu'est-ce que ça fait avancer concrètement ? On se rend compte que... Moi, je me rends compte, en tant qu'être humain et en tant que personne vivant à handicap, de la pénibilité à l'accessibilité aux soins.
- Speaker #1
On reste au même point, en fait.
- Speaker #0
On reste au même point. Et je me rends compte que le monde du soin, et là je vais parler de celui que je connais le plus, du monde du soin, de la santé mentale et de la psychiatrie, n'est pas aussi bienveillant que ça en fonction des personnes qui présentent un handicap.
- Speaker #1
Tu peux nous donner un exemple concret ?
- Speaker #0
Oui, j'ai un exemple concret en ce moment, je suis en recherche d'emploi. J'ai monté mon auto-entreprise, donc je réalise des conférences, je réalise des congrès, mais tout n'est pas payé, il faut bien que je vive. et que je paie mes factures à la fin du mois. Parce qu'en France, je touche une allocation adulte handicapé de 1033 euros. Avec 1033 euros, on ne fait pas grand-chose. C'est en dessous du SMIC, qui est de 1411 euros en France. Mais bon, je vis quand même et je suis content de l'avoir, parce que ça m'aide quand même, concrètement. Mais je prends un exemple tout simple. Je suis allé dans une institution de soins, il y a quelques semaines en arrière, avec deux cadres de soins qui étaient... très, très avenante, très contente de me rencontrer en me disant que mon CV était incroyable, qu'elles allaient mettre à ma disposition un poste sur mesure, que je pourrais réaliser de la formation, de l'accompagnement des patients, de l'accompagnement des soignants, etc. Donc, il y avait tout quelque chose qui était balisé et tout. Il me fallait juste attendre qu'elles mettent tout ça par écrit. OK. Le lendemain à 17h, je reçois un message sec de l'assistante de direction qui me dit que finalement, on ne va pas collaborer ensemble. Mais sans pour autant me dire pourquoi. Alors moi, de mon côté, j'ai essayé de comprendre, j'ai essayé de savoir. Donc, j'ai renvoyé un mail pour comprendre la situation en lui disant que les personnes étaient emballées. Je ne comprenais pas pourquoi on en arrivait là maintenant. Je n'ai pas eu de réponse à mon mail. J'ai réussi à trouver le numéro de téléphone de la personne qui m'avait réalisé l'entretien et donc je lui ai laissé un message sur sa boîte vocale. Et maintenant, on est à trois semaines, je n'ai toujours pas de nouvelles. Et là, récemment, il y a un centre de soins sur Genève où j'ai passé un entretien pendant une heure et demie, à qui, pareil, j'ai parlé comment ça que j'étais bipolaire, je ne souhaite pas le cacher. Ils étaient très enclins à travailler avec moi en me disant « On n'a pas finalement dans notre champ d'expertise en soins domiciles la casquette que tu as de santé mentale et psychiatrie. » J'ai recontacté le centre lundi. Et puis lundi, c'était déjà plus néancé. On cherche quelqu'un avec un profil plutôt soins, plutôt domicile. J'ai dit « Bon, ok. Réponse fin de semaine. » On est jeudi, donc au pire, j'ai une réponse demain. Mais il y a quand même beaucoup de réponses et beaucoup de portes qui se ferment à moi, des opportunités que je ne peux pas saisir. Et parce qu'on ne me le dit pas, mais parce que mon handicap est un frein à la candidature, réellement.
- Speaker #1
Comme quoi, l'inclusion... L'intégration, c'est très joli sur LinkedIn, mais finalement, dans les faits, il n'y a pas grand-chose qui bouge.
- Speaker #0
Non, non, non, pas énormément.
- Speaker #1
Moi, Olivier, j'arrive sur ma dernière question de fin et j'aimerais te demander quel super pouvoir la maladie t'a apporté ?
- Speaker #0
Quel super pouvoir ? De comprendre la maladie en interne, parce que la maladie, je l'ai vécue avec mes tripes, avec mes entrailles. Je sais ce que c'est. Je sais de quoi je parle. Et cette maladie, elle m'a rendu plus fort. Plus fort parce que je suis capable. Alors c'est vrai que sur les réseaux, je m'appelle Olivier, un bipolaire hors normes. Et certains, des fois, m'ont demandé pourquoi. Parce que je trouve qu'effectivement, vivre avec un trouble psychique dans notre société et réussir à vivre de manière équilibrée avec, C'est effectivement... avoir une conduite hors normes et c'est sortir des cases. On a trop souvent l'idée de nous ranger dedans. Et voilà, je pense que ça m'a rendu plus fort. Ça m'a donné une certaine créativité et je pense que ça me donne, en tout cas, ça m'offre une certaine légitimité pour aller à la rencontre des institutions, des entreprises ou des personnes qui, comme moi, souffrent ou vivent avec un trop psychique. Et c'est vrai que je mets toute mon énergie, à pouvoir accompagner et aider les personnes qui souffrent pour leur permettre finalement d'obtenir ce que moi je n'ai pas eu avant. J'ai plutôt des profils très fermés où on ne négocie pas. Il faut prendre son traitement, donc très infantilisant. Et j'ouvre ma porte et je vais vers les personnes qui ont besoin et qui, à mes côtés, ont ce sentiment. réel d'être compris. Et c'est ça que j'apporte finalement, c'est une compréhension des troubles psychiques.
- Speaker #1
Merci Olivier pour ton témoignage.
- Speaker #0
Merci à toi Tamara. Merci beaucoup pour ce moment, c'est un moment tout nouveau pour moi. Et voilà, merci pour ce moment, vraiment.
- Speaker #1
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