Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, aux gourmets de sous-bord, et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Quand j'ai imaginé les 24 heures zen, j'avais pensé à tout. Le repas kaiseki, le petit déjeuner japonais, le bento. Le thé, le pavillon Lotus, l'ambiance. Mais il y avait une chose que je ne pouvais évidemment pas prévoir, les personnes qui allaient franchir la porte. Et c'est peut-être cela qui a fait toute la richesse de cette expérience. Car les 24 heures zen n'ont jamais été exactement les mêmes. Chaque couple arrivait avec son histoire, ses attentes. ses appréhensions, parfois ses blessures. Et la plupart du temps, il se passait quelque chose que je n'avais absolument pas prévu. Quelques'une de ces histoires uniques et singulières méritent d'être contées. Comme les histoires de ceux qui arrivent tellement heureux de lâcher prise, qu'ils lâchaient vraiment prise. Il m'est arrivé de voir des hôtes tomber malades. Chez moi, ils avaient tellement attendu ce moment, tellement accumulé de fatigue, de tension, de stress, qu'une fois arrivés à l'escalier, pris en charge et enveloppés dans le calme ambiant, leur corps semblait dire « maintenant, je peux me poser, me déposer » . Pour certains, ce passage de l'agitation extrême à une sérénité soudaine se faisait de manière si brutale qu'un malaise physique se manifestait. Voilà une première histoire, celle d'un jeune couple très soigné, arrivé dans une belle voiture de sport rouge, qui prend ses marques dans le pavillon, découvre le jardin à son rythme, pendant que je m'affaire en cuisine pour préparer le menu du soir. Au moment de passer à table, Madame arrive toute seule. Elle m'annonce que Monsieur n'est pas en mesure de nous rejoindre au comptoir. Il s'est écroulé, complètement assommé par un mal de tête insupportable. Elle décide de prendre le repas toute seule et nous parlons beaucoup. Plutôt que de lui donner des informations habituelles sur la composition du menu et ses subtilités, je l'écoute. Ensemble, nous finissons par comprendre que des tensions accumulées ont pu lâcher, que ce qui était masqué se révélait brutalement. Au petit déjeuner, Madame est à nouveau seule. Finalement, de tout le week-end, je n'ai pas croisé Monsieur. Madame a passé beaucoup de temps avec moi, s'est livrée en confiance. Le couple est reparti après ce séjour étrange. Madame a oublié son très beau collier et n'est jamais venue le récupérer. Cette première expérience a été suivie d'une autre situation analogue. À nouveau un jeune couple qui vient se poser à l'escalier. Au cours du repas, Alors que devant mes fourneaux, je leur tourne le dos, j'entends monsieur me demander avec une certaine urgence « Vous auriez de l'eau ? » Il venait de récupérer sa compagne dans les bras alors qu'elle tombait du haut de son tabouret. Nous sortons à l'air en la soutenant, sonnés tous les trois par l'incident. En mon fort intérieur, je prends la charge sur moi. Ma première pensée a été « Mais... » « Qu'est-ce qui ne va pas dans ce que je leur ai proposé à manger ? » Petit à petit, nous démêlons la pelote. Je leur ai dit qu'il m'était souvent arrivé de tomber malade le premier jour des vacances quand je lâchais la pression accumulée. Me suis renchérie. « Ah, mais je comprends maintenant pourquoi moi aussi, je tombe malade le premier jour de mes congés. » Ils n'ont pas terminé leur repas. Mais une prise de conscience s'est faite sur leur état intérieur à leur arrivée. La nuit a été bénéfique et leur séjour profitable pour reprendre des forces. Il fallait que je me rende à l'évidence et que je me prépare à accueillir avec sensibilité ces situations où les personnes décompressent trop vite. La formule que je proposais combiné à l'ambiance du jardin, semblait parfois agir comme un révélateur en accéléré, faisant remonter ce qui était resté jusque-là en arrière-plan. Quand le corps se sent suffisamment en sécurité, il peut accepter de relâcher la pression. Voici maintenant un autre type d'histoire, celle de personnes qui découvrent les 24 heures zen parce qu'on les leur a offertes. Il s'agit souvent de cadeaux de jeunes ayant vécu la formule avec enchantement et qui souhaitent la faire vivre à leurs parents. Et là, je me suis aperçue qu'un cadeau offert n'est pas forcément reçu comme un cadeau. Certains arrivaient avec une liste de questions voire de craintes. Qu'est-ce qu'on va manger ? Comment ça va se dérouler ? Comment va se passer la nuit sur un futon posé directement au sol sur des tatamis ? Est-ce qu'il faudra manger avec des baguettes ? Est-ce qu'on va comprendre quelque chose à cette histoire japonaise ? C'était le cas d'un couple dont j'ai appris que monsieur était militaire. Et il portait bien le profil qu'on attribue généralement à la profession. Quand je l'ai vu arriver, j'ai instantanément ressenti une grande résistance, une forme de fermeture. Comme s'il allait être soumis à rude épreuve. Je me dis, oulala, il va falloir que je passe 24 heures avec cette personne. Ça va être difficile tout ça. Comment faire craquer la couche de protection ? Dans quelle brèche vais-je pouvoir me glisser ? À peine ma réflexion est mise, monsieur m'offre l'opportunité d'entrer dans son territoire. Il me parle de ses poules. Et je saute sur l'occasion. Oh, vous avez des poules ! Vous allez pouvoir m'apprendre plein de choses. Moi, je suis totalement novice dans le domaine. J'avais trouvé le sésame ouvre-toi, l'entrée pour un échange vivant et sincère, créant une forme de complicité qui a teinté toute leur expérience. Je n'ai pas cherché à lui imposer le japon, le zen ou la... cuisine. En entrant dans son monde, j'ai pu finalement l'accueillir dans le mien. Mais parfois ce déclic n'a pas lieu. Un autre bon cadeau, un nouveau couple de parents à accueillir se présente. Des personnes d'âge mûr, le mari en costume de cow-boy avec tout ce qu'il faut dans le déguisement, hormis le pistolet, s'installent pour l'apéritif avec son époux. C'est lors de ce moment convivial que j'ai souvent l'opportunité de recueillir des éléments pour personnaliser l'accueil. Alors que lui se vante de ses exploits divers et variés, c'est un florilège de crainte qui s'exprime du côté de Madame. Elle se disait allergique aux algues notamment, mais aussi à plein d'autres choses, qui entraient précisément dans la composition du menu. Je les écoute sans trouver de rebond possible. Et démunie, je me retranche derrière mes fourneaux, après avoir précisé que je détaillerai la composition de chaque plat proposé et qu'elle ferait elle-même le tri de ce qu'elle peut ou veut manger ou pas. Se passe un repas morne, sans plaisir, ni pour eux, ni pour moi. À la fin du repas, j'annonce la composition du petit-déjeuner japonais prévu le lendemain matin, en ajoutant que si cela ne leur convenait pas, je pourrais leur servir un petit-déjeuner occidental à la place. Ils acquiescent pour le petit-déjeuner japonais. Celui-ci est un vrai repas qui nécessite du temps. Je le prépare avec le soin habituel. Et je leur livre les plateaux à la table où ils se sont installés. Peu de temps après, ils viennent me rejoindre alors que je commençais déjà les préparatifs pour leur bento de midi. Ils m'annoncent que finalement ils avaient d'autres projets et qu'ils s'en allaient. Quand je récupère leurs plateaux du petit déjeuner, je m'aperçois qu'ils n'avaient touché à rien. Tout était encore intact. Je me suis demandé ce qu'ils étaient venus faire chez moi. Et dans le fond, j'étais contente qu'ils n'aient pas fait durer le supplice jusqu'au bout. Pour certains, la mifiance peut progressivement faire place à la curiosité. Chez d'autres, la peur de l'inconnu est tellement forte qu'ils n'arrivent tout simplement pas à se glisser en confiance dans l'expérience malgré le soin que je mets dans leur accueil. Et puis, il faut ajouter aussi que ce qui a fait le délice d'un jeune couple désireux de vivre une expérience hors des sentiers battus ne fait pas forcément vibrer les parents de la même manière. Offrir ce genre de cadeau peut devenir un piège car on offre parfois à l'autre ce que l'on aimerait soi-même recevoir. Un jeune couple qui avait adoré dormir sur des futons, manger japonais, découvrir un jardin et se laisser surprendre par tout un univers pouvait difficilement imaginer que ses parents, eux, puissent se demander ce qu'ils étaient venus faire là. J'ai aussi compris qu'un cadeau ne se transmet pas toujours avec le même enthousiasme que celui avec lequel il a été choisi. Le cadeau idéal suppose peut-être de bien connaître les goûts de celui qu'il reçoit et de ne pas confondre ce que l'on aime offrir avec ce que l'autre a envie de vivre. Et moi, au milieu de tout cela, je me retrouve dans une situation assez particulière. Je suis en charge de faire aimer un cadeau à des personnes qui n'ont pas demandé. de traverser ce genre d'expérience. Parfois, l'alchimie se crée. À d'autres moments, on reste dans la passe. D'autres situations analogues se sont présentées quand, dans un couple, l'un des deux concocte une surprise pour fêter un événement particulier. Dans ce cas, les deux sont sur leur garde en arrivant. L'instigateur de l'événement Celui qui a pris le risque d'organiser et de réserver espère que la formule sera à la hauteur de ses attentes, sous peine d'être discrédité. Un événement commémoratif raté laisse des traces. L'autre, qui ne sait même pas où il a atterri, écarquille les yeux en essayant de comprendre à quelle sauce il sera mangé. Une visite du jardin en introduction, un apéritif convivial, et voilà que la détente s'installe. J'explique, je raconte, je les embarque avec moi. Ils se sentent uniques, spéciaux, privilégiés. Alors, ce moment pour lequel ils se sont préparés trouvera son point d'orgue et le souvenir sera marqué positivement. Un moment unique. Non reproductible, gravé dans les mémoires. Et puis, il y a eu toutes les autres histoires, certaines faciles et fluides, d'autres qui m'ont parfois déstabilisé ou prise de cours. Il y a eu des rencontres improbables, des confidences inattendues, des situations que je n'aurais jamais pu imaginer lorsque j'ai conçu les 24 heures zen. Et toutes ces histoires ont un point commun. Elles se sont déroulées... autour de Lotus. Lotus en a été le décor mais aussi à sa manière le témoin silencieux. Et Lotus a encore plein d'autres choses à nous raconter. Un nouvel épisode des petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. 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