Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, Aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! En marchant dans une rue de Kyoto, une rue banale où rien de particulier n'attirait le regard, Ni boutique attrayante, ni architecture remarquable, une fulgurance m'est venue. Le pavillon en structure bois qui m'avait fait rêver juste avant mon départ pour le Japon commençait déjà à vivre dans mon imaginaire. Je ressentais presque l'ambiance qui dégagerait dans l'espace du jardin où j'allais le faire édifier. Je humais déjà l'odeur caractéristique des tatamis lorsqu'on coulisse la porte. J'imaginais la lumière tamisée par les cloisons de papier sur lesquelles se projetteraient les ombres des feuillages extérieurs. Tout en marchant d'un bon pas avec mon ami Anne, je me suis entendue lui dire d'une traite. Le pavillon s'appellera Lotus. Je le proposerai avec une formule baptisée 24 heures zen. La formule comprendrait un repas japonais kaiseki le soir de l'arrivée des hôtes, un petit déjeuner japonais le lendemain matin, un bento à midi et une cérémonie du thé avant leur départ, 24 heures plus tard. Rien n'avait été réfléchi à l'avance, du moins pas consciemment. C'est sorti comme une évidence. Cela ne pouvait pas être autrement. Anne, toujours très critique, n'a rien objecté. Elle a entendu, elle a acté. À partir de ce moment-là, mes achats au Japon étaient motivés par ma formule 24h zen. Des furoshiki pour emballer élégamment les boîtes bento, des plateaux de bois. J'ai même trouvé à Nara un siège, une sorte de chaise sans pied avec un trou au centre de l'assise. Je m'étais dit que cela pourrait servir à bricoler mon WC sec. Ça n'a pas été une mince affaire de ramener l'objet en France. J'avais solidement ficelé ma valise dessus, mais ce n'était évidemment pas un bagage standard loin sans faux. Et j'ai dû batailler à l'aéroport pour le faire accepter. J'ai finalement dû signer un papier dédouanant la compagnie aérienne de toute responsabilité. À la limite, si l'avion s'écrasait, ce serait de ma faute. Quelques mois plus tard, une fois le pavillon Lotus installé, il me restait à tester la pertinence de la formule 24 heures zen. à en expérimenter la faisabilité, à ajuster son prix et aussi à la médiatiser pour la vendre sur un site dédié aux hébergements insolites. Les premiers clients s'annoncent, mais la salle de bain refaite à neuf n'est pas terminée. C'est une course contre la montre pour achever les travaux. Elle ne pourra être livrée au client que quelques heures après leur arrivée sur place. Ses premiers clients, venus tester la formule, est aujourd'hui immortalisé dans le sol en béton ciré des toilettes, au milieu d'autres graffitis fixés sous une couche de vernis. La plupart des hôtes qui ont tenté cette expérience en sont repartis éblouis. Certains revenaient régulièrement, comme un pèlerinage annuel. D'autres venaient raviver les souvenirs d'un voyage au Japon. Mais parfois, les rencontres nées à l'escalier ont laissé des traces bien plus profondes. Agnès et Antoine, par exemple, ont passé leur nuit de noces dans le pavillon Lotus. Pendant des années, ils sont revenus y fêter chaque anniversaire de mariage. Et pourtant... Leur histoire à l'escalier avait commencé avant même cette nuit dans le pavillon. Agnès cherchait un endroit insolite pour organiser son repas de mariage. Elle est venue nous rencontrer et ensemble nous avons exploré le site pour voir où il serait possible d'accueillir 50 convives, ce que nous n'avions jamais fait auparavant. La table d'hôte était trop petite. La galerie, à l'étage, aurait offert l'espace nécessaire, mais il fallait monter et descendre 17 marches pour servir les différents plats du menu à 50 personnes. Il restait le hangar, vaste certes, mais encombré de grommes de bois datant de l'époque de la menuiserie, recouverte d'un bazar un vrai semblable, un vrai dépotoir, camouflé derrière des rideaux en jonc. Il y avait là des rebuts de chantier, des décors et des accessoires de théâtre de jaune dont je n'ai jamais réussi à me défaire. C'était ma réserve d'encombrants, celle que je n'avais jamais pris le temps de vider. Agnès a promené son regard sur le Cafarnaum et a posé la question qui tue. Est-ce que c'est envisageable de débarrasser tout cela d'ici la date de l'événement ? Grand silence. Nous nous sommes regardés avec mon collaborateur de l'époque. Et il a dit oui. Pour Agnès, les murs de briques qui encadraient l'espace n'étaient pas un problème. Elle ne rêvait pas d'un mariage conventionnel. Elle voulait simplement... Un endroit qui lui ressemble, où elle se sentait bien, au milieu d'un jardin. Le hangar a donc été vidé, mais cette aventure ne s'est pas arrêtée là. Les objets stockés ont trouvé un réemploi. Les immenses poutres qui soutenaient les grumes ont été transformées en murs de séparation pour créer un espace technique. Puis une porte a été percée entre le hangar et la salle des machines de l'ancienne menuiserie. Les murs ont été habillés et peu à peu, l'idée est née d'aménager ici une galerie de plein pied en remplacement de celle de l'étage et de ces fameuses 17 marches. Agnès et Antoine ont donc, sans le savoir, participer à la transformation de l'escalier ils sont aussi devenus un peu les enfants de la maison nous avons eu plaisir à les revoir année après année nous avons vu naître leurs enfants au début ils s'accordaient encore une parenthèse à deux dans le pavillon lotus puis après la naissance de leur troisième enfant leurs escapades en amoureux sont devenus plus compliqués Mais il continuait à nous rendre visite avec Louis, Jules et Jeanne. Grâce à cette rencontre, un nouvel espace est né. Aujourd'hui, il accueille des expositions d'artistes, des séminaires, un petit marché hebdomadaire et des boutiques éphémères. C'est aussi un précieux repli en cas de pluie pour les stages de yoga et les autres événements prévus dans le jardin. Et Antoine et Agnès ne sont pas les seuls. Chaque couple accueilli pour les 24 heures zen, grâce aux soins apportés à leur accueil et au temps passé ensemble, a permis de vivre des rencontres uniques. En cherchant à leur faire vivre un micro-voyage au Japon, c'était un peu comme si, moi aussi, je retournais le temps d'un week-end au pays du soleil de vent. Finalement, je crois que c'est cela que j'ai le plus aimé dans cette formule. Je proposais aux autres de s'accorder une parenthèse zen et en leur proposant cette parenthèse, je me devais d'être moi-même zen. J'ai appris à m'en donner les conditions. Un nouvel épisode des petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. 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