- Speaker #0
Bienvenue dans les petites histoires de Michel, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon. aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Nous nous retrouvons à nouveau dans l'atelier de Nicolas Palmade pour la suite de notre entretien. Cette fois-ci, nous nous échangeons. sur la matière première qu'il travaille pour façonner ses lames. Ce qui m'a encore amusée, c'est de lire sur le papier que tu m'as donné, que c'était fabriqué avec un ressort. Alors ça, ça m'amuse, que tu utilises comme ça des objets récupérés pour les transformer. Je ne savais pas.
- Speaker #1
Oui, il y a énormément de matériaux qui sont déjà disponibles. Et on parle souvent de recyclage. Mais le recyclage, je ne sais pas quand on achète, sur un emballage, il y a les petites flèches pour dire que c'est recyclable. Et puis, on prend cet emballage, on le met dans la poubelle jaune, et on se dit, c'est bon, j'ai fait un geste vertueux, ça va être recyclé. En l'occurrence, c'est brûlé quelque part et ça produit de l'énergie. Le cycle, le recyclage, ce n'est pas un mot absolu. On peut faire plein de types de recyclage. Par exemple, les bouteilles en verre, le fait de faire des bouteilles, les casser, les refondre pour refaire des bouteilles, on pourrait très bien faire, comme on faisait avant, des bouteilles consignées, qu'on nettoie et qu'on réutilise. Ça, c'est un recyclage qui est vertueux. Et pour l'acier, c'est pareil. L'acier, c'est un matériau qui se recycle très bien, mais si on jette un morceau d'acier, à la ferraille, il va être mélangé avec des boîtes de concert, des voitures, tout ce qui passe. Ça va être refondu et on va refaire de l'acier tout neuf. Faire, c'est sélectionner des objets qui sont composés d'un acier qui correspond à ce dont j'ai besoin. Puisque l'acier, c'est une recette de cuisine, donc en fait, il y a plein, il y a une infinité d'aciers différents. Et sur des pièces, des pièces mécaniques, sur des anciens outils, comme des lignes par exemple. En fait, moi, je peux savoir ce que c'est comme acier. Et en fait, c'est les mêmes aciers que ceux que j'aurais commandés. Au lieu de commander un acier neuf qui aurait été fabriqué, je vais réutiliser un ancien objet et que je vais recycler, mais au mieux, en tant que qualité d'acier que c'est.
- Speaker #0
Mais du coup, tu fais des décharges ? Tu as des fournisseurs ?
- Speaker #1
Non, il n'y a pas de toute petite quantité. On m'a donné juste une paire de ressorts sur une voiture. Il y a des lames de ressorts qui sont à l'arrière, qui tiennent le pont arrière. Et quand on en change une, on change les deux. Je prends toujours les deux mouches et en gros, j'ai récupéré une paire. Et sur chaque côté, il y avait trois lames. Ça fait deux ans que je suis dessus, je ne suis pas encore les deux. Donc, j'ai pas besoin d'avoir un improvisateur régulier. J'ai un réglé libre, j'ai un sur les brocantes et j'en ai un stock.
- Speaker #0
Tu veux dire les lignes, les rats, là, les lignes pour... Oui, oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Ah bah dis donc, il y a un truc qui manque de lignes. Ça, j'ai toute une caisse chez moi. Alors oui,
- Speaker #1
il ne faut pas la jeter à personne. C'est des superbe acier. Et quand je les réutilise... J'essaie de garder au maximum le motif. Maintenant, on retrouve le motif de la vie.
- Speaker #0
En fait, tu le chauffes pour le juste refaçonner.
- Speaker #1
Oui. L'idée, c'est de remuer la forme qui m'intéresse.
- Speaker #0
Puis, on lui a une matière en fusion.
- Speaker #1
Elle n'est pas en fusion puisqu'elle n'est pas liquide.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Elle est juste ramollie. Voilà. Et puis, après, on peut aussi utiliser d'autres métaux, d'autres aciers, mais qui ne sont pas faits pour... tenir une arête de coupe. Puisque ça, c'est une ligne, en fait, elle est faite pour couper. Donc l'acier qui le compose, je peux l'utiliser pour faire un tranchant. Il y a d'autres aciers qui sont mous, qui ne vont pas prendre la trempe, et qui ne vont pas être adaptés pour faire un tranchant. Mais je peux quand même les intégrer dans des structures où je vais mettre un acier dur au milieu et un acier tendre sur les côtés. Sur le petit couteau, il y en a où tu vois, les côtés sont plus clairs et le tranchant est plus foncé. Et ça c'est ce genre de structure, il y a une couche dure au milieu et une couche tendre sur les côtés.
- Speaker #0
Oui, ça je sais que ça fonctionne comme ça avec le japonais.
- Speaker #1
Et en japonais, ça s'appelle le san-maï.
- Speaker #0
San, ça veut dire quoi ?
- Speaker #1
San-maï, ça veut dire trois couches.
- Speaker #0
Oui, et maï ça doit être le suffixe.
- Speaker #1
Et ça permet plein de choses, ça permet d'avoir quelque chose de plus tendre sur les côtés, ça permet de mettre sur les lames qui sont pas très vides. qui vont pouvoir se déformer si jamais on a une forte troupe. On se déforme, on va les remettre droites, et puis ça ne pose pas de problème. Ça permet aussi d'économiser la matière. Aujourd'hui, la matière, ça ne vaut plus rien. Des lignes comme ça, moi, dans une ligne comme celle-là, je peux faire, si c'est rien, je peux faire trois pêtes couteaux sans problème. Et ça, je devrais acheter un euro sur une brocante. La matière ne vaut rien. Mais si on remonte... un siècle, deux siècles, en arrière, mais en fait, l'assiette de qualité qui est capable de tenir une arête de coupe, en fait, ça valait vraiment cher, ça avait vraiment de la valeur. Et dans ce cas-là, on mettait du métal un peu plus qu'un compte, l'amande n'avait pas besoin de sa coupe, et on mettait le dur uniquement là où c'était nécessaire. Et c'était le cas pour énormément de types. Les haches, les couteaux, les ciseaux à brome.
- Speaker #0
Et du coup, le travail de la forge, c'est de faire se solidariser ces aciers différents.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Coller ensemble.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, ça s'appelle la soude du rempeu, qui consiste à prendre deux aciers, il faut bien les débrouiller, il faut les chauffer fort, on les met en contact, on les presse ensemble, et en fait, ils se soudent et ça devient un bleu homogène. Mais ils gardent chacun leurs caractéristiques.
- Speaker #0
Il ne se fonde pas là dans le bout, c'est des feuilles que tu colles.
- Speaker #1
C'est un collage, mais c'est une soudure. Donc d'un point de vue cristallin, il y a vraiment un lien qui se fait, mais il n'y a pas de mélange. Après, si on ne chauffe pas et qu'on laisse cuire longtemps, il y a des diffusions, il y a une homogénéisation. S'il y a plus de carbone d'un côté que de l'autre, le carbone va commencer à migrer vers l'endroit le moins carburé.
- Speaker #0
Mais il serait simple les couteaux d'amasser alors ?
- Speaker #1
Les couteaux d'amasser, c'est le même principe. C'est le fait de faire des couches. Dans un acier sans maille, on met trois couches. Dans un acier d'amasser, on va remettre des dizaines, des centaines, des milliers.
- Speaker #0
Ah, dommage !
- Speaker #1
Et on va replier. Le principe, c'est d'étirer. On part dans un certain nombre de couches. couches on étire on replie on replie on rejette.
- Speaker #0
Et quel est l'intérêt du damassé ? L'intérêt par rapport à l'autre couche ?
- Speaker #1
Aujourd'hui l'acier damassé c'est beaucoup pour l'esthétique parce que ça apporte des jolis motifs et que c'est joli à voir que le procédé est intéressant. Il doit y avoir des intérêts dont on peut On peut faire des bouts de fourgée, on mélange deux aciers qui ont des caractéristiques différentes. Mais ce qui justifie le fait de faire du damas le conduit, c'est que c'est joli. Après, historiquement, il y a une vraie raison, c'est que la fabrication de l'acier, c'était un procédé qui était assez approximatif. Et il fallait homogénéiser l'acier. Et pour faire ça, il fallait beaucoup travailler. On fabriquait un morceau d'acier qui était plein d'infusions, plein de défauts, très hétérogène. Et on allait les tirer, les replier plein de fois. Le but, c'était d'évacuer les impuretés. et d'homogénéiser la matière par un procédé mécanique.
- Speaker #0
J'imagine que ça c'est venu avec des machines performantes pour le faire. Ou tu le fais aussi uniquement à l'échelle de l'artisanat ?
- Speaker #1
Non, justement, ça se fait avant l'industrialisation. où il fallait des frappes, des systèmes de frappe actionnée par des moulins en haut, des choses comme ça. Après, l'industrialisation, la mécanisation a permis de le faire de façon plus efficace. Mais ces techniques de raffinage de l'acier par des procédés mécaniques c'était encore tout à fait valable il y a 100 ans. Le tour Eiffel, elle est encore faite avec des aciers qui ont été fabriqués avec ces techniques-là, alors qu'il y a 2880... Et la métallurgie moderne, c'est quelque chose... chose qui date des années 70-80. Aujourd'hui on peut prendre un catalogue et on va avoir plein d'acier différents, on va sélectionner celui qui correspond exactement à son besoin, on va le commander, il va arriver... il va payer en défaut la recette à l'intérieur va être respectée et il y aura une fiche technique avec qui va expliquer précisément comment faire les traitements thermiques comment travailler donc c'est pour ça qu'aujourd'hui ces techniques de raffinage mécanique elles sont moins pertinentes Parce qu'en fait, la métallurgie moderne nous fournit déjà une matière de très très bonne qualité. Mais si tu vas par exemple à Klingenthal, où il y a les anciennes manufactures d'armes blanches.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
tu sais,
- Speaker #0
je ne savais pas. Il y a des anciennes manufactures.
- Speaker #1
Climental, c'est comme une cligne.
- Speaker #0
Ah oui.
- Speaker #1
c'est une ancienne manufacture d'armes blanches sous napoléon premier premier second empire après ils ont commencé à faire des agricoles et en tout cas si tu vas là bas tu verras il montre ta développe un ou tu vois qu'il ya plein de couches et en fait il faisait des acier damas mais des millions de couches. Le but c'était pas de faire de l'esthétique, c'était de homogénéiser. la matière vraiment. Et en fait, ils avaient des fournisseurs d'acier. Ils en avaient dizaines en France, en Allemagne, dans les pays alentours. Et en fait, ils commandaient chez tout le monde. Et comme c'était pas hyper dénullé la qualité, et bien en fait, ils connaissaient un peu de tout. Et il le modelait pour en faire un seul bloc. Et il disait que si une fois, lui, il avait été moins bien, l'autre, il aurait été meilleur. Et qu'en moyenne, ce sera toujours une qualité indisputable.
- Speaker #0
Orogène, plus ou moins.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Oh là, oui, intéressant.
- Speaker #1
Ils faisaient de l'acier abassé, mais ce n'était pas ça qui les intéressait. Eux, ce qu'ils voulaient, c'était une matière de bonne qualité.
- Speaker #0
Alors moi j'ai craqué pour un santofu d'amasser. Et en fait, ouais, c'est pas vraiment mon préféré. Déjà il a un manche qui est rond. C'était d'avant que je sois sensibilisée à ces manches en forme de goutte d'eau, le profil. Et puis le côté d'amasser, pour moi c'est trop froid. Je sais pas pourquoi. Ça me fait penser à l'inox, mais je n'aime pas. pas du tout l'inox sans coûter la vie.
- Speaker #1
Ça peut être un astilox ?
- Speaker #0
Oui. Et du coup, en plus, j'ai du mal à l'utiliser.
- Speaker #1
C'est possible que ce soit des astiles internes.
- Speaker #0
Et donc, voilà, c'est un peu tôt que j'écris parce que je le trouvais bon, effectivement. Mais en fait, à l'usage, je l'utilise. Il est là, il est utile. Mais c'est pas... Tes petits couteaux à forme de couteaux japonais, noirs, comme ça qu'on voit quand tu les présentes, c'est vraiment beaucoup plus séduisant pour mon regard. Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michel vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager. Au Japon, avec moi.