Speaker #0Dans cet épisode des Petites Histoires de Michelle, je vous propose la lecture d'un extrait du livre de Valérie Duvauchelle, Le goût silencieux, qui m'a particulièrement touchée. Valérie Duvauchel a fréquenté de nombreux temples zen. Elle nous parle de sa rencontre profonde avec le vivant de l'aliment, nous invitant à revisiter le rapport à notre assiette à travers les sutras psalmodié par les moines zen avant les repas. Contemplons toute l'énergie et les efforts pour que cette nourriture parvienne jusqu'à nous. Cela commence par une évidence. Regardez les ingrédients nécessaires à ce plat. Sentir la terre, l'eau, L'air, le soleil qui ont permis à la vie de se développer, est telle une danse qui s'élance, y voir aussi les graineux qui, les agriculteurs, les maraîchers, le cuisinier, ceux qui ont emballé ces ingrédients, les ont transportés, vendus, toutes ces énergies humaines nécessaires au système alimentaire, de la comptabilité aux commerciaux jusqu'aux ménages, si humble, et qui, pourtant, permet à tous de travailler dans le bien-être. Le rythme s'accélère. Pour que ces camions roulent, il a fallu les construire, rassembler les éléments, monter les roues, et, avant cela, récolter le caoutchouc dans son féleur pneu. Pour que les magasins voient le jour, il faut du ciment et donc du sable, de l'eau, de l'ingénierie, de la maçonnerie et tous les hommes qui ont appris ces savoirs. Mais la valse ne s'arrête pas là. Manger requiert un contenant, que ce soit l'assiette, les bols des moines zen ou le plat unique des Africains. qu'ils aient été fabriqués par un artisan potier ou de manière industrielle, c'est la joie du travail bien fait ou les larmes de sueur des travailleurs que l'on peut aussi y voir. Notre assiette est une histoire, celle de la terre, la nôtre. Le reconnaître, c'est y participer. Regarder son assiette, c'est commencer à sentir l'odeur de la forêt, le cri des arbres, le labeur des hommes, toutes les joies et les tristesses, humaines et non humaines. C'est un jeu de pistes, celle du grand jeu de notre vie. Contempler son assiette, c'est entrer dans la gratitude de toute la vie qui nous a été offerte, Afin que nous puissions, nous aussi, vivre. Et c'est réaliser que tout le monde s'y est mis. C'est comprendre que nous ne sommes jamais seuls, jamais. Et que même les soirs de grand désespoir, devant un fond de soupliophilisé déjà refroidi par nos larmes, les ancêtres et tous les existants sont là pour nous réconforter. C'est enfin laisser le courant de la vie nous traverser et nous unir à elle. Réaliser toute l'énergie, toute l'histoire. Toute la vie qu'il a fallu pour que cette nourriture parvienne jusqu'à nous, c'est honorer tous ces hommes et ces femmes, ces animaux, ces légumes, cette terre, et par le regard ouvert de notre cœur, honorer le miracle de toute cette vie, notre vie.