Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à coeur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Aujourd'hui, un mardi brumeux de novembre, c'est la récolte des carottes. Je les ai laissées en terre le plus longtemps possible pour qu'elles grandissent encore, mais je ne vais pas attendre qu'il fasse trop froid non plus. L'opération sera moins confortable avec les doigts gelés si les températures chutent. Il y en a de très belles ! mais aussi un lot de carottes fourchues, tordues ou riquiquies. Ce sont celles que j'ai repiquées pour combler les trous de la ligne. Ça ne donnera rien, me dit ma sœur Anne-Marie. C'est vrai, les carottes repiquées n'ont pas une belle racine. Mais dans mon jardin ouvert au public, elles font bonne figure pour donner de la continuité à la rangée. C'est plus agréable à l'œil quand même. En tout cas, il y aura de quoi passer l'hiver jusqu'à la soudure avec les primeurs de printemps. Tout en les arrachant une à une, en les félicitant de leur belle croissance, je repense au moment où la récolte s'est épuisée au début du printemps. C'était un samedi après-midi, au cours de la préparation du brunch du dimanche, que je me suis aperçue que je n'ai plus de carottes dans mon silo. Eh oui, ça sonne la fin des provisions d'hiver et les nouvelles carottes mettront plusieurs mois à arriver à maturité dans mon jardin. Vite, il me faut des carottes prévues pour compléter mon menu. Trop tard pour aller dans ma boutique de produits bio. Je file au supermarché du coin et j'embarque un sachet au rayon bio. Déjà en les épluchant, je trouve ces carottes très suspectes. Elles sont dures, gorgées d'eau. J'en transforme une partie pour un plat d'accompagnement. Je les découpe en diagonale avec un outil rigolo, une espèce de lame ondulée tranchante. qu'on enfonce verticalement en biais à travers le légume. Les vagues ainsi créées multiplient la surface d'accroche pour la poudre de cumin dont j'ai l'intention de les saupoudrer après cuisson. En les goûtant une fois cuites, je les trouve bien fades. Heureusement, le cumin et un petit filet d'huile d'olive bien parfumé viennent renforcer leur manque de saveur propre. Il restait environ un quart du sachet que j'ai entreposé dans mon bac à légumes. Huit jours plus tard, je décide de les utiliser pour ne rien gaspiller. Et là, je suis consternée devant l'état dans lequel je les retrouve. Elles étaient gluantes et en train de pourrir pour la plupart. Ben oui, troïne, gorgée d'eau, c'est le pourrissement assuré. alors que les carottes de mon jardin, stockées dans un silo rempli de tourbes, se conservent d'octobre à avril. Je sauve ce que je peux sauver et je regarde les rescapés en me demandant si vraiment j'allais manger cet amas de fibres et d'eau vaguement colorées d'orange. Un produit appelé carotte, mais qui n'a rien d'une carotte. Une vraie carotte met du temps à croître. Il lui faut un an pour accumuler de la vitalité dans sa racine. Dans sa deuxième année, elle va poursuivre sa mission de carotte, à savoir former la fleur puis la graine, le but de sa vie. Au moment de jeter mes minables racines dans le seau de compost, je me ravise. Il faut que j'équilibre cela, que je restitue à ces pauvres légumes ceux dont ils ont été privés. pendant leur croissance. Ce temps qu'elles n'ont pas eu, l'attention dont elles ont manqué, le peu de cas que l'on a fait de leur énergie vitale, censée nous nourrir. Je frotte énergiquement mes paumes pour les charger en énergie et je leur fais une imposition des mains, tout en engageant un dialogue interne pour les remercier, elles et toutes leurs semblables. Du travail qu'elles ont fourni pour croître malgré les conditions difficiles qui leur sont imposées. Ça a duré un certain temps. Puis j'ai senti une odeur de carottes monter vers moi. Là, je me suis dit, c'est bon, c'est fait. Je les ai préparées avec amour et les ai remerciées pour ce qu'elles m'offrent du mieux qu'elles peuvent. En conclusion, le bio pour tous est une arnaque. On nous fait croire qu'on nous propose un produit de qualité à un prix abordable. Que nenni ! Le cahier des charges pour apposer le label bio ne garantit plus rien aujourd'hui, du moins sur les produits en grande surface. À l'époque où ce cahier des charges a été élaboré, certainement avec soin par des pionniers, On pouvait difficilement prévoir les évolutions dans le domaine agroalimentaire, cette industrie sans conscience, essentiellement orientée sur le profit qui exploite des travailleurs précarisés. Mieux vaut se tourner vers le petit paysan du coin, même s'il n'est pas totalement vertueux. Au moins, les produits n'auront pas parcouru des milliers de kilomètres. Et nous resterons connectés à la terre où nous vivons, qui produit des végétaux adaptés à nos besoins spécifiques à chaque saison. La leçon que nous enseignent ces carottes, c'est qu'il n'est plus que temps de retrouver les connexions ancestrales à la nature, à ses rythmes, à ses saisons et à sa respiration. Un nouvel épisode des... petites histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.