Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michel, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, aux gourmets de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Je m'éloigne une nouvelle fois de l'objet initial de ce podcast, centré sur la cuisine japonaise, pour ouvrir une autre porte. Une porte que j'emprunte de temps à autre, presque en biais, pour vous raconter des histoires d'animaux. Un fil plus intime qui dévoile mon rapport aux animaux qui ont traversé ma vie et que, d'une certaine manière, j'ai nourri autant qu'ils m'ont nourri. Cette micro-série dans la grande série ne parle pas de savoir-faire ni de recettes. Elle parle de liens, de projections, de peurs, de rêves d'enfants, parfois fracassés, parfois réparés. Elle parle de ce que le vivant nous propose, nous enseigne, quitte à totalement nous chambouler. Aujourd'hui, je vous raconte mon histoire avec les chevaux. Enfant, je rêvais d'apprivoiser un cheval. Un rêve. tenace presque obsessionnelle. J'avais imaginé, dans la petite propriété de mes parents, un abri pour le poulain de mes rêves. Je me voyais grandir avec lui, avançant ensemble vers l'âge adulte. Je me voyais prendre soin de lui, le brosser, le nourrir, le promener. Dans mon imaginaire d'enfant, le cheval était une évidence. une présence fidèle, presque fondatrice. Je dessinais beaucoup de têtes de chevaux à cette époque, essayant de placer les yeux, les narines, les oreilles au bon endroit. Est-ce que j'avais des modèles ? Sûrement, mais je ne me souviens plus d'où je les tenais. J'ai le sentiment diffus que je portais en moi ce modèle. Mais alors, même aujourd'hui, je devrais pouvoir le reproduire d'instinct, ce qui n'est pas vraiment le cas lorsque je tente l'exercice. Ou alors, il faudrait que je retrouve en moi cette fascination que l'enfant avait pour cet animal en particulier. Bien plus tard, adolescente, j'ai enfin eu l'occasion de monter à cheval. camargue lors d'un voyage avec mes parents. Mes deux sœurs, plus jeunes que moi, faisaient partie de l'aventure. Nous partions à cheval pour une longue promenade entre les rizières. On m'a installée sur un cheval placé en tête de la colonne. Je n'avais aucune notion d'équitation, aucune expérience, aucune clé de lecture. Mes seuls repères Merci. étaient mes rêves d'enfant. La réalité a très vite pris une autre tournure. Très vite, tout s'est déréglé. Alors que la colonne en expédition avançait tranquillement, ou pas, le cheval juste derrière moi m'a mordu violemment à la cuisse gauche. La trace est restée longtemps, visible, massive. J'ai forcément fait un geste maladroit. Ma propre monture n'a pas apprécié et s'est mise à ruer et je me suis retrouvée éjectée au sol sur un chemin étroit. Recroquevillée par terre, j'ai vu passer au-dessus de moi toute la colonne des chevaux. L'accompagnateur m'a remise en selle presque mécaniquement. Mais mon cheval avec sur le dos une cavalière totale tellement terrorisé, n'en faisait qu'à sa tête. Moi, je n'avais pas le choix. Il fallait que je reste. Nous étions déjà trop loin pour que je rentre à pied jusqu'au centre équestre. Un orage est arrivé. Nous nous sommes abrités sous un pont. La consigne était simple, tenir les chevaux par les rênes. Pour moi, c'était juste insurmontable. J'ai lâché le cheval et je me suis réfugiée sur le pont, là où passait une ligne de chemin de fer. Après l'orage, tout le monde est remonté en selle, moi aussi, forcée par l'animateur usant d'autorité pour me faire entendre raison. Nous sommes repartis au trot cette fois-ci. À ce moment-là, quelque chose s'est enclenché. J'ai cherché à comprendre comment me comporter. comment m'adapter, comment survivre à cette nouvelle situation. Je commençais à adopter le rythme de ma monture, complètement concentrée sur l'effort pour faire corps avec l'animal. Je ne savais pas encore ce qui m'attendait. Au retour, à l'approche du centre équestre, sans aucun avertissement, les chevaux sont partis. à la vitesse supérieure un galop interminable une course effrénée sans qu'aucun ordre ne les arrête j'étais terrorisée agrippée au dos du caninçon en quête de la position qui me permettrait de me maintenir sans être éjectée Mon cœur battait à tout rompre. J'ai réellement cru qu'il allait me lâcher. J'ai cru vivre ma dernière heure. Je me cramponnais à la vie autant qu'à mon cheval. Le cauchemar a fini par s'arrêter. J'étais vivante, mais brisée. Le rêve d'enfance s'est fracassé en mille morceaux. Les railleries de mes sœurs, les rires sarcastiques de mon père. ont achevé ce qui restait à partir de là une phobie s'est installée mon ami anne m'a entraîné un jour vers un centre équestre pour me présenter son cheval je n'ai même pas réussi à franchir le seuil de l'écurie circulait entre les boxes d'où émergeaient toutes ces têtes déguidées, m'était totalement... impossible dans une famille où tout le monde montait à cheval mon attitude était incompréhensible ma plus jeune soeur simone a fini elle par faire de l'équitation comme si mon rêve s'était transféré deux échelons plus bas dans la fratrie elle possédait des poneys pour initier ses propres filles simone espérait me guérir en m'invitant à brosser ou promener ses poneys avec ses filles. Lors de mes promenades à la campagne, dès que j'apercevais un cheval, dans un enclos, je faisais un large litot. Bien plus tard, lors d'un stage de PNL animé par Michel Noël, je me suis retrouvée à la place du cobaye pour la démonstration d'un protocole destiné à se libérer. d'une phobie je me suis laissé guider pas à pas aveuglément les autres participants m'ont raconté par la suite que la scène avait été très émouvante à observer quant à moi aujourd'hui je peux m'approcher d'un enclos je peux m'approcher d'un cheval sans être envahi par la terreur et éventuellement lui tendre une pomme déposée dans le creux de ma main. paume bien ouverte, sans pour autant créer un lien. Mais la peur, elle, s'est desserrée. Un rêve d'enfant que je croyais fondateur s'était transformé en fracture intime, scellée par la peur, la honte et les rires mal placés. Le corps avait retenu cette mémoire au cœur de ses cellules. Il aura fallu du temps. Il aura fallu d'autres chemins, d'autres outils, d'autres présences humaines pour que quelque chose se défasse. Non pas pour effacer l'histoire, elle est là, intacte, mais pour qu'elle cesse de m'enfermer. Si aujourd'hui je peux m'approcher d'un cheval, rester là, simplement, sans fuite, sans panique, même si ce n'est pas une nuit. victoire spectaculaire, c'est une réconciliation discrète, intime, presque silencieuse. J'ai pu bien plus tard monter sur un dromadaire pour faire une sortie dans le désert d'Egypte. Ce n'est pas une mince affaire non plus lorsque les bestiaux tendent leurs pattes arrière pour se redresser. Là aussi, j'ai eu mon lot de frayeur me voyant basculer par le subordre. Et puis arrive un moment où les guides ont fait une pause, nonchalamment. Ils sont partis en aparté, relâchant leur vigilance. La femelle que je montais a failli se faire salir par un mâle entreprenant. Je vous laisse imaginer la scène. Bien sûr, c'est sur moi que c'est tombé. Mais j'ai hurlé pour appeler à l'aide et les secours sont vite arrivés. J'ai aussi bravé ma peur en montant sur un éléphant en Thaïlande. Quand ma sœur Simone, celle des poneys, m'a proposé l'aventure, j'avais été catégorique, pas moi. Et pourtant, au moment où elle devait monter sur le dos de l'animal, j'ai pris les devants et suis allée m'installer la première dans le panier. Au cours de cette sortie, ma sœur, téméraire, avait demandé à prendre la place du cornac entre les oreilles de l'éléphant. C'est sûrement... à ce moment-là qu'elle a fait tomber la carte mémoire où étaient stockées toutes les photos du voyage. De retour au centre, lorsqu'elle s'en est vite aperçue, elle a aussitôt alerté. Le mot d'ordre avait été donné. Bien évidemment, nous n'avions aucun espoir de retrouver un objet de 2 cm² sur un chemin parcouru par des mastodontes. nous avons attendu sans conviction le retour de la colonne qui est partie après nous avec une mission aussi impossible que celle de chercher une aiguille dans une motte de foin les champs s'étaient maigres sur ce chemin poussiéreux écrasé par des pieds immenses pourtant comme vous l'avez deviné la carte mémoire a été retrouvée joie immense bien sûr partagée avec nos hôtes thaïlandais. Un moment qui reste gravé dans notre mémoire plus sûrement encore que les données enregistrées sur un accessoire d'appareil tout. Au moment d'enregistrer cet épisode, une information inattendue remonte. À l'instant où je m'interroge sur le choix du visuel pour la vignette de l'émission, me vient une image. Celle où je chevauche Une moto ! Le déclic, je viens de faire le lien. Je connecte que mon désir de chevaucher a été transféré sur une autre monture à maîtriser, et pas des moindres, vu mon poids plume. D'ailleurs, elle aussi m'a fait mordre la poussière plusieurs fois, à faible vitesse, heureusement. J'ai même réussi l'exploit presque à chaque fois. de relever l'engin qui pesait quatre fois mon poids. L'aventure avec ma grosse cylindrée s'est terminée le jour où j'ai vu un motard, inerte, entre les glissières de l'autoroute. C'était sans équivoque. Je ne voulais pas finir comme ça. Dans les prochains épisodes, je continuerai à dérouler le fil des histoires d'animaux qui m'ont accompagnée, bousculée, Transformé. Des histoires où il est surtout question d'humilité face aux vivants, face aux animaux, dont la présence à nos côtés garde une grande part de mystère. Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michel vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.