Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michelle, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre aujourd'hui est la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon, aux gourmets de sous-bord, et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse et créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et des témoignages d'expériences qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des visites dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Dans mon précédent épisode, je vous racontais la venue d'une chef japonaise à ma table, il y a quelques années. Pour retrouver le menu que je lui avais préparé, je suis allée fouiller dans mes archives. Et c'est dans un de mes précieux carnets que j'ai retrouvé mes notes. Précieux, oui, car je conserve tous mes carnets. Ils m'accompagnent depuis l'enfance et ont traversé avec moi différentes périodes de ma vie. Tout a commencé dans les années 50 avec un... petit carnet de poésie. C'était une pratique assez répandue chez les filles de mon âge. On avait chacune son petit cahier, souvent joliment couvert, que l'on faisait circuler parmi les camarades de classe et les amis. Chacune, à tour de rôle, était invitée à y inscrire un poème, quelques vers appris à l'école, une pensée, une maxime. une citation ou une petite phrase sur l'amitié. Il y avait tout un répertoire de textes qui circulait ainsi, de carnet en carnet. Certains étaient empruntés aux grands poètes, d'autres étaient de petites compositions anonymes transmises oralement ou recopiées. On prenait soin de sa page. On écrivait avec application. On soulignait un titre, on ajoutait parfois un dessin, quelques fleurs séchées ou une image collée. L'écriture manuscrite avait son importance. Chaque page portait un peu de la personnalité de celle qu'il avait remplie. Mais attention, le carnet ne passait pas entre toutes les mains. Il y avait une forme de sélection. On choisissait ses camarades, ses amis, celles à qui l'on souhaitait confier ce petit objet personnel. C'était aussi une manière de marquer ses affinités et de constituer un cercle de confiance. Je me souviens de mon impatience quand je confiais mon carnet à une camarade. J'attendais son retour pour découvrir la nouvelle page Le texte choisi, son écriture, parfois ses petits dessins. Chaque retour était une surprise. À cette époque, on pouvait trouver dans le commerce de petites images à découper et à coller dans les carnets. Des fleurs, des bouquets, des fillettes, des oiseaux, toutes sortes de motifs décoratifs qui permettaient d'avérémenter les pages. Mais moi, j'aimais faire autrement. Plutôt que d'utiliser ces images toutes faites, je préférais inventer mes propres illustrations. J'avais déjà mes petites techniques de dessin, mes façons de jouer avec les formes et les motifs. Je prenais plaisir à faire de chaque page une petite création personnelle. Et les carnets des copines étaient pour moi autant de petits espaces d'expérimentation et d'expression. Du coup, j'étais très sollicitée pour intervenir dans les carnets des autres filles. Avec le recul, je trouve amusant de constater que cette envie de ne pas me contenter de ce qui est tout fait existait déjà. Le besoin de fabriquer, de détourner et de personnaliser était déjà présent. Je ne me doutais pas alors que ce petit carnet de poésie serait le premier d'une longue série et que les carnets deviendraient, au fil de ma vie, des compagnons dont je ne me séparerai presque jamais. Ce premier carnet, je l'ai malheureusement perdu. Je ne sais ni quand, ni comment, il a disparu de ma vie. Probablement qu'il a été jugé désuet quand j'ai rassemblé mes affaires au moment où j'ai quitté la maison parentale à mon mariage. Mais depuis, les carnets n'ont pas cessé de m'accompagner. J'en ai beaucoup fabriqué moi-même. J'en ai rempli plein dans mon atelier au fil de mes recherches artistiques à chaque nouveau projet. Parmi eux, se trouvait souvent le déclencheur d'un nouveau projet. Ils accompagnent chacun de mes voyages, chacune de mes visites de musée. Souvent j'y fais des croquis rapides, pas forcément pour une transcription du réel, mais plus pour être totalement présente à l'objet contemplé et m'imprégner ainsi d'un réservoir de formes. J'y consigne mes recherches culinaires. et mes explorations de la cuisine japonaise. Certains sont de véritables archives, d'autres gardent des idées encore en germe, des observations, des essais, des intuitions. Très spontanés, ils sont souvent porteurs de phrases rédigées dans une forme d'urgence, de croquis rapides pour fixer une idée quand je suis en effervescence dans mon atelier. Ils sont alors accompagnés d'éclaboussures, de traces de peinture, de taches de colle. D'autres ont fait l'objet de soins particuliers et ont une beauté intrinsèque. Ce sont des objets artistiques à part entière. Mes carnets de travail sont comme une colonne vertébrale cachée, une structure invisible qui sous-tend la réalisation de ce que je montre au monde. Aujourd'hui, j'ai envie de vous raconter quelques histoires les concernant. Les derniers d'entre eux sont en lien avec le Japon, où ils ont joué un rôle très particulier. Le carnet, intime par définition, se dévoile quelquefois de rares privilégiés qui ont le bonheur d'en tourner les pages. Dans cette série d'émissions autour de mes carnets, j'espère réussir à vous embarquer dans cet univers secret. Vous y êtes les bienvenus ! Un nouvel épisode des Petites Histoires de Michelle vous attend tous les mardis. Pensez à vous abonner à ma newsletter pour continuer de voyager au Japon avec moi.