Speaker #0Bienvenue dans les petites histoires de Michel, un podcast dans lequel je raconte mon exploration de la cuisine japonaise. Cet art ultime de bien manger que j'ai à cœur de transmettre fait la synthèse entre mes pratiques d'artiste, de jardinière et de cuisinière. Il s'adresse aux amoureux du Japon. aux gourmettes de tous bords et aux cuisiniers soucieux de préparer une cuisine saine, savoureuse, créative, qui nourrit aussi bien le corps que l'esprit. Vous y trouverez des récits de voyages et d'anecdotes qui ont fait sens dans mon parcours. J'y délivre également, au-delà des recettes, les principes qui sous-tendent la cuisine japonaise. Nous ferons des incursions dans le jardin, source d'émerveillement et d'abondance, et nous prêterons l'oreille à des personnes qui ont contribué à enrichir mon parcours dans l'oasis nippone que je me suis créée. Belle écoute à vous ! Dans cet épisode des petites histoires de Michel, enregistré un dimanche calme à l'approche de l'équinoxe de printemps, je vous emmène au jardin. Aujourd'hui, je me suis réveillée tôt, ce qui est inhabituel. Je réactive le feu, il fait à peine 5 degrés à l'extérieur. Je déjeune, ce qui est inhabituel aussi. D'habitude, je ne mange que quand la faim se manifeste. Mais aujourd'hui, c'est dimanche. Le feu a pris. Maintenant, il fait trop chaud. J'enfile mon anorak et mes chaussons de jardin. Les poules sont déjà en train de s'énerver. Agitées près de la porte du poulailler, elles sont dans les starting blocks pour se précipiter vers le compost. Colrette s'aplatit devant mes pieds. C'est le signal pour me faire savoir qu'elle est prête pour sa séance de câlins. Gratouille autour du cou, sous les ailes, par devant et par derrière. Brunette, elle, n'est pas sortie de suite. Elle termine son bain de sable en s'agitant frénétiquement dans la cuvette qu'elle s'est creusée sous l'échelle qui monte au premier étage. Je ramasse au passage deux petits cocos collés à l'œuf factice que j'ai déposé là pour les inciter à pondre à cet endroit. Ma promenade dominicale se poursuit sous le prunus. Ce n'est pas un sakura comme ceux tout roses que les japonais vont admirer lors du Hanami. Mon Hanami à moi commence début mars quand les fleurs discrètes d'un délicat rose ancien commencent à gonfler sur les branches. Il va s'étirer jusqu'à la fin du mois. La Debout sous l'arbre, je me laisse couvrir par la neige douce des pétales qui virevoltent un à un. Un petit coup de vent et c'est l'accélération de la chute. Je suis dans un tourbillon léger, duveteux, impalpable, féérique. Dans quelques jours, ce sera fini. Le bouquet lumineux rose et blanc va virer au vert pétant des feuilles naissantes, suivi par un vert plus soutenu, fortement teinté de pourpre. L'arbre devient alors une tâche sombre dans l'alignement des feuillages du jardin d'ombre. Je poursuis ma visite matinale vers les bassins. Les carpes sortis de leurs cachettes d'hiver sont de plus en plus visibles. Elles sont stationnaires, encore ralenties par la température basse de l'eau. Je découvre des bandes de nouveaux poissons rouges, tout petits et plus nerveux. La relève est là pour compenser les pertes du haut héron. L'oiseau a découvert ce garde-manger royal et ne se gêne pas de prélever ce qui lui convient, ce sachant impuni. Plus loin, dans une bordure, cinq têtes d'asperges pointent déjà. attaquées par les limaces sitôt sorties de terre. Je les laisse faire dire, contrairement aux modes de culture alsaciens, où elles sont butées pour rester blanches. Dans quelques jours, sautées rapidement à la poêle, elles m'offriront un super accompagnement de saison. Dans le jardin zen, le magnolia est prêt à fleurir. Dans quelques jours, ce sera l'éclosion. Le camélia fait sa vedette depuis quelques semaines déjà et continue de multiplier ses fleurs écarlates. Vite un petit tour au berger où les pêchés sont prêts à être taillés. Les boutons floraux explosent de toutes parts. Là, il faudra trancher dans le vif. Mettre un tiers de l'arbre par terre. pour lui garder sa forme et récolter des fruits plus gros, pourvu qu'ils ne gèlent plus et que les températures grimpent en journée pour que les abeilles puissent sortir et les polliniser. Les muscaris colonisent le jardin de leurs grappes bleues éclatantes. S'ils étaient commustibles, je serais sûre de ne pas mourir de faim. L'ail des ours s'étale aussi. Cela fait plusieurs jours que les jeunes feuilles finissent dans mon pilon pour la confection d'un odorant pesto de printemps. De retour sur ma terrasse, les poulettes m'attendent déjà. C'est là que je leur jette quelques graines de tournesol. C'est leur friandise du jour. Tout près de la maison, le cognacier est déjà couvert de fleurs blanches. Et à côté, le lilas fait ses premières grappes mauves. C'est le signal pour planter les pommes de terre. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est dimanche, le jour où l'on admire l'œuvre.