Speaker #0Dans l'épisode précédent, on a beaucoup parlé des appels à projets, de ce qu'ils produisent, de ce qu'ils permettent, mais aussi de ce qu'ils coûtent aux associations. Avec trois expertes du mécénat privé, Alix, Maude et Héloïse, on a réagi à un vocal que m'a laissé Marion, qui est responsable du développement dans une asso et qui a partagé toutes les injonctions contradictoires qu'elle vit avec son équipe au quotidien dans le cadre de leur recherche de financement pour leur asso Ferme d'Avenir. Dans cet épisode, j'avais envie d'aller un cran plus loin et de t'aider à passer à l'action si c'est des thématiques qui ont résonné pour toi. Dans l'épisode précédent, la dernière question que j'ai posée à mes invités, c'était comment est-ce que tu imagines un monde sans appel à projet pour ta fondation ? Et en vrai, se dire il faut absolument arrêter les appels à projet, pour moi ce serait trop facile. Pour apporter un petit peu de nuance et surtout pour... évaluer là où tu en es aujourd'hui, moi j'avais plutôt envie de te proposer un temps d'autodiagnostic. Alors cet épisode, il s'adresse à toi si tu es dirigeante ou dirigeant de fondation ou d'un fonds de dotation, et si tu te demandes est-ce que mes pratiques aujourd'hui elles sont vraiment au service de l'intérêt général, des associations qu'on soutient, qu'est-ce que je peux changer dans ma manière de faire pour répondre davantage à leurs besoins ? Si le vocal de Marion dans l'épisode précédent, il t'a interrogé, remis en question tes pratiques. Cet épisode, il va vraiment te plaire parce que je vais te partager quatre étapes actionnables très simples pour interroger tes pratiques en matière d'appel à projet. C'est un exercice que tu peux réaliser seul, en équipe ou avec tes partenaires associatifs. Allez, c'est parti ! Première étape, dessiner ton parcours utilisateur. Tu vas prendre le temps de dessiner le parcours d'une association, pas celui de ta fondation, vraiment celui de tes associations partenaires. Tu vas pouvoir lister, dans un premier temps, toutes les étapes de ton appel à projet. depuis la découverte de ton appel à projet, la compréhension des critères, le montage du dossier, le dépôt sur la plateforme, la compréhension des délais de réponse, les différents échanges avec ton équipe, la sélection, la présélection, le comité de validation, l'annonce du choix des associations lauréates, la contractualisation et la mise en œuvre du financement et du partenariat. Cette étape va te permettre d'avoir une vision complète du parcours de ton utilisateur qui est l'association qui candidate. Si tu veux aller un cran plus loin, tu peux même rajouter les parties prenantes et les délais pour chaque étape. Deuxième étape. candidater à ton appel à projet. C'est un exercice qui est hyper révélateur. Tu vas devenir, l'espace d'un instant, une asso-candidate et tu vas déposer un dossier dans ton propre appel à projet. Comme si tu étais une petite association, avec peu de temps, peu de moyens. Regarde bien le nombre de champs, le vocabulaire utilisé, le nombre de pièces demandées. Envoie-moi en commentaire de ce podcast le nombre de pièces que tu demandes aux assos. Regarde aussi si tu as des questions qui sont redondantes. si tu as des champs où tu demandes la même info plusieurs fois, mais tu peux aussi regarder si tu as des bugs au moment de la création d'un compte, si tu reçois bien un mail de confirmation à la fin, s'il y a des lourdeurs, s'il y a des angles morts que tu n'avais pas vus depuis longtemps dans cet appel à projet. Et enfin, tu peux te poser plusieurs questions. Combien de temps ça t'a pris de remplir ce dossier ? À quels endroits tu as dû remplir des informations avant même de savoir si la relation partenariale va exister ? Souvent, quand je réalise des audits d'efficacité avec des fondations que j'accompagne, Merci. à ce moment-là qu'on va découvrir des dossiers qui sont trop longs, mais par habitude. Des questions qui sont héritées d'anciens appels à projets, dont on n'utilise en fait même plus les réponses, mais qu'on n'a pas osé supprimer au cas où. Mais aussi des infos dont on n'a pas besoin en étape de présélection. Et globalement, c'est là où on identifie toutes les exigences qui vont rassurer l'entreprise, mais qui vont être épuisantes pour les assos. C'est un peu ce que nous partageait Marion dans le vocal dans le premier épisode. C'est la lourdeur de cette première étape de présélection. Dans le premier épisode sur les appels à projets, tu peux retrouver le témoignage d'Alix, déléguée générale du fonds de dotation de chez Electro-Dépôt. Elle nous explique comment est-ce qu'elle a réussi à simplifier tous les champs qui sont demandés, toutes les informations qui sont demandées aux assos partenaires. Troisième étape, interroger une asso partenaire. C'est sans doute l'étape la plus importante, en tout cas moi c'est celle que je préfère. Je te vois venir, on va fermer tout de suite ce Google Form. On ne va pas du tout faire un questionnaire froid, anonyme, qu'on va envoyer par mail et qui va rajouter surtout une charge de plus à tes assos. Moi, ce que je vais t'inviter à faire, c'est à mener une vraie conversation. Tu peux penser... à une asso avec qui la relation partenariale, elle est facile, la collaboration, elle se passe bien. Une asso que tu vas sentir disponible pour échanger avec toi, répondre à quelques questions. C'est bon, tu as cette asso en tête ? Ok. Alors maintenant, tu vas pouvoir aller sur mon site, c'était mieux demain.com, et télécharger dans la partie ressources, un guide d'entretien que je t'ai préparé spécialement en lien avec cet épisode, dans lequel tu vas trouver toute une série de questions. que tu peux piocher, sélectionner, retravailler pour mener ton entretien avec l'association. Globalement, ta mission ici, ça va être d'aller chercher son retour d'expérience sur ton appel à projet et de voir avec elle ce qui peut être amélioré, ce qui est compliqué, ce qui représente un caillou dans la chaussure des assos, ce qui leur demande beaucoup d'énergie. Il y a un conseil que j'aimerais partager avec toi, c'est la posture que tu vas prendre pendant cet entretien. Je te conseille absolument d'accueillir les réponses sans te justifier. On est vraiment là pour... comprendre ce qui se joue pour les assos. On n'est pas là pour trouver des solutions. Ça, c'est l'étape d'après, voire d'encore après. Mais à ce stade-là, ce que j'aimerais vraiment que tu fasses, c'est que tu te mettes dans une posture d'écoute active. Je suis là pour comprendre, pour échanger avec vous, pour collaborer. En fait, ce que tu es en train de faire avec cette étape, c'est de transformer tes partenaires associatifs en capteurs d'amélioration. Et ça, ça va être super précieux pour la suite. Quatrième étape, interroger ta posture. Alors, ça va être peut-être inconfortable. C'est normal. Mais je vais te demander de regarder vraiment avec lucidité la posture de pouvoir que crée l'appel à projet. C'est pas un exercice facile, je te l'accorde, parce que l'appel à projet c'est pas mal en soi. On sait que c'est un outil qui répond à des vraies contraintes. Le temps, la redevabilité, Alix, elle nous en parlait dans l'épisode précédent, on a des obligations préfectorales quand on est une fondation ou un fonds de dotation. Ça permet aussi de respecter le cadre de l'entreprise. Il faut pas oublier qu'une fondation ou un fonds de dotation privé, ben en fait... utilise les ressources de l'entreprise, donc a forcément besoin de jouer aussi avec les règles et le cadre de l'entreprise. Et enfin, la nécessité de décider. Il faut bien qu'on puisse avoir des critères comparables pour pouvoir sélectionner de manière rationnelle un projet. Mais ce qu'on découvre aussi, c'est que les appels à projets, c'est un outil qui crée mécaniquement une asymétrie de pouvoir entre ta fondation et les associations. Il y en a un qui postule, il y en a un qui décide. Comme dans les entretiens d'embauche, il y en a... un qui postule et un qui recrute. L'enjeu ici, c'est pas de se juger. C'est plutôt de prendre conscience de cette asymétrie pour voir ce qu'on en fait. Si on est à l'aise avec, comment on l'utilise, comment on la remet en question. Tu peux te poser plusieurs questions pour interroger cette posture. Je vais en partager une ou deux avec toi maintenant. Et puis pareil, sur mon site, sur la partie ressources autodiagnostiques, tu vas pouvoir trouver un petit guide à remplir pour t'interroger un petit peu sur ta posture de mécène dans le cadre. de l'utilisation de ces appels à projets. Les questions que tu peux te poser, ça va être autour du cadre. Qui est-ce qui fixe le cadre, les règles du jeu ? Qui porte le risque, aussi, financier, humain ? Est-ce qu'il y a des informations qu'on garde secrètes, implicites, faute de temps par habitude ? Mais aussi, est-ce qu'il y a des éléments que toi-même, à titre individuel, t'aimerais pas produire dans un même contexte ? Sans te juger, je vais te demander de regarder... ce que l'appel à projet te permet de faire. Par exemple, est-ce que ça te sert à gérer un manque de temps parce que tu combines plusieurs jobs et que tu as besoin d'avoir des candidatures simples à consulter ? Est-ce que ça te protège d'un trop-plein de sollicitations en interne où tu vas avoir des collaborateurs, des managers qui vont sans cesse te solliciter sur une association à soutenir et que tu vas orienter vers cet appel à projet pour garder de la distance ? Enfin, est-ce que ça te permet de comparer, de prioriser, de prendre le temps de rendre des comptes aussi en interne ? Et pour compléter cette réflexion, tu peux enfin te poser une question qui pour moi est la plus importante de toutes. S'il n'y en avait qu'une seule à garder, ce serait celle-ci. C'est quelle est l'intention que tu poses sur cet appel à projet ? Qu'est-ce que tu cherches à faire avant tout avec cet appel à projet ? Est-ce que c'est à faire connaître ta fondation ? Est-ce que c'est à faire connaître ton entreprise ? Est-ce que c'est à structurer le positionnement de ton mécénat à son champ d'action ? Est-ce que c'est à identifier des partenaires associatifs ? Est-ce que c'est à contribuer à un niveau territorial ou régional ? En fait, le fait de clarifier cette intention, ça va te permettre d'identifier de quel type d'appel à projet et si tu as besoin d'un appel à projet ou non au sein de ta fondation d'entreprise. C'est souvent un outil qu'on va utiliser par réflexe, parce qu'on a toujours fait comme ça, mais souvent, ce n'est pas l'outil le plus adapté. pour répondre à l'objectif que tu poursuis. L'appel à projet, ça reste un outil top-down. Mais quand il est pensé... avec soin, en se mettant à la place des associations. Quand il est bien mené, il peut vraiment être au service de la création d'un partenariat durable. En conclusion, si tu veux évaluer ton appel à projet dans ta fondation, je te conseille quatre étapes simples. Première étape, tu vas dessiner le parcours vécu par les assos dans ton appel à projet. Deuxième étape, tu vas te mettre à leur place en postulant toi-même à ton dispositif. Troisième étape, tu vas aller chercher le retour des assos, partenaire ou candidate. Et enfin, quatrième étape, tu vas prendre le temps d'interroger ta posture de mécène. Cette posture de pouvoir et potentiellement les équilibres ou déséquilibres qu'elle crée. Parce qu'en fait, interroger, c'est pratique, en matière d'appel à projet notamment, surtout dans cette période où la santé financière des assos est quand même extrêmement chamboulée. Pour moi, c'est participer de manière responsable à la sauvegarde du tissu associatif français. C'est accepter de faire mieux, de faire différemment, mais aussi d'envoyer un message fort aux associations en leur disant « En fait, on prend les choses au sérieux ici, on veut vous simplifier la vie, on veut vous permettre de faire votre job facilement. » C'est ce à quoi on réfléchit tous les mois avec les Robines. On se réunit autour d'une thématique, là par exemple, les appels à projets, et chacun et chacune va être en capacité de partager des bonnes pratiques, des interrogations, mais aussi ces enjeux concrets du quotidien autour de cette thématique. et ensemble on va chercher à construire un mécénat plus responsable, plus horizontal, forcément, et un mécénat où l'outil va être au service de l'impact et de la relation plus que de la notoriété de l'entreprise. Il y a un truc dont je suis hyper fière aujourd'hui, c'est la richesse des initiatives qui sont testées, qui sont initiées par les membres de la communauté Les Robines. Au quotidien, ce sont des personnes qui vont venir s'interroger sur leur manière de faire, sur leur utilité, sur... la facilité que représente ce qu'elles mettent en place pour les associations. Donc si c'est un sujet qui t'intéresse, je t'invite vraiment à nous rejoindre et à continuer la discussion avec nous sur ce sujet, à nous apporter aussi tes bonnes pratiques, à partager ce que tu fais toi de ton côté, les questions que tu te poses. Je suis sûre qu'on peut aller vraiment beaucoup plus loin ensemble au service de l'intérêt général. Si cet épisode t'a donné envie de questionner tes pratiques, tu peux te rendre sur mon site internet c'était mieux demain.com, télécharger la ressource Autodiagnostics. et faire cet exercice qu'on vient de parcourir ensemble. Si cet épisode t'a appris quelque chose ou t'a aidé en te permettant de passer à l'action, tu peux me le dire en mettant 5 étoiles sur la plateforme de podcast. Ça me fera super plaisir. Et partagez avec moi en commentaire le nombre de documents qu'il y a dans ton appel à projet. Ça, ça me fait toujours très plaisir. Évidemment, si tu sens que l'écoute de cet épisode n'a pas suffi à te donner ce déclic pour passer à l'action, que tu sens que t'as peut-être besoin d'aide pour partager le diagnostic que t'as réalisé de ton côté, ou que tu as simplement besoin d'échanger sur tes pratiques, c'est peut-être le moment de prendre rendez-vous avec moi et de discuter de tout ça ensemble. Tu peux te rendre sur mon site internet, dans la rubrique contact, choisir un rendez-vous et je serai ravie de te rencontrer. C'était Les Robines, le podcast qui transforme le capital en bien commun réalisé par Valentine Maillard de l'agence C'était mieux demain. Pour la petite histoire, Les Robines, c'est exactement l'espace dont j'aurais eu besoin lorsque j'étais déléguée générale de Fondation d'Entretien. Un espace pour réunir les responsables de mécénat en quête de pratiques plus responsables. Dans cette communauté, on est convaincus que le mécénat, ça ne doit pas être juste un outil de défiscalisation, ni une vitrine sur LinkedIn. Pour nous, c'est un moteur de justice sociale et environnementale. Pour en savoir plus sur la communauté des robines et sur C'était mieux demain, rendez-vous dans les notes de l'épisode et sur c'était mieux demain.com. Un grand merci à Sophie de Maison Bavard pour la production et le montage de cet épisode. Et merci à vous toutes et tous pour votre écoute. A bientôt les robines !