- Speaker #0
Bonjour à tous et je suis aujourd'hui ravi de vous retrouver dans ce nouvel épisode des survivants du burn-out. Alors aujourd'hui j'ai l'extrême chance de recevoir mon pote, mon ami Franck Pierrot, ancien patron d'un groupe opérationnel OGIGN. J'ai absolument voulu l'interviewer parce que OGIGN, vous vous en doutez, il y a un rapport au stress qu'il n'y a pas forcément ailleurs dans notre métier, dans d'autres types de professions. Et pour des personnes en burn-out, je trouvais ça particulièrement pertinent. d'avoir ses conseils, d'avoir ses tuyaux sur la manière avec laquelle on gère le stress. Il a plein de choses à nous raconter. Déjà, Franck, bonjour, je suis super content de te recevoir.
- Speaker #1
Salut Théo, je suis très content aussi d'être là avec toi, c'est super cool.
- Speaker #0
Alors Franck, pour la petite anecdote, on s'est rencontré dans le milieu des conférenciers pro. Aujourd'hui, il n'est plus au GIGN, il fait plein de choses dans le management, il fait plein de conférences aussi. Donc n'hésitez pas, si vous voulez faire venir Franck dans une conférence d'entreprise, vous allez voir, vous allez ne pas le regretter, c'est absolument béton. Franck, je vais te poser une question. Alors pour ceux qui ont Mon âge ou un peu plus, vous savez qu'il s'est passé un truc en 1994 sur le tarmac de Marignane. Il y a eu une prise d'otage dans un avion, toutes les images tournent régulièrement sur les télés. Franck était à ce moment-là dans cette intervention, donc c'est une intervention j'imagine qui était ultra stressante. Franck, je vais te demander toi, comment t'as géré justement cette intervention en 94 ?
- Speaker #1
Ah oui, c'est sûr qu'on peut dire qu'il y avait un vrai stress à ce moment-là, 1994. Alors la particularité c'est que j'étais relativement jeune. À ce moment-là, quand on est jeune, on est quelquefois un peu insouciant, un peu inconscient, donc on n'a pas forcément une vue aussi extrême de ce qui va nous arriver, même si on est préparé à tout ça. En tous les cas, oui, la gestion du stress dans cette opération est un facteur important, avec des variations énormes entre le moment où on va intervenir, le moment où on ne va pas intervenir, on va intervenir, on ne va pas intervenir, donc il va y avoir des montées très fortes, où là on sent qu'on va y aller, et puis pour des raisons stratégiques, tactiques, on n'y va pas, donc ça redescend, et je pense que le plus dur... ça a été de gérer ces variations avec des pics qui montaient très fort et qui redescendaient.
- Speaker #0
Il y avait beaucoup d'incertitudes.
- Speaker #1
Beaucoup d'incertitudes, c'est-à-dire qu'on n'est pas dans une situation où on sait absolument qu'on va intervenir tout de suite. Il va se passer un certain nombre de circonstances qui fait qu'on va y aller, on ne va pas y aller, on va y aller. Donc c'est ces pics qui étaient le plus dur et le plus fatigant.
- Speaker #0
Il faut se préparer, il faut être dans ce moment de tension, se relâcher. à quoi on pense concrètement quand on sait que sa vie peut basculer en une fraction de seconde
- Speaker #1
Alors encore une fois, on est préparé à ce type d'intervention, on est préparé à ce type de mission. Et on a une approche qui est très pragmatique dans la gestion du stress. C'est qu'on va avoir, j'allais dire, peur avant, on va avoir peur après, mais pendant on n'aura pas peur. On va réussir à gérer notre peur, la peur de mourir, la peur d'être blessé, la peur de ne pas y arriver, de décevoir, la peur de ne pas être à la hauteur. On va gérer tout ça tout simplement en se concentrant essentiellement sur nos objectifs, sur la mission. sur la tactique, sur la stratégie.
- Speaker #0
C'est comme si tout le reste disparaissait ?
- Speaker #1
Tout le reste disparaît. Notre mental va commencer à se concentrer sur les actions qu'on va devoir faire et de manière à pouvoir mobiliser notre mental, de manière à ce qu'il ne puisse pas se balader et qu'il puisse éviter de nous rappeler qu'on peut potentiellement mourir. Alors, effectivement, quand on est en amont, on a peur parce que ça revient. Après, bien évidemment, quand on a terminé aussi, parce qu'on sait qu'on est passé tout près. Mais quand on est dedans... au moment où on va arriver en haut de ce pic et qu'on va intervenir, eh bien, on est focus. On est focus, encore une fois, sur notre mission. On est focus sur nos objectifs. Et on est focus surtout sur notre pourquoi on est là, en l'occurrence, sauver des vies.
- Speaker #0
Et tu dis qu'il y a une grosse préparation avant. C'est vrai que vous êtes hyper entraîné pour ce genre de préparation. Mais ça reste de l'entraînement, tu vois. C'est un peu comme dans les sports de combat versus quand tu te bats avec quelqu'un dans la rue. Ce n'est pas le même niveau d'adrénaline. Comment vous gérez-vous ce fait de, OK, là, ce n'est pas pour rigoler, les gars, on y va vraiment ?
- Speaker #1
Alors encore une fois, je pense que dans ce type de situation, on va avoir... de temps, on a le déclenchement physiologique. Donc, il y a toute la chimie qui va se passer dans le corps. Donc là, tu parlais d'adrénaline, mais on peut parler aussi de plein d'autres hormones. Donc là, il va falloir le gérer. Donc, peut-être augmentation de la température du corps, transpiration, dilatation des pupilles, accélération du pouls, etc. Donc, on va physiologiquement le sentir. On va peut-être même commencer à trembler. Donc ça, c'est l'aspect physiologique. Celui-là, on le gère bien. Après, ce qui compte, ce n'est pas de se laisser embarquer par cet aspect physiologique parce que Quand on a peur, quand on est en stress, on a tous ces phénomènes-là qui sont plus ou moins différents en fonction des gens. Ça, on apprend. On est habitué à vivre avec. On est habitué à sentir cette adrénaline monter en nous alors qu'on n'est même pas encore blessé physiquement, pas touché physiquement. Par contre, après, le plus important, c'est de faire en sorte que le mental, il ne prenne pas tous ces indicateurs-là pour une réalité. Parce qu'en réalité, c'est juste un déclenchement physiologique. Mais c'est pour nous préparer à être plus performants, pour nous préparer peut-être à être blessés, peut-être à avoir mal. C'est pour ça que l'adrénaline est dans notre corps à ce moment-là.
- Speaker #0
Et puis je pense que... D'après ce que tu me dis, si je me trompe, dans ce que je crois savoir, au GIGN, tous les entraînements se font sans filet. Il n'y a pas d'arnachement, de filet de sauvetage, on y va comme pour de vrai.
- Speaker #1
On a une petite citation au GIGN qui est très connue dans l'armée d'ailleurs. On dit toujours entraînement difficile, guerre facile. Donc effectivement, la particularité du GIGN, c'est qu'il n'y a quasiment pas de décalage entre l'entraînement et l'intervention. On s'entraîne dans les conditions réelles, ce qui fait qu'on s'habitue encore une fois à gérer ce stress, à gérer ces émotions qui sont essentiellement l'émotion de peur. la peur de blesser, la peur de mourir, la peur de tomber, la peur de ne pas y arriver. On va grimper en escalade sans assurance, on va franchir des obstacles sans assurance, donc on va s'habituer à gérer cette émotion, parce que c'est une émotion la peur, qui est là encore une fois pour nous préparer, elle est là pour nous aider à mieux appréhender ce qui va nous arriver. Mais on apprend à la gérer, donc on apprend à vivre avec ce déclenchement physiologique, donc tout ce qui se passe en nous, on apprend à faire en sorte que notre mental ne se prenne pas pour notre peur, et puis moi j'ai développé une technique avec le temps qui consiste à donner un os à ronger à notre mental, qui consiste à l'obliger à penser autre chose que notre peur.
- Speaker #0
Tu détournes ton mental, tu te concentres sur autre chose que sur l'objet de ta peur. Incroyable.
- Speaker #1
Oui, parce que trop souvent on nous dit, écoute, essaye de ne pas avoir peur. C'est difficile de supprimer la peur. Oui, c'est impossible. C'est comme si on voulait se dire qu'on voudrait enlever la mande du verre. On va rajouter de l'eau, de l'eau, de l'eau, ça va mettre du temps et du temps. Donc il y a un moment le plus important, c'est de réussir à trouver une technique solide. Et moi, celle que j'ai trouvée, ce que j'appelle donner un os arrongé à son mental, c'est de pouvoir amener le mental à se fixer. ce pourquoi il est fait d'ailleurs, il est fait pour ça, pour bosser, à se fixer sur notre mission, sur nos objectifs, et ce qui fait qu'on déroule en permanence le scénario de ce qu'on doit faire, et pendant ce temps-là, notre mental s'occupe et il oublie d'avoir peur, et on en oublie d'avoir peur.
- Speaker #0
J'ai un truc qui me revient, c'est, j'ai un autre copain qui est un ancien du GIGN aussi, David, si tu me regardes, il m'avait donné une technique, lui, quand on vous immergeait dans ces espèces de cuves à 8 degrés, pendant des minutes et des minutes, il me disait, lui, dans sa tête, y penser radicalement autre chose. Entre guillemets, c'est interdit aux moins de 18 ans, donc je ne vais pas le dire là. Il dit ça me permettait de mieux me concentrer, de me réchauffer dans cette eau froide. C'est un petit peu la même chose en fait.
- Speaker #1
Oui, alors là, on sera peut-être plus dans la PNL, dans la programmation de l'envie de suite, où on va essayer de se programmer sur quelque chose. C'est aussi une technique, encore une fois. La mienne, elle consiste à rester aussi en phase avec ce que l'on vit. C'est penser à autre chose, on n'est pas en phase avec ce que l'on vit actuellement. Si par exemple je n'ai pas sauté en parachute depuis de nombreux mois, et que je vais faire un saut de reprise qui sera un saut de nuit, par exemple, je suis obligé d'avoir peur. Celui qui n'a pas peur, il est complètement inconscient. Donc, je suis obligé d'avoir peur. Donc, comment je vais gérer cette peur, ce stress, ce qu'on appelle ce stress, comment je vais gérer cette peur ? Eh bien, tout simplement, encore une fois, en donnant un os arrangé à mon mental. Il est probable qu'avant de ressauter en parachute, j'ai une augmentation du rythme cardiaque, j'ai des pupilles qui se dilatent, je transpire. Je me sens même un petit peu bizarre. C'est tout le déclenchement physiologique. Je l'accueille, je l'accepte. Je sais qu'il fait partie de moi et il est normal et il est différent en fonction de certaines personnes. Il y a des personnes qui vont transpirer énormément, etc. Et puis une fois que ce stade-là est accepté, je vais faire en sorte de focaliser mon mental sur quelque chose que je vais vivre après. Donc en l'occurrence, par exemple, je vais me concentrer sur la technique. Donc je vais répéter le saut que je dois faire de nuit à nuit. Donc je vais le répéter, je vais le visualiser. Donc on se rapprochera peut-être plus de la sophrologie. Je vais le visualiser. Ensuite, si je m'use à le visualiser, je vais revoir tout le schéma tactique de ce saut. Donc du début jusqu'à la fin. Et puis après même, je peux m'interroger sur le pourquoi je fais ce saut. C'est ce que j'appelle la stratégie, le pourquoi. Et en l'occurrence, c'est peut-être soit pour m'entraîner, soit pour simplement prendre du plaisir. Donc je n'oublie pas pourquoi je suis là. Et cette technique-là permet que pendant ce temps-là, mon mental est occupé parce qu'il travaille, il mouline. et revoit le sceau, je vais réviser la procédure de libération en cas d'incident. etc. Ce qui fait que mon mental est occupé. Mais je suis en phase avec ce que je vais vivre. Sur Marignane, c'est pareil. Mais quand je fais des conférences, c'est la même chose.
- Speaker #0
Tu es focus sur le présent.
- Speaker #1
Et ce que je vais devoir dérouler après, qui me permet de ne pas être déconnecté de ce que je vais faire après. Si par exemple, je fais une conférence et qu'il y a 1000 personnes, forcément, mon mental aura envie de me dire qu'aujourd'hui, ce n'est pas les autres jours. Donc peut-être que je vais avoir peur. Et donc, cette peur pour la canaliser, cette maîtrise, cette gestion du stress, cette gestion de cette émotion de peur, je vais donner un os à ronger à mon mental. Je vais réviser mon texte. Je vais le répéter, je vais le répéter Donc c'est ce que j'appellerais la technique Je vais avoir la tactique, c'est-à-dire tous les points du texte Les storytelling, les different points Et puis ensuite je vais juste me rappeler la stratégie De ce pourquoi je suis là En l'occurrence je suis là pour partager et prendre du plaisir Donc je me le rappelle en permanence Et avec ces trois techniques, tactiques, stratégies Je fais mouliner mon mental Et à un moment j'en oublie d'avoir peur Et j'arrive sur scène et c'est parti et ça roule Par contre je suis dans la continuité Donc je ne vais pas chercher un sujet différent pour ne pas avoir une rupture Il y a un truc que tu m'avais raconté une fois je me souviens si tu m'avais sorti une anecdote que j'avais trouvé folle
- Speaker #0
Et on la retrouve aussi dans ton livre. On va mettre le livre en lien comme ça. Je conseille que c'est une lecture. Rien que vous lisez les trois premières pages, on est déjà à l'hôpital. Lui, il est en pleine forme derrière, il n'y a aucun problème. C'est assez marrant. Mais je me souviens que tu m'avais dit cette anecdote où dans un entraînement, vous êtes sur une paroi d'escalade et tu as l'impression que ton corps te lâche. Tu te dis, je tétanise, il n'y a plus rien et pourtant, il y a encore des maîtres devant toi. Il y a un moment donné, même sur les gens surentraînés, le corps peut lâcher. Bien sûr. comment tu vas chercher la ressource qui va te permettre de ne pas mourir ce jour là c'est un mot que j'utilise d'ailleurs qui s'appelle le moniaque
- Speaker #1
Ouais, les gens aiment beaucoup ce mot l'agnac. Comment on fait pour avoir l'agnac ? En fin de compte c'est quoi l'agnac ? C'est le petit plus qui nous permet d'aller un peu plus loin, ce qu'on appelle aussi le dépassement de soi. Bien souvent, notre corps nous envoie des signaux pour nous dire qu'on ne pourra plus aller. Alors bien évidemment, à dissocier du signal de douleur. Si j'ai mal au genou parce que le menisque va péter, il faut que j'écoute mon genou. Mais bien souvent, on va avoir ses propres limites. On va se limiter en se disant je n'y arrive plus, je n'y arrive plus, je ne peux pas aller plus loin. Et donc bien évidemment, c'est le corps qui nous parle, qui dit je ne vais pas y arriver. Et puis on se rend compte qu'on arrive à soumettre son corps à sa volonté. C'est un bel entraînement qui nous permet de nous dépasser, de nous surpasser et de pouvoir continuer. Effectivement, cette anecdote, je la raconte dans le livre, sur une corde 4 brins, c'est une corde qui a été mise en 4. Et on va grimper à la force de bras avec le sac à dos sur une falaise. Et là, ça faisait peut-être une trentaine de mètres et j'arrive vers la fin, vers les 27 mètres, 26 mètres, 25 mètres, peut-être vers la fin. Et là, je sens vraiment que je ne vais pas pouvoir tenir. Et là, je commence à avoir des premiers flashs, donc ce qu'on appellera le doute, s'installent en moi. Je commence à avoir des flashs qui me disent « Ok, là c'est fini, là tu ne vas pas y arriver, tu ne vas pas y arriver. » Et donc, cette pensée m'arrive et là je me dis « Mais non, non, je ne peux pas. » Et donc à partir de ce moment-là, j'ai réadopté aussi la même technique qui consiste à se dire, ok... je vais me reconcentrer sur chacun de mes brassés. Raison de présence, ce que tu sais faire. Et puis là, tu t'aperçois comme par hasard que ça passe. C'est un peu comme, je ne sais pas si tu connais cette anecdote, c'est comme cette femme qui est dans un aéroport et qui a deux grosses valises et qui cherche quelqu'un pour porter ses valises. Et elle cherche quelqu'un et elle ne trouve personne. Et tout d'un coup, dans l'aéroport, il y a un incendie. et elle prend les valises dans chacune des mains, elle court 200 mètres. Elle les pose à l'extérieur quoi. Elle était sûre de ne jamais avoir la capacité physique de le faire et pourtant elle le fait quoi.
- Speaker #0
Le corps humain il est capable de ressources mais c'est vraiment très connecté au mental dans ce que tu dis. Dans cet environnement où vous êtes quand même très souvent dans des phases de stress, qu'est-ce qui empêche des gens comme vous de tomber en burn-out ? Le burn-out c'est cette maladie physiologique qui fait que t'accumules tellement de stress qu'au bout d'un moment, bah tu tombes. Alors peut-être que j'imagine un truc qui n'est pas la réalité, je me dis que vous devez déconner à la hauteur de l'intensité de l'effort que vous mettez. Et ça c'est le côté je relâche la pression autant que je peux me la mettre, ça est utile. mais est-ce qu'il y a d'autres trucs qui fait que vous... Vous n'êtes pas sensible autant que le coma des mortels, j'allais dire, au burn-out ?
- Speaker #1
Alors non, je pense qu'on est aussi sensible que tout le monde, il n'y a pas de raison. Après, je pense qu'il y a un facteur qui est important dans le burn-out, au-delà de tout ce que tu expliques et tout ce que tu fais qui est très bien fait sur le burn-out, il y a un facteur qui pour moi est extrêmement important, c'est le facteur du plaisir. Et je pense que cette déconnexion que tu parles, donc cette déconne qui est très fréquente au GGN. effectivement c'est inversement proportionnel plus on a pris de risque plus on va déconner après et plus on voit la vie avec légèreté parce qu'on sait qu'elle a une vraie gravité puisque on risque de la perdre indépendamment de ça je pense que si je le remets dans le contexte même aujourd'hui où les gens sont en surchauffe il y a un des critères aussi en plus de tout ce que tu décris il y a un critère important c'est le plaisir de faire c'est qu'à un moment quand dans tout ce que l'on fait on n'a plus aucun plaisir à ce qu'on fait et bien forcément ça accélère, perte de sens, ça accélère ce niveau d'usure alors au GIGN pour ça nous on est très attentif Surtout quand on manage, quand on encadre des gens, on est très attentif à ce que les personnes puissent au moins à hauteur de plus de 50% éprouver du plaisir dans ce qu'ils font. Donc si quelqu'un va éprouver un grand plaisir à plutôt faire du tir à longue distance plus que du sport de combat, on va le laisser aller plus dans le sport à longue distance. Si quelqu'un d'autre va préférer le sport de combat... plus dans le score de combat. Et à force, on se rend compte qu'on arrive à préserver au moins 50% de plaisir de faire. Et je pense même qu'on est facilement plus à 70%. Parce que si on interrogeait objectivement chaque membre du GGN, chacun éprouve du plaisir à au moins 90% de ce qu'il fait.
- Speaker #0
Et je pense aussi, et ça je pense que c'est toi qui me l'avais dit, mais dans le recrutement, vous veillez, alors ce n'est pas toujours, ce n'est pas une différence exacte, mais vous veillez toujours aussi à ce que les membres que vous récrutez aient une famille, pour qu'il y ait un équilibre, un vrai équilibre de vie, que ce ne soit pas juste des gens qui sont célibataires, on y va, on n'a que ça dans notre vie, c'est-à-dire le côté pro.
- Speaker #1
C'est pas aussi rigoureux que ça, mais c'est vrai qu'on aime bien avoir quelqu'un qui a des attaches fortes à la matérialité et à la vie, quelque part. On ne voudrait pas des têtes brûlées. Je ne dis pas qu'un célibataire ait une tête brûlée, on peut avoir des gens célibataires très stables. Mais c'est vrai que quand on sait qu'on a un père de famille ou une femme qui a marié des enfants, parce qu'aujourd'hui il y a des femmes aux GIGN, forcément on se dit que, alors c'est peut-être une idée reçue, on se dit que peut-être la personne va prendre plus de prudence, va avoir plus de prudence, va plutôt être courageuse mais pas... pas téméraire. Ce qu'on veut éviter, c'est des gens téméraires. Ce qu'on veut, c'est des gens courageux. Et la différence entre les deux, je l'explique dans le livre à un moment, elle est fondamentale. Les gens téméraires n'ont pas pris conscience de la totalité des éléments. Quelqu'un de courageux, logiquement, a pris l'ensemble des éléments. Et d'ailleurs même, c'est pour ça qu'on peut faire des choses, quelquefois, qui dépassent l'entendement, parce qu'on est préparé pour ça. Et on est juste courageux, on n'est pas téméraires.
- Speaker #0
Quand tu quittes le GIGN, justement, avec... toutes ces qualités, ce courage. Comment on fait la transition avec la vie civile un peu plus normale ? Quand on a vécu de l'adrénaline en permanence, du stress, de l'incertitude, comment on fait cette transition ? Il y a beaucoup de gens qui nous regardent, qui sont dans un premier métier, ils font une transition, ils en arrivent dans un deuxième. C'est des passages un peu délicats. Comment toi, tu as réussi ces passages ?
- Speaker #1
C'est sûr que la transition n'est pas évidente, parce qu'on est dans un métier... quasiment à 90% de plaisir. C'est fou, mais c'est quand même... Des fois, c'est dur à entendre, mais dans un métier, on prend beaucoup de plaisir. Donc, il y a aussi une vraie fraternité, il y a une vraie solidarité. On est vraiment très collectif. Donc, cet écosystème, il est extrêmement riche. Donc déjà, on n'a pas envie de le quitter. Ensuite, on est habitué à... Utiliser très très régulièrement l'adrénaline. L'adrénaline fait partie de notre corps. Donc quand on va quitter le GIGN, on va avoir un besoin de rechercher de l'adrénaline. Donc forcément ça va nous manquer. D'ailleurs souvent ça va se traduire par une prise de poids. On va continuer à avoir besoin de manger autant qu'on mangeait quand on était au GIGN, alors qu'on n'en a plus besoin de la même manière parce qu'on crame moins d'énergie et puis on est moins comptoyé, on comptoit moins l'adrénaline. Donc tout ça fait que si on veut réussir une bonne transition, enfin moi le conseil que je donne toujours, c'est de faire en sorte que ce que l'on va faire après, Il faut que dans ce que l'on fera, on éprouve du plaisir. Je vais toujours rester sur la même chose, mais pour moi, quand on éprouve du plaisir, on peut dépenser 20% d'énergie pour avoir 80% de résultat. Quand on fait quelque chose dont on n'éprouve pas de plaisir à faire, 80% d'énergie. j'ai dépensé, on aura 20% de résultat. Donc il y a un moment, c'est vraiment un élément clé qui peut venir par rapport à tous les programmes que tu fais sur le burn-out, qui peut venir aider. Et quand on est en transition, au moins se poser la question de savoir si ce qu'on voudrait faire après nous apportera plus de plaisir que ce qu'on fait aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, on fait travailler beaucoup justement sur la recherche. Chez les personnes en burn-out, tu sais, très souvent, elles se sont oubliées, elles ne savent même plus ce qui leur fait plaisir à elles. On travaille beaucoup sur apprendre à se repersonnaliser, découvrir qui elles sont réellement, pour aller rechercher ensuite du plaisir. Ça fait vraiment partie de la transition. Quel conseil tu pourrais donner, toi, justement, en ayant vécu ça, ces capacités à modéliser ton stress, à le calmer ? Quel conseil tu pourrais donner à une personne qui vit justement actuellement un burn-out ?
- Speaker #1
Alors après, encore une fois, je pense que si on reste sur le burn-out, dans le fait d'avoir une surchauffe, donc je pense qu'effectivement, le premier ingrédient, c'est de pouvoir réguler au moins... L'intensité de travail et de se dire qu'on n'a pas d'obligation. Je pense qu'on fait trop de choses quelques fois par devoir, par obligation, parce que c'est dans notre éducation, parce que c'est comme ça. Donc il y a un moment, déjà la première chose c'est de réussir à enlever tout ce qui est devoir. On n'est pas obligé systématiquement de faire plaisir à tout le monde. Donc la première chose c'est celle-là. La deuxième c'est de prendre soin de soi, donc effectivement de s'accorder des moments à soi, peut-être complètement déconnecté du travail, mais des moments qui font que, voilà, on éprouve encore une fois du plaisir. Et puis ensuite, de dissocier les personnes des situations. Je pense que c'est de plus en plus important de faire ça. C'est qu'on fait trop souvent une affaire personnelle de tout. Et ça, ça accentue le burn-out. C'est qu'à un moment, on peut avoir un conflit avec une personne, tout en aimant bien la personne et tout en la respectant, en dissociant la personne de l'objet du conflit ou du différent. Et donc déjà, de faire cette dissociation sans être schizophrénique, c'est intéressant parce que du coup, on se dit que l'autre ne fait pas exprès de nous faire tout ça. Parce que souvent l'élément déclencheur, enfin le burn-out a souvent un élément déclencheur. Et souvent l'élément déclencheur c'est le manque de respect, c'est le manque... C'est la goutte d'eau. Voilà, c'est la goutte d'eau qui fait dépasser. D'ailleurs quand ça venait des Canadiens, des pompiers ou des infirmiers canadiens, c'était ça, c'est qu'il n'y avait pas la petite reconnaissance qui allait bien en plus, et c'était l'élément déclencheur. Donc voilà.
- Speaker #0
Écoute, je ne sais pas ce que vous aurez retenu. Je pense qu'il faudra regarder cette... interview deux fois parce que c'est super riche franck qui nous a vraiment décrit ce que c'était que le courage pour les gens qui sont en burn out moi je passe mon temps à le dire vous avez ce courage mais attention parfois à pas aller dans le côté téméraire c'est à dire vous cramez vous à un moment donné où il a super bien dit aussi soyez capable de poser vos limites ne fait pas d'affaires personnelles la gestion du mental aussi nous en venons à vachement parler comment fixer son mental non pas sur les peurs parce que on sait très bien que c'est tout ce qui peut arriver de pire qui va se passer dans notre tête mais de gérer votre mental et de le concentrer sur vraiment le présent sur ce que vous êtes en train de faire une interview très dense très riche, pleine de très bons conseils. Franck, je vais te laisser le mot de la fin, ça me fait super plaisir.
- Speaker #1
Écoute, quel plaisir d'avoir passé ce moment avec toi en parlant de plaisir. J'adore. Merci beaucoup Théo.
- Speaker #0
Vraiment très sympa. vraiment très sympa, je vous retrouve très bientôt