- Speaker #0
Bienvenue sur les Voix de Finarée, le podcast qui donne la parole aux talents qui composent notre groupe. Derrière chaque projet, chaque réussite, il y a des femmes et des hommes engagés, passionnés et porteurs d'histoires inspirantes.
- Speaker #1
On a souffert, donc ils vont souffrir. J'adore accoucher, j'accoucher. Oser, oser, oser. Alléluia.
- Speaker #2
Je veux que ça soit Copacabana.
- Speaker #0
Peut-être mensonge.
- Speaker #2
Moi j'ai fait une coupade. Du fun,
- Speaker #0
Aujourd'hui, un épisode un peu différent. Nous sommes en octobre, le mois d'octobre rose, dédié à la sensibilisation. au cancer du sein. Plutôt que de parler de chiffres ou de campagnes, nous avons choisi de donner la parole à celles et ceux qui connaissent la maladie de près. Comment on accompagne, comment on en parle, comment on continue à travailler et à avancer quand la maladie entre dans sa vie ou dans celle d'un proche. Pour en parler, j'ai le plaisir d'accueillir Manon et Angélique qui ont accepté de partager leur histoire avec nous. Merci à vous pour votre confiance et bienvenue sur le podcast. Bonjour.
- Speaker #3
Bonjour.
- Speaker #0
Avant d'entrer dans le sujet, est-ce que vous pourriez un peu vous présenter qui vous êtes, ce que vous faites dans le groupe Finare ?
- Speaker #3
Alors moi c'est Angélie, je suis chez Handicolle La Chartre depuis trois ans et demi et je suis principalement sur la mission Enercop.
- Speaker #4
Et moi c'est Manon, je suis team manager chez We Do It, ça fait maintenant sept ans et demi que j'ai rejoint le groupe.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui vous a donné envie de participer à cet épisode si spécial ?
- Speaker #3
Alors pour moi, c'est le fait de... Partager mon expérience, c'est de dire aux gens qui ne sont pas tout seuls. Parce que j'ai été touchée par cette maladie. Il y a un proche, donc je ne le cache pas, le proche c'est ma maman. Et quand on apprend ça, généralement on est sous le choc. Et du coup, je veux dire aux gens, vous n'êtes pas seuls. On est là aussi, si vous avez besoin, on peut vous aider. On peut être une épaule un jour. quel que soit le ce jour.
- Speaker #4
Moi, tout simplement pour partager mon expérience, c'est vrai que moi j'ai eu quatre proches dans ma famille qui ont été atteints par cette maladie et qui le sont toujours d'ailleurs actuellement. Donc à chaque fois, c'est quatre coups de massue. J'ai eu ma maman quand j'étais très petite, j'avais trois ans. Après, il y a eu, quelques années plus tard, il y a eu ma mamie. Et l'année dernière, il y a eu ma marraine qui est ma tante, donc la sœur de ma mère. Et cette année, il y a ma sœur. Donc c'est vrai que même si on n'est pas touché directement par la maladie, comme on est les proches, on est confrontés. Donc l'annonce est toujours assez compliquée. Et puis je pense aussi pour sensibiliser parce qu'il y a des fois la maladie, on la voit. Puis des fois, la maladie, on ne la voit pas. Et je pense que ça peut toucher aussi à tout âge. voilà Encore une fois, il faut écouter notre corps, je pense, et partager notre expérience.
- Speaker #0
Qu'est-ce que vous espérez que les collègues qui nous écoutent, les collègues un peu plus, puisque c'est ouvert à tous, retiennent de cette conversation ?
- Speaker #3
Alors moi, je dirais concernant nos collègues femmes, qu'elles n'hésitent surtout pas, si elles ont le moindre doute, d'aller consulter ou d'en parler. Si elles appréhendent, parler à quelqu'un qui est proche d'elles, pour avoir un soutien, pour avoir des conseils. Et, ben messieurs, je sais que pour vous c'est plus compliqué, parce que ça touche la féminité de votre femme, ça touche aussi vos rapports avec elle, que ce soit dans l'intimité ou même dans les jours quotidiens normaux. Mais vous serez toujours un grand soutien. pour vos femmes, pour vos filles ou pour vos sœurs. Donc certes, c'est un coup de massue quand on apprend la nouvelle, qu'on soit proche, qu'on soit juste des amis, mais c'est à ce moment-là justement que les personnes touchées ont besoin de nous. Donc n'hésitez surtout pas à les soutenir et à être présent quand il y a besoin.
- Speaker #4
Je ne rajouterai rien de plus parce que c'est exactement... ce que je pense.
- Speaker #0
On espère que les gens écoutent bien et ils sauront prendre vos conseils. Donc toutes les deux, vous avez accompagné quelqu'un que vous aimez, quelqu'un ou plusieurs personnes face à la maladie. Comment vous avez appris la nouvelle et qu'est-ce que ça a changé dans votre quotidien ?
- Speaker #4
Alors, je vais commencer... Quand j'étais toute petite, je ne me rappelle pas... Plus très bien, mais j'ai quand même des flashs parce que j'accompagnais ma maman lors de ses séances de chimio. Donc en fait, je me souviens très bien de certaines choses. Ma maman, en fait, elle me prenait parce que j'étais son moteur, en fait, pour faire face à la maladie. Donc elle se battait pour moi. Donc je me souviens quand même de l'ambiance qu'il y avait. Après ma mamie, j'avais 20 ans, donc ça fait un peu plus de 10 ans maintenant. C'est toujours difficile quand c'est un proche qu'on aime. Voilà, elle me l'a annoncé comme ça, autour de la table. Donc pareil, on essaye de dire qu'on sera là. qu'on la soutient. Et puis plus récemment, ma marraine, qui est la sœur de ma mère, l'année dernière, qui me l'a aussi annoncé. Je suis très proche de ma marraine, c'est comme une deuxième mère pour moi. Ça paraît très difficile de l'accepter. Je savais qu'il allait y avoir des étapes, l'ablation des seins, etc. que ça allait forcément... avoir un coup sur sa féminité. Je savais que c'est compliqué. Donc, je la soutiens comme je peux. J'essaie de discuter avec elle. Et puis, cette année, ma sœur. C'était très difficile aussi. C'est quand même un sujet que je suis habituée maintenant, même si c'est horrible de le dire. Mais ma sœur, je suis aussi très proche, on habite à côté. Donc, voilà. Après, je lui ai dit que ma sœur a deux filles. Donc, je serai là. quoi qu'il arrive pour mes nièces, je peux prendre le relais si elle a besoin, que je serai toujours là. Après, elle a un mari qui l'aide, qui est là au quotidien, donc voilà. Mais c'est vrai que c'est difficile, on se prend un coup de massue, parce que même si on guérit aujourd'hui plus facilement, ou je ne sais pas si c'est vraiment le mot, mais... mieux du cancer du sein qu'il y a un moment. Je crois que c'est 9 femmes sur 10. On sait quand même qu'il peut y avoir l'épée d'Amoclès qui est autour de la tête. On n'a pas envie de perdre notre proche. Il y a aussi, moi, ma sœur, la première chose qu'elle m'a dit, c'est que si je pars, il faut que tu prennes soin des filles. C'est sûr que là, tout de suite, on a peur. On se dit que ça ne va pas arriver, ne t'inquiète pas, tu vas bien te prendre en charge. Mais c'est vrai que tout de suite, on pleure. Donc voilà, c'est des choses qui ne sont pas forcément faciles. Mais je pense qu'en tant que proche, moi j'essaie quand même de ne pas pleurer devant ma sœur. De dire, je suis là, je suis quand même solide, ne t'inquiète pas, tu peux compter sur moi s'il y a quelque chose. Et puis ça va aller, tu vois, on est là. pour visiter positivé dans un moment qui est très négatif. c'est là, je l'essaye de l'écouter, j'essaye de lui donner des conseils même si je ne l'ai pas vécu. Surtout, quand ma soeur cette semaine s'est enlevé les deux seins, c'est quand même un coup pour sa féminité. Moi, je lui disais, elle s'appelle Stéphanie, ma soeur, t'inquiète pas Stéph, ça va aller, je sais que ça touche, mais ton homme, il t'aimera toujours, nous, on aura Tu seras toujours la même, ne t'inquiète pas. J'essaie de la rassurer comme je peux, même si ce ne sont que des paroles.
- Speaker #0
Est-ce que ça t'a d'une certaine manière facilité ton accompagnement de le vivre pour la quatrième fois, dans le sens où tu connais le processus dans tes mots, dans ta manière de soutenir, d'être présente ? Est-ce que ça a pu ?
- Speaker #4
Non. Honnêtement, non. Parce que déjà, ça dépend d'où on en est dans la maladie. Donc chaque fois, ce n'est pas tout à fait la même chose. Il y a des années qui se sont passées entre temps. Donc ma mère n'a pas été prise en charge comme ma sœur l'est actuellement. Et puis à chaque fois, je pense que les mots, on les a peut-être un peu plus. Et puis je vieillis, donc ce n'est pas la même chose. Mais à chaque fois, le coup est... difficile à accepter. On se dit pourquoi et à chaque fois on se dit pourquoi ça s'acharne dans notre famille. Et voilà. Donc non, on ne s'y fait pas. De l'expérience, je pense qu'on n'est jamais confronté, on ne peut jamais se préparer à ça. Et comme j'ai dit, les choses évoluent vachement dans la médecine aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est forcément très différent.
- Speaker #4
Oui, à chaque fois c'est différent. Moi je vois que ma mère n'est pas prise dans la même façon que ma soeur.
- Speaker #3
alors moi je rejoins beaucoup Manon sur ce qu'elle vient de dire parce que quand j'ai eu ma maman au téléphone parce qu'on vit à 400 km l'une de l'autre. Quand elle me l'a annoncé, déjà, je ne cache pas que la période de fin d'année a été très difficile parce que c'était la veille de Noël. Et tout de suite, mon réflexe a été « encore » . Pourquoi encore ? Tout simplement parce que ma maman, c'est son quatrième cancer. Depuis que j'ai, on va dire, une dizaine d'années... Avec ma maman, on a fréquenté plusieurs établissements différents pour des cancers différents. Et à chaque fois, ça a toujours été un coup de massue. On se dit, mais pourquoi le sort, ça charme, en fait ? On se demande, qu'est-ce que cette personne a bien pu faire pour subir tout ça ? Certes, les prises en charge évoluent. La recherche évolue, heureusement, pour les générations futures, mais c'est vrai que quand on vit à 400 kilomètres, il n'y a que les mots qui peuvent aider, quelque part, parce que quoi qu'il arrive, je serai toujours là pour elle, même à 400 kilomètres. Je sais qu'elle est bien soutenue, qu'elle a un mari qui est là depuis ses premiers cancers, qu'il ne l'a jamais lâché, donc ça fait 20 ans qu'il est auprès d'elle. 20 ans qui la suit, qui l'accompagne à chaque rendez-vous. Et je sais que pour eux ça a été difficile parce qu'elle a subi une ablation de son sein. Donc pour elle retrouver la féminité parce que c'était une personne coquette, c'était une personne qui prenait soin d'elle, ça a été compliqué. Et puis je pense que pour les hommes... aussi, parce qu'il ne faut pas les oublier, ils font partie intégrante de la vie des femmes. C'est quelque part compliqué aussi, parce qu'ils ne savent pas forcément comment parler à leurs femmes, à leurs sœurs, à leurs amis. Et ils se disent, mais pourquoi à certains moments, puisque, il faut dire ce qui est, il y a la chimiothérapie qui fatigue beaucoup, il y a la radiothérapie pour ceux qui la subissent, qui fatiguent aussi. L'opération de l'ablation, il faut un temps d'adaptation à tout ça. Et les hommes parfois se disent, mais pourquoi elle me rejette ? Ce n'est pas qu'elle vous rejette en fait, c'est qu'elle, elle a besoin de temps aussi pour accepter ce changement sur son corps, pour accepter qu'elle n'est plus la personne aussi féminine qu'elle était avant. Donc il faut leur laisser du temps. Et surtout, ne pas s'abandonner l'un et l'autre. C'est très important que vous soyez un mari, un frère, un ami. Laissez le temps faire les choses. Parce que moi, depuis 20 ans, et je pense que Manon me rejoint là-dessus, on peut apporter du soutien, même si on ne discute pas forcément avec la personne. On veut bien boire un verre, on discute de tout et n'importe quoi, et rien que ça, ça leur fait du bien. Le savoir qu'ils ont des gens autour d'eux, qu'ils ne sont pas seuls, et même si on ne parle pas de maladie, même si on ne parle pas de rien, ça va leur changer les idées, et ne serait-ce qu'une heure, ça va être tout pour eux. Donc moi, je sais que ma mère s'est battue quand j'étais plus jeune pour moi et mon frère. Aujourd'hui, son moteur, c'est son petit-fils. C'est mon fils et ça, à chaque fois qu'elle le voit, qu'on a l'occasion, on part, on y va. Et ça lui donne un regard d'énergie qui ne dure peut-être pas, puisque pour l'instant, on croise les doigts que la rémission perdure. Mais c'est vrai que c'est toujours un choc et on aborde tous de manière différente. Toutes et tous, parce qu'on est tous différents. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui je suis là, parce qu'on a beau être concernés de manière un petit peu éloignée, parce qu'on est des proches, on ne vit pas la maladie comme les patients réels, mais on est là aussi. Et les gens qui auront l'occasion de nous écouter, c'est juste pour leur dire que vous n'êtes pas tout seul. Vous avez des gens autour de vous qui seront là. qui vous montreront du coup le soutien que vous avez besoin.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que je pense que quand on est accompagnant, on ne se rend pas nécessairement compte, puisqu'on ne trouve pas forcément les mots, on ne sait pas quoi dire, on ne sait pas... quoi faire quand on apprend ce genre de nouvelles, on ne sait pas comment être là pour les malades. Donc je pense que votre témoignage va être important pour se dire que le moindre geste, le moindre mot peut avoir son importance finalement pour la personne concernée. Et pour vos proches, quel a été votre rôle tout au long de la maladie encore aujourd'hui ? Puisque c'est peut-être un peu compliqué à 400 kilomètres.
- Speaker #3
Eh bien, on s'appelle régulièrement. Elle me dit tout le temps le type d'examen qu'elle va avoir. Elle ne me cache rien. Et on est toujours franche l'une envers l'autre, même si des fois, on n'est pas toujours d'accord. C'est mi. Je la soutiens quoi qu'il arrive. Elle sait que je suis là, elle sait que même à 400 kilomètres, je serai présente. Et elle sait que si elle m'appelle un jour en me disant, je dois aller à l'hôpital en urgence, je ferai comme tout enfant fera, je prendrai la route et je serai près d'elle. Parce qu'en aucun cas, je la lâcherai. Aujourd'hui, je n'ai plus qu'elle. Donc pour moi, elle représente, elle reste une partie très importante de ma vie. Et elle restera toujours, quoi qu'il arrive. Mais c'est vrai que lui faire savoir que je suis capable de prendre ma voiture, de faire 400 kilomètres en trajet, quoi qu'il arrive, elle le sait. Et je sais que des fois, elle me... Elle évite de me dire certaines choses pour pas justement que je prenne ma voiture. Mais j'arrive à comprendre sa manière de parler, s'il y a quelque chose. Parce qu'il y a cette petite intonation dans la voix qu'ils ont. Et pour éviter justement de nous faire de la peine ou d'amplifier le choc qu'on a déjà eu en apprenant cela. Et du coup, on sait. Rien qu'au changement de l'intonation de la voix, que là, elle ne me dit pas forcément, elle me dit pour me rassurer, mais en fait, ce n'est pas vraiment ça. Donc, je la laisse quelques jours. Et puis, quand on s'appelle à nouveau, je dis au fait, l'autre jour, tu ne m'as pas tout dit. Donc, dis-moi ce qui se passe réellement. Et donc, du coup, là, on arrive à échanger plus calmement. Parce que je sais que si je la force, elle ne me dira pas les choses. Il faut laisser au patient le temps. D'accuser le choc dans un premier temps, parce que pour eux aussi, c'est un choc énorme. Et il faut les laisser tranquillement venir vers nous et nous parler. C'est eux qui vont décider à quel moment ils vont nous dire les choses. Ce n'est pas à nous de les forcer.
- Speaker #0
Et puis, chaque personne atteinte d'une maladie doit être différente dans la réception de l'information. Des fois, on aime tout savoir, tous les détails, absolument tout ce qui va se passer. Et il y a des personnes qui préfèrent ne rien savoir et se laisser... un peu porté par les médecins, et écouter les médecins, et vraiment juste ne pas en parler. Donc il faut savoir s'adapter aussi, même si nous on veut absolument avoir les informations, savoir s'adapter à la personne en face et aux informations qu'on reçoit finalement.
- Speaker #3
Oui, et ce n'est pas toujours évident, pas facile non plus, parce que c'est vrai que quand, pour mon cas, être à 400 kilomètres, c'est un petit peu compliqué, parce que je ne peux pas accompagner comme je voudrais. Je lui permets de lui laisser le temps de me dire les choses.
- Speaker #4
Je te rejoins sur le fait qu'il y a certains malades qui ne disent pas ce qui se passe concrètement à leurs proches. Quand j'étais petite, je ne me rappelle pas pour ma maman, mais par exemple pour ma marraine, je sais qu'elle a longtemps caché le fait qu'elle était atteinte par la maladie. Elle le savait depuis au moins 2-3 mois. Et pareil que toi, elle nous l'a annoncé à Noël, quand moi je suis venue pour me le dire en face à face. Juste pour vous dire, elle est à Bruxelles. J'ai des origines belges, donc j'ai beaucoup de famille en Belgique. Donc elle a attendu de me le dire en face à face. Et en fait, je le savais un petit peu déjà, parce qu'elle l'avait déjà dit à ma maman. Et en fait, c'est un peu moi qui lui ai dit, t'as pas quelque chose à me dire, tu vois, il faut me le dire. Et ses enfants non plus n'étaient pas au courant. Donc il y a déjà l'étape de comment je vais l'annoncer. Souvent, j'ai l'impression que c'est quand même assez compliqué de l'annoncer. Et puis dans le suivi de la maladie... Parfois, ils vont dire que ça va, mais finalement, non. Il y a des choses qui ne se passent pas très bien, par exemple les chimios à répétition, etc. On rentre un peu dans le détail, mais parfois, ils vont dire que non, ça se passe bien, etc. Mais finalement, non, parce que les doses sont trop fortes ou autre. Et en fait, ça, ils ne le disent pas. Pour protéger les proches, je pense que c'est un processus qui se met... facilement dans la tête parce que par exemple aussi ma soeur minimisait un petit peu la chose voilà et en fait non tu vas te faire enlever les deux seins c'est qu'il y a quelque chose tu vois donc il y a je pense ce mécanisme aussi de protection dans la tête qui fait qu'on veut protéger les autres et en fait je te rejoins là dessus on le sent qui est un mensonge. C'est pas vraiment un mensonge. Une tétomission. Justement, le rôle du proche, c'est ça aussi. C'est de ne pas forcer, mais de revenir en disant je pense qu'il y a quelque chose, tu ne m'as pas dit, je suis là. Donc s'il y a quelque chose, dis-moi. Si tu peux te soulager, si on va avancer ensemble, dis-moi. Et c'est vrai que ça, il ne faut pas frustrer la personne, mais il faut montrer quand même qu'on est là et que même si tu veux me protéger, je préfère savoir. Moi, je préfère savoir qu'il y a des choses qui ne vont pas plutôt que tu me les caches. Je suis là, je peux entendre, je peux digérer l'information. Ne le garde pas en toi. Je pense que c'est ça aussi le rôle des proches, c'est vraiment de dire... On est là pour vous écouter, on peut entendre, on est là pour vous aider. C'est vrai que je te rejoins sur cette partie-là.
- Speaker #0
Mais c'est vrai qu'ils doivent quand même ressentir de la pression de eux, alors encaisser la nouvelle, mais ensuite de devoir l'annoncer. En plus, on est très soutenus de devoir l'annoncer petit à petit, à tout le monde donner des nouvelles. Si tout le monde demande des nouvelles, ça peut peut-être être un peu oppressant pour la personne et devoir encore juste dire les choses, c'est peut-être... plus simple des fois pour les gens de juste ne pas le dire.
- Speaker #3
Oui, en fait, ils essaient de se préserver eux dans un premier temps et puis nous aussi ensuite derrière. Je suis tout à fait d'accord sur le point de vue que non, en fait, on peut, on est là, on va vous soutenir, mais dis-nous les choses pour qu'on puisse te soutenir au mieux. C'est ce qu'il y a de plus important pour un proche. C'est peut-être parfois, je ne sais pas comment les autres personnes le vivent, mais des fois c'est peut-être parfois compliqué pour nous, en tant que proches, de se dire, bon, il faut ça, il y a ça, il y a tel rendez-vous tel jour. Mais ça fait partie de nous, en fait. Pour moi, c'est... C'est important d'être là. Je pense que pour Manon, c'est pareil. Le soutien vis-à-vis de ses proches, c'est quelque chose qui est important. Et de montrer que quoi qu'il arrive, même si aujourd'hui tu ne dis pas la vérité, dis-le-moi dans quelques jours. On te laisse y gérer l'info, parce qu'on suppose que l'information est quand même quelque chose d'important. Mais dans quelques jours, tu me dis.
- Speaker #0
Ça vous aide d'avoir toutes les informations aussi dans votre manière de soutenir et de gérer ?
- Speaker #3
Alors moi, oui, énormément. Moi, énormément, parce que mon fils a connu sa grand-mère dans ses précédents cancers, déjà sous chimio-rhetthérapie. Alors ma mère, quand elle a perdu ses cheveux, elle ne mettait pas de perruquins. Elle sortait dehors avec une casquette ou un foulard. Donc, tout le monde était surpris, mais elle assumait complètement, totalement le fait d'avoir un cancer et de ne plus avoir de cheveux, en fait. Ça ne la dérangeait pas. Et mon fils connaît ça. Et quand il a appris que sa grand-mère avait de nouveau encore un cancer, il la voit, il l'a vue parce que ma mère n'a pas fait de reconstruction derrière. Donc, il voit, il sait. Il sait les choses, on lui a expliqué, il a 13 ans, il comprend parfaitement. Mais il lui a dit à sa grand-mère, tu ne me caches rien. Tu me dis les choses. Et avoir un enfant de 13 ans qui demande à sa grand-mère de lui expliquer les choses, de lui dire franchement les choses, c'est très impressionnant. Même moi, en tant que maman, j'ai trouvé ça très impressionnant de sa part. Et sa grand-mère lui a tout expliqué. Elle lui explique à chaque fois quand elle le voit. Elle lui dit, voilà, j'ai subi ça, il y a eu ça. Et ils prennent leur temps. et c'est un moment d'échange que... qui est très important pour eux deux. Et donc je leur laisse. Parce que même si c'est quelque chose de dur à porter, de difficile à vivre pour un patient, pour nous en tant que proches aussi, c'est pas simple. Et quand je vois mon fils qui a un lien très fort avec sa grand-mère, je me dis qu'il en a besoin pour avancer. pour comprendre aussi les choses, pourquoi j'ai aussi souvent sa grammaire au téléphone, pourquoi on y va très régulièrement dès qu'on peut. Et du coup, il est moins frustré aussi. Et dans ce qui est scolaire, dans toute la partie scolaire, ça lui permet de se concentrer sur sa scolarité et de faire des belles choses. parce que je suis très fière de lui, il fait des belles choses. Donc j'espère que cet échange qu'on a aujourd'hui va permettre à beaucoup de monde de se dire qu'en fait on n'est pas tout seul et de pouvoir, déjà pour les patientes, de pouvoir se libérer auprès de leurs proches et que leurs proches puissent être un soutien pour eux, tout simplement.
- Speaker #0
Puis le fait, puisque tu parlais des hommes tout à l'heure, le fait que ce soit un jeune homme, ça prépare aussi les nouvelles générations à être plus sensibles à cette cause puisque le cancer du sein touche aussi les hommes, beaucoup moins, mais ça touche aussi les hommes. Donc c'est intéressant qu'ils s'y intéressent tant et qu'ils soient aussi informés pour le futur.
- Speaker #3
Oui, pour le futur. Et puis, ça lui permet aussi d'aller échanger avec son grand-père, avec le mari de ma mère. Ça lui permet d'échanger. Ils discutent tous les deux dans des coins, quand ils vont se promener tous les deux. Je sais qu'ils en parlent. Mon fils ne me le dit pas. Et mon beau-père a beaucoup de mal à en parler aussi. Mais je sais qu'ensemble, ça leur permet d'en discuter, ça leur permet d'évacuer les choses. Parce que, pareil, ils ont un lien qui est là, qui est précieux depuis 13 ans. Donc, mon fils permet à ses grands-parents, en fait, de conserver un lien.
- Speaker #0
Et toi, Manon, qu'est-ce qui t'a le plus aidée ou au contraire marquée ? Comment expliquer ?
- Speaker #4
Moi déjà je préfère comme toi savoir la vérité. Je pense que c'est plutôt psychologique chez moi comme ça au moins je me prépare s'il y a quelque chose derrière, quelque chose de grave. On n'espère jamais ça mais il faut quand même, surtout au bout de quatre, il faut quand même se faire une carapace. Je ne sais pas trop comment expliquer mais je préfère savoir.
- Speaker #0
Après, c'est vrai que je te rejoins sur le fait de l'intimité, etc. C'est vrai que c'est plus compliqué. Moi, ce que je trouve qui est difficile, c'est de trouver les bons mots. Par exemple, je n'ai pas toujours le même rôle. Pour ma marraine, c'était plus « ne t'inquiète pas, tes enfants sont là pour toi, nous on est là, on viendra te voir » , etc. Et pour ma sœur, c'était justement ce côté féminité. Je vais perdre mes seins, je vais être pas belle, mon mari va plus me regarder, le regard des gens, on savait pas aussi si ma soeur allait faire de la chimio ou pas tout de suite. Je vais perdre mes cheveux, mes beaux cheveux frisés, les gens ils vont mal me regarder, bref. Et moi j'étais là en lui disant non en fait, tu changeras pas, tu seras toujours ma soeur, je te regarderai toujours de la même manière, puis ton mari ne t'inquiète pas, il t'a aimé, vous êtes mariés. Son regard ne changera pas. J'essaye tant bien que mal avec mes mots, en me disant que tout va bien se passer. Tu restes la personne qu'on aime. On ne t'aime pas pour un physique, on t'aime parce que tu es toi. Donc forcément, il y a des choses qui vont évoluer et c'est sûr qu'il va falloir que tu t'y prépares. Mais nous, on est là et notre regard ne changera pas. Donc c'est vrai que... J'essaye d'être là dans ma prise de parole, mais après, oui, c'est toujours très difficile de voir ses proches douter. Surtout que ma sœur, c'est l'aînée chez nous. C'est une femme qui est très pudie sur ses sentiments. C'est une femme très, très forte. Elle a ce rôle d'aînée, comme on dit. C'est toujours elle qui nous a protégées, qui nous a... Un peu le rôle de la maman, c'est vrai qu'aujourd'hui on inverse un petit peu les rôles, on va dire, ou en tout cas elle ne peut plus avoir ce rôle-là de je vous protège, je vous rassure, c'est à nous maintenant de lui montrer qu'on est là. Et c'est vrai que c'est toujours un peu plus difficile de voir sa sœur comme ça, mais il ne faut pas le montrer, il faut dire, puis même naturellement, on lui dit nous aussi on est là, ne t'inquiète pas, on sera là pour tes enfants, on sera là pour ton mari, on sera là pour toi, puis voilà. Mais c'est vrai que moralement, en tant que proche, c'est quand même difficile de voir des gens... Maintenant, surtout quand c'est des gens assez forts moralement, plus affectés. En tout cas, moi, je n'avais pas du tout l'habitude de voir ma sœur comme ça. J'ai 31 ans, 31 ans de vie, je ne l'ai jamais vue une seule fois pleurer. C'était très difficile pour moi de l'avoir pleuré, etc. C'est vrai que c'est un choc, mais il faut être là parce que c'est plus que nécessaire.
- Speaker #1
Et quand on est proche, on a aussi besoin de soutien de ses propres proches à côté. Ça vous fait du bien aussi d'avoir votre mari, votre fils autour de vous pour penser quand même à autre chose de votre côté ou pour vous épauler quand vous avez un doute sur ce que... vous pouvez dire ce que vous pouvez faire, comment vous pouvez aller plus loin. Là, toi, tu parlais de t'occuper de tes nièces. Ton mari, forcément, il prend part dans...
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Je suis très proche de mes nièces, donc ça a toujours été... Je m'en suis souvent occupée. Donc voilà. Après, moi, en off, j'en parle beaucoup avec ma maman, qui a déjà aussi vécu la maladie. C'est aussi... Pas plus facile, mais moi, je lui en parle. Je lui dis, voilà, j'ai eu aujourd'hui ma sœur au téléphone. Qu'est-ce que t'en penses ? Elle lui dit, ma mère, elle me conseille un petit peu aussi. Il faut lui dire ça. Moi, je l'ai eu aussi au téléphone. On essaie de ne pas se coordonner dans les discours, mais d'essayer d'avoir un type de discours un peu cohérent à toutes les deux. Donc, je pense que oui, il faut aussi en parler avec les autres proches. Pour au moins savoir si, un, vous avez eu des nouvelles, qu'est-ce que vous lui avez dit, comment vous l'avez senti aujourd'hui. Est-ce que tu sens qu'il y a quelque chose qui va un peu moins bien ? En fait, on se coordonne un petit peu sur les données qu'on reçoit de ma sœur ou de ma tante. Donc voilà, des fois, ma tante, c'est elle qui va un peu moins bien. Donc elle parle plus facilement à ma mère. Et moi, derrière, j'essaie de lui envoyer un petit message gentil ou de prendre des nouvelles. Je sais qu'en fait... Ça va peut-être égayer un petit peu plus sa journée. Et voilà, donc c'est vrai que je pense que la communication avec les autres proches est quand même aussi importante.
- Speaker #1
Donc on a vraiment tous un rôle à jouer, les proches, les proches des proches. Oui,
- Speaker #2
je suis tout à fait d'accord. Les petits mots, les petits échanges qu'on peut avoir avec d'autres proches de la famille vont nous permettre aussi à nous de pouvoir affronter les choses et de se dire, moi je l'ai senti comme ça, mais toi tu l'as senti comment, et ainsi de suite. Moi, je sais que j'échange beaucoup avec la sœur de ma maman. Donc, des fois, on se dit, moi, j'ai eu une version et elle a peut-être eu une autre. Et on se dit, attends, on se pose, on essaye de comprendre pourquoi elle a été dire une chose à l'autre et une chose à l'autre. Et puis, des fois, on se dit, mais non, c'est tout simplement, ma tante me dit, non, mais ne cherche pas, c'est parce qu'elle voulait te protéger. Je dis oui, mais tu sais très bien que moi, je peux me protéger. Et voilà, elle me dit non, mais elle ne me dit ne cherchera pas. Le rôle du maman, ça a toujours été de protéger ses enfants et ça ne changera pas. Elle me dit, ce sera toujours comme ça. Je dis oui, mais là, elle a besoin de savoir que sa fille est présente, que même quoi qu'il arrive, là-dessus, on va attendre le plus longtemps possible pour tous les... Pour tous ceux qui sont touchés par cette maladie, on va leur souhaiter qu'ils aient une longue vie derrière, après avoir affronté tout ça. C'est de leur faire savoir que quoi qu'il arrive, on est là et on va les accompagner jusqu'au bout. Qu'on soit très proche ou un petit peu moins proche, ça reste. Qu'on appelle une fois de temps en temps, comme c'est... Le cas pour certains amis de la famille, ça reste important pour une personne atteinte de la maladie de savoir que oui, ses amis sont là, peut-être pas aussi proches que ses enfants ou ses soeurs ou ses frères, ou son mari même, mais ils sont là de temps en temps, ils t'envoyent un message, ils t'appellent pour savoir comment tu vas et ils vont parler de tout et rien avec toi parce qu'ils ne veulent pas en fait... que tu penses 24 heures sur 24 à la maladie. Le but, c'est aussi ça, le but d'un proche, c'est de faire comprendre aux patients qu'on est là, mais aussi de lui permettre de parler de la pluie, du beau temps, d'essayer de se projeter aussi dans le futur, parce que ce n'est pas toujours évident quand on apprend les nouvelles, quand on subit des aplations, quand on a les séances de chimiothérapie à répétition. qui rendent les patients très malades parce que derrière c'est pas simple non plus après une séance de chimiothérapie et donc leur faire comprendre que toi, parce que derrière t'as quelque chose de beau qui peut t'attendre tu peux éventuellement voyager, tu peux je vais dire une bêtise partir en voyage découvrir autre chose un bel endroit de la France enfin voilà Il faut essayer aussi que c'est compliqué à faire comprendre à un patient que oui, aujourd'hui, tu es malade. Tu as tout ça qui t'arrive dessus. Tu as des traitements qui vont être épuisants, fatigants, qui vont te rendre malade. Tu vas avoir des opérations pour certaines personnes. Pour d'autres, elles sont prises à temps et tant mieux, c'est important. Mais aussi, envisage le futur parce que c'est ça qui va te permettre de rester debout et de pouvoir avancer. Te dire, peut-être pas tout de suite, peut-être pas dans un an, peut-être pas dans deux ans, mais dans trois par exemple, je vais aller passer un week-end entièrement, je vais dire une bêtise par exemple au Puy-du-Fou, pour ma mère c'est le cas, avec son petit-fils. Et voilà, se projeter est aussi important parce que ça va permettre de rester debout. Je comprends que ta sœur puisse se dire, mais qu'est-ce qui va arriver à mes filles si je ne suis pas là ? C'est normal de se poser la question. En tant que maman, on va tous se la poser. C'est une première des choses, surtout quand on a des enfants jeunes. C'est une première chose qu'on va se poser, c'est qu'est-ce qui va arriver à nos enfants ? Et ça, c'est normal de se le poser. Mais savoir qu'on a des proches comme toi qui sont à l'écoute, qui sont là pour nous aider, pour nous permettre d'avancer. et... Je te rejoins sur le fait que moi, je ne suis pas l'aînée non plus. J'ai un grand frère. Mon frère est très pudique, mon frère ne se montre pas. Il va appeler ma mère, il va prendre de ses nouvelles, mais à aucun moment il ne va demander comment ça se passe sur l'évolution de la maladie, sur comment ça se passe. Parce que mon frère est quelqu'un de très réservé et j'ai appris avec le temps que ça lui faisait énormément mal. Donc ce rôle m'est revenu sans vraiment... Mais ça fait aussi partie de moi, puisque j'ai toujours été quelqu'un qui était présente pour mes proches, quels qu'ils soient, puisque, comme je l'ai dit au début, ma maman c'est son quatrième, j'ai ma grand-mère paternelle qui est partie d'un cancer, donc je l'ai soutenue dans sa dernière année, donc je sais que les proches c'est important qu'ils soient présents, et que ça leur fait, quoi qu'il arrive, du bien d'avoir quelqu'un autour d'eux. Et de pouvoir échanger, de pouvoir jouer à un jeu de société, d'avoir cette déconnexion de la maladie pendant une heure, deux heures, et de se dire, voilà, pendant ce temps-là, j'y pense à autre chose. Et c'est le plus important.
- Speaker #1
Chaque personne peut avoir un rôle différent. Alors, il y en a ceux qui sont vraiment très informés sur la maladie, ceux qui sont là pour passer un bon moment, ceux qui sont là pour... pour aider à faire du ménage, peu importe. On peut tous avoir un rôle complètement différent avec la manière dont on est à l'aise avec la maladie ou avec la personne, si on est très proche ou si on a l'habitude de l'avoir que pour un café, on peut continuer à faire ça. Oui, tout à fait, c'est très important de ne pas changer surtout les habitudes.
- Speaker #2
Si vous êtes une personne qui passe régulièrement... Je vais dire une bêtise, par exemple, le samedi matin, boire un café avec la personne qui a atteint de la maladie, ne change rien, continuez. Ne continuez surtout à le faire, parce que ces petites habitudes de tous les jours, elles sont importantes pour les patientes, elles sont importantes aussi pour les proches, qui eux sont très au courant de la maladie. Et ça leur permet aussi de savoir que même si aujourd'hui on n'a pas pris de nouvelles ou on n'est pas passé, il y a quelqu'un qui était là. Ça permet aussi quelque part pour nous, moi c'est comme ça que je le ressens, de dire bon, j'ai peut-être pas pris de nouvelles aujourd'hui, mais je sais qu'elle était avec une personne, donc s'il y avait eu un souci, je serais au courant. Ça permet aussi un petit peu pour nous d'avoir un petit peu de temps libre, un petit peu de moments pour penser aussi à autre chose. C'est vrai que la maladie d'un proche va beaucoup nous accaparer parce qu'on va se focaliser dessus, savoir comment ça va évoluer, qu'est-ce qu'on va pouvoir faire, comment on va pouvoir le gérer. Et il faut que nous aussi on vive notre vie, on a nos vies aussi respectives à vivre. Et parfois je pense aussi que c'est pour ça que nos proches ne nous disent pas tout parce qu'ils ne veulent pas impacter nos vies privées. Et après, c'est chacun, comme tu l'as dit, c'est chacun qui va gérer de sa manière, de sa façon, parce qu'on est tous différents. On est unique en notre genre et heureusement, on soyez tous différents parce qu'on apporte tous de notre manière quelque chose de différent à chaque personne. Et ça, c'est très important.
- Speaker #1
Et justement, vous avez votre vie. À côté, vous avez votre vie professionnelle. Aujourd'hui, est-ce que vous arrivez aussi à gérer d'être complètement... Ça ne doit pas être facile d'être complètement dedans quand on a des pensées qui sont assez importantes dans notre vie personnelle, peu importe le sujet d'ailleurs. Est-ce que vous, vous arrivez quand même à bien gérer ?
- Speaker #0
Oui. Oui, et bon, après, c'est vrai que quand on a des mauvaises nouvelles, etc., bien sûr qu'on y pense. Bien sûr que c'est compliqué. Après, on y pense tout le temps. La vérité, c'est quand même présent. Mais voilà, après, moi, j'arrive personnellement à le gérer. Après, voilà, quand j'essaye... de voir ma soeur le week-end ou les choses comme ça donc c'est vrai que comme tu dis je n'ai pas changé mes habitudes avec elle je vais la voir je fais ce que je peux pour être le plus présente possible sans non plus entraver ma vie à moi et après il y a aussi c'est vrai que on prend plus le temps aussi parfois pour nos proches et je te rejoins aussi sur le fait qu'il faut des fois par contre se projeter. Moi, par exemple, ma tante, ma marraine, je sais qu'elle a ce besoin de voir ses frères et soeurs, de voir ses neveux et nièces, toute la famille réunie autour d'elle. Donc, cette année, je suis montée beaucoup plus de fois en Belgique parce qu'elle a exprimé le fait qu'on se réunisse un peu plus. Donc, soit c'était en Belgique, soit c'était en région parisienne. Donc, je suis montée quatre fois. Alors que d'habitude, je monte une fois. C'est vrai qu'il faut quand même un peu plus... Si on peut, S'organiser autour de ça. Mais après, c'est vrai que ça nous reste... On y pense assez souvent. Mais je continue à travailler et à m'organiser sans souci.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai que quelque part, ça reste dans une partie de notre tête, quoi qu'il arrive. Mais le travail, on arrive à faire en sorte qu'il soit fait. Et quelque part, moi, ça me permet... C'est un échappatoire aussi. Le fait de travailler, ça me permet de m'échapper pendant un certain nombre d'heures, de me dire, ben voilà, je suis au travail, je pense à autre chose. Et pour moi, c'est très important, ce côté-là, parce que j'ai la chance de voir du monde, de discuter d'autres choses et de me dire, ben voilà, pendant le temps où je suis au travail. Ça va. Ça sera toujours dans un coin de ma tête, mais beaucoup moins. Et je sais que s'il y a quelque chose d'important, je serai prévenue en temps voulu. Parce que, je vais le dire, j'ai la chance d'être sur un site où il y a de la bienveillance, où on arrive à communiquer facilement avec nos managers. Donc on peut, en cas de besoin, si on en a envie, pouvoir expliquer un petit peu ce qui se passe. Pas forcément rentrer dans les détails, mais expliquer un peu ce qui se passe. Moi, je sais que quand ma maman s'est faite opérer, j'ai prévenu. J'ai dit voilà, aujourd'hui, vous ne m'en voulez pas, mais j'aurais peut-être l'esprit un peu ailleurs parce que ma maman s'est fait opérer. Et tout de suite, ça a été, ne t'inquiète pas, on comprend. Voilà, tu fais... d'autant mieux, il n'y a pas de soucis, tu prends ton temps. Et ça, c'est important d'avoir des responsables, des collègues qui sont là et sont bienveillants autour de nous, même si ce n'est pas non plus leur rôle, mais quelque part, ça nous permet aussi, nous, de pouvoir continuer notre travail en sachant que derrière, si on a un petit coup de mou... petit coup de cafard, il y a quelqu'un qui est là et qui sait pourquoi on ne se sent pas bien. Après, je n'en veux pas être à l'âge non plus, mais c'est important de savoir qu'on a de la bienveillance autour de nous au travail et ça permet de pouvoir venir travailler dans de bonnes conditions aussi. Et ça, c'est très important.
- Speaker #0
Et puis d'échanger aussi avec tes collègues. des fois moi cette semaine par exemple j'étais avec Michel ma collègue et tout et j'en parlais de ma soeur et elle qui a un point de vue extérieur elle peut aussi me dire dans ma famille ça s'est passé comme ça moi aussi j'ai eu ça et en fait elle te donne son point de vue et puis vous échangez là dessus et ça fait aussi du bien parce que c'est une autre personne extérieure à ta famille extérieure à tes proches avec une autre vision et du coup Ça te permet aussi d'échanger avec elle et de parler de ton ressenti, parce que des fois, tu n'as pas envie d'en parler à ton mari ou à autre. Et c'est une autre personne extérieure. Elle te comprend, tu en apprends un peu plus aussi sur elle. Mais c'est vrai que moi, j'aime bien aussi discuter avec mes collègues. Et c'est vrai qu'ils essayent un petit peu de te réconforter en te disant « ne t'inquiète pas, ça va aller » . Et puis moi aussi, je l'ai vécu. Et je trouve que c'est important quand même, parce que c'est quand même un lieu social. C'est quand même aussi important aussi, en tant que proche, d'essayer de, pas forcément étaler sa vie, mais d'en parler peut-être des fois avec ses collègues, dire pourquoi on ne se sent pas bien aujourd'hui ou avec son manager. Et puis parfois, ça permet d'avoir un autre point de vue et des gens qui vous rassurent aussi.
- Speaker #1
Et peut-être pour des personnes qui ne veulent pas du tout en parler au travail, ce qui se comprend, avoir des gens qui justement ne sont au courant de rien. Et pouvoir continuer un peu son quotidien comme si finalement il n'y avait rien. Et avoir cette bulle vraiment toute neuve où on a son quotidien à soi et où la maladie n'est pas rentrée dedans. Et peut-être que vous avez des retours de vos proches aussi sur leur retour au travail ou comment ça se passe pour eux à leur travail ou comment ça s'est passé peut-être, comment eux l'ont vécu ?
- Speaker #0
Alors, quand j'étais petite, ma mère travaillait chez la BNP. Je sais qu'ils ont été... Ils étaient OK. De toute façon, elle est en arrêt. Et je sais qu'elle a eu des facilités quand elle a repris le travail. Ma sœur, actuellement, est en arrêt. Mais je sais aussi que son entreprise, derrière, va mettre des choses en place pour sa reprise. Voilà. Ma reine, elle était déjà à la retraite. Donc voilà. Et ma mamie aussi. Donc là-dessus, c'est OK. Oui, dans les entreprises, il existe des choses. Peut-être que ça diffère d'une entreprise à l'autre. Je ne sais pas tout à fait ce qui est mis en place dans l'entreprise de ma sœur. Mais il faut en parler de toute façon, parce que je pense qu'il y a des choses qui existent. Donc, en tout cas, je ne sais pas si ta maman a des choses.
- Speaker #2
Alors moi, ma maman, ça fait très longtemps qu'elle ne travaille plus. Puisque dès son premier cancer... on lui a dit, non madame, c'est terminé, vous n'irez plus jamais travailler. Donc elle a été en arrêt très jeune, elle avait 35 ans quand elle a arrêté de travailler. Donc là, au jour d'aujourd'hui, elle est à la retraite, donc il n'y a pas de retour au travail. Mais je sais qu'elle aurait aimé retourner travailler, que c'était une des choses qu'elle souhaitait à l'époque. Et l'entreprise dans laquelle elle était, c'est une entreprise du bassin Chartrain, Novo Nordisk. qui n'est pas loin. Et ils étaient prêts à adapter en fonction de ses besoins. Mais la Sécurité sociale avait compris que, vu le cancer qu'elle avait, et même à ce jour, il y a toujours, malheureusement, pour ce cancer-là, ça n'a pas avancé. Tant bien, je croise les doigts, elle est toujours en rémission pour celui-là, même pour les trois autres. Le retour au travail n'a pas été possible pour elle. Et ça, elle l'a très mal vécu. Parce que c'est toujours une personne très active qui a du mal à rester en place, qui a besoin d'être à l'extérieur, de voir du monde, d'avoir une vie sociale. Donc elle a eu beaucoup de mal à admettre qu'elle ne pourrait plus travailler. Et aujourd'hui, ça va un peu mieux, mais ça a été très long pour elle. De se dire qu'elle ne se lèverait plus le matin.
- Speaker #1
Un temps à l'after routine. Une grosse partie de son quotidien.
- Speaker #2
Et ça, ça a été un cap très difficile à passer pour elle. Elle a été très soutenue par son mari. Et Dieu merci parce qu'il l'a énormément soutenue. Et il la soutient encore. Parce qu'il aurait pu très bien dire non, moi je n'ai pas envie. de vivre ça, de supporter tout ça. Et encore aujourd'hui, il est là, il l'accompagne, il est très présent. Donc, c'est pour ça que je dis aussi à vous, messieurs, n'hésitez pas à en parler avec vos proches ou vos amis, parce que ça peut vous faire du bien. Ça peut aussi vous permettre d'avoir d'autres points de vue différents que de ce que vous vivez au quotidien avec vos épouses, vos sœurs. ou vos amis, et ça peut vous aider aussi à avancer. Parce qu'on oublie souvent, on parle souvent des femmes, mais il y a aussi les frères, il y a aussi les papas, il y a aussi les maris, il y a aussi les amis, ou masculins, et toutes ces personnes, généralement, pour la plupart du temps, elles ne savent pas comment aborder une femme qui... qui a ce cancer, ils cherchent les mots, ils sont parfois maladroits, ce qu'on peut comprendre puisqu'ils ne savent pas forcément comment parler. Et donc s'ils ont l'occasion d'avoir des amis autour d'eux, des proches à qui parler, que ce soit un frère ou une sœur, qui peut leur permettre d'avoir d'autres visions avec qui ils peuvent extérioriser. Qu'ils le fassent, ça ne leur fera que du bien et ça pourra harmoniser aussi leur relation avec la personne qui a cette maladie.
- Speaker #0
Je reviens sur le travail. Moi, ma maman, je me rappelle quand même qu'elle a travaillé le plus longtemps possible. Elle pouvait. Et elle a repris dès que c'était possible. Parce que pour elle, et j'en parlais la dernière fois avec ma sœur, c'est très important de retravailler et de reprendre sa place dans la société. De ne plus être vue comme quelqu'un de malade, mais comme quelqu'un d'actif. Je n'ai pas envie de perdre ma place. Cette chose qu'on peut retrouver assez facilement quand on est malade, je pense qu'on n'a pas envie d'être toujours perçu comme quelqu'un de souffrant. Et je sais que ma mère, son moteur, c'est de dire je vais guérir, je vais retravailler. Je vais reprendre ma place de femme, de gagner mon salaire, d'élever mes enfants, etc. Et je pense qu'il y en a aussi, c'est vraiment un moteur. pour reprendre une vie ordinaire, on va dire. Donc, je pense que c'est quand même important aussi que les entreprises... Je pense qu'il y a plein de choses qui sont faites en France. Mais je sais qu'il y en a, c'est un vrai moteur. Et je sais que ma sœur, elle pense qu'à retravailler. Et pourtant, ça ne fait pas très longtemps. Elle va être en arrêt un petit moment. Mais ce truc de dire je vais retravailler, c'est important.
- Speaker #1
C'est ce que vous disiez vraiment avant, c'est ce truc de se projeter, de se dire qu'on a un futur et qu'on va pouvoir reprendre notre quotidien.
- Speaker #0
Oui, et puis surtout les femmes qui ont quand même des postes à responsabilité, se dire je ne vais pas perdre mes responsabilités, etc. Il y a l'entreprise aussi qui te rassure en disant quand tu reviendras, ta place, ça sera la même, ne t'inquiète pas. Quand on a beaucoup de responsabilités, c'est aussi se dire, je vais les retrouver, je vais retrouver ma place. Je pense que c'est, dans le cerveau humain, c'est un moteur pour dire, on va vaincre la maladie, puis je vais reprendre ma vie d'avant.
- Speaker #1
J'ai eu des collègues dans ma vie professionnelle qui revenaient de parer maladie à cause d'un cancer du sein. Et pour le coup, elles étaient toutes très contentes de reprendre le travail. de voir leurs copines et leurs copains du travail, parce que c'est un autre rythme. Ce ne sont peut-être pas des gens qu'on voit dans le perso, mais qu'on est toujours content de retrouver au sein de son entreprise. Et donc, elles étaient à chaque fois très contentes. Et puis, ce sont des personnes qui avaient quand même bien vécu l'accompagnement qu'elles avaient eu avec leur entreprise. Donc, ils revenaient quand même assez enjoués, en tout cas, du travail. Donc, c'est chouette. Si elles ont cette volonté de vouloir retourner au travail et que ce sera possible. Et justement, on a Clara, DRH, qui va pouvoir nous parler de ce qu'on fait chez Finare.
- Speaker #3
Oui, alors tout d'abord, je voudrais remercier les collaboratrices qui ont accepté de témoigner parce que partager une expérience aussi personnelle demande du courage. Si on ne devait retenir qu'un seul message, c'est surtout, je pense, que chacun réagit comme il peut et non comme il devrait. On l'a bien vu et on le reverra encore, certains ont besoin de parler de leur situation personnelle, d'autres ont plutôt besoin de conserver une forme de normalité. Il y en a qui veulent absolument continuer le travail, d'autres qui veulent absolument s'arrêter pour prendre du recul. Donc tous ces besoins autour de la maladie, on peut les évaluer avec vous si vous le souhaitez et si les collaborateurs le souhaitent. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on ne va pas imposer à un collaborateur de parler de sa maladie, ni décider à sa place de ce qui est bon pour lui. Par contre, on peut simplement lui demander ce dont il a besoin, respecter sa réponse et accepter qu'elle puisse changer quelques semaines plus tard. Il faut aussi respecter sa volonté de confidentialité. Ce n'est pas parce qu'un manager est informé d'une situation que toute l'équipe doit l'être.
- Speaker #1
Et est-ce que le travail, justement, il ne peut pas être un repère ?
- Speaker #3
Pour certaines personnes, si, je pense que ça peut être un repère, mais ça ne doit jamais devenir une pression. C'est vrai que pour certains collaborateurs, ça permet de garder une routine, des relations sociales. et une partie de sa vie qui ne tourne pas uniquement autour de la maladie. Comme je le disais tout à l'heure, par contre, pour d'autres, ce n'est tout simplement pas possible. Donc notre rôle en tant qu'employeur RH, c'est de respecter ces différentes réalités. Concrètement, lorsqu'un collaborateur... Il peut et souhaite continuer à travailler. On peut évidemment examiner avec lui, et si nécessaire avec la médecine du travail, les possibilités d'adapter temporairement les horaires, l'organisation ou certaines de ses missions. Et il existe plein de dispositifs légaux, comme le temps partiel thérapeutique par exemple, sous certaines conditions.
- Speaker #0
Par contre, à l'inverse, quand un salarié est en arrêt, notre rôle, c'est de respecter ce temps de déconnexion et lui laisser le temps de prendre soin de lui et de revenir dans des bonnes conditions.
- Speaker #1
Et quand la maladie touche les proches, est-ce qu'il y a des dispositifs pour eux ?
- Speaker #0
C'est vrai que quand on parle de maladie, on pense souvent et naturellement à un collaborateur ou à une personne malade. Mais évidemment, et comme nos collègues ont pu en parler juste avant, il ne faut pas oublier que parfois ça touche les proches. qui accompagne. Un conjoint, un parent ou même un enfant atteint d'un cancer ou d'une maladie, ça peut bouleverser toute une organisation familiale. Donc sur le même principe, puisque de toute façon on touche des cas très personnels, on va évaluer au cas par cas en fonction... du besoin réel du collaborateur pour examiner les possibilités d'aménagement, de prise de congé ou d'organisation ponctuelle de l'activité. Et il y a aussi en France notamment le congé de proches aidants ou le congé de présence parentale qu'on peut mettre en place avec les collaborateurs et les RH pour que les proches aidants puissent avoir un peu plus de temps pour s'occuper de leur famille sans pour autant mettre leur travail complètement entre parenthèses.
- Speaker #1
Donc tu nous parles pendant la maladie et ensuite pour le retour au travail, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Alors comment ça se passe pour le retour au travail, il faut prendre en fonction de la durée de la maladie, je pense qu'il faut aussi prendre le temps nécessaire pour la reprise, commencer à prendre contact avec la médecine du travail avant la reprise mais aussi avec son service RH. pour reprendre justement un petit peu contact, pardon, pour savoir ce qui s'est passé, avoir des informations, voir ce qui est envisageable et envisagé pour le collaborateur. Et ensuite, nous, de toute façon... on s'appuie sur les préconisations de la médecine du travail pour permettre aux collaborateurs de reprendre dans les meilleures conditions, dans la meilleure condition possible par rapport à ce qu'il a pu traverser. Et surtout, il faut qu'on accepte qu'une personne puisse avoir besoin de temps pour retrouver ses repères. Revenir travailler, ça ne signifie pas nécessairement avoir retrouvé toutes ses capacités ou toute son énergie immédiate. Donc du coup, on peut mettre aussi en place de façon progressive avec des entretiens de retour et des plans de reprise. adaptée.
- Speaker #1
Merci Clara pour toutes ces informations.
- Speaker #0
Mais je t'en prie Sarah, je voudrais juste conclure en disant que l'entreprise n'a pas la prétention d'avoir une solution pour toutes les situations parce que ce serait complètement faux. En revanche, je pense qu'on a tous un rôle à jouer, les collègues, les managers, les RH, parce que la bienveillance, ce n'est pas nécessairement faire de grandes choses. C'est parfois simplement ne pas poser trop de questions indiscrètes. Accepter qu'un collègue soit moins disponible ou lui permettre de traverser une période difficile, juste être là pour répondre aux besoins de la personne.
- Speaker #1
Tout à l'heure, Manon, tu nous as dit que c'était quelque chose qui était dans ta famille et on n'a pas parlé de toi.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que toi, tu te fais dépister ? Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aurais aimé faire ou faire peut-être plus tôt ?
- Speaker #2
Oui. Alors ? Du coup, cette année, je me suis mis dans... J'ai rempli les papiers nécessaires pour me faire dépister, pour savoir si j'avais le gène. C'est vrai que je ne l'ai pas fait avant, parce que je n'avais pas envie de le savoir. Tout simplement parce que je pense que je me mets un peu désolée sur ce qui peut se passer, etc. Mais quand ma sœur, cette année, me l'a annoncé... Elle, elle a été prise à temps parce qu'elle avait fait justement le processus pour savoir si elle avait le gène. Elle a le gène, donc elle était beaucoup plus suivie. Et c'est comme ça qu'on a pu savoir qu'elle avait le cancer du sein.
- Speaker #1
Tu es plus suivie du coup quand tu as le gène ?
- Speaker #2
Oui, oui, oui. Tu as des mammographies beaucoup plus souvent, etc. Bref, tu rentres dans un processus qui est différent. fait que t'es pris en charge beaucoup plus rapidement s'il y a quelque chose. Et c'est ce qui s'est passé pour ma sœur. Et heureusement qu'elle était dans ce processus-là. Donc, ça faisait des années qu'elle me disait « Manon, il faut que tu rentres dans le processus. » Surtout que ma mère l'a eue à 38 ans, etc. Donc, c'est très jeune. Et voilà. Je sais que c'est pas bien, franchement. On va pas dire que je le regrette, mais... Mais j'aurais dû le faire avant, très honnêtement. Parce que souvent, même mon gynécologue me le proposait à chaque fois. Il faut le faire, Madame Ernaud. Mais cette année, ça m'a mis vraiment un coup avec ma sœur. Je me suis dit, je vais le faire. J'ai rempli tous les papiers. Ça prend un petit peu de temps. Normalement, je devrais être recontactée dans les quelques jours à venir parce que j'ai relancé la chose. Mais c'est vrai que ça prend bien 6-7 mois avant d'avoir un rendez-vous. Donc oui, mais c'est très important en fait, quand on a des... Comme moi, plusieurs cas dans sa famille, même un, ça suffit, de se faire dépister, comme ça au moins, si on peut être pris à temps, plus rapidement, c'est mieux.
- Speaker #3
Oui, je suis tout à fait d'accord avec toi. Moi, j'ai commencé déjà à me faire dépister, à faire des mammographies régulièrement, parce qu'on n'a pas encore abordé le sujet du gène, s'il était dans la famille ou pas, puisque ma mère, c'est le seul cas pour l'instant qui a été déclaré. Mais je me fais contrôler régulièrement. Et puis, comme je disais tout à l'heure, il ne faut pas hésiter, on est sous la douche, et on en profite. On touche un peu les seins, on voit. Si on a le moindre doute, c'est à ce moment-là qu'il faut en parler parce que ça permettra peut-être d'être pris à temps et du coup d'avoir une meilleure prise en charge. Parce qu'on ne sait jamais, ça peut être bénin, mais ça peut être aussi plus important et donc il ne faut pas hésiter une seule seconde.
- Speaker #2
Il faut quand même le dire à votre gynécologue puisque même les prescriptions pour les pilules, etc. c'est quand même... un peu plus réceptif on va dire, surtout passé un certain âge. Moi, j'ai 30 ans, donc on m'a dit attention à la pilule, il va falloir l'arrêter parce que vous avez quand même beaucoup de personnes dans votre famille qui ont eu le cancer du sein, etc. Et que malgré tout, il y a cause à effet avec cette prise de pilule. Donc il faut quand même en parler à son gynécologue. C'est important. Voilà. Et après oui, il faut se palper, etc. Mais pas que, dès qu'il y a un signe, parce que des fois ce n'est pas des boules qui apparaissent. Moi je parle pour ma soeur, il n'y avait pas de boules. Pour ma mère, il n'y avait pas de boules non plus. Voilà, c'est le moindre signe de fatigue. On parlait tout de suite à son médecin. Il faut aller plus loin, quoi. Parce que c'est vrai que des fois c'est juste de la fatigue ou autre. Pour ma maman, elle sentait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Elle en avait parlé à son gynécologue, il disait non, 38 ans, ça a l'air un peu jeune pour avoir le cancer du sein. Bon, elle a quand même poussé. Vous voyez, je sens que je suis fatiguée, je sens qu'il y a quelque chose qui me ronge, en fait. Et en fait, oui, début de crainte. Oui, il faut s'écouter. Il faut s'écouter.
- Speaker #1
Si on ne se sent pas écouté, on insiste.
- Speaker #2
Il faut insister. On change. Après, je pense que ça a évolué, on parle d'il y a 30 ans, etc. Mais vraiment, ma mère, c'est ce qui l'a sauvée. Vraiment, parce que son gynécologue lui avait dit « Non, mais à 38 ans, madame n'a pas le cancer du sein, ce n'est pas possible. » Ben si, en fait. Si, si, elle l'avait bien, même si il n'était pas vraiment avancé, mais il était là. Donc, est-ce qu'il lui a permis de ne pas avoir une ablation totale, de faire un peu moins de chimio ? Des choses comme ça, c'est derrière. Ce n'est pas négligeable. Ma sœur, elle ne fait pas de chimio, elle ne fait que de la radiothérapie. Ce n'est pas la même chose derrière. La récupération n'est pas pareille. Alors que ma marraine a un peu plus attendu. Elle a eu plus de chimio. Ce n'est pas le même traitement. Il ne faut pas attendre. Dès qu'on a quelque chose, il faut y aller. Ça peut vous sauver la vie ou ça peut vous réduire le processus de guérison. C'est mieux.
- Speaker #3
Je suis tout à fait d'accord là-dessus. Il faut énormément écouter son corps. Et pour moi, ma maman était plus âgée. Elle avait déjà passé le capteur 60 ans quand elle a eu son cancer du sein. Mais c'est pareil, elle sentait qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Et puis depuis le temps qu'elle avait eu ces cancers, elle savait que son corps lui tirait la sonnette d'alarme. Elle était fatiguée aussi. Elle ne comprenait pas pourquoi, alors qu'elle se reposait énormément. Et puis elle a consulté son médecin traitant, elle lui a expliqué. Il lui a dit, écoutez madame, on va quand même faire une mammographie de contrôle. Il dit, on n'est pas dans les deux ans, mais c'est pas grave, vu vos antécédents, on l'a fait quand même. Et bien ils ont bien fait de l'affaire puisqu'ils ont trouvé ce qu'on appelle une chaîne de ganglions qui était présente. Alors que ma mère se palpait régulièrement, il n'y avait pas de boules apparentes, mais la chaîne était bien là, était bien présente. Donc, j'en ai suivi tout le processus de ponction, d'analyse. Et puis après, quand le retour est venu et que c'est tombé comme quoi c'était une chaîne qui était cancéreuse, et bien là, il a fallu... Il fallait lui passer à l'ablation parce que c'était le seul moyen pour elle, vu les antécédents qu'elle avait, de pouvoir éviter que ça se propage. Donc c'est vrai que moindre doute et surtout rester vigilant et être à l'écoute de son corps parce que c'est le plus important. Notre corps, il va nous tirer la sonnette d'alarme sur cette maladie, sur ce cancer, mais aussi sur tout. toutes les autres maladies qui peuvent exister. Et ça, c'est très, très important de s'écouter.
- Speaker #1
Merci, je pense qu'on peut conclure dessus. J'allais vous demander des conseils, mais vous en avez donné énormément tout au long de cet échange et je vous en remercie. Je pense que ça pourrait être utile aux proches, aux proches de proches et aux personnes atteintes de maladies. Donc merci beaucoup. Merci à toi.
- Speaker #3
Merci à toi.
- Speaker #1
Merci infiniment, Manon. Angélique, pour votre partage, ce qu'on retient de cet échange, la maladie ne touche jamais une personne seule. Elle touche aussi ses proches, ses équipes, son entourage. Et face à elle, quelques mots justes, un peu d'écoute et de bienveillance peuvent faire une vraie différence. N'oubliez pas non plus, le dépistage, c'est un geste simple qui peut tout changer. Merci à toutes celles et ceux qui nous ont écoutés et on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode des Voix de Finaray.