- Speaker #0
Bonjour à tous et bienvenue dans ce hors-série de Lyric Hunter, le podcast qui, habituellement, explore les paroles des chansons anglaises mais en français. Moi c'est Micha, 50% français, 50% suisse, 100% guitariste amateur. Et ici dans Lyric Hunter, normalement, on inspecte, on épluche, on décortique les paroles des tubes anglophones dans la langue de Renaud ou Gaël Fay, c'est selon. Même si l'épisode 13 arrive très bientôt, on va se faire un petit hors-série à la cool sur le dernier Hellfest qui a eu lieu la semaine passée. J'ai eu la chance d'assister aux 4 jours du festival, et ma mère me demandait qui il y avait. J'étais bien en peine pour lui répondre, parce qu'à part Deep Purple, il n'y a aucune chance qu'elle connaisse un des 179 autres groupes qui s'y sont produits. Du coup, j'ai décidé de faire ce petit hors-série, le Hellfest raconté à ma mère, mais pas que. Si le festival infernal vous rend curieux, si vous y avez été et que comme moi, vous êtes en plein spleen post-Hellfest et que vous avez besoin d'un petit shot pour tenir le coup, ou si vous êtes ma mère, Vous êtes au bon endroit. Alors, je préfère annoncer, on est sur un format à la fraîche détendu du... détendu. On va parler d'ambiance, de musique, de groupe, de paroles, de prestations et de tout ce qui rend cet événement si particulier. Sans nécessairement faire dans la chronique journalistique. Ce hors-série, ça ne va pas être un top ou une liste exhaustive pour vous dire gna gna gna, c'était le groupe qu'il fallait voir. En fait, je voulais vous parler d'artistes qui ont retenu mon attention pour une raison ou pour une autre. Bref. Je vais commencer par le premier groupe qui nous a été donné de voir, U ou U. Je ne sais pas comment ça se prononce vu qu'il y a un tréma sur le U. Avant de parler de ce duo de Rouanet, il faut que j'explique rapidement la disposition des scènes au Hellfest. Dans l'enceinte du festival, il y a 6 scènes majeures, les Main Stage 1 et 2, l'Altar, le Temple, la War Zone et la Vallée. Et juste avant d'entrer dans le festival même, il y a 3 scènes plus petites, la Hell Stage, la Hell Cage et la Purple House. Et c'est dans la Purple House qu'on a vu You. Pour vous décrire l'ambiance, c'est un peu comme un chapiteau de cirque avec des bornes d'arcade au fond. Une espèce de roue de l'infortune sur le côté, roue qui, suivant le résultat, vous promet d'être épilée, coiffée, de faringage ou de boire du piment. Et au milieu, une cage octogonale en fer, le tout baigné dans la pénombre. Température moyenne, 45°C. Autant vous dire que ça clapotait dans les sifs. Les groupes jouent donc dans la cage de fer et ils sont à portée de main, ce qui donne une ambiance 50% zoo, 50% cage de MMA. On avait donc à la guitare Johan Laven, j'ai trouvé son nom, j'en profite, je le mets, et chose peu courante, au chant et à la batterie, Noemi Alhazar. Pour les tenues de scène, on avait le style dandy dégingandé pour le gratteux, pur et semo, je ne pensais pas que j'allais l'utiliser un jour, et une tenue de boxeuse pour la chanteuse, ce qui donnait au tout une ambiance assez sauvage, plutôt à propos pour commencer un festival. Pour la Zik, je vous laisse apprécier leur Stoner Grunge assez énergique. Musique de générique Pour le groupe suivant, on reste en France mais on déménage dans le sud-ouest direction Mont-de-Marsan avec un autre duo, The Inspector Clouseau. Même configuration que pour les U, un guitariste, un batteur. Là aussi on a un groupe sacrément atypique. Le duo assure totalement sa production via leur propre label et ils sont aussi agriculteurs agro-écologiques dans leur ferme Lucas dans les Landes. Ce qui ne les a pas empêchés de faire 1200 concerts dans 67 pays. Mise à part cette petite originalité biographique, je peux dire sans trembler que ça aura été mon concert du week-end. Il développe un rock, blues, funk vigoureux et accrocheur. Le chanteur se paye des petits passages en voix de tête pas vilains du tout. Ils sont arrivés propres sur eux, en costume cravate, et ont terminé le concert en atomisant la batterie dont il n'est pas resté grand chose à la fin. Pas de posture, pas de cimagré. On sait qu'on a eu affaire à des vrais de vrais. Le prochain groupe dont je vais parler est français aussi, mais je préfère prévenir, c'est vraiment une autre ambiance. Parce qu'il chante en vieux noroua, la langue des vikings. Et qu'il joue sur des instruments anciens dont j'ignorais le nom avant aujourd'hui. Talarpa, Lyre, Nickelarpa, Jouico et autres tambours chamaniques. Donc là, on laisse tomber les guitares et les amplis, c'est ambiance dracar et piège en Normandie. Skald, c'est vraiment un trip à vivre. Moi, à titre personnel, ça me parle. Ça a moins parlé à mes potes qui se sont enfuis à l'autre bout du festival pour être bien sûr de ne pas avoir à entendre une note supplémentaire. Côté texte, je ne m'attendais pas à trouver une ode à la fête en boîte de nuit à Ibiza et effectivement, je n'ai pas été déçu. Voilà une traduction de rune que même Google Traduction a galéré à me sortir. Mais je suis un garçon plein de ressources. Éveille-toi, souviens-t'en. Toutes les voyantes viennent de Virulfi. Tous les sages viennent de Vilmeoi. Et les porteurs de magie viennent de Svartolfi. Réveille-toi, souviens-t'en. Fehu, Uruz, Turizas, Anzuz, Raido, Kenaz, Gebo, Bunjo, Agalaz, Nodiz, Isa, Gérard, Eywaz. Ça, c'était le nom des runes, parce que les runes comptent pas pour des prunes. Bon, après ce carnage phonétique et ce jeu de mots lamentable, voilà runes de Scald. Allez, on reste encore un peu en France avec un projet musical qui, comment dire, à côté du mot atypique dans le dictionnaire, il y a la photo de Igor.
- Speaker #1
Igor de Sgorn, cherche pas à t'attendre.
- Speaker #0
C'est un joyeux mélange de plein de trucs qu'on n'aurait pas forcément mis ensemble a priori. Black metal, musique baroque, musique classique, musique électronique, musique traditionnelle et chant lyrique. Et n'espérez pas trouver dans le nom des chansons une cohérence rassurante qui permettrait à vos neurones de raccrocher les wagons. Je vous donne quelques titres en vrac. Parpain, Musette Maximum, Kung Fu Chèvre ou encore Paranoid Bulldozer Italiano. Et pour les paroles, j'ai regardé, je suis venu, j'ai vu, j'ai perdu. Il y a bien des paroles mais elles sont chantées dans une langue de leur invention. Igor 1, Lyric Hunter 0. C'est déroutant, beau, brutal et tout à fait unique dans son genre.
- Speaker #2
Et au soir, il rôit, et nous...
- Speaker #0
Bon, je suis bien conscient que jusqu'à maintenant, on était dans le conceptuel. Donc, on va revenir à des considérations beaucoup plus triviales. Si Igor se situe à une extrémité du spectre du délire intello, le groupe qui suit est carrément à l'autre opposé. Plus couillon et bas du front que les écossais d'Elstorm, c'est difficilement concevable. Leur univers artistique tient littéralement en quatre mots. Pirates, bières, filles, tavernes. Alors les amoureux de l'harmonie soignée qui évolue entre tensions subtiles et résolutions à peine susurrées, les aficionados du polyrythme et de la mesure composée, ou encore les amateurs de belles lettres, vont carrément... faire un malaise devant Hellstorm. Mais bon, eux, Hellstorm, ce genre de considération, je peux vous dire qu'ils s'en lustrent la tireuse à bière avec le houblon de leur indifférence. C'est le degré zéro de la subtilité. Mais purée, c'est sacrément jouissif. Et j'étais faire le pirate pendant une heure dans la fosse avec quelques milliers d'autres malandrins aquatiques du même acabit. Bon, pour les paroles, on va pas perdre de temps, hein. Bière, fille, pirate, taverne, je pense que vous l'aviez déjà. Avant de vous passer leur tube drink, je voulais faire un point fausse. Puisqu'après tout, cet épisode, c'est le Hellfest raconté à ma mère. La fosse, aussi appelée le pit, c'est l'espace juste devant la scène. Et grosso modo, c'est là où se tiennent les activités physiques pluridisciplinaires. Le pogo, on se saute dessus les uns sur les autres, épaule contre épaule. Le circle pit, tout le monde court en rond. Le slam, c'est se faire porter par la foule jusqu'à la barrière. Le wall of death, la foule se sépare en deux. Et quand la musique démarre, les deux camps opposés se foncent dessus. Et enfin le paquito, tout le monde se met par terre à la queue leu-leu et se met à ramer avec les bras en l'air. J'en oublie mais ça vous donne déjà une bonne idée. Le tout est, croyez-le ou non, régi par un code de conduite plutôt bien respecté. En 8 éditions, j'ai jamais vu quelqu'un prendre de vrais mauvais coups. Bon, des fois on peut ramasser une sentiègue sur le coin du museau par un slammer, mais c'est des bricoles ça hein. Allez mes petits pirates, voici Drink. Ah l'air marin, ça rafraîchit. Du coup, notre bateau de pirate nous a amené sur les côtes de Mother India. On retrouve le groupe Bloody Wood qui nous vient de New Delhi. Vous aurez compris sans trop de mal que le concept de ce groupe, c'est de mélanger métal et musique indienne. Un groupe qui... qui suit le principe de fusionner deux univers musicaux éloignés sur le papier, un peu comme The Who avec leur musique mongole, les Baby Metal qui combinent idole japonaise et métal, ou Zealand Hardor qui associe le black metal et spiritual afro-américain. A y penser, l'expression qui dit que si ça existe, quelqu'un a fait du porno avec, c'est un peu pareil pour le métal. Et du coup, ça donne quoi, Bloody Wood ? A vrai dire, ça donne un mélange plutôt heureux et apprécié, parce qu'ils ont emmené avec eux tout le public de la scène principale. Les mélodies et les percussions indiennes, ça marche très bien avec la grosse glitoune saturée. Et côté thématique, on est très loin de l'anecdotique. Bloody Wood aborde des sujets plutôt sensibles, comme la santé mentale, le harcèlement, la discrimination et les violences faites aux femmes. Comme dans la chanson « Danadan » qu'on va écouter juste après, dont je vous passe une traduction maintenant. J'ai défoncé la gueule d'un violeur à coups de poing. Et ouais, j'ai filmé ça. Pour le plaisir visuel des visages anonymes qu'il salit. Et ouais, un jour, je changerai peut-être son espèce. Encore une fois, on va faire un grand écart latéral pour un groupe dont le concept à lui seul justifiait que je me lève tôt dans la matinée pour aller à leur rencontre. Et je pense que vous auriez fait pareil à ma place. Alors le concept, c'est un groupe qui vient de Suisse, de Bâle plus précisément, et qui fait du black metal en tenue de moine apiculteur du Moyen-Âge. Ah j'avais pas menti hein, ça ramonne comme concept hein. Alors vous vous demandez certainement à quoi ça ressemble la moine apiculteur du Moyen-Âge. enfilez une chasuble, mettez-vous un panier en osier sur la tête et vous n'êtes pas loin du compte. Le groupe s'appelle Viglios, désolé pour la prononciation, et ce nom vient du vieux Norrois, encore lui, un concept qui désigne une lumière particulière liée au combat, au moment où la lumière devient suffisante pour tuer un homme sur un champ de bataille. Mais n'allez pas croire que nos petits Suisses sont des bagarreurs en puissance, bien au contraire. Dans leur album, tome 2, Ignis Sacer, ils parlent de l'ergotisme, une intoxication médiévale causée par un champignon parasite du blé, ancêtre chimique du LSD. Ils y font le parallèle avec la société actuelle où la paranoïa et la haine empoisonnent la récolte, comme le champignon. Je vais pas vous mentir, c'est pas un groupe que je vais me réécouter un dimanche matin en préparant mon brunch quinoa, lait d'avoine et toast à l'avocat, mais j'avoue que c'est un concept qui sort carrément des sentiers battus. Après ce petit passage en terre helvétique, on arrive de manière pas logique du tout à Belhorizon, au Brésil avec le groupe légendaire Sepultura. Créé au Brésil en 1984 par les frères Max et Igor Cavalera, le groupe explose dans les années 90 avec des albums comme Chaos A.D. et Roots où ils mélangent la puissance du métal à des sonorités et des rythmes inspirés de leurs racines brésiliennes. Mais en 96, c'est le drame, Max quitte le groupe suite à une brouille XXL, Igor choisit de rester avec les autres membres, les deux frères vont alors passer 10 ans à se faire la tronche Et ils finiront par se retrouver et rejouer ensemble. Mais la fracture avec Cipultura ne se refermera jamais complètement. Ça, c'était pour la bio. Côté prestations, on était sur une livraison un peu brouillonne. Qui ne m'aura pas empêché de rentrer dans leur set et de savourer cette petite Madeleine de Proust ? J'envoyais une vidéo à un copain brésilien avec qui je joue de la Batucada. Il me répondait que Carlinhos Brown a joué avec eux. Du coup, ça me donne l'occasion de mettre un petit peu de plumes et de paillettes dans cet épisode. Et pour en revenir à des choses plus pesantes, on va rester avec Carlinos Brown, Les Paillettes en Moins, et le morceau Rata Maata. Et voici un extrait des paroles. Bidonville, garage, taudis, filles vulgaires, baraques, repères, Zédo Caïchon, Zumbi, Lampion. Pour la petite histoire, Zédo Caïchon, José du Cercueil, est un personnage du cinéma d'horreur brésilien. Zumbi dos Palmares, un héros historique de la résistance des esclaves au Brésil, et Lampion, un bandit célèbre et chef de guérilla du nord-est brésilien dans les années 20 et 30. Quelques heures plus tard, alors que la nuit était tombée sur la Vendée et que les festivaliers commençaient enfin à profiter d'un peu de fraîcheur, Halloween, HopF et Iron Maiden livraient des prestations conformes à leur statut. Et pendant ce temps-là, Sabaton continuait de chanter la guerre sous toutes ses formes. Sabaton dans un tank, Sabaton sur un bateau, Sabaton à la plage et Sabaton fait du ski. Bon, je n'élabore pas plus, ce sont des groupes que j'aime beaucoup, mais ils sont suffisamment commentés par ailleurs. Ce qui m'amène au groupe suivant qui, il faut le dire, est tout autant commenté, voire débattu. Ultra Vomit et Le Metal Parodique. La simple évocation de ce nom suscite généralement deux types de réactions. Ceux pour qui le groupe fait l'effet de l'aubigné sur une petite fille possédée par le démon Pazuzu, et les autres qui adorent. Le débat se résume à peu près à... Peut-on rire en musique ? J'ai bien envie de répondre que oui, mais pas avec tout le monde. D'ailleurs, j'en discutais avec la compagne de mon cousin, qui a concomitamment 26 ans et 20 ans de moins que moi. Pour le coup, elle, elle est plus Timpazouzou. On est arrivé à la conclusion que la musique d'Ultra Vomit fait pas mal de référence à la génération Club Dorothée, avec un humour un peu franchouillard et bas du front qu'on aurait vite fait de qualifier de beauf. Humour avec lequel elle ne connectait pas du tout. Argument que j'entends tout à fait. Cela étant dit, l'humour, c'est un peu comme un produit frais. Ça tourne souvent avec le temps. Ce qui est le pinacle de la drôlerie aujourd'hui sera ringardisé demain. Finalement, on se marre souvent parce qu'on a la ref ou pas. Quoi qu'il en soit, on s'est délecté de chaque seconde de ce spectacle autant généreux que régressif.
- Speaker #2
C'est un pouvoir puissant, le pouvoir de la puissance, c'est la puissance du pouvoir.
- Speaker #3
Et lorsque l'ultime note de métal s'évanouit Lorsque tu crois que tout est fini Oh ! Quand tous les... projecteurs s'éteignent et que la salle s'envoie dans le noir,
- Speaker #2
sache qu'il y a toujours un espoir Oh quand tu rappelles le pouvoir
- Speaker #0
On avance un peu jusqu'au samedi matin. Pour être honnête, je mettais le véto pour aller voir Locomuerte, mais j'ai eu un accident d'oreiller parce que le Hellfest c'est ça aussi. Ça ne m'a pas empêché d'aller traîner mes guêtres à la vallée, un peu au hasard, et grand bien m'en a pris. Je suis passé voir Bruy. Oui, Bruy c'est le nom du groupe, et je suis resté. C'est le genre de petits moments de grâce qui se produisent au Hellfest. On débarque dans un concert au hasard, la tête encore dans le sac d'une soirée qui s'est terminée beaucoup trop tard. La tête et les jambes sont encore lourdes, la bouche un peu pâteuse. Alors que le soleil tape déjà bien trop fort et que la poussière qui s'élève sous les pas des festivaliers vous donne cette impression d'être arrivé à la fin d'un road trip, on passe par curiosité et on se fait cueillir. Et j'ai été cueilli. Bon, pour les paroles, on oublie tout de suite. c'est un groupe de musique instrumentale et expérimentale. Guitare, synthé, bande sonore et violoncelle. Mais attention, pas le genre de violoncelle qui joue du bas qu'en costard cravate avec le petit doigt levé. Là, on parle d'un violoncelliste, torse poil, qui se tordait autour de son instrument à mesure que les nappes progressaient pour atteindre des sommets lumineux. Un vrai voyage introspectif, qui m'a amené ailleurs. Physiquement un clisson, mais très très loin dans ma tête. De son propre aveu, le groupe toulousain exprimait sa surprise et sa joie de jouer devant autant de monde. Puisqu'à la base, Bruy ne devait être qu'un projet de studio. Moi, je dis qu'ils ont bien fait d'en pousser les portes pour partager la chose en live. Générique Générique Si la musique de bruit vous fait vivre un sentiment d'élévation, avec le groupe suivant, c'est carrément l'inverse. Behemoth qui vous propose une visite guidée du 9ème cercle de l'enfer sans faire de changement à Châtelet. On est beaucoup, beaucoup plus tard dans la journée. Il fait nuit noire quand les polonais montent sur scène. Normalement, ils auraient dû jouer sur une autre scène plus petite, mais ont été promus en main stage suite à un désistement. Alors, je vais être honnête avec vous, je voulais pas y aller. Ce sont mes potes qui m'ont traîné avec l'argument imparable « Allez, juste une chanson ! » et je suis resté scotché par la musique et par l'ambiance. Côté thématique, on n'est pas sur le genre de groupe qui vont aider les associations catholiques du coin à se détendre de la soutane. Quelques titres en vrac. Oprah Nobis Lucifer, prie pour nous Lucifer. The Satanist, Satanica, Oh Father, Oh Satan, Oh Son ou encore tout simplement Lucifer. Bon, musicalement et thématiquement, c'est pas trop ma tasse de thé. Parce que je préfère mon sang sacrificiel de jeune vierge à la cuillère plutôt qu'au shaker. Mais il faut dire ce qui est, voir Behemoth vous cracher ses diablories à la tronche en pleine nuit avec des jets de flammes qui éclairent par intermittence les murs en métal rouillé de l'enceinte du Hellfest, ça donne clairement la sensation de faire une plongée dans les abysses. Changement de scène, changement d'ambiance et changement de jour avec un concert qui était beaucoup attendu, Acid Bath, qui est un groupe culte de sludge metal originaire de Louisiane et actif dans les années 90. En seulement deux albums, ils ont marqué les esprits grâce à un mélange unique de metal extrême, de rock gothique, de blues sudiste et de textes sombres et poétiques. Leur carrière s'est brutalement arrêtée en 97 après la mort du bassiste Odi Pitre. dans un accident de voiture, ce qui a contribué à leur statut légendaire. Après près de 30 ans d'absence, le groupe a annoncé sa reformation en 2024 et est remonté sur scène à partir de 2025. Un événement que beaucoup de fans pensaient impossible. Donc voilà, ils étaient attendus. Pour la prestation scénique, j'ai retenu ce groupe pour cet épisode parce que la musique était incroyable. Ça va piocher dans plein de registres et ça fait vibrer des cordes là où ça fait du bien. C'est vraiment à écouter ou à réécouter. Le seul truc qui m'aura chagriné, c'est le chanteur, qui s'était déguisé en l'art sulrique pour l'occasion, mais on ne sait pas pourquoi, et qui en plus de se cacher derrière ses lunettes aviator, livrait une prestation assez inégale. Il y a des moments où on rentrait dedans, on avait envie de lui dire « Vas-y mon petit bonhomme, tu nous tiens, on te suit ! » et la minute d'après, il nous perdait avec des passages un peu approximatifs. Pendant ce concert, on a vu la grâce comme il fait beau en Bretagne, plusieurs fois par jour, entre deux pluies. Et côté interaction avec le public, dans mes notes, j'avais consigné Le chanteur a le charisme d'un plat d'aligot froid qui a figé. Et je suis désolé, mais même avec le recul, je continue de penser pareil. Mais passons. Acide baffe, c'est vachement bien. On termine ce hors-série par Down et Philem Selmo. Down, c'est un groupe classique connu et reconnu. Il a été largement commenté par bien plus compétent que moi. Pour la musique, on va dire qu'il n'était pas dans la meilleure forme et que les guitaristes ont fait assez de pain pour ouvrir une succursale de Marie Blachère à Clisson. Mais ce n'était pas trop gênant puisque leur style est assez rudimentaire et que ça n'a pas gêné l'écoute en général. Je voulais faire ce petit crochet par la Nouvelle Orléans pour parler de ce bon vieux filou, Phil Anselmo. Phil Anselmo, c'est une voix, c'est une gueule. Par sa seule présence, il arrive à capter un public. Pieds nus sur ses tapis perçants, il n'a pas besoin de gesticulations superflues pour marquer son territoire. On dirait un animal qui tourne dans sa cage. Il jette un œil noir dans le public en aigrénant son mal de vivre avec sa voix d'outre-tombe. Voix qui a chanté tellement de misère, et aussi dit beaucoup de conneries. Quoi qu'il en soit, le chant d'Anselmo, c'est vraiment un truc qui vous prend aux tripes. Du coup, comment résumer ce Hellfest pour ma mère et pour vous qui avez eu la bonté de m'écouter jusqu'à maintenant ? Ma foi, c'est une expérience à plusieurs niveaux. C'est un peu une bulle hors du temps où on va avec ses copains à la recherche d'un truc et assez souvent, on finit par en revenir avec un autre. Au-delà de l'image un peu basique qu'on peut associer au métal, c'est le reflet d'une profonde richesse et d'une vraie diversité. On peut y voyager d'un pays ou d'un univers à l'autre en un claquement de doigts. On est interpellé et surpris par des concepts inattendus, voire carrément saugrenus. On peut se retrouver touché par une proposition qu'on n'attendait pas, ou se laisser emporter par un interprète qui a su faire vibrer votre petite sensibilité. C'est l'occasion de découvrir des nouveautés, de sortir de sa zone de confort. Et là, je parle au propre comme au figuré. C'est aussi le moment pour beaucoup de venir se connecter avec les idoles de notre enfance, de faire un saut dans le temps et de redevenir le temps d'un concert, l'adolescent turbulent qu'on a été. Le Hellfest, c'est aussi un cadre et une ambiance. Alors oui, beaucoup disent que le festival est devenu un Disneyland prometaleux. Et c'est vrai. Mais au-delà du décor, c'est une expérience sensorielle où se mêlent l'odeur irrésistible du stand à tartiflettes, la sueur d'un festivalier qui n'a pas vu de douche depuis bien trop longtemps et la bière. C'est aussi des images qui marquent. Quand, entouré par des milliers de gens, au milieu d'un concert, on a ce temps d'arrêt pour se dire « putain, c'est énorme » . Ou encore dans la forêt du Kingdom of Muscadet, quand le soleil commence à se coucher et que la poussière crée un nuage qui transforme les silhouettes des gens et des arbres en ombres chinoises. Le Hellfest, c'est les potes, mes potes, à qui je dédie cet épisode. La perruche colombienne, le président, le sac à dos, le zinc, le peck citron, Cédric McMustaine, mon cousin Léo, et ceux qui ont se fait le temps d'une discussion informelle. Voilà, c'était Lyric Hunter hors série, le Hellfest raconté à ma mère. Je serais curieux d'avoir votre avis sur cet épisode, et vous pouvez m'écrire à delirichunter à gmail.com que vous trouverez aussi en description. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à vous abonner et à partager autour de vous. ou à laisser un like ou plein d'étoiles sur votre plateforme de podcast préférée. Et puisqu'on parlait de se connecter avec les idoles de notre enfance, je voulais terminer l'épisode avec une musique de Megadeth, groupe absolument iconique pour plusieurs générations de métalleux de deux poils. Megadeth qu'on voyait probablement pour la dernière fois, puisque Dave Mustaine, fondateur, chanteur, guitariste, est atteint d'une maladie qui l'empêchera de jouer de la guitare d'ici quelques années et qu'on voulait entendre grogner dans son micro une dernière fois. Merci à tous de m'avoir écouté jusque là. Je vous dis à très vite pour l'épisode 13. En attendant, je vous dis à tout le monde, à tous mes amis, je vous aime, je dois partir. Générique