- Speaker #0
Et bonjour à tous, bienvenue dans Lyric Hunter, le podcast qui explore les paroles des chansons anglaises, mais en français. Moi, c'est Misha, 50% français, 50% suisse, 100% guitariste amateur. Et ici, dans Lyric Hunter, on inspecte, on épluche, on décortique les paroles des tubes anglophones dans la langue de Renaud ou de Nolwenn Leroy, c'est selon. Aujourd'hui, on va parler de Fev, de Kianti, de Phonetic, du Japon, du groupe Talking Heads et surtout de leurs tubes. Psycho Killer. Allez, générique.
- Speaker #1
Eh, t'étais où ? Parce que Odile était cherchée partout. Attends, je te ramène. Eh, madame Odile, je me dis même pas où elle est. Alors que je sais très bien où elle est. Tu veux que je te ramène ?
- Speaker #0
Bienvenue donc dans le podcast qui vous amène bonheur et joie de vivre. Dans l'épisode 12, on parlait de misère et de lutte des classes. Dans l'épisode 13, on parlait de rêves brisés. Et dans le dernier épisode, le 14 donc, on abordait le mal-être et les relations de couples toxiques. Et aujourd'hui, pour bien se remonter le moral, j'ai décidé de vous parler de Tueurs Psychopathes. Wow, c'est super sympa ! J'avais prévu de faire l'épisode 15 sur une chanson beaucoup plus psychédélique, mais... La vie, c'est comme une boîte de chocolat. J'ai eu une idée pour vous proposer un format un peu original. Mais les bonnes idées, ça prend parfois du temps à se mettre en place. Et j'espère pouvoir vous montrer ça très bientôt. Maintenant que j'ai fait un teasing absolument crapuleux, on peut revenir à la chanson du jour. Psycho Killer.
- Speaker #2
Qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #0
Du groupe Talking Heads. Allez, on se fait un petit contexte avant de regarder les paroles. On est dans les années 60, dans le Kentucky, et le jeune Chris Franz essaye d'apprendre à jouer de la trompette sous le regard attentif de son professeur de musique. Professeur dont l'histoire a oublié le nom, mais dont on retiendra qu'il était dur, juste, mais lucide. Après la énième fausse note, il regarda le petit Chris et lui tint à peu près ce langage. Chris, mon petit Chris, tu as un sens du rythme indéniable. Mais quand tu joues de la trompette, tu sonnes comme un caribou en rute. Tu veux pas faire de la batterie plutôt ? Ce dernier prend le conseil au pied de la lettre. Il se met à la batterie et part étudier l'art dans la Rhode Island School of Design avec sa batterie sous le bras. Un jour, un camarade de classe lui demande de jouer de la batterie pour la bande-son de son film d'étude. Il accepte, se pointe à l'enregistrement et fait la connaissance de David Barnes qui joue de la guitare. Le courant passe super bien et ils fondent un groupe, The Artistics. Bah, étudiant en école d'art, d'artistics, enfin, vous voyez l'idée quoi. Cependant, l'expérience tourne court et le groupe s'arrête en 1974. Dans la foulée, David Barnes et Chris Franz déménagent pour... Ils seront rejoints par Tina Weimhoff à la basse. Tina dont la mère est française originaire de Bretagne. Retenez bien cette info parce qu'elle va avoir son importance pour la suite. Ensemble, ils forment les Talking Heads. Le nom viendrait d'un type de cadrage utilisé en télévision pour désigner un plan cadré tête-épaule d'une personne qui parle. Comme un présentateur de JT par exemple. Est-ce que c'était une info indispensable ? Pas sûr, mais au moins maintenant vous savez. Les Talking Heads commencent à se produire dans un club dont le nom entrera dans la légende du rock et dont je ne prononcerai le nom qu'une seule fois. Le CBGBNOMFUG. Country, Bluegrass, Blues and Other Music for Uplifting Gourmandizer pour la VO. Et Country, Bluegrass, Blues et Autres Musiques pour Glouton en Quête d'Élévation pour la VF. Et CBGB pour les intimes et pour faire court. Le CBGB, c'est le lieu qui a vu l'éclosion de beaucoup de grands noms qui sont passés de l'underground au grand public. Et voilà une petite liste des artistes qui sont passés par la scène crasseuse du CBGB. Patti Smith, Richard Hell and the Voivodes, The Heartbreakers, The Dead Boys, The B-52s, Les Misfits, Les New York Dolls, Blondie, Elvis Costello, Bad Brains, Agnostic Front. Le club a aussi vu passer The Police. Et bien entendu, les Ramones.
- Speaker #1
Hey, oh, let's go, let's go, the moment in the day now.
- Speaker #0
Les Ramons dans les Talking Heads feront la première partie. Bref, le CBGB, c'était l'endroit d'elle pour se lancer. Dans la foulée, ils enregistrent quelques démos pour CBS, Columbia Broadcasting System, mais n'obtiennent pas de contrat. Ils feront aussi un passage par la case Lou Reed qui, après avoir vu plusieurs de leurs concerts, les invite chez lui pour discuter chiffon et aussi critiquer leurs prestations à leur conseillant notamment de ralentir le tempo de Tentative Decisions. Reed propose ensuite de produire leur premier album et les met en contact avec son manager Johnny Podell qui leur offre aussitôt un contrat.
- Speaker #3
Ils relisent le contrat et arrivent à la conclusion que Pourquoi t'irais pas jusqu'à la pharmacie pour acheter des capotes ? Comme ça au moins je serais protégé puisque t'as décidé de me baiser pendant que t'y seras va aussi acheter des clopes parce que j'aime bien m'en fumer une après mais t'fais bien baiser !
- Speaker #0
Le contrat aurait donné à Reed et Podell les pleins droits sur l'album. Les Talking Heads refusent l'offre tout en conservant une relation cordiale avec le rock'n'roll animal. Ils signeront finalement chez Sire Records. Mais mais attendez un peu, Sire Records ça me dit quelque chose ça ? Attendez je vais chercher un peu. Voilà, voilà, voilà... Ah oui, voilà ! Arrive 1982 et Madonna est enfin signée chez Sire Records, filiale de Warner Bros. Sire Records, qui au milieu des années 70, s'était fait une spécialité de signer des groupes de punk et new wave. Et donc le premier album des Talking Heads, Talking Heads 77, sort en 1977. Alors, qu'est-ce qu'il donne cet album ? Côté style, c'est un peu dur à classer parce que ça regarde dans pas mal de directions. Ça commence par Yo-Ho Love Comes To Town avec une base franchement funky qui regarde du côté de la Motown et la présence de steel drums pour le moins surprenante. Plus loin, on trouve Tentative Decisions, dont on a parlé plus tôt, qui propose une surprenante alternance de passages funky, suivi de passages plus martiaux qui ont des faux airs de relance à la cornemuse. Le titre Who is it, quant à lui, résume bien le problème qui se pose quand il s'agit de faire rentrer Talking Heads dans une catégorie. C'est un extrait un poil plus long, mais il a le mérite d'être explicite. On a un refrain turbo funky qui se transforme en petite boucle de guitare acidulée, un pont qui vient faire le lien avec une partie plus chaleureuse, enfin bref, vous allez voir, c'est un sacré mélange.
- Speaker #4
What is it ? What is it ? What is it ? Oh, Oh,
- Speaker #0
Encore un autre exemple de l'éclectisme du groupe avec No Compassion. On a un morceau qui déroule son rythme nerveux jusqu'à une rupture qui débouche sur un solo de guitare expérimentale et une cassure dans le rythme. Donc oui, la musique de Talking Heads sur leur album de 77 est difficile à faire entrer dans une case, mais on retrouve quand même des éléments caractéristiques. On a la basse qui occupe un rôle central et qui assoit un groove rudement efficace. Les guitares quant à elles sont tendues et peu disposées à faire des passages planants à la Pink Floyd. Le groupe s'affranchit clairement des structures classiques du genre couplets, ponts, refrains et prend un malin plaisir à jouer avec la forme en créant des coupures nettes. La voix est très serrée avec peu d'effet et pas vraiment d'envolée lyrique. Bon, faut dire que David Barnes est plutôt le genre de chanteur qu'on apprécie pour sa belle énergie plutôt que pour ses capacités vocales. Donc les Talking Heads ne s'interdisent pas grand chose sur le fond ou sur la forme. Notre chanson du jour, qui arrive en pénultième position, ne va pas déroger à la règle. Psycho Killer.
- Speaker #4
Qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #0
Donc, on disait quoi déjà ? Une basse solide qui pose le groove. Une guitare tendue. une batterie minimaliste et David Barnes qui fait du David Barnes au chant. Même si le résultat coule de source, il faut dire que les Talking Heads avaient le morceau dans leur carton depuis un bon moment. Les premières ébauches datent de l'époque où Barnes et Franz jouaient dans le groupe The Artistics, ébauche dont un enregistrement est parvenu jusqu'à nous. Pour la petite histoire, Franz avait envoyé la bande à un professeur pour sa radio New York. mais elle n'avait jamais été diffusée et avait fini archivée au RISD Museum. Redécouverte des années plus tard, elle est officiellement publiée pour la première fois via la compilation Tentative Decisions and Demo and Live, extrait fin 2025,
- Speaker #4
complété en 2026.
- Speaker #0
On retrouve déjà beaucoup d'éléments qui seront présents dans la version finale. Mais on entend qu'elle a tout de même pas mal évolué. Donc les paroles de Psycho Killer avaient déjà été écrites en 1974. Petit détail qui va voir son importance par la suite, mais j'en dis pas plus pour l'instant. Pour l'inspiration, David Barnes a été assez explicite sur les origines de la chanson. Quand j'ai commencé à écrire ça, j'imaginais Alice Cooper en train de faire une balade façon Randy Newman. Le Joker et Hannibal Lecter étaient tous les deux bien plus fascinants que les gentils. Tout le monde a un peu tendance à encourager les méchants dans les films. Pour le contexte, il faut se rappeler qu'Alice Cooper s'était fait une spécialité d'aborder des thèmes aussi sympathiques que la nécrophilie, la folie, la condamnation à mort, les monstres à la Frankenstein, le tout avec une esthétique théâtrale macabre, franchement grotesque, pour faire passer le fait qu'il faut prendre ça au second degré. Ce qui n'empêchera pas de prendre quelques shitstorms bien sentis dans la tronche. Bon, après, avec des titres comme Dead Babies, c'est pas étonnant non plus, hein ? Randy Newman, c'est une autre salle pour une autre ambiance. Contrairement à ce qui se faisait à l'époque, Newman fait des portraits de personnages fictifs, marginaux, escrocs, figures moralement discutables qu'il incarne à la première personne sans jamais commenter ni juger ouvertement leur point de vue. C'est ce qu'on appelle les narrateurs non fiables. Mais, mais...
- Speaker #5
Mais dis-donc !
- Speaker #0
Le narrateur non fiable, on n'en aurait pas parlé dans l'épisode consacré à Nirvana ? Le narrateur non fiable est un procédé littéraire et cinématographique Merci. où la personne qui raconte l'histoire ne transmet pas une vision objective, exacte ou complète des événements. Le lecteur ou le spectateur doit apprendre à douter de sa parole et à lire entre les lignes pour reconstituer la réalité. Donc ces deux influences vont mijoter dans la tête de David Barne. Un sujet macabre raconté de l'intérieur par le protagoniste lui-même. Psycho killer.
- Speaker #2
Je suis quasiment sûr que nous avons affaire à un serial killer.
- Speaker #1
Pardon ?
- Speaker #2
Un serial killer.
- Speaker #1
Hein ?
- Speaker #2
Un serial killer, un tueur en série.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
Avant de nous pencher sur les paroles, j'ai encore une petite anecdote à partager. Le producteur de l'album Talking Heads 77, c'est Anthony Carmine Bongiovi, qui n'est autre que le cousin de... Tony, ça n'a pas l'air d'être le producteur de rêve. Visiblement, il n'aurait pas fait grand-chose sur l'album, et il aurait été assez désagréable, au point que le groupe essayait d'enregistrer des chansons pendant son absence. Pendant l'enregistrement de Psycho Killer, ce bon vieux Tony aurait donné un couteau à David Barnes en lui disant que ça allait l'aider à rentrer dans le personnage. Ce à quoi Barnes aurait répondu
- Speaker #5
Oui, mais quand même non.
- Speaker #0
Et maintenant qu'on sait tout ça, c'est le moment de nous pencher sur les paroles de Psycho Killer. On va d'abord écouter les paroles chantées par David Barnes en personne, après on traduit et on explique. On y va ?
- Speaker #4
I'm tense and nervous and I can't relax I can't sleep cause my bed's on fire Don't touch me, I'm a real live wire
- Speaker #0
Je n'arrive pas à regarder la réalité en face Je suis tendu, nerveux, impossible de me détendre Je ne peux pas dormir, mon lit est en feu Ne me touche pas, je suis une vraie pile électrique Comme on a vu plus tôt, Barnes a écrit son texte à la manière de Randy Newman en racontant une histoire vécue de l'intérieur. On est directement plongé dans la psyché du protagoniste qui est donc un tueur psychopathe. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas tranquille du tout dans sa tête. Le couplet commence par un constat. Il n'arrive pas à regarder la réalité en face. Le texte ne dit pas de quelle réalité il est question. On peut imaginer que le personnage réalise qu'il est psychopathe. Il est lucide par rapport à sa situation. Le fait qu'il parle de réalité montre qu'il a conscience que son état n'est pas normal et qu'il arrive tout de même à faire la part des choses entre la normalité et son état d'esprit. Il est tendu, nerveux, il n'arrive pas à se détendre. Bon là, c'est explicite et plutôt compréhensible. Si je devais réaliser un jour que j'étais un tueur psychopathe moi-même, je suppose que je ne serais pas tout à fait zen non plus. Comme on disait plus tôt, le texte n'essaye pas de critiquer ou justifier le fait d'être un psycho-killer. Ici, il s'agit plus d'une description naturaliste, un peu comme un nom de la vie. inventaire des symptômes qui affectent son esprit. Il poursuit par « je ne peux pas dormir, mon lit est en feu » . On a une image qui permet de s'imaginer la scène. Je suis sûr que ça vous est déjà arrivé d'être dans votre lit, vous tournez dans tous les sens et vous n'arrivez pas à dormir. Genre, vous avez une réunion super importante le lendemain et il y a cette collègue insupportable que vous savez déjà qu'elle va vous envoyer la petite pique qui vous donnera envie de la passer par la fenêtre. Bref, il est agité et son lit est en feu. Pas littéralement, je pense, enfin, j'espère. Par contre, peut-être que ce lit en feu, c'est une façon de symboliser l'enfer et l'idée que le psycho-killer sait qu'il est déjà voué à la damnation. Peut-être qu'il est en plein délire fiévreux aussi. Les deux explications s'entendent. Quoi qu'il en soit, le couplet termine avec « Ne me touche pas, je suis une vraie pile électrique » . Ce vers est intéressant pour plusieurs raisons. La narration change d'angle. Le protagoniste s'adresse à quelqu'un. On ne sait pas s'il parle à l'auditeur en cassant le quatrième mur ou s'il parle à un personnage présent avec lui. En tout cas, le message est clair. Il ne faut pas le toucher. Ici, je dois faire un point traduction. J'ai traduit la phrase « I'm a real live wire » par « je suis une vraie pile électrique » parce que ça colle bien avec le rythme du texte et que l'image reflète bien l'état d'agitation qu'on a décrit juste avant. Mais je dois dire que « live wire » en anglish, ça décrit un fil électrique à nu. Et du coup, on se rend compte de la dangerosité de la situation. Il est agité, nerveux, il ne faut pas s'approcher de lui car il est très dangereux. Et vous allez voir que le refrain va encore accentuer cette idée.
- Speaker #4
Psycho Killer, qu'est-ce que c'est ? Fa Fa, fa, fa, fa, fa, fa, péta. Run, run, run, run, run, run, run away. Oh, psycho killer, qu'est-ce que c'est ?
- Speaker #0
Psycho killer, qu'est-ce que c'est ? Fa, fa, fa, fa, fa, fa, fa, fa, mieux vaut fuir, fuir, fuir, fuir au loin. Bon, je suis désolé, c'est difficile à retranscrire tel quel, mais vous avez compris l'idée. On y est, le fameux refrain avec cette phrase en français. Les mots psycho-killer sont posés sans autre forme de contexte, suivi de cette question en français, qu'est-ce que c'est ? Donc on a déjà un jeu sur la sonorité, qu'est-ce que c'est, qui est un son tranchant et qui surprend l'auditeur. Alors nous, on parle français, on est moins surpris parce qu'on sait ce que ça veut dire, mais mettez-vous dans la peau d'un américain pour imaginer le côté surprenant et inattendu de cette phrase. L'utilisation d'une autre langue permet aussi de faire une fissure dans le discours. Le psycho-killer est en train de sombrer dans la folie. Un coup il parle en anglais, un coup il parle en français. C'est un peu une façon de montrer qu'il est en train de perdre les pédales. Quand on y pense, elle est maligne cette phrase. Elle décrit un état de stupeur dans le récit tout en créant la même stupéfaction chez l'auditeur. Peut-être que le psycho-killer s'adresse à l'auditeur comme s'il le menaçait directement. La suite ne va pas nous aider à nous tranquilliser. Fa fa fa fa fa, fa fa fa, mieux vaut fuir, fuir, fuir, fuir, fuir au loin. La répétition de fa fa fa fa et fuir, fuir, fuir, amène un élément rythmique percutant tout en représentant l'état de folie du narrateur. Il est super nerveux, il n'arrive pas à faire une phrase, il bégaye et clairement, il nous dit de fuir parce qu'à priori, il ne nous veut pas du bien. D'ailleurs, ce petit jeu de phonétique, ça me rappelle quelque chose.
- Speaker #6
J'ai été interrogé par un employé du recensement. J'ai dégusté son foie avec des fèves au beurre et un excellent Chianti.
- Speaker #0
Alors, j'ai pas trouvé de lien direct entre cette scène du Silence des Agneaux et notre chanson du jour. Par contre, il y a une petite info intéressante. Jonathan Demme, qui a réalisé le Silence des Agneaux en 91, a aussi réalisé le film Stop Making Sense pour les Talking Heads en 1984.
- Speaker #4
Étonnant, non ? Quand je n'ai rien à dire, mes lèvres sont fermées. Dis quelque chose une fois, pourquoi le dis-tu encore ?
- Speaker #0
Tu entames une conversation, tu n'arrives même pas à la finir. Tu parles beaucoup, mais tu ne dis rien. Quand je n'ai rien à dire, je garde le silence. Pourquoi répéter ce qu'on a dit une fois ? Dans le second couplet, la narration change de ton. Le psycho-killer continue de parler, mais il s'adresse à une personne. Curieusement, ces vers sont posés un peu comme une liste de reproches. Et là, j'ai plusieurs angles de lecture à vous proposer. Le premier est d'ordre cinématographique. Le psycho-killer se réa avec une de ses victimes, et il est en train de se parler à lui-même. Comme dans les films où le méchant se lance dans un long monologue pour expliquer à quel point il va conquérir le monde. le monde ou un truc du genre.
- Speaker #7
Procédé narratif qui permet de montrer à quel point il est machiavélique et
- Speaker #0
qui laisse aussi largement le temps aux héros de se libérer et de s'enfuir. Bref, on peut s'imaginer une scène comme ça, ou alors on peut se dire que ce couplet est un manifeste esthétique glissé par le groupe dans la bouche du psycho-killer. On a vu que le style des Talking Heads est plutôt tourné vers le minimalisme. Et du coup, le couplet serait une critique sur le plan esthétique. Et enfin, on ne peut pas exclure l'idée que le personnage est en train de se parler à lui-même dans une sorte de dialogue schizophrénique.
- Speaker #1
Le maître est mon ami. Non, tu n'as pas d'ami. Personne ne t'aime. Je n'entends rien. Je n'entends rien.
- Speaker #0
Quoi qu'il en soit, avant de passer au pont, petite parenthèse qui me chatouillait depuis le début de l'épisode. Le titre même de la chanson Psycho Killer joue sur une confusion qu'on retrouve partout dans la culture pop. Psycho est associé au dédoublement de personnalité, aux voix dans la tête, à la schizophrénie. Merci Hitchcock et son film Psychose, où le twist final mélange les deux sens complexes. Sauf que cliniquement, un tueur psychopathe renvoie à un autre profil, le trouble de la personnalité antisociale. Pas de voix, pas de dédoublement, pas d'hallucination. C'est plutôt une absence d'empathie et un rejet des normes sociales. Bref, le cinéma et la pop culture font un joyeux amalgame depuis des décennies, et notre psycho-killer du jour, avec son petit dialogue, coche allègrement toutes les cases du cliché plutôt que la réalité clinique. Et maintenant, on arrive au fameux pont chanté en français. Du coup, pas de traduction, on prend le texte tel quel.
- Speaker #4
Ce que j'ai fait ce soir-là, ce qu'elle a dit ce soir-là, réalisant mon espoir, je me lance vers les blois roquets.
- Speaker #0
Ce que j'ai fait ce soir-là, ce qu'elle a dit ce soir-là, réalisant mon espoir. Je me lance vers la gloire, ok. Vous vous rappelez, en début d'épisode, on disait Ils seront rejoints par Tina Weimhoff à la basse. Tina dont la mère est française, originaire de Bretagne. Et là aussi, j'ai une autre petite anecdote rigolote à vous raconter. Au début, le passage devait être en japonais. David Barnes appelle une copine japonaise pour lui demander d'écrire un petit texte pour la chanson. Cette dernière accepte avant de demander « mais au fait, ça parle de quoi ? » « Euh, de tueur psychopathe, pourquoi ? » Sa réaction a été à peu près la suivante. Bref, elle refuse et Barnes se tourne vers Tina Weimhoff et sa française de mère. Cette dernière écrit le texte qui est une véritable torture phonétique pour les chanteurs anglophones. C'est un concentré des pires sons à prononcer pour nos amis d'outre-manche. Les mots avec war comme soir, espoir, gloire ou encore les mots avec en comme réalisant. Pour le contenu, le pont continue d'accentuer l'aspect double personnalité. Ici, le psycho-killer se met à parler français. Le texte joue volontairement sur l'ambiguïté. Il a l'air de faire référence à un moment très précis dans le temps, moment qui est un moment très précis dans le temps. inclut la présence d'une femme. Les mots gloire et espoir laissent penser qu'il s'agit de quelque chose de positif. Mais bon, on est dans une chanson qui s'appelle Psycho Killer dont le principe repose sur la voix du narrateur non fiable. Et dans Narrateur non fiable, il y a... non fiables. Du coup, la porte est ouverte à toutes les interprétations. Mais je suis bien tenté de penser que c'est complètement ironique. Il est probable que l'espoir réalisé est l'accomplissement d'un crime et que la gloire dont il est question est la réalisation totale de sa folie, comme s'il avait passé le point de non-retour.
- Speaker #4
Nous sommes vaines et nous sommes blindes. Je hais les gens quand ils ne sont pas polices.
- Speaker #0
Nous sommes vaniteux et aveugles. Je déteste les gens qui manquent de politesse. Et voilà, on arrive à une chute étrange. D'abord, il y a ce glissement grammatical qu'il ne faut pas rater. Jusqu'ici, le psycho-killer parlait à la première personne ou s'adressait à quelqu'un. Là, d'un coup, il passe à nous. Il ne parle plus seulement de lui, il nous embarque avec lui. On passe du portrait clinique d'un individu à une généralité qui nous inclut de force. Le narrateur ne se contente plus de nous raconter sa folie, il nous dit qu'on lui ressemble. Ce qu'il nous reproche, c'est d'être vaniteux et aveugles. On est tous un peu vaniteux, on est tous un peu aveugles à nos propres travers. Le psycho-killer, en généralisant son propre mal-être à l'espèce humaine, se donne presque une excuse. Si tout le monde est comme ça, il n'est finalement qu'un cas parmi d'autres, juste un peu différent. Et puis vient la dernière ligne, et c'est là que ça devient presque comique. Après nous avoir parlé d'insomnie, de tension, de crime presque accompli, il conclut en parlant de son intolérance pour les gens qui manquent de politesse. Ce qui est une broutille. Alors qu'on attendait une révélation, on récolte une remarque triviale sur les bonnes manières. Et c'est peut-être ça la vraie force de cette dernière ligne. Elle illustre à la perfection ce qu'on disait en introduction sur la banalité du mal. Le monstre ne se cache pas dans une grandeur tragique façon Alice Cooper. Au contraire, il finit sa confession par une pique digne d'une dispute de voisinage. Et c'est peut-être ça le plus marquant. Ce grand écart entre la gravité de ce qu'on devine et la petitesse de ce qui, au fond, sans vraiment le travailler. Et finalement, est-ce qu'on serait pas tous un peu Psycho Killer au fond ? Quel que soit l'état de votre santé mentale, que j'espère bonne, on est arrivé à la fin de l'explication des paroles. Et c'est le moment de nous demander ce qu'on peut retenir de tout ça et de parler de l'héritage musical laissé par les Talking Heads en général et leur chanson Psycho Killer en particulier. Donc on a vu que Psycho Killer a été le fruit d'une maturation qui s'est étalée sur plusieurs années. Commencé au sein du groupe The Artistics, puis affiné par les Talking Heads, la chanson est finalement un bon résumé de la singularité du groupe. Dans cet album de 77, il développe une esthétique minimaliste qui repose sur des sonorités anguleuses, voire rugueuses, soutenues par une basse omniprésente et incontournable. Le texte de Psycho Killer raconte la psyché d'un tueur psychopathe vu de l'intérieur au début, puis la narration change d'angle pour parler des autres en brouillant volontairement les pistes. Finalement, la chanson nous interroge sur notre propre état mental. Étrange, singulier, familier et en même temps dérangeant, Psycho Killer c'est un peu tout ça à la fois. Un mélange curieux qui nous interpelle en tant qu'individu. A sa sortie, le titre fait un carton. Et c'est l'occasion de parler de la stratégie marketing opportuniste qui aura entraîné le travail de service après-vente le plus pénible de l'histoire du rock. En effet, entre 76 et 77, David Berkowitz, aussi connu sous le nom de Fils de Sam, a tué 6 personnes et blessé une dizaine d'autres à New York. Il est arrêté en août 77 et la maison de disques aurait attendu un peu pour sortir Psycho Killer pour surfer sur cette actualité morbide. Du coup, les Talking Heads ont dû passer les décennies suivantes à démentir tout lien entre la chanson et Berkowitz. Interview des Talking Heads numéro 2843. Alors, comme ça, vous avez écrit Psycho Killer en vous inspirant des crimes de Berkowitz ?
- Speaker #5
Putain, c'est pas vrai, j'ai le cauchemar.
- Speaker #0
Côté héritage, la chanson Psycho Killer va être reprise un nombre incalculable de fois. Selena Gomez ira même emprunter la fameuse ligne de basse pour la chanson Bad Liar. Le groupe continuera à enregistrer des albums jusqu'à leur séparation en 91. La liste des artistes qui les citent comme influences est sans fin. Je vous en donne quelques-uns juste comme ça. Eddie Vedder, Trent Reznor, Paolo Sorrentino ou encore Franz Ferdinand. Et le plus évident reste bien sûr le groupe Radiohead. Radiohead qui tire son nom directement d'une chanson des Talking Heads intitulée Radiohead donc. Donc un groupe qui a beaucoup compté et dont je vous encourage à aller explorer la discographie aussi variée que surprenante. On est arrivé à la fin de la conclusion, c'est dire si on est à un stade avancé de l'épisode. J'adorerais avoir votre avis sur cette analyse de PsychoKiller. Vous pouvez m'écrire à thelearycounter.gmail.com ou sur Instagram. Mon petit nom c'est podcastmusiqueparole. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous ou à laisser un like ou plein d'étoiles sur votre plateforme de podcast préférée. Chaque partage m'aide vraiment à toucher plus de monde et ça me motive à continuer à faire d'autres épisodes. Avant de vous laisser, je vous ai préparé une petite rubrique pour finir sur une note sucrée. Le bon, la brute et le truand. Rubrique où je vais vous proposer trois versions de Psycho Killer. Le bon, une version magnifiée de l'original. La brute, une revisite osée ou décalée. Le truand, ça c'est mon petit penchant pour les versions déviantes, malfagotées, feignantes ou carrément crapuleuses. PsychoKiller a généré beaucoup de reprises plutôt qualitatives, mais je vous ai dégoté un petit truand qui mérite de faire un petit séjour en maison d'arrêt. My Lestirus qui nous livre une version dense, acidulée, vraiment pas fofolle. En gros, elle enlève tout ce qui fait l'intérêt de la chanson de base pour proposer une soupe commerciale, surproduite et franchement interchangeable. C'est un peu du mauvais Lady Gaga. Je soupçonne la tentative opportuniste sans inspiration. Bref, ma petite maillée pour toi c'est 3 sur 20, hors sujet. D'habitude, pour la brute, je ne passe qu'un extrait et je laisse la chanson entière pour le bon. Mais ce coup-ci, je suis tombé sur deux pépites et je vais vous les passer en entier parce que les deux valent clairement le détour. On commence par la version démentielle du groupe Caravan of Thieves et leur reprise en mode swing manouche. Ça va à fond la caisse et c'est jouissif. Amusez-vous à suivre le violon qui apporte de la folie tout au long du morceau. Le pont en français arrive comme sur du velours. Bref, j'ai adoré et j'espère que vous aimerez aussi. Duran Duran qui sont pas tout à fait des débutants. Ils ont pris le principe de la grosse ligne de basse pour la booster aux hormones et faire une musique carrément disco. Dans leur version, les Duran Duran font Le choix intéressant de proposer une instrumentation riche avec beaucoup de profondeur. Finalement à l'opposé de l'esthétique des Talking Heads. Et pourtant ça marche super bien. Les 4 minutes 25 passent toutes seules. La transition vers le pont est particulièrement bien réussie si vous voulez mon avis. Je la trouve même plus fluide que l'original. Mais bon, je suppose que dans l'original justement l'intention c'était de faire une cassure brutale plutôt qu'une transition fluide. Quoi qu'il en soit, on va s'écouter ça. Je vous remercie de m'avoir écouté. Je vous laisse maintenant avec les Duran Duran et je vous dis à très bientôt pour l'épisode 16.
- Speaker #1
Oh, psycho killer, kiss kissy, pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa pa la C'est parti ! Musique de fin