- Speaker #0
Dans chaque jeu vidéo, tu as croisé des centaines de personnages, ou pire, tu les as tués sans même te poser la moindre question. Ce podcast se pose les questions à ta place. Bonjour à tous et bienvenue dans Ma Vie de PNJ, le podcast qui donne enfin la parole à ceux qu'on a oubliés. Dans chaque épisode, je redonne une voix, une histoire et un prénom aux oubliés des jeux vidéo pour qu'ils puissent enfin prendre leur revanche. Aujourd'hui, je vais vous parler de Mélanie. Imaginez Los Angeles. Pas la Los Angeles ensoleillée des cartes postales avec ses beaux palmiers et ses Lamborghini. Non, non, non. Imaginez la Los Angeles d'en bas. Celle des néons fatigués, des ruelles humides, des enseignes qui clignotent à moitié. La Los Angeles de 3h du mat, quand les boutiques sont fermées et que seuls les bars, les motels et les clubs continuent à respirer. Et au cœur de cette ville, il y avait un quartier en particulier. Un quartier que les habitants de la ville évitaient le jour et fréquentaient la nuit. Quelques rues coincées entre le centre-ville et le port, là où les néons étaient un peu plus rouges qu'ailleurs, les enseignes un peu plus explicites et les promesses faites aux passants, disons, beaucoup moins respectables. On appelait ce quartier le Red Light District. le quartier rouge. Une zone hors du temps, hors des lois, hors des regards. Un endroit où les gens venaient pour oublier qui ils étaient et où celles et ceux qui y travaillaient finissaient par oublier qui ils auraient voulu être. C'est dans ce quartier-là que vivait Mélanie. Mélanie avait 28 ans, mère célibataire d'une petite fille de 4 ans qu'elle adorait et qui dormait actuellement chez sa grand-mère. Elle travaillait la nuit dans un établissement du quartier rouge qui s'appelait pompeusement The Gentleman Lounge. Ce qui était une appellation extrêmement optimiste pour ce qui ressemblait surtout à un sous-sol avec des neons roses et une moquette dont personne ne voulait connaître l'origine. Mélanie dansait, pas par passion non, mais par nécessité. Elle économisait pour reprendre des études d'infirmière. Elle avait fait ses calculs, encore 18 mois. 18 mois et elle pourrait quitter ce milieu pour de bon. Elle ouvrirait une nouvelle page, loin du red light, loin des néons rouges, loin de tout ça. Ça, c'était son plan. Le problème, c'est que Melanie vivait dans une ville étrange, une ville où les choses clochaient. Depuis quelques semaines, il se passait des phénomènes inexplicables. Des gens disparaissaient, des créatures bizarres, qu'on décrivait comme des sortes de cochons en uniforme de police, avaient été aperçus dans les ruelles. Le ciel, parfois, prenait des teintes oranges impossibles. Et puis, il y avait cette invasion dont tout le monde parlait, mais que personne ne nommait vraiment, un peu comme si en parler à haute voix la rendait plus réelle. Les autorités étaient dépassées, la police était dépassée, l'armée, elle, semblait avoir disparu. Dans ce cas, au général, une rumeur circulait. Un seul homme tenait tête aux envahisseurs. Un type baraqué, lunettes noires, cheveux blonds. Il se promenait en Marcel. Il balançait des répliques cultes toutes les 20 secondes. On l'appelait le Duke. Personne ne savait vraiment qui il était. On disait qu'il sauvait la ville. On disait qu'il était notre seul espoir. Mélanie, elle, n'avait jamais entendu parler de lui. Mélanie travaillait, elle dansait. Mélanie comptait les billets dans sa loge à la fin de chaque nuit. Mélanie ne s'occupait pas des invasions. Enfin, jusqu'à ce mardi soir. Il était 2h45 du matin. Mélanie venait de finir un set. Elle s'était changée. Elle portait maintenant un jean, un t-shirt large et une paire de baskets. Elle s'apprêtait à rentrer chez elle quand le club a commencé à trembler. Pas une secousse sismique. Quelque chose de plus profond. Quelque chose qui venait du ciel. Les lumières ont vacillé. Une cliente a hurlé. Le videur a sorti une arme et a couru vers la sortie de secours. Mélanie restait figée. Elle a regardé par la petite fenêtre. Et là, dehors, elle l'a vue. Los Angeles brûlait. C'est à ce moment-là que la porte du club a explosé. Une silhouette est entrée, massive, en marcel. Lunettes noires, cheveux blonds, un fusil à pompe dans une main, un cigare dans l'autre. Le Duke. Il a regardé autour de lui. Il a vu trois ou quatre créatures porcines en uniforme qui s'étaient infiltrées par le toit. Il les a battues, une par une. Puis, il s'est tourné vers les danseuses du club. Et il leur a dit, avec un sourire paraît-il charmeur, « Shake it baby, you wanna dance ? » Mélanie a froncé les sourcils. Melanie venait d'échapper à une invasion extraterrestre. Melanie pensait à sa fille. Melanie n'avait aucune, mais alors aucune envie de shake it, quoi que ce soit. Mais Melanie n'a pas eu le choix. Parce qu'à ce moment précis, une nouvelle vague de créatures a défoncé le mur. Le Duke s'est retourné pour les affronter. Et dans le chaos qui a suivi, les balles, les explosions, les hurlements. Melanie a été touchée par un éclat de béton qui tombait du plafond. Elle est morte sur le coup. Le Duke, lui, est sorti vainqueur. Il a balancé une dernière punchline et il est parti dans la nuit, satisfait. Il n'a jamais su que Mélanie existait. Après cette catastrophe, j'ai recueilli les témoignages des proches de Mélanie pour vous. Tout d'abord Vanessa, collègue et meilleure amie.
- Speaker #1
Mélanie, c'était la plus solide d'entre nous. Toujours souriante, jamais une plainte et elle nous protégeait. Elle nous prêtait de l'argent en fin de mois, elle nous expliquait comment ne pas se faire avoir par les clients pénibles et elle disait qu'on méritait tout mieux que ce club et qu'un jour, on s'en sortirait. Et puis, il y a eu cette nuit. J'étais juste à côté d'elle quand le plafond a scellé. Moi, j'ai pas eu une égratignure. Elle, elle a tout pris.
- Speaker #0
L'inspecteur Lopez, chargé de l'enquête.
- Speaker #2
On a retrouvé Mélanie sous les décombres du Gentleman's Lounge. 23ème victime collatérale de la nuit. Vous savez ce qu'il y a de terrible dans cette histoire ? Personne ne va se souvenir d'elle. Les gens nouveaux parlaient du Duke, de l'invasion. Ils vont parler des héros, mais Mélanie, sa petite-fille, son projet d'infirmière, ça, personne n'en parlera. Et c'est le problème avec les héros, ils prennent toute la lumière et il n'y a plus de place pour les autres.
- Speaker #0
La grand-mère de Mélanie, depuis le Nevada.
- Speaker #3
J'ai dû expliquer à la petite, j'ai pas su comment. Comment voulez-vous expliquer à une enfant de 4 ans que sa maman est morte parce qu'un type en marcelle devait sauver le monde et qu'elle se trouvait dans le mauvais club au mauvais moment ? Comment ? Je l'ai juste prise dans mes bras et... Et j'ai pleuré, moi. Et elle aussi, d'ailleurs. Elle a pleuré, mais sans comprendre. C'est ça, la vraie tragédie. Quand on pleure sans comprendre.
- Speaker #0
J'ai également réussi à contacter le Duke.
- Speaker #4
Mélanie qui ? Écoute, mec. J'en sauve des milliers chaque soir. Je peux pas toutes les retenir, ok ? Et puis, franchement, le clemat nul coup, c'est l'essentiel, non ? J'ai pas le temps, là. Faut que j'aille botter d'autres culs.
- Speaker #0
Le Duke est reparti en faisant claquer la porte, puis il s'est allumé un autre cigare. Il y a quelque chose d'important qu'il faut dire sur Melanie. Dans l'histoire de Los Angeles telle qu'elle sera racontée plus tard, on parlera de l'invasion, on parlera du Duke, on parlera des batailles, des explosions, des victoires, et on dira que le Duke a sauvé la ville. C'est faux. Le duc n'a pas sauvé la ville, le duc a sauvé une partie de la ville. La partie qui survivait à son passage, et entre les corps des envahisseurs dans les ruines des bâtiments effondrés, sous les décombres des clubs, des bureaux, des appartements, il y avait des centaines de Mélanie. Des femmes, des hommes qui n'avaient rien demandé, qui n'étaient ni des héros, ni des méchants, qui voulaient juste finir le service, rentrer chez eux, embrasser leurs enfants et avoir un peu de répit. Mélanie n'aimait pas son travail. Melanie ne l'avait pas choisie par vocation. Melanie le faisait parce qu'elle aimait sa fille plus que tout au monde et qu'elle voulait lui offrir une vie meilleure que la sienne. Melanie n'était pas un PNJ dans une boîte de striptease. Non, Melanie était une mère, une future étudiante, une amie, une fille et accessoirement une danseuse. Elle méritait mieux que de mourir sous un plafond effondré, oublié par le héros qu'on lui présentait comme son sauveur. Et si on faisait un vrai mémorial pour Los Angeles, un mémorial honnête, on graverait son nom dessus. Pas celui du Duke. Repose en paix, Mélanie. Ta petite fille est devenue infirmière. Tu aurais été fier d'elle. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Si tu as aimé, le mieux que tu puisses faire, c'est trois choses. T'abonner, laisser une note et partager à une personne. C'est gratuit, ça te prend 10 secondes et ça change tout pour moi. Merci encore, à dans deux semaines. Générique