Speaker #0Dans chaque jeu vidéo, tu as croisé des centaines de personnages, ou pire, tu les as tués sans même te poser la moindre question. Ce podcast se pose les questions à ta place. Bonjour à tous et bienvenue dans Ma Vie de PNJ, le podcast qui donne enfin la parole à ceux qu'on a oubliés. Dans chaque épisode, je redonne une voix, une histoire et un prénom aux oubliés des jeux vidéo pour qu'ils puissent enfin prendre leur revanche. Aujourd'hui, je vais vous parler de Georges Antoine. Sur le CV de Georges Antoine, il y avait trois lignes. Trois métiers, trois vies. Première ligne, militaire. Pendant des années, Georges Antoine a été soldat. Posté en hauteur sur son nuage, il bombardait les intrus qui osaient traverser son secteur en leur relançant des petites créatures épineuses. C'était un boulot ingrat, dangereux et franchement pas très valorisant. Georges Antoine n'aimait pas ce métier. Georges Antoine n'avait pas choisi ce métier. On l'y avait mis, comme on met les gens là où il y a une case à remplir. Deuxième ligne, caméraman. Ça par contre, c'était sa vocation. Georges Antoine appartenait à un peuple un peu particulier, les Lakitu. Des petites créatures à lunettes perchées en permanence sur un nuage personnel, leur véhicule de fonction en quelque sorte. Tous identiques, tous interchangeables, regroupés dans ce qui ressemblait fort à une immense agence d'intérim flottante. Quand un poste se libérait quelque part dans le monde, on envoyait un Lakitu. N'importe lequel, ça n'avait pas d'importance. Ils étaient une main d'œuvre, une ressource du personnel sur un nuage. Mais Georges Antoine, lui, il était différent. Georges Antoine avait de l'ambition. Le jour où on lui a proposé de devenir caméraman officiel du héros, il a sauté sur l'occasion. Parce qu'il faut vous expliquer le monde dans lequel vivait Georges Antoine. C'était un monde coloré, fait de plaines vertes, de châteaux et de tuyaux géants où vivait un héros légendaire. Un petit moustachu en salopette rouge, que tout le monde adorait d'ailleurs. Un héros suivi, observé, vénéré, tout le temps, en permanence. Il était suivi par une présence invisible qu'on sentait planer au-dessus de tout. Le regard. Le travail de Georges Antoine, son nouveau travail, le plus beau de sa vie, c'était ça. Être les yeux du regard. Suivre le héros partout. Le cadrer, le filmer. Faire en sorte que la force invisible qui veillait sur ce monde puisse tout voir. Sous le meilleur angle, à chaque instant. Georges Antoine prenait son métier très au sérieux. Peut-être un peu trop d'ailleurs. Le problème avec le métier de caméraman de héros, c'est que personne n'avait jamais rédigé de fiches de sécurité. Le héros sautait, Georges Antoine suivait. Le héros plongeait dans l'eau glacée, Georges Antoine suivait. Le héros se faisait propulser par un canon à l'autre bout de la carte, Georges Antoine suivait. Le héros tombait dans la lave, escaladait les montagnes vertigineuses, se jetait dans le vide depuis des plateformes suspendues à 3000 mètres d'altitude, et Georges Antoine suivait, toujours. Avec sa petite caméra, sans assurance, sans pause, sans jamais un merci. Pire encore, le regard était exigeant. Quand Georges Antoine se mettait trop près du héros, le regard s'agacait. Ah, on voit rien ! Quand Georges Antoine se mettait trop loin, le regard s'agacait. Pfff, c'est mal cadré ! Quand Georges Antoine se coinçait derrière un mur, ce qui arrivait parce qu'il est techniquement compliqué de filmer quelqu'un qui court dans un château, le regard hurlait, secouait tout, exigeait un autre point de vue. Georges Antoine n'avait jamais raison. Georges Antoine ne pouvait jamais avoir raison, c'était structurellement pas possible. Et un jour, Georges Antoine a craqué. Pas de drame, pas de cri. Juste un petit nuage fatigué qui, un matin, a posé sa caméra et a dit tout haut ce qu'il pensait tout bas. En fait, je crois que je fais ce métier pour quelqu'un qui ne me regarde même pas. L'agence l'a convoqué. On lui a expliqué, avec ce ton de ressources humaines qui ne donne qu'une envie, c'est de se jeter dans un ravin qui, en fait... Il n'avait plus la flamme. Que le regard se plaignait, qu'on allait le repositionner sur un projet plus adapté à son profil actuel. Troisième ligne du CV. On l'a muté sur un circuit. Un circuit de course. Sur le moment, soyons honnêtes, Georges Antoine l'a vécu comme une punition. On lui a collé dans les mains un petit panneau lumineux pour compter 3, 2, 1, partez ! On lui a donné une canne à pêche pour repêcher les pilotes qui tombent du pont. Lui, l'artiste. Lui, le caméraman de l'extrême, réduit à repêcher des conducteurs distraits au-dessus d'un ravin. Le premier jour, il a failli pleurer sur son nuage. Le deuxième jour, il a repêché un pilote, puis un autre, puis une petite princesse en carte rose qui lui a fait « merci » en repartant. Et là... Quelque chose d'étrange s'est passé. Quelqu'un l'avait remercié. Pour la première fois en 40 ans de carrière, quelqu'un avait enfin vu Georges Antoine. Il faut dire la vérité sur Georges Antoine. Pendant des années, on a cru que sa mutation au circuit, c'était une chute, la dégringolade d'un artiste, la fin d'une vocation, le caméraman de l'extrême rétrogradé au rang de ramasseur de cartes. On avait tort, parce que Georges Antoine n'a pas perdu sa flamme au circuit. Il l'a retrouvée. Au service du héros, il était invisible. Un œil anonyme au bout d'une perche qu'on engueulait sans jamais le voir. Sur le circuit, il est devenu quelqu'un. Les pilotes le connaissent, les pilotes le saluent, ils lui disent merci, ils lancent les courses, ils rattrapent ceux qui tombent, il fait partie de la fête. Et surtout, surtout, il a compris un truc que beaucoup d'entre nous mettent une vie à comprendre. Ce n'est pas le prestige du métier qui compte, c'est de se sentir vu, d'être utile à des gens qui vous le rendent. Georges Antoine filmait les exploits d'un seul héros qu'il ne regardait pas. Aujourd'hui, il aide des dizaines de pilotes qu'il adore. Il a troqué la gloire solitaire contre la joie collective. Et honnêtement, il a fait la meilleure affaire du monde. Il est toujours là d'ailleurs, tous les jours. Sur son circuit, son petit panneau lumineux à la main, sa canne à pêche posée à côté de lui. Si vous passez par là, vous le verrez. Il sourit, il fait le décompte, il repêche les distraits. Et ce sourire-là, ce n'est plus le sourire d'une façade d'un employé épuisé. C'est un vrai. Alors la prochaine fois que vous voyez un petit personnage sur un nuage agiter un drapeau au bord d'un circuit, saluez-le. Il a eu trois vies. Un métier qu'on lui a imposé, un métier qu'il a brisé, et un métier qu'il l'a sauvé. Et il a trouvé le bonheur là où personne ne pensait à le chercher. Au bord d'une piste, une canne à la main. Longue et belle carrière, Georges Antoine. Tu voulais filmer les plus belles images du monde ? Finalement, tu es devenu toi-même une belle image. Celle d'un gars qui a retrouvé le sourire. Et voilà, c'était le point final du CV de Georges Antoine. Avant de partir, un petit service. Vous connaissez les algorithmes, c'est un peu comme Link à Cocorico. Il n'écoute pas s'il n'y a pas de bruit. Alors abonne-toi, mets 5 étoiles, partage l'épisode. Chaque action compte, chaque PNJ compte. Et n'oublie pas, si tu connais quelqu'un qui aime les jeux vidéo et l'absurde, fais-lui découvrir le podcast, c'est le meilleur moyen de me soutenir. A dans deux semaines !