Speaker #0Je vais commencer par vous raconter une petite scène que j'ai vue des dizaines de fois et que vous avez peut-être vécu. Un parent vient me voir, inquiet, et il me dit « Monsieur, on travaille tous les soirs, on révise, on refait les exercices, je m'investis vraiment » et ça ne décolle pas, je ne comprends pas. Alors je demande « Et il dort bien votre enfant ? » Un silence, « Euh, ça dépend des soirs. » Il se couche vers 22h. Parfois plus tard, il a du mal à s'endormir, il traîne un peu sur la tablette. Et là, je ne dis pas qu'on vient forcément de trouver l'explication, mais on vient de regarder un endroit que l'on oublie beaucoup trop souvent, le sommeil. Parce qu'avant d'être un enfant, avant d'être un cerveau qui apprend, votre enfant est aussi un corps. Un corps qui a besoin de dormir, de manger suffisamment, de bouger et d'avoir des moments où on ne lui demande rien. Et quand ces bases-là sont fragiles, apprendre devient souvent beaucoup plus difficile. Bienvenue dans À la maison, le podcast de Maître Lucas. Ici, on parle de ce qui se passe une fois que la porte de l'école est refermée. Les devoirs du soir, les leçons qui ne rentrent pas, les larmes du dimanche, et toutes ces questions que vous vous posez. Je suis Lucas, enseignant et formateur d'enseignants. Je ne suis pas là pour vous dire ce que vous faites mal, je suis là pour vous donner ce que la recherche sait, ce que je vois dans ma classe, et ce que vous pouvez faire dès ce soir. Parce que la réussite scolaire, elle commence aussi à la maison. Commençons par l'un des leviers les plus importants et peut-être l'un de ceux que l'on oublie le plus facilement quand ça coince à l'école, le sommeil. On se représente souvent le sommeil comme une pause, le cerveau s'éteint, il se repose et le lendemain il repart. Mais ce n'est pas du tout ce qui se passe. Pendant que votre enfant dort, son cerveau ne se met pas simplement sur pause. Le sommeil participe à ce que l'on appelle la consolidation de la mémoire. En gros, certains apprentissages de la journée sont réactivés et progressivement stabilisé. Et plusieurs phases du sommeil participent à ce travail, selon ce que l'on a appris. Le sommeil profond joue notamment un rôle important dans certaines formes de mémoire. Donc non, dormir n'est pas du temps perdu sur les apprentissages. Une partie du travail continue justement quand le cahier est fermé. Alors combien de temps de sommeil ? Pour les enfants de 6 à 12 ans, la recommandation se situe entre 9 et 12 heures de sommeil par 24 heures. Pas 9 heures pour tous, pas 12 pour tous ! C'est une fourchette, mais une fourchette qui rappelle à quel point le besoin reste important à l'école primaire. Alors évidemment, si pour gagner 30 minutes de révision, on enlève régulièrement une heure de sommeil, le calcul devient vite discutable, parce qu'on lui demande de travailler alors qu'il est déjà fatigué et que l'on raccourcit en même temps une nuit dont il a besoin. À un moment, plus de devoirs ne veut pas forcément dire plus d'apprentissage. Alors mon conseil, et c'est peut-être le plus important de tout cet épisode, Avant de vous demander comment votre enfant travaille, demandez-vous comment il dort. Un coucher à heure régulière, même le week-end, autant que possible. Et pour la dernière heure, si vous le pouvez, essayez de laisser les écrans de côté, notamment parce qu'ils peuvent repousser l'heure du coucher et rendre la transition vers le sommeil plus difficile. Et observez-le. Est-ce qu'il se réveille en forme ? Est-ce qu'il tient sa journée ? Si votre enfant est très difficile à réveiller, reste fatigué dans la journée ou semble somnolent malgré un temps de sommeil suffisant, son sommeil mérite qu'on s'y intéresse. La deuxième chose importante, c'est de manger et boire. Évidemment, là encore, pas besoin d'inventer un petit déjeuner spécial cerveau. Ce que l'on sait, c'est qu'en moyenne, manger le matin plutôt que rester à jeun peut aider certaines fonctions comme l'attention ou la mémoire pendant la matinée. Surtout chez les enfants qui manquent déjà d'apports suffisants. Mais il n'y a pas un menu magique qui transformerait les performances. Donc pas besoin de compléments miracles ou de céréales soi-disant intelligentes. L'idée est beaucoup plus simple, il faut qu'un enfant n'ait pas régulièrement à apprendre en ayant faim ou soif. Troisième chose, et là on a souvent une idée reçue à l'envers, le mouvement. Combien de fois on se dit en tant que parent, « Allez, arrête de gigoter, arrête de courir partout, assieds-toi et travaille ! » Comme si bouger était l'ennemi du travail. Comme si l'énergie dépensée à courir était de l'énergie volée au devoir. En réalité, bouger n'est pas l'ennemi du travail. L'activité physique agit sur tout un tas de choses qui comptent. Le corps évidemment, mais aussi l'humeur, l'éveil et, dans certaines situations, l'attention. Alors après six heures passées entre une chaise et une table, laisser un enfant courir, marcher, pédaler ou jouer avant de lui demander de se rasseoir peut être une très bonne idée. Et là, la recherche est plutôt encourageante, mais pas magique. Plusieurs études trouvent qu'après avoir bougé, les enfants peuvent être un peu plus disponibles sur certaines tâches d'attention ou de contrôle de soi. D'autres trouvent des effets plus petits, ou pas d'effet du tout. Ça dépend de ce qu'ils font, combien de temps et de ce que l'on mesure. Sur les notes, c'est encore plus variable. Donc non, je ne vais pas vous promettre que 15 minutes de ballon égale 2 points de moyenne, mais une chose est claire, faire bouger un enfant n'est pas du temps volé à son cerveau. Et je le vois tout le temps en classe, après une récréation où ils se sont vraiment défoulés, mes élèves sont souvent plus posés, plus disponibles. Alors qu'une longue matinée assise sans bouger et la tension s'effrite. Le corps et la tête, ça ne se combat pas, ça avance ensemble. Donc plutôt que de coller votre enfant à son bureau juste après une longue journée assise à l'école, laissez-le se défouler un peu d'abord. Ce n'est pas forcément du temps perdu sur les devoirs. Pour certains enfants, ce moment de mouvement peut justement les aider à revenir plus disponibles. Un mot rapide sur les pauses, parce que c'est lié. La pause, ce n'est donc pas forcément la récompense que l'on débloque une fois tout terminé. Quand vous voyez que votre enfant lit la même ligne trois fois, regarde les mouches et n'est plus vraiment avec vous, Continuer 20 minutes pour pouvoir dire qu'il a travaillé 20 minutes de plus n'a pas beaucoup d'intérêt. À ce moment-là, quelques minutes pour se lever, bouger, boire, regarder ailleurs peuvent aider. Pas besoin non plus de mettre un chronomètre toutes les 10 minutes. Le bon moment dépend de l'enfant et de la tâche. Le but, c'est juste de faire une pause quand elle devient utile, pas d'appliquer une nouvelle règle rigide. Et pendant cette pause, l'idéal, c'est qu'il bouge un peu, qu'il boive un verre d'eau, qu'il regarde par la fenêtre, qu'il déconnecte vraiment quelques minutes. Après, il peut repartir plus disponible. Alors là, on arrive à mon passage préféré, et je sais que ça va en surprendre certains. Je voudrais faire l'éloge de l'ennui. Vous connaissez la phrase « Papa, maman, je m'ennuie » . Et avec elle, notre petit réflexe d'adulte. Vite, trouvons-lui quelque chose. Un jeu, une activité, un dessin animé. Comme si quelques minutes sans occupation étaient un problème à résoudre. Alors soyons honnêtes, la science ne dit pas que s'ennuyer rend automatiquement créatif. Parfois, l'ennui pousse à chercher, inventer, explorer, et parfois, on s'ennuie juste. Ce n'est pas très agréable, et c'est tout. Mais ce qui me paraît important, c'est autre chose. Votre enfant n'a pas besoin que chaque minute soit remplie à sa place. Parce que si personne ne lui donne la prochaine activité, il doit à un moment se demander « Bon, qu'est-ce que je fais maintenant ? » Peut-être qu'il va dessiner, peut-être qu'il va construire quelque chose. Peut-être sortir, peut-être évasser dix minutes avant de trouver. Et cette part-là est précieuse, pas parce que l'ennui serait une vitamine pour le cerveau, mais parce qu'on lui laisse un espace où c'est lui qui doit décider quoi faire. Donc, quand votre enfant vous dit « je m'ennuie » , vous avez le droit de répondre « oui, ça arrive, je suis sûr que tu vas trouver » . Le cadeau, ce n'est pas l'ennui, c'est de ne pas remplir immédiatement le vide à sa place. Et ça m'amène à l'agenda. Là encore, je vais nuancer une idée que l'on entend beaucoup. Non, il n'existe pas un nombre magique d'activités extrascolaires au-delà duquel on abîmerait son enfant. Le sport, la musique, le théâtre, les scouts, tout ça, ça peut au contraire lui apporter énormément. La bonne question n'est donc pas « combien d'activités a-t-il ? » La bonne question c'est « comment les vit-il ? » Est-ce qu'il dort assez ? Est-ce qu'il lui reste du temps où rien n'est prévu ? Est-ce qu'il y va encore avec plaisir ou est-ce que chaque semaine est devenue une course où tout le monde termine épuisé ? Un même emploi du temps peut convenir parfaitement à un enfant et en épuiser un autre. Alors plutôt que de compter les cases de l'agenda, regardez l'enfant qui vit à l'intérieur. Alors revenons à ce parent du début, celui qui travaillait tous les soirs avec son enfant et qui ne comprenait pas pourquoi ça ne décollait pas. On a regardé ensemble, non pas la méthode de travail, mais la vie autour. Le coucher trop tardif, la tablette avant de dormir, le petit déjeuner avalé en vitesse, l'agenda un peu trop plein. On a bougé deux, trois choses. Un coucher plus tôt et plus régulier, les écrans coupés avant le lit, un vrai petit déjeuner. Et quelques semaines plus tard, sans avoir changé quoi que ce soit à la façon de faire les devoirs, ça allait déjà mieux. L'enfant était plus disponible, plus concentré, de meilleure humeur. Est-ce que tout venait de ces changements ? Impossible de l'affirmer. Mais ils avaient au moins remis en place des conditions dont son corps avait besoin pour être plus disponible. Et parfois, avant de chercher une nouvelle méthode de devoir, c'est par là que ça vaut la peine de commencer. Alors si aujourd'hui vous ne deviez retenir qu'une chose, ce serait celle-là. Avant de vous demander uniquement comment votre enfant travaille, regardez aussi comment il vit. Est-ce qu'il dort suffisamment ? Est-ce qu'il a de quoi manger et boire ? Est-ce qu'il bouge ? Est-ce qu'il lui reste du temps où personne n'attend rien de lui ? Ces choses-là ne garantissent aucune bonne note, mais elles peuvent créer de meilleures conditions pour être disponibles et apprendre. Le corps d'abord, le cahier ensuite. Merci de m'avoir écouté. Prenez soin de vous, de vos enfants et de leur sommeil aussi. A très bientôt.