Speaker #0Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de regarder ton enfant, incapable de s'arrêter, obsédé par un truc pendant des heures, incapable de dormir parce que son cerveau tourne encore, et de te dire « mais qu'est-ce qu'on va faire de ce gamin ? » ou pire, « qu'est-ce qui ne va pas chez lui ? » Aujourd'hui, « Je veux te parler d'une femme dont la mère a probablement pensé exactement la même chose. Elle ne tenait pas en place, elle oubliait de manger quand elle travaillait. Elle s'enfermait dans ses recherches pendant des jours entiers. Elle était obsessionnelle, intense, émotionnellement explosive. Elle a failli mourir d'épuisement plusieurs fois, pas à cause d'une maladie, à cause de son cerveau qui ne savait pas s'arrêter. Et ce même cerveau lui avait lu deux prix Nobel. Son nom ? Marie Curie. Et si elle avait eu le TDAH ? » Bienvenue dans Maman à Maman au cœur du TDAH, le podcast d'Emilie Chatelain. Aujourd'hui, on commence une série un peu spéciale, un hors-série en 4 épisodes. Mais avant de vous en dire un peu plus, cet épisode est sponsorisé par Saréa, le premier outil de networking qui a 4 fonctions utiles, une carte de visite, enrichie pour te présenter un historique de tes contacts de networking, un tropinoscope des membres de ton réseau que tu peux recommander et la possibilité de géolocaliser tout ce qui te plaît. qui te concerne les entrepreneurs autour de chez toi. Un hors-série en 4 épisodes, 4 femmes extraordinaires, 4 cerveaux qui ont changé le monde, et une question que je vais poser pour chacune d'elles, pas pour les diagnostiquer, je ne suis pas médecin, elles ne sont plus là pour répondre, mais pour se faire voir quelque chose d'important sur le TDAH. Ces femmes n'avaient pas de diagnostic, pas de suivi, pas de maman qui comprenait leur cerveau, et pourtant, ou peut-être grâce à ça, elles ont laissé une trace dans l'histoire que personne n'a pu effacer. Alors installe-toi et laisse-moi te raconter Marie Curie. La vraie. Marie Curie est née le 7 novembre 1867 à Varsovie en Pologne. A l'époque, la Pologne n'existait pas en tant qu'état. Elle était partagée en trois empires et Varsovie était sous domination russe. Son vrai nom ? Maria Sklodowska. Elle ne s'appellera Marie Curie que bien plus tard, après son mariage avec Pierre Curie. Sa famille est intellectuelle mais pauvre. Son père est professeur de physique et de chimie. Sa mère est directrice d'école. Cinq enfants, peu d'argent. et un contexte politique oppressant. Les Polonais n'ont pas le droit d'enseigner leur propre histoire, leur propre langue. Maria grandit dans ce contexte de résistance culturelle et dès l'enfance, quelque chose se distingue chez elle. Sa fille, Eve Curie, dans la biographie qu'elle lui consacre en 1938, Madame Curie, décrit sa mère enfant comme une petite fille d'une intensité particulière. Quand elle lisait, elle ne voyait plus rien autour d'elle. Ses frères et soeurs pouvaient faire du bruit, déplacer des meubles. Maria ne levait pas les yeux. Sa famille trouvait ça fascinant et un peu inquiétant. À l'école, elle était décrite comme exceptionnellement douée, mais aussi comme une enfant difficile à cadrer. Trop de questions, trop d'intensité, une mémoire photographique pour ce qui l'intéressait et une incapacité totale à s'intéresser à ce qui ne la passionnait pas. Ça te parle ? À l'époque, en Pologne, sous occupation russe, les femmes n'ont pas accès à l'université. Maria et sa sœur Brunia ont fait un pacte. Maria travaillera comme gouvernante pour financer les études de médecine de Brugna à Paris. Puis, Brugna financera les études de Maria à son tour. Maria passe donc cinq ans loin de sa famille, seule, à travailler pour des gens qui ne la comprennent pas, dans une campagne polonaise qui l'étouffe. Dans ses lettres à Brugna, conservées aux archives de l'Institut Curie, elle décrit une souffrance que je reconnais, pas juste de la solitude, une sorte de torture intérieure. Son cerveau tourne en permanence et lit. elle apprend, elle résout des problèmes mathématiques le soir dans sa chambre. Mais elle se sent piégée, inutile, enfermée dans un quotidien qui ne lui correspond pas. On pourrait appeler ça la dépression. Les médecins de l'époque auraient dit « nerfs fragiles » . Moi je vois autre chose, je vois un cerveau TDAH sans stimulation, sans structure adaptée, sans espace pour fonctionner comme il en a besoin. Un cerveau TDAH sous-stimulé, c'est pas un cerveau au repos, c'est un cerveau qui souffre. En 1891, Maria a 24 ans. Elle arrive enfin à Paris. Elle s'inscrit à la Sorbonne, l'une des rarissimes femmes de sa promotion. Et là, quelque chose se passe. Son cerveau trouve enfin son environnement. Elle travaille 18 heures par jour. Elle mange peu, souvent juste du chocolat et quelques fruits. Elle dort dans un appartement non chauffé parce qu'elle dépense tout son argent en livres et en matériel de laboratoire. Elle tombe malade plusieurs fois d'épuisement et de malnutrition. Ses camarades la trouvent étrange, trop intense, trop sérieuse. Elle ne sort pas, elle ne se détend pas. Mais elle obtient sa licence de physique, première de sa promotion, puis sa licence de maths, deuxième de sa promotion. Ce pattern, l'hyperfocus extrême au détriment du corps, de la santé, des relations sociales, c'est un marqueur TDAH classique. Quand un cerveau TDAH trouve sa passion, il ne peut plus s'arrêter. Littéralement, le corps envoie des signaux de faim, de fatigue, de froid. Le cerveau ne les traite pas, il est ailleurs. Ce n'est pas de la discipline, ce n'est pas de la volonté, c'est neurologique. Marie rencontre Pierre Curie en 1894. Il a 35 ans, elle en a 27. Lui aussi est un scientifique obsessionnel, peu adapté au monde social, entièrement tourné vers son travail. Ils se reconnaissent immédiatement. Leur mariage en 1895 est une association de deux cerveaux hors normes. Pas un mariage romantique au sens traditionnel, une alliance de deux personnes qui fonctionnent pareil. Et ensemble, ils se lancent dans ce qui va devenir l'une des recherches les plus épuisantes de l'histoire de la science. En 1897, Marie décide de consacrer sa thèse de doctorat. aux rayons uraniques, découvert un an plus tôt par Henri Becquerel. Personne ne s'y intéresse vraiment, c'est un sujet obscur, peu prometteur. Mais quelque chose dans ces rayons fascine Marie, obsessivement. Ce que peu de gens savent, c'est ce qui suit. Pour isoler le radium, Marie et Pierre ont dû traiter des tonnes de pechblende, un minerai d'uranium, des tonnes, physiquement, dans un hangar délabré, non chauffé, sans ventilation. Quatre ans de travail. Marie remue, fait bouillir, filtre, cristallise. Encore et encore et encore. Elle rentre chez elle le soir, les mains brûlées par les acides. Elle tousse à cause des vapeurs. Elle perd du poids. Pierre lui-même, à certains moments, veut abandonner la recherche. Mais pas Marie. Dans son journal de laboratoire, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Nationale de France, est tellement radioactif que les chercheurs doivent signer une décharge pour le consulter. Elle note chaque expérience avec une minutie obsessionnelle. Des milliers de pages, une écriture serrée, dense, sans rature. Ce journal est l'hyperfocus, matérialisé. En 1898, ils annoncent la découverte du polonium, nommé ainsi en hommage à la Pologne, puis du radium. En 1903, Marie Curie reçoit le prix Nobel de physique, première femme dans l'histoire. Et elle est épuisée, physiquement détruite, elle pèse 45 kg. Le 19 avril 1906, Pierre Curie est renversé par une charrette à chevaux, rue Dauphine à Paris. Il meurt sur le coup. Marie a 38 ans, deux filles, Irène 8 ans, Ève 2 ans. L'effondrement est total. Dans ses carnets personnels, publiés après sa mort, elle écrit à Pierre comme s'il était encore là. Des pages entières, une douleur brute, sans filtre, sans retenue. Ce niveau d'intensité émotionnelle, cette incapacité à modérer le deuil, à faire avec, à aller de l'avant, Comme la société le demande. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la dysrégulation émotionnelle, un des traits les moins connus du TDAH, mais un des plus dévastateurs. Les personnes TDAH ne ressentent pas les émotions différemment. Elles les ressentent plus fort, plus tout. La joie, la colère, le deuil est amplifié. Et pourtant. Deux ans après la mort de Pierre, Marie reprend ses recherches. Avec la même intensité, la même obsession. En 1911, elle reçoit un deuxième prix Nobel, cette fois en chimie. La seule personne dans l'histoire à avoir reçu deux prix Nobel dans deux disciplines différentes. Ce rebond, après l'effondrement, c'est aussi très TDAH. Le cerveau TDAH ne fonctionne pas de façon linéaire. Il tombe profondément, et il remonte avec la même intensité. Je vais être transparente avec toi. Marie Curie n'a jamais été diagnostiquée TDAH. Ce trouble n'était pas reconnu de son vivant. Mais plusieurs chercheurs et auteurs ont analysé sa vie sous cet angle. La biographe Susan Quinn dans Marie Curie, A Life, publiée en 1995, décrit une femme incapable de modérer son engagement, physiquement incapable de s'arrêter avec une vie émotionnelle d'une intensité peu commune. Barbara Goldschmidt dans Obsessive Genius, The Inner World of Marie Curie, 2005, va plus loin. Elle parle d'une personnalité obsessionnelle, d'un rapport au corps dissocié. d'une incapacité à maintenir des relations sociales ordinaires. Ces descriptifs, obsession, dissociation, corps et esprit, dysrégulation émotionnelle, hyperfocus, sont aujourd'hui des critères diagnostiqués du TDAH. Je ne dis pas que Marie Curie avait le TDAH, je dis « et si » . Voilà ce qui me touche dans l'histoire de Marie Curie, les traits qui auraient aujourd'hui valu à la petite Maria Sklodowska un signalement à l'école. L'intensité, l'obsession, L'oubli du corps, l'impulsivité émotionnelle, l'incapacité à fonctionner dans un cadre qui ne lui convenait pas. Ce sont exactement ces traits qui lui ont permis de changer l'histoire de la science. Sans l'hyperfocus, pas de radium. Sans l'intensité émotionnelle, pas de deuxième prix Nobel après la mort de Pierre. Sans l'obsession, pas de deuxième prix Nobel après la mort de Pierre. Pas de 4 ans dans ce hangar délabré. Ton enfant qui ne tient pas en place, qui obsède sur un seul sujet pendant des semaines, qui oublie tout sauf ce qu'il passionne, qui sent tout trop fort, ce n'est pas un enfant cassé, c'est peut-être un enfant Marie Curie. La différence entre un enfant TDAH qui souffre et un adulte TDAH qui change le monde, c'est souvent juste ça, quelqu'un qui a cru en lui au beau moment. Ce quelqu'un, c'est toi. La semaine prochaine, on continue cette série avec une femme qui a disparu pendant 11 jours. 11 jours. Sans laisser de traces, la femme la plus lue au monde. Après l'abîme et Shakespeare. Introuvable. Quand on la retrouvait dans un hôtel de Yorkshire, elle ne savait pas qui elle était. Elle avait adopté une fausse identité. Elle ne se souvenait de rien. Son nom, Agatha Christie. Et si cette fugue mystérieuse était la réponse d'un cerveau TDAH à l'épuisement total ? On en parle la semaine prochaine. En attendant, si cet épisode vous a touché. Partagez-les à une maman qui doute de son enfant. Tapez signaux ODM sur Instagram pour recevoir la fiche gratuite sur les 5 signaux TDAH. Et rejoignez notre communauté WhatsApp. Le lien est dans la description de cet épisode. Merci de m'écouter. Prenez soin de vous. A très vite.