- Speaker #0
Pas toujours facile de conjuguer vie de parent et équilibre mental. Bienvenue dans Maman fait psycho, le podcast qui met la psychologie et la recherche universitaire au service de ton quotidien avec ton enfant. Ici, on décortique les sujets liés à la parentalité, au développement de l'enfant et à l'accompagnement parental avec rigueur scientifique mais sans jargon. Que tu cherches des réponses précises ou simplement à comprendre ce qui se joue dans ta famille, Tu trouveras l'éclairage et le soutien dont tu as besoin, épisode après épisode. Bonjour Juliette, je suis très heureuse de t'accueillir. Pour commencer, est-ce que tu veux te présenter ?
- Speaker #1
Oui, moi je m'appelle Juliette Laboudigue, je travaille avec l'association Autisme et Sport vers l'école. Je suis psychologue, j'accompagne des familles et j'ai aussi un rôle en tant que responsable pédagogique. Au sein de l'association, je fais de la formation, notamment des professionnels, des psychologues. Et puis j'essaye un petit peu de faire évoluer la prise en charge, la méthode, d'adapter toujours au mieux aux problématiques qu'on rencontre, aux enfants qu'on reçoit. C'était plus sur la partie responsable pédagogique et sur la partie psychologue. Du coup, c'est quand même deux casquettes différentes, même si ça se rejoint. J'accompagne des familles dans la méthode des trois vies pour mettre en place cette méthode-là qui est développementale et qui demande un certain nombre de choses à mettre en place et à suivre sur le long terme. Donc le travail du psychologue, c'est d'accompagner les parents dans ce processus-là.
- Speaker #0
Et du coup, comment toi, tu es arrivé à la méthode des trois vies ? Parce que c'est une méthode qui existe depuis longtemps. et pour autant, de ce que j'ai pu voir, elle reste assez confidentielle. Comment tu l'as découverte et comment tu t'es convaincue, toi, en tant que psychologue, du fait que ça valait le coup de t'y consacrer ?
- Speaker #1
J'ai découvert un peu par hasard. En terminant mes études, quand j'ai cherché mon premier poste, je suis tombée sur une annonce pour travailler avec la méthode des trois I, qui était présentée comme développementale. ludiques, tenant compte des particularités de l'enfant. J'avais déjà une expérience dans l'autisme, parce que pendant mes études, j'ai accompagné un enfant pendant plusieurs années avec des méthodes plutôt comportementales. On était plutôt sur du teach, ABA. J'avais donc ce regard-là et une vision déjà un peu... Je m'étais fait un petit peu mon idée sur les forces et les limites aussi que j'avais, moi, sentie en tout cas avec... ma vision, ma personnalité, l'expérience que j'en ai eue de cette Ausha. Et donc, du coup, ça m'a intéressée de me pencher sur un aspect plus développemental. Et puis, l'aspect aussi d'accompagnement des parents, c'était quelque chose qui m'intéressait beaucoup, que j'avais moins vu dans mes expériences précédentes. Donc, du coup, je me suis lancée, je me suis formée. Et du coup, je n'ai jamais arrêté. Donc, ça fait dix ans que je travaille avec l'association maintenant.
- Speaker #0
Si tu voulais nous expliquer à des parents qui n'y connaissent absolument rien à l'approche, si tu voulais expliquer ce que c'est ces 3 I. D'ailleurs, c'est quoi 3 I ? On parle de quels I ? Est-ce que tu voudrais nous en dire un petit peu plus ?
- Speaker #1
Alors, les 3 I, c'est interactif, individuel et intensif. Donc, c'est une approche effectivement qui repose sur... déjà l'intensivité, c'est-à-dire qu'on part du principe que, comme un tout petit, pour qu'un enfant s'éveille, quel qu'il soit, quel que soit son âge, donc nous on a des enfants qui ont des âges très divers, on a même des adultes qu'on accompagne, alors que des enfants, en fait, la plupart sont des enfants, mais ça va entre 18 mois et 20 ans, voire plus. D'accord. Et donc il y a cette idée que, pour l'éveil d'un enfant, il faut être intensivement en relation avec lui. Quel que soit cet enfant, c'est ce qu'on fait avec les tout-petits quand on a un bébé. Dès qu'il est en éveil, les bébés s'adorent beaucoup. Les enfants autistes dorment beaucoup moins, d'autant plus que la question du sommeil, c'est une vraie question. Mais c'est cette idée que dès que l'enfant est éveillé, il a besoin d'une présence en un pour un. Donc il y a cette question d'intensivité. La question de l'interaction qui est au centre de ce qu'on fait. Tout ce qu'on fait, c'est en recherche de cette interaction. parce que c'est l'interaction qui permet le développement. On n'évolue que dans la relation à l'autre, n'importe qui, tout le monde. Et la question individuelle, parce que les autistes, déjà les enfants en général... ont besoin de cette relation privilégiée en individuel. Plus ils sont petits, plus ils en ont besoin. Et chez l'enfant autiste, il y a à la fois cet aspect retard de développement qui fait que comme un petit, il y a besoin de cette relation individuelle pour grandir et se saisir des enjeux de la relation pour se développer. Il y a en plus la question du sensoriel. C'est aussi le cas d'ailleurs chez les petits-enfants. Mais il y a donc ces filtres qui ne sont pas encore mis en place chez le petit, qui ont du mal à se mettre en place chez l'enfant autiste. et qui donc fait que... Il y a beaucoup plus de stimulation. Les stimulations du monde extérieur ne sont pas filtrées. Et donc, il y a besoin de cette individualité pour se saisir un petit peu de tous ces enjeux. Donc ça, c'est les trois I. Pour raconter un petit peu l'histoire aussi de la méthode. C'est une méthode qui a été développée par une dame qui s'appelle Catherine Delaprel. Elle était professeure d'histoire, donc rien à voir avec l'autisme. Et dont le petit-fils a été diagnostiqué autiste. à l'âge de, je crois que c'était 18 mois, quelque chose comme ça, enfin assez jeune. Donc on parle d'il y a quelque chose comme 20 ans, ça fait un petit moment maintenant. Donc la prise en charge de l'autisme, elle était, déjà qu'elle n'est pas terrible en ce moment, il y avait encore moins de choses qui étaient à côté. Et donc Catherine est allée se former aux États-Unis à une méthode dont elle avait entendu parler qui s'appelle la méthode Sunrise, qui existe encore, c'est une approche qui existe encore. qui est non recommandée en
- Speaker #0
France. Non recommandée, je précise juste, c'est non recommandée par la HAS. Elle effectue une sorte de recommandation continue et mise à jour en permanence des approches recommandées et de celles qui ne sont non recommandées.
- Speaker #1
Voilà. Et donc, à l'époque, elle va se former aux États-Unis à cette méthode-là pour l'appliquer pour son antifice. Et donc, c'est une méthode qui est basée sur la relation. Donc, c'est des thérapeutes qui ont créé cette approche pour leur enfant à la base et qui se sont rendus compte qu'en suivant leur enfant, en interagissant avec lui et surtout en entrant, ce qu'on peut dire, dans son monde, dans sa bulle, dans ce qui l'intéresse lui, dans ses intérêts sensoriels, etc., cette relation, donc le propre de l'autisme, c'est d'avoir du mal à tisser des relations, à s'intéresser à l'autre. Avoir des intérêts parfois sensoriels qui prennent le pas en sur l'intérêt pour l'autre, pour le regard, etc. Et donc, ça va venir biaiser la mise en place de la relation et donc le développement. Et donc, ces personnes-là se sont rendues compte qu'en interagissant, donc c'est pareil, de façon assez intensive avec leur fils, en jouant avec lui, en s'intéressant à ce qui l'intéressait lui, sans préjuger, sans chercher à l'orienter ni quoi que ce soit, finalement, ils arrivaient à faire cette étincelle, cette connexion. qui lui a permis ensuite de se développer, de grandir et de devenir lui-même formateur Sunrise. Et donc voilà, c'est une belle histoire. Et Catherine, elle a voulu reproduire ça pour son petit-fils. Donc ils l'ont mis en place et ils l'ont avec le temps adapté, sachant qu'il se trouve que dans la famille, il y avait des psychologues qui avaient ce regard-là un petit peu plus peut-être... d'analyse, peut-être avec une base théorique aussi à l'époque. Et donc, ils se sont aperçus non seulement que ça fonctionnait et que le petit garçon en question évoluait, se développait, devenait plus présent, prenait plus en compte l'autre, etc. Mais qu'aussi, il y avait une vraie remise en place des étapes de développement. Des étapes de développement, c'est-à-dire que quand on a des enfants autistes qui ont Le retard de développement dans l'autisme est variable. On peut avoir des personnes qui ont des retards de développement qui sont très allégés par rapport à d'autres, qui vont être très impactées dans leur développement et qui donc peuvent ne pas développer, par exemple, le langage, des moyens de communication adaptés, la relation à l'autre, la conscience de soi, ou qui peuvent être même impactées au niveau moteur. Donc en fait, tous les domaines de développement peuvent être impactés dans l'autisme d'une façon plus ou moins forte. plus ou moins importantes. Et donc, ce dont on se rend compte avec les méthodes développementales, c'est que finalement, on peut recréer ce processus de développement, quel que soit l'âge, pour reprendre un petit peu les... remonter les marches une par une, en fait, et rattraper, dans le meilleur des cas, le retard de développement.
- Speaker #0
Parce qu'on considère que ces étapes, ce sont des étapes par lesquelles passent tous les enfants, finalement, et que pour atteindre une étape, il faut avoir mis en place les étapes précédentes. Oui,
- Speaker #1
il y a vraiment une notion d'avoir un socle qui soit bien installé pour pouvoir remonter les étapes une à une. Alors après, les avis divergent et les méthodes divergent, mais nous, ce qui nous intéresse, c'est effectivement de remonter ces étapes une à une et de s'assurer de bien suivre le fil développemental. donc typiques, classiques, des enfants ordinaires tels qu'ils se développent, pour avoir un développement qui soit bien stable, en fait, et qui pourra être la ressource pour tout le développement intérieur et la vie d'adulte, etc. Après, ça ne veut pas forcément dire que 100% des personnes peuvent retracer ce fil de développement jusqu'en haut, c'est-à-dire qu'on a des atteintes plus ou moins lourdes, on peut avoir des... ce qu'on appelle des comorbidités ou des co-occurrences, donc avec des syndromes spécifiques qui vont atteindre au niveau neurologique certaines aires, etc. Donc après, chaque cas est spécifique. En tout cas, notre pari, c'est de se dire qu'en partant du développement et en partant de l'enfant, là où il en est avec ses particularités de développement, mais aussi sa personnalité, la façon dont le trouble du spectre autistique se manifeste chez lui. on va pouvoir lui donner les outils, les bagages pour se développer au mieux de ce que lui pourra faire.
- Speaker #0
Et ça, c'est vraiment important parce que tu le dis bien, tu ne parles pas d'autisme, tu parles de spectre de l'autisme. Alors la terminologie vaut ce qu'elle vaut aujourd'hui, elle peut être un peu décriée, mais on parle vraiment d'enfant et je pense que toi, tu le vois dans ta pratique clinique, il peut y avoir des différences extrêmement fortes parmi tous les enfants qui rentrent dans cette terminologie ou qui répondent aux critères du DSM de cette terminologie du TSA. Et je pense que c'est vraiment important de l'indiquer ici, parce que derrière, ça veut dire que tu ne vas pas accompagner de la même façon un enfant qui a, par exemple, on va dire une déficience intellectuelle, et un enfant qui a, on va dire majoritairement, des troubles sociaux, mais qui, intellectuellement parlant, se développe normalement.
- Speaker #1
Oui, alors effectivement, il y a des profils qui sont très variés. Nous, ce qu'on repère, déjà les enfants que nous on reçoit en 3I, c'est des enfants qui... ont quand même un certain handicap. C'est-à-dire que s'ils arrivent à nous, c'est qu'ils ne peuvent pas aller à l'école, qu'ils ne peuvent pas apprendre de façon autonome ou que dans la vie quotidienne, en termes d'autonomie, en termes de relation à l'autre, en termes de communication des émotions, il y a des choses qui sont très compliquées. Donc c'est quand même des enfants, effectivement, qui ont un autisme quand même assez handicapant. Et dans tous les cas, quel que soit le profil, même pour les enfants qui fonctionnent bien au niveau cognitif et qui peuvent entrer dans une certaine mesure dans les apprentissages, on a toujours cette recherche quand même d'aller chercher ce qui, dans le développement, n'a pas pu s'installer correctement. Et donc, je peux donner par exemple rapidement un exemple, parce que c'est un enfant là que j'accompagne et qui va terminer la méthode là, qui fait partie de ces profils un petit peu, on va dire, atypiques, avec, dès le départ, un très bon langage. plutôt bonne capacité à apprendre, en tout cas c'est un enfant qui a pu aller jusqu'au CE2 avant la méthode, ou CE1 sans trop de difficultés, et pour qui les problèmes se posaient surtout du côté de l'émotion, de l'expression de l'émotion, il y avait des crises très très fortes, et puis des intérêts intenses, qui étaient intenses, et qui prenaient le pas sur d'autres choses du quotidien, en termes d'autonomie c'était aussi compliqué. Et bien c'est un enfant dont on aurait pu penser que le fait qu'il ait un très bon langage, un assez bon accès aux apprentissages, faisait que finalement le retard de développement n'était pas si important que ça. Et c'est quand même un enfant qui est repassé par des phases bébés très très fortes, qui est repassé par du quatre pattes, qui est repassé par un langage un peu bébé, pas trop articulé, et qui est repassé par surtout des besoins d'être contenu, d'avoir des câlins, de chercher beaucoup sa maman, de se recoller à sa maman, etc. Donc d'un point de vue relationnel, on a bien vu que quand même il y a eu ce besoin de revenir aux bases pour... reconsolider quelque chose qui n'était pas suffisamment bien installé et qui donc faisait que le socle était un peu branlant et que tout ce qu'on lui demandait par la suite d'apprentissage de plus en plus complexe...
- Speaker #0
C'était trop dur.
- Speaker #1
C'était trop. Voilà, c'était trop et il a craqué à un moment.
- Speaker #0
D'accord. Justement, on va en parler un petit peu de la façon dont, dans cette approche, justement, on revisite tous ces aspects-là. Est-ce que tu peux nous parler ? Moi, il y avait une chose qui m'a beaucoup intriguée la première fois que j'ai entendu l'approche des Trois-I. C'est cette fameuse salle de jeu dont on parle. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus, nous expliquer à quoi elle ressemble et pourquoi elle est si importante dans l'approche des trois îles ?
- Speaker #1
Déjà, la salle de jeu, effectivement, c'est le lieu central pour nous. C'est là où l'enfant passe l'essentiel de son temps. Parfois, c'est même aussi sa chambre. On encourage d'ailleurs à ce que ce soit aussi sa chambre, parce que c'est un espace hyposensoriel. Tout à l'heure, on a un petit peu évoqué l'aspect sensoriel. Toi, tu l'as évoqué aussi un petit peu dans ton premier épisode. C'est une des vraies difficultés dans l'autisme, une des difficultés dans l'autisme on va dire, mais qui a des impacts un petit peu en chaîne, c'est cette question de la sensorialité et du fait qu'il y a un système sensoriel qui est immature et qui va rendre difficile la filtration de l'environnement. Et donc ça fait ce qu'on appelle des hippos. et ou des hypersensibilités. Donc souvent, il y a les deux. Il y a des personnes autistes qui décrivent ça en disant c'est un petit peu comme si sur une table de sono où on doit régler les boutons du son, etc. En fait, c'est soit trop réglé, c'est soit dans le trop, soit dans le pas assez, mais il n'y a pas d'entre-deux. C'est là où la plupart des gens peuvent régler selon les situations un peu entre-deux. Les personnes autistes, elles ne vont pas avoir cet entre-deux. Ça va être soit dans le trop, soit dans le trop-pleu. Les deux posent problème, mais ce qui pose beaucoup de problèmes, c'est quand c'est dans le trop, quand c'est dans l'hyper. Donc l'hypo pose d'autres raisons, mais l'hyper, ça pose la difficulté que toutes les informations extérieures vont être mal filtrées ou pas filtrées, et pas triées. Et donc ça fait qu'on est submergé comme ça par tout un tas d'informations, donc par tous les sens, visuels, sonores, tactiles, etc. Ce qui fait qu'il y a beaucoup de choses qui deviennent très irritantes, le cerveau est submergé, surchargé. Et ça crée comme une surcharge, une cocotte minute, en fait, qui, à un moment donné, doit exploser. D'où les crises, après,
- Speaker #0
derrière, de façon assez logique.
- Speaker #1
Oui, d'où les crises et où le repli.
- Speaker #0
Le repli,
- Speaker #1
il y a ces deux réactions-là. Oui, exactement. Il y a ces deux réactions-là. Donc, les deux peuvent exister chez une même personne. Mais il y a effectivement, voilà, soit les crises pour expulser, en fait, décharger une tension, soit le repli pour se couper. Et donc ça... Et ça, déjà, ça en compte comme base de la compréhension de l'enfant qui est autiste. Ça nous indique aussi dans quelle mesure ça peut impacter la relation à l'environnement et donc le fait de s'intégrer dans des relations qui puissent être des supports de développement. La première chose qu'on fait, nous, c'est de créer une salle qui est hyposensorielle. Donc, on va filtrer là où le cerveau de l'enfant ne filtre pas. Nous, on va filtrer pour lui. donc ça veut dire qu'on a des eaux pacifiantes sur les fenêtres donc on a des salles qui restent assez lumineuses mais qui sont beaucoup moins lumineuses qu'un espace qui n'est pas filtré donc on ne va avoir pas de lumière directe on va avoir un sol qui va être aussi isolé pour qu'il n'y ait pas d'effet de résonance aussi pour que l'enfant... c'est un sol qui est assez mou donc ça c'est pour permettre tout ce qui est moteur ne pas se faire mal si on tombe, etc. et puis qui est épuré au niveau visuel. C'est-à-dire qu'il y a très peu d'objets. En général, il y a une dizaine d'objets, tous en double. Donc ça, c'est pour créer la relation.
- Speaker #0
Donc les objets, ce sont des jeux, c'est ça ?
- Speaker #1
Ce sont des jeux ou des objets. Alors ça peut être des jeux tels qu'on les entend, nous, des poupées, des voitures, des cubes, etc. Mais ça peut être tout type d'objet, en fait, parce que l'idée, c'est aussi de partir de l'intérêt de l'enfant. Et donc, s'il y a un enfant qui aime, je ne sais pas, agiter des rubans, ça peut être des rubans aussi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ce qu'on cherche à faire, c'est partir de l'intérêt de l'enfant. Donc, il n'y a pas deux salles de jeu qui sont pareilles parce que ça dépend de là où il en est dans son développement. Donc, un enfant de six mois ne va pas particulièrement s'intéresser aux poupées, par exemple. Donc, nous, c'est pareil en termes de développement. On tient compte de ça et puis de la trait sensorielle et de ce qui intéresse l'enfant. Pour terminer sur la salle, comment elle est ? Parce qu'un élément qui est central, c'est l'élément de la contenance aussi. C'est-à-dire que c'est une salle qui est assez petite, qui fait autour de 10 mètres carrés. suffisamment grande pour se mouvoir dedans mais qui n'est pas un espace trop large dans lequel un enfant qui a parfois assez peu de conscience de ses limites corporelles pourrait se sentir un petit peu perdu, il faut que ce soit un espace contenant avec aussi des agrés contenants dedans, donc il y a un pouf qui est bien contenant, il y a un maxiège comme ça dans lequel on va pouvoir se balancer doucement qui est aussi bien contenant et puis il y a des jeux moteurs, donc il y a un petit trampoline Alors... Il y a des ballons de gym, des gros bodyballs pour sauter dessus. Et puis tout ce qui peut intéresser l'enfant. Il peut y avoir des parcours moteurs, des poutres, etc.
- Speaker #0
Et donc, tu disais, dans cette salle de jeu, il y a une dizaine d'objets et ils sont tous en double. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi tous ces objets sont en double ?
- Speaker #1
Alors, ils sont en double parce que c'est un des outils qu'on a pour créer la relation. Mais là, on n'a rien inventé. C'est juste basé sur le développement et la façon dont on interagit avec un enfant. petit, neurotypique, donc il y a un développement typique, sans trouble, c'est qu'on passe par l'imitation, en fait. D'accord. Donc, on a deux objets pour pouvoir imiter tous les faits et gestes de l'enfant, avec ou sans objet. D'ailleurs, on peut très bien faire plein de choses sans objet aussi. Mais c'est partir du principe que quand on est face à un bébé neurotypique, classique, je suis maintenant face à mon bébé, ou un papa, ou une grand-mère, etc. La première chose que je vais faire, c'est que je vais d'entrer en interaction par limitation. Donc, c'est là qu'on voit des adultes faire à re à re, parler bébé, etc., agiter des hochets, parce que c'est comme ça qu'on capte l'enfant, en fait, et que donc, on va créer la relation. Donc, nous, pour ces enfants-là qui ont du mal à s'inscrire dans la relation... On reprend ce principe de limitation qui est un principe spontané, naturel qu'on a avec les petits et on l'adapte à des enfants parfois plus grands. Et pour justement avoir ce regard, cet intérêt vers l'autre, on part du principe que ce n'est pas à l'enfant de faire l'effort de venir vers nous, c'est à nous de faire l'effort d'aller vers cet enfant, de partager son intérêt, quel qu'il soit, pour créer ce lien. ensuite à aller vers quelque chose, mais rien ne peut se faire sans créer ce lien. En tout cas, nous, c'est notre vision.
- Speaker #0
D'accord. Et donc, du coup, dans cette pièce, qui est-ce qui va venir jouer avec cet enfant ?
- Speaker #1
Alors, plein de monde.
- Speaker #0
Et c'est ça qui fait la grande, grande originalité de cette affroche, à mon avis.
- Speaker #1
C'est ce qui fait vraiment la particularité des Trois-I, c'est qu'on fait appel à toute une équipe.
- Speaker #0
Tout un village.
- Speaker #1
C'est un village, voilà. Il y a un podcast très joli qui avait été diffusé sur France Culture il y a quelques années, qui s'appelle Un village pour élever un enfant. Oui,
- Speaker #0
et je mettrai le lien parce qu'il est extraordinaire. C'est un très beau témoignage. Je mettrai le lien dans le podcast.
- Speaker #1
Ok. C'est un témoignage effectivement qui est très touchant et qui montre bien l'atmosphère qu'on vise en trois vies. C'est-à-dire, concrètement, ce qu'on fait, c'est qu'on cherche des intervenants bénévoles pour venir jouer avec les enfants. Alors, ça part d'une problématique déjà assez pratico-pratique, qui est que pour avoir cette intensivité-là qu'on recherche, donc être avec un enfant du lever au coucher, il faut du monde. Il faut du monde parce qu'un enfant autiste qui n'entre pas en interaction, ou qui n'entre pas tout de suite en interaction, ou qui entre... d'une façon un petit peu sporadique au début, ça demande de l'énergie pour entrer en relation avec lui, pour essayer de créer cette petite étincelle-là. Et donc, ça ne peut pas tenir juste sur les épaules de deux parents ou même d'une famille avec les oncles, les tantes, les grands-parents. Ça demande tellement d'investissement, tellement d'énergie, tellement de temps. Et puis surtout, ce qu'on recherche, c'est créer cette relation dans une... énergie, une dynamique qui va être toujours ludique, toujours enthousiaste. Et ça, en fait, pour ça, on ne peut pas être comme ça cinq heures par jour avec un enfant, déjà, et encore moins avec un enfant classique. Et encore moins avec un enfant pour qui c'est compliqué de regarder et de renvoyer quelque chose à l'autre. Donc ça demande, comme ça, d'être nombreux pour pouvoir se relayer. Donc on cherche quelqu'un pour se relayer toutes les heures et demie. Donc, on a des séquences, des séances, on appelle ça des séances de jeu. Ça dure une heure et demie et toutes les heures et demie, l'intervenant change. Et on fait ça de 9h à 17h, voire à 18h30, selon mon famille. L'idée, c'est qu'il y a grosso modo 5 intervenants par jour qui se relaient auprès de l'enfant.
- Speaker #0
C'est à partir de quel âge que tu commencerais à mettre en place cet apport ?
- Speaker #1
À partir de 18 mois. Nous, on ne fait pas en tout cas 18 mois. On commence à 18 mois et après, ça va. Ça peut aller jusqu'à n'importe quel âge. Parce qu'il y a cette idée quand même de plasticité du cerveau qui fait que même quand on est adulte, on peut encore modifier des choses, que le cerveau trouve des connexions différentes. Donc voilà, c'est moins plastique quand on est adulte que quand on est un tout petit. Mais néanmoins, ça reste plastique. Et donc, n'importe quel parent qui veut mettre en place, même pour un enfant plus grand ou un adolescent, un jeune adulte, on peut le faire.
- Speaker #0
Ça veut dire que c'est les enfants qui sont en âge scolaire Du coup, comment se fait le lien avec la scolarisation ? Comment s'articule le fait que les enfants soient en âge d'être scolarisés, en même temps il y a ce besoin qui soit perpétuellement stimulé ? Comment ça se passe concrètement ?
- Speaker #1
Alors, nous, notre approche est évolutive et progressive. Dans la mesure où on prend l'enfant là où il en est développementalement, Le rapport à l'école, il va se mettre en perspective avec cet âge développemental. Donc si on a un enfant qui est à, par exemple, 12 mois de développement, on ne va pas partir du principe qu'il faut le mettre dans des apprentissages ou dans un contexte déjà scolaire, même sans parler des apprentissages eux-mêmes, rien que le contexte, la socialisation que ça demande, etc. On ne demanderait pas ça à un enfant de 12 mois neurotypique. Donc, on ne le demande pas non plus à nos enfants autistes qui ont 12 mois en développement.
- Speaker #0
Tu peux juste rappeler ce que ça veut dire 12 mois en développement par rapport à 12 mois d'âge en nombre d'années ? Juste que ce soit clair pour les parents qui nous écoutent.
- Speaker #1
C'est-à-dire que ce qu'on fait quand on démarre une prise en charge avec un enfant, c'est qu'on va évaluer là où il en est dans son développement. Donc, en fait, on va regarder. Alors, il y a des tests qui existent pour ça. Il y a la Vineland, par exemple, qui donne des indications au niveau du développement. que nous on fait passer au démarrage et tous les deux ans pour avoir ce regard-là avec un test comme ça homologué. Et puis on a des grilles aussi internes qu'on a eu besoin de créer parce qu'on a eu besoin d'avoir un outil qui corresponde parfaitement avec notre cadre à nous. C'est une grille qui est établie à partir du développement neurotypique, qui va nous dire, par exemple, à 12 mois, c'est là que l'enfant commence à pointer, commence à marcher, à se déplacer dans l'environnement, commence à imiter aussi l'adulte, etc. Donc on a comme ça des critères à chaque stade de développement, à chaque âge, qui nous permettent de cibler, de repérer où l'enfant en est dans son développement. On fait passer cette grille tous les ans, en général, pour les enfants, pour évaluer où ils en sont. Sachant aussi, parce que c'est encore moins simple, c'est que souvent, on a des enfants qui ont des développements hétérogènes et qu'on peut avoir un enfant en motricité plus avancée qu'en langage, par exemple. Il faut tenir compte aussi de ces écarts-là. Quand même, globalement, on arrive à avoir une moyenne de développement qui nous indique où en est l'enfant et qui nous permet, nous, de faire évoluer la méthode. Donc, je disais, c'est une méthode qui est évolutive. D'abord, ce qu'il faut dire, c'est que, effectivement, notre rapport à la scolarisation, il part de ce principe-là. Comme on prend un enfant là où il en est dans son développement, on ne lui demande pas des choses qu'on ne demanderait pas à un enfant de cet âge-là réel. Donc, on ne le met pas en groupe s'il n'a pas de capacité de socialisation. On ne lui demande pas de rester assis à une chaise s'il n'a pas encore... la capacité, les fonctions exécutives nécessaires pour se concentrer, se poser dans son corps, etc. Et puis, après, la question de l'école en tant que telle et de tout ce que ça demande sensoriellement, etc. Voilà, c'est aussi des choses qu'on prend en compte. Et donc, partant de ce principe-là, on déscolarise l'enfant dans un premier temps. Ça peut être une partie, c'est-à-dire qu'il y a des enfants, comme celui que je t'évoquais tout à l'heure, mais ce n'est pas la plupart des enfants qu'on a, mais qui peuvent maintenir... un petit peu de scolarité, mais il faut quand même qu'on puisse travailler sur le fond en développement. Mais la plupart des enfants sont totalement déscolarisés pour être essentiellement dans leur salle de jeu. Ensuite, c'est progressif, donc on a une méthode qui est en trois phases. Une première phase, donc en termes de développement, quand on est dans le développement entre 0 et 18 mois, on va être uniquement dans la salle de jeu, face à face, en individuel.
- Speaker #0
Tu parles de 18 mois en âge développemental.
- Speaker #1
Développemental, d'accord. L'enfant peut avoir 2 ans, 3 ans, 6 ans, 18 ans. Donc là, c'est vraiment le développement qui est notre curseur. À partir de 18 mois de développement, un stade où l'enfant, tous les enfants à 18 mois de développement, qu'ils aient 18 mois réels ou pas, c'est un stade où ils s'intéressent à l'autre, ils ont une conscience d'eux-mêmes et de l'autre qui est suffisante pour pouvoir entrer en interaction, venir imiter l'autre. Donc les enfants à cet âge-là jouent beaucoup en s'imitant et ils vont commencer à être... à vouloir être de plus en plus autonome, à vouloir manger tout seul, essayer de faire ce qu'ils peuvent à leur niveau tout seul, et à avoir envie aussi de découvrir de nouvelles choses. Nous, à ce stade-là, c'est le début de la phase 2. Il y a aussi la symbolique à ce moment-là, donc le début des jeux symboliques, des jeux de faire semblant qui émergent. Et donc, pour nous, c'est un moment de rupture dans la méthode où on passe à la phase 2, qui est une phase de socialisation. Donc, c'est un moment où... Encore une fois, quel que soit l'âge chronologique, l'âge réel de l'enfant, ça fonctionne toujours de la même manière. Parce que ce qui nous intéresse, c'est l'enfant intérieur en fait, ce n'est pas l'âge qu'il a réellement. Donc là, la phase 2, c'est une phase de socialisation. On va commencer à s'intégrer dans des petits groupes. Ça peut être de la baby-gym, ça peut être des petits groupes de sport. On commence à inviter d'autres enfants aussi en salle de jeu. Donc on a des enfants qui viennent faire des petites séances de jeu, commencer à interagir dans le cocon de la salle. On continue toujours à filtrer, parce qu'à ce moment-là, l'aspect sensoriel, tout n'est pas encore à maturation.
- Speaker #0
Et puis, on a le début des apprentissages. Donc, on commence des petits ateliers préscolaires. On va commencer à s'asseoir à table, à faire des petits ateliers qui durent cinq minutes dans un cadre précis, structuré. Et puis, on commence à faire des sorties. C'est-à-dire que là, l'enfant est quand même moins envahi. Il a mieux conscience de l'environnement et donc, il peut s'intéresser à l'extérieur, à des choses nouvelles. Donc, on va faire une petite course, faire, voilà, aller, je ne sais pas, si on est à la campagne, aller voir les vaches, etc. Ça, ça dure jusqu'à trois ans de développement, donc 36 mois. Et à ce moment-là, on va commencer la scolarisation. Donc là aussi, dans la logique du développement, c'est ce qui vient à trois ans de n'importe quel enfant. À ces trois ans, l'enfant va à l'école. Et donc nous, c'est le début de la scolarisation aussi à ce stade-là. Et donc, par contre, on y va par toutes petites groupes. Et mais on réintègre le cursus scolaire. On commence avec une heure. Ensuite, deux fois une heure par semaine. Et puis, progressivement, au fur et à mesure que l'enfant, on est de plus en plus capable, on augmente le temps d'école. Et là, l'objectif, c'est que l'enfant, dans cette phase 3, t'aille progressivement dans des apprentissages le plus ordinaire possible. Après, selon le profil de l'enfant.
- Speaker #1
Et dans la classe d'âge qui correspond à son âge chronologique, c'est ça ?
- Speaker #0
Alors, ça dépend. Ça dépend de l'âge de l'enfant au départ. C'est-à-dire que quand on a un enfant qui démarre tout petit, souvent on arrive à raccrocher la classe d'âge sans trop de difficultés parce que finalement il commence à 18 mois, donc au moment où il va rentrer en moyenne section par exemple, il aura 4 ans. On a eu le temps, nous, d'avancer pendant ce temps-là.
- Speaker #1
Et voilà, tu connais maintenant les grands principes qui sous-tendent l'approche des 3I. Et comment ? En déscolarisant partiellement ou totalement l'enfant le temps qu'il passe par les différents stades de développement requis, on peut potentiellement lui permettre de réintégrer une scolarité normale. Je te donne maintenant rendez-vous dans le chapitre 4, dans lequel tu comprendras peut-être mieux que jamais le précepte selon lequel il faut tout un village pour élever un enfant.