- Speaker #0
Ils sont managers, parfois par vocation, parfois par hasard, mais toujours ils ont décidé de faire bouger les lignes. Ils osent dire, écouter, transformer. Pas de recettes miracles, mais des échecs, des fulgurances, du courage et des outils qui changent la donne. Bienvenue dans Manager Inspirant, le podcast de celles et ceux qui mettent l'humain au cœur de la performance. Je suis Aline Valentin, j'ai passé 25 ans dans des postes de direction internationale dans le secteur du luxe, à piloter des transformations stratégiques. Mon moteur a toujours été de construire des collectifs multiculturels engagés au service d'une performance durable. J'ai vu ce que le pouvoir peut faire, mais également défaire. Aujourd'hui... Je donne la parole à celles et ceux qui, en entreprise, font le choix d'un management plus humain, plus exigeant, plus inspirant. Dans chaque épisode de Manager Inspirant, je vous propose une conversation honnête, profonde et concrète avec un dirigeant, un manager ou un expert RH. Parce que le courage, ça s'apprend. Et l'inspiration, ça se partage. Manager Inspirant, c'est le podcast de celles et ceux qui veulent conjuguer performance et épanouissement.
- Speaker #1
À écouter sur toutes les plateformes. Abonnez-vous et surtout, inspirez !
- Speaker #0
Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Annabelle Roberts, cofondatrice de Present Perfect, auteure de La Théorie de la Veste chez Flammarion Edito, coach en prise de parole, speechwriter, keynote speaker. Née au Canada, dans une famille mormone, elle s'est émancipée très jeune pour tracer son propre chemin à contre-courant. Entrepreneur self-made, pionnière et novatrice, elle a créé From Scratch, une entreprise qui cartonne, tout en revendiquant avec humour être une manager totalement nulle. Paradoxe ? Pas vraiment. Son modèle met l'autonomie, la confiance et l'expérimentation au cœur, jusqu'à laisser ses collaborateurs fixer eux-mêmes leur salaire. Avec Présente Perfect, elle et son équipe ont formé plus de 10 000 professionnels à écrire pour l'oral, arrêter les slides moches et tenir une salle. Son livre, La théorie de la veste, propose une méthode contre-intuitive pour transformer les refus et les échecs en tremplins d'audace. Elle défend une communication incarnée. claire et joyeuse et s'engage pour l'égalité, l'entrepreneuriat féminin et des cultures d'entreprise où chacun peut oser. Aujourd'hui, on va parler voix, courage, échecs, culture et de ces leaderships singuliers qui rendent les équipes fières, libres et performantes. Bonjour Annabelle et bienvenue dans Manager Inspirant.
- Speaker #1
Bonjour Aline, merci pour l'invitation.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. Alors écoute, on ne n'est pas leader, on le devient. Et souvent en s'arrachant à des schémas pour carrément écrire le sien. Simon Sinek, dans Start with Why, explique que les grands leaders inspirent en commençant par leur valeur profonde. Et si tu le veux bien, j'aimerais bien partir de là avec toi. Quelle valeur de ton éducation, donc on sait que tu as grandi dans une famille mormone, t'ont d'abord structuré ? Et lesquelles as-tu dû déconstruire, t'émanciper et trouver ta voie ?
- Speaker #1
Ouf ! En effet, j'ai grandi mormone. Donc, il y a des gens qui me disent « est-ce que tu aurais aimé grandir autrement ? » La réponse est non, parce que c'était à la fois une bénédiction et à la fois... Une maladiction, si je peux utiliser des mots religieux. Bénédiction, pourquoi ? Parce qu'au cœur de la culture mormone, c'est se rendre service aux autres. Et c'est vraiment la réponse à tout. Vous êtes triste ? Allez-y, aidez quelqu'un d'autre. Et vous réfléchissez un peu trop et vous vous posez des questions. Est-ce que cette religion bizarre est en fait basée sur la réalité ou peut-être c'était juste inventé par un charlatan pédophile ? Mais allez-y, rendre service à quelqu'un d'autre. Donc, à la fois, c'est un peu pour vraiment éteindre toutes questions ou sentiments qui pourraient vous amener à vous poser des questions sur la religion. Mais à la fois, c'est vrai que ça nous aide à oublier notre malheur et de se perdre au service de l'autre. Le service, je sais que ce n'est pas tout à fait comme ça qu'on le dit en français. Ça fait penser aux garçons au bistrot. Mais nous, en anglais, to give service to someone else, c'est vraiment de se perdre dans l'aide à quelqu'un d'autre. Oui,
- Speaker #0
c'est plus dans le côté rendre service ou peut-être une espèce de bienveillante attention. Exact. C'est plus de la sollicitude en fait, permanente.
- Speaker #1
Exact. Et ça, c'est une valeur avec laquelle j'ai grandi et que ça me manque vraiment. Une espèce de solidarité, de sororité aussi, parce que c'est très patriarcal comme religion. Quand on accouche dans l'église mormone, pendant au moins deux mois, on ne va pas nettoyer sa propre maison, on ne va pas cuisiner. on a toute une brigade de femmes qui sont organisées des mois en avance. Il y a une dame qui est en charge de la brigade de service, ils appellent ça The Care Squad. S.O.S. Gentillesse. Et elles arrivent, elles nettoient ta baraque, les femmes qui ont allaité 13 enfants sont là pour te montrer comment bien allaiter ton nourrisson. Bref, c'est vraiment, on est entouré. Et moi je me souviens quand j'étais toute seule dans mon appartement au Crème L'Ambicêtre, Avec un enfant qui pleure et je ne comprends pas, et mon mari était en voyage d'affaires pendant trois semaines et moi je n'avais personne, ça m'a beaucoup manqué. Donc cette notion de sororité, rendre service aux autres, savoir et connaître ce qui se passe dans la vie de l'autre pour qu'on peut être une équipe encore plus efficace, ça c'est au cœur de la management à Présente Perfecte.
- Speaker #0
Ok, et dont on reparlera quand on va rentrer plus en détail de ta société aujourd'hui. Mais avant de rentrer justement dans Présente Perfecte aujourd'hui, j'aimerais qu'on parle, si tu veux bien, on a compris que là, du coup, tu as appris tout ce avec quoi tu t'es construit. Et finalement, les échecs que tu as vécu sont peut-être venus presque plus tard. En tout cas, je ne sais pas si c'est des échecs, mais en tout cas, des vestes, je crois qu'on peut dire ça. Adam Grant explique que les innovateurs ne réussissent pas justement parce qu'ils échappent à l'échec. et parce qu'ils osent échouer plus souvent et ils transforment chaque refus en apprentissage. Et je pense que ta théorie de la veste, elle illustre parfaitement cette idée. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu comment cette idée est née et finalement en quoi ça peut changer notre façon de décider, de demander, de négocier pour toi ?
- Speaker #1
Donc la théorie de la veste, le livre que j'ai écrit, est née dans ma buanderie. Donc, grandir mormone quand on est femme, intelligente, indépendante, intègre, c'est difficile. Parce qu'il y a un moment où vous allez vous poser la question, et si j'ai envie de gagner mon propre salaire, et si j'ai envie d'être autre chose qu'une femme au foyer, ce qui, pour moi, est un métier noble. Mais le vrai féminisme, c'est la femme qui choisit. Et donc, ce moment est arrivé pour moi assez tôt. Et c'est pour ça que j'étais mise dans des familles d'accueil, que je n'étais pas acceptée, que je suis partie très tôt de la maison. Je suis partie à 16 ans. Et au fur et à mesure, j'arrive ici, à Paris. Et j'ai toujours été destinée, en quelque sorte, d'être une femme mormone au foyer avec autant d'enfants que le ciel m'en donne parce que prendre la pilule, c'est interdit. Et donc, tout ce que j'avais en plus, je l'ai vraiment perçu comme bonus, en quelque sorte. Donc, c'était... Oh my God, je vis à Paris. Wow ! J'ai un copain qui est tellement intelligent. athée qui a la télé. Wow ! J'étais invitée au Friends and Family Sale de Dior. Je me suis achetée des pompes Dior à 90 euros. Wow ! J'ai trop réussi ma vie. Donc, tout ce qui était au-delà de faire mon foyer en Alberta, dans le forêt, c'était genre bonus pour moi. Et je pense que c'est pour ça que j'étais capable d'oser comme j'ai pu oser. J'ai fait des études d'écriture. Je voulais écrire des discours pour des hommes et des femmes politiques. Mais au Canada, ils m'ont dit qu'il faut parler français et anglais, il faut être bilingue. J'avais un petit copain français à l'époque. Je l'ai suivi ici en France. Et de toute façon, je ne pouvais pas terminer de payer mes études parce que je travaillais trois jobs. Je vendais des culottes chez Calvin Klein et j'étais serveuse pour un petit déjeuner dans un hôtel. Et le soir, j'étais au bar pour faire des cocktails. Et entre tout ça, je faisais mes cours. Et malgré tout ça, j'habitais Toronto, c'est un ville très chère, les études coûtent plus cher au Canada qu'ici en France. Je ne pouvais pas payer les honoraires. Ils m'ont dit, écoutez, madame, soit vous payez, soit vous êtes dehors. Je dis, bon, ok, j'y vais, dehors. Mais j'ai eu un chef de cabinet pour une partie du gouvernement canadien qui m'a dit, toi, t'es douée. Tu parles au minimum français pour que tu puisses au moins comprendre les discours qui sont en français. Je te prends en stage. Donc là,
- Speaker #0
ça a été ta première expérience professionnelle.
- Speaker #1
Exact. Et il m'a dit, tu ne parles pas français, donc je ne te prends pas. Bon, veste, ce n'est pas grave. Petit copain français qui me dit, écoute, viens avec moi en France. Soit tu peux y aller en Chicoutimi au Canada, apprendre le français, soit tu peux l'apprendre à Paris. Donc, le choix est évident. Je viens avec lui ici et je reste.
- Speaker #0
Donc là, tu es à quel âge quand tu arrives à Paris ?
- Speaker #1
vingt... Alors Chirac était encore président. Ouais, je sais. C'est 23 ans. 23 ans peut-être ? Minette. Et je n'ai pas de papier. Et donc je travaille autant que demi-chef de rang dans un restaurant étoilé à Paris. Mais ça m'a appris... tellement de choses. Ça m'a appris ce que c'est la gastronomie française. Ça m'a appris que le talent est partout, l'opportunité n'est pas. Parce qu'il y avait quand même des gens brillants aux cuisines, brillants aux salles, mais ils avaient juste le malheur de ne pas être académiques. Donc, ils n'ont pas pu être pris dans des grandes écoles. Je n'ai jamais compris pourquoi on appelait ça une grande école. So snobby. Bref. Et après que j'ai eu mes papiers et tout, etc., j'étais prof d'anglais, ce qui m'a permis de faire juste un réseau de dingue. parce que j'étais prof d'anglais pour des plus grands patrons du CAC 40, en fait. Et c'est là où j'étais prise, j'étais chassée pour venir bosser dans un cabinet politique qui faisait des discours pour des hommes et des femmes politiques. Et ça s'est très mal passé, justement, au cause d'un management hyper toxique. Et c'est là où j'ai décidé de monter ma propre boîte, très tôt, parce que j'ai dit, la seule manière... d'avoir le contrôle sur ton destin, en fait, c'est de tenir toutes les cartes. Et j'avais confiance en moi. Donc, quand on monte sa boîte, on mise sur soi. Et moi, je n'avais pas de problème de miser sur moi. Donc, j'ai commencé. J'ai sorti de ce cabinet sans clause de non-concurrence, sans rien du tout. Et j'ai dit, je vais prospecter tous ces anciens clients. Parce qu'il y avait des histoires de MeToo. Non seulement avec moi, mais avec des douzaines d'autres femmes. Donc, en anglais, on dit « don't get mad, get even » , « ne te fâche pas, revanche-toi » . Et c'est ça ce que j'ai décidé de faire. Et donc, un par un, j'allais appeler ces clients pour dire « écoutez, je suis à mon propre compte maintenant, est-ce que ça vous dit qu'on travaille de manière indépendante, vous vous économisez des frais d'agence pour plutôt bosser avec un freelance ? » qui est en plus bilingue. Pardon de t'interrompre,
- Speaker #0
mais c'est-à-dire qu'à ce moment-là, tu avais quand même déjà quelque part trouvé ta voie, sans faux jeu de mots, sur ce que tu voulais faire et décider de le faire à ton compte ?
- Speaker #1
Non. Moi, ce que je veux faire, entre guillemets, dans la vie, c'est faire un travail qui m'intéresse avec personne qui m'embête derrière. Faire ce que je veux avec mes cheveux dans un travail qui m'intéresse. donc j'ai Ma vraie passion, c'est la comédie musicale. Donc, je savais que je n'allais pas y aller à Broadway et gagner des millions à faire ça. Donc, je ne me contente pas de mon travail. Je m'épanouis dans mon travail. Mais il ne faut pas confondre. Il ne faut pas oublier que parfois, le talent et la passion vivent séparément. J'ai beaucoup de talent dans ce que je fais. Je me rends compte que je suis douée. Le fait que je fais quelque chose qui n'est pas forcément mon kiff ultime, mais que je génère une valeur énorme pour le client en face qui est très content et qui me recommande, moi, ça me produit assez de satisfaction dans mon travail pour que je continue et que je le fasse tous les jours. Après, si je gagne des millions, je donne la société. à mes employés actuels et je monte la comédie musicale.
- Speaker #0
C'est marrant parce que, je vais faire un petit aparté, mais je ne sais pas si tu connais Gay Hendrix qui parle justement de la zone de génie. Et en fait, c'est un espace où en gros, tu crées le plus de valeur sans effort apparent avec enthousiasme et plaisir. Alors, on comprend que pour toi, c'est la comédie musicale. Néanmoins, avant d'en arriver là, et je te souhaite d'avoir une réussite aussi dans ce domaine-là, peut-être. plus tard.
- Speaker #1
PowerPoint, le comédie musical 2030, ça va sortir. Ok.
- Speaker #0
Bon, très bien. Alors, je te réinterviewerai à ce moment-là. Mais du coup, en attendant, est-ce que tu peux quand même plonger un peu plus ? Parce que tu vois, t'es quand même une personnalité, effectivement. T'as une enfance qui n'est pas classique, on peut le décrire comme ça. Tu t'es construit avec, comme tu disais, les valeurs marmonnes et aussi contre des principes qui... Voilà, ton... On peut te révolter. En tout cas, pour toi, ce n'était pas ta voix. Mais avec tout ça, c'est quoi ta zone de génie ? Est-ce qu'on peut revenir sur ce que tu sais faire naturellement et là où tu es bonne et où effectivement, tu te dis c'est ce qui va aussi me dire que j'ai confiance en moi. Mais en fait, tu l'as su très tôt. Quelle est ta zone de génie ?
- Speaker #1
Oui, en fait, c'est la confiance en moi. Je ne sais pas d'où ça vient. Pour être honnête, je pense que c'était une caractéristique de survie que j'ai développée. Parce que quand on a nos parents qui nous mettent dehors à 11 ans et nous mettent dans des familles d'accueil parce qu'on ose dire qu'on pense que Dieu n'existe pas. Et qu'on passe de famille d'accueil à famille d'accueil où il y a de l'abus, où il y a de la négligence. C'est très difficile. et vraiment plus que j'ai... été abaissée, en quelque sorte. Plus que je me disais, Annabelle, you're awesome. C'est juste un moment. C'est qu'une parenthèse, ça. Tu vois, quand t'es libre, quand tu sors, quand t'as ton propre appart, etc., moi, ce que j'avais dans la tête toujours, c'est que I'm gonna go to New York. Je vais aller à New York. Je vais aller à New York. Je vais aller à New York. Donc, mon visa pour les États-Unis était refusé. Donc, finalement, j'ai attiré à Toronto. Mais je pense que de me dire, Annabelle, t'es géniale. Tout c'est merde, c'est qu'une moment, en fait. Quand tu as le contrôle sur ton propre destin, tu vas pouvoir tracer ta voie, etc. Peut-être que ça vient de là, la confiance.
- Speaker #0
Oui, ça c'est la source, l'inspiration. Mais est-ce que tu as en tête un moment où tu t'es dit vraiment, lors d'une mission, d'un pitch ou d'une crise que tu as gérée, alors que ce soit dans l'entreprise où tu étais là avec ces politiques dont tu es partie, ou après, quand tu as monté ta boîte, est-ce que tu te souviens vraiment d'un moment où tu t'es dit, mais pfff C'est vraiment là, c'est ma zone de génie, j'ai un impact et I'm really so good in that.
- Speaker #1
Yeah, je pense que c'était avec un de mes premiers clients qui est un grand patron dans la tech en France, qui a devenu un des milliardaires de la France, lui et sa famille, la famille, un des... famille les plus puissantes de la tech en France. Et c'était un de mes premiers clients. J'ai écrit un discours pour lui et le lendemain, il a fait la couvre de la Voix du Nord. Le lendemain, tous les partenaires à l'événement qu'on a fait, parce qu'on a écrit un discours qui faisait des parallèles entre l'innovation technologique et le rock. Et ensuite, il a joué son guitare sur scène. Et tout le monde a dit, mais non, tu ne peux pas lui faire faire ça. Ce n'est pas un concert de rock ici. Et j'ai dit non, non, il faut absolument qu'il le fasse parce que ça va faire carton. Et tout le monde, everybody is going to pay attention. C'est ça ce que j'ai dit. Après, Microsoft, Kingston, Cisco, tous les partenaires de l'événement sont venus nous voir sans connaître qui nous sommes, Present Perfect, en dire wow. C'était vraiment un événement à l'américaine. On veut absolument bosser avec vous, machin, nanana. Et là, j'ai dit, OK, I'm on to something. C'est ma voix. Le kiff venait de... Le fait de savoir que grâce à mes talents, je vais pouvoir construire quelque chose. J'ai eu le même sentiment aussi quand j'ai commencé à créer de l'emploi. Donc, l'emploi chez Present Perfect, c'est drôle que tu m'interviewes pour un podcast de management parce que je me considère comme une mauvaise manager.
- Speaker #0
Tu m'as toujours dit ce qui m'a toujours fascinée.
- Speaker #1
Mais non seulement est-ce que je suis mauvaise, mais ça ne m'intéresse pas. Donc, en gros, le KPI chez moi, c'est que 1. Est-ce que tu peux faire le job ? 2. Est-ce que j'ai besoin de te manager ? Oui, si j'ai besoin de te manager, t'es out. Je ne veux pas te manager. Ce n'est pas une garderie pour un adulte chez moi. Si tu ne peux pas te manager toi, après que j'ai communiqué la vision de manière claire, je communique la vision, je fais une transparence sur les chiffres, ce qui va bien, ce qui va mal, quels sont des clients qu'on vient de signer, quels sont des clients qu'on risque de perdre, etc. c'est des choses que tout le monde dans la boîte sache, que ça soit assistante de direction jusqu'à les deux actionnaires en top. Parce que quand on a cette information-là, qu'est-ce qu'on a besoin de management ? Je veux dire, tu connais ton travail, tu sais ce que la boîte a besoin. Je veux dire, parfois, je sens que le management, c'est un peu comme le mari que tu as où tu dis, mais est-ce que tu peux, s'il te plaît, réparer le truc qui fuit dans le salle de bain ? Et il te dit... « Tu m'envoies un texto, mais tu ne me casses pas trop les pieds sur quand est-ce que c'est fait. » « Je t'ai entendu, je vais le faire. » Je vais dire « J'ai divorcé mon mari parce qu'il fallait le manager. » Donc, moi, le management, c'est embaucher des gens qui sont capables de se manager. Ceci dit, ça coûte quelque chose. Je ne me paye pas énormément. Si j'ai un salaire qui est 6, 8, 9 fois celle de mon assistante, elle connaît mon salaire. Ça va créer des histoires, ça va créer de la jalousie. Donc, managez-vous vous-même. Stratégie, ça marche seulement si on n'est pas trop greedy, comment dire en français.
- Speaker #0
Oui, oui. Après, dans tout ce que tu dis, c'est très riche et j'entends beaucoup de choses. Ça me fait penser d'abord à une chose, parce que tu n'es pas la seule personne que je vais interviewer qui me dit, je suis un manager complètement nul. En revanche... pour moi, et ça me fait penser à Brené Brown, que je sais que tu apprécies aussi, qui, elle, explique que la vulnérabilité, ce n'est pas une faiblesse, mais une force. Parce qu'elle permet de mieux se connaître, de s'exposer et de créer justement la confiance. Et en fait, ce que j'entends dans ce que tu dis là, c'est que déjà, tu te connais, tu sais comment tu fonctionnes, et donc tu as organisé quand même tout un écosystème autour qui fonctionne avec ta personnalité, et tu embauches des gens pour qu'il le deal, il est clair. Et ensuite, la deuxième notion que j'entends très clairement, c'est qu'il y a effectivement une notion de confiance avec les gens avec lesquels tu travailles et d'autonomie que tu vas prôner. Donc, à la fois, ton why, il est quand même très clair. À la fois, tu es quand même très lucide sur qui tu es et comment tu vas travailler avec les personnes qui sont là. Et effectivement, cette notion d'autonomie et finalement de, je ne sais pas si on peut le préciser, d'équité, mais en tout cas de forme de justice, ça fonctionne très bien avec les gens qui sont avec toi.
- Speaker #1
Oui, moi j'ai besoin d'eux autant qu'ils ont besoin de moi, voire peut-être moi j'ai besoin d'eux un petit peu plus qu'ils ont besoin de moi. Et quand on est sur un terrain d'entente pareil, ça ne peut pas être le management traditionnel à la française, genre je vous donne juste assez d'infos pour que vous puissiez faire votre travail, je vous paye le minimum possible pour que moi je puisse en tirer le maximum possible, etc. Au Canada, je sais que c'est un cliché, mais vraiment presque tout le monde est sympa. Je te le jure. Presque tout le monde est sympa. Et en entreprise, c'est pareil. Presque tout le monde est sympa. Et de ne pas donner toute l'info, ce n'est pas sympa. De ne pas payer assez pour que tu puisses acheter ta maison et faire un enfant, ce n'est pas sympa. quand j'ai découvert cette culture de grève en France et cette haine pour le patron, je ne comprenais pas tant que je n'ai pas eu un patron français. Et là, j'ai dit, ah, ouais, je le hais, ok, je comprends. Fuck le patron. Cette notion de il faut qu'on s'arrête de travailler, il faut qu'on bloque les rues, etc. pour avoir ce qu'on veut. Je trouve ça dommage. Et il suffisait que je trouve que les patrons soient un petit peu plus sympas, un petit peu plus, comment dire, prêts à écouter l'autre. Et on pourrait diminuer ça un petit peu.
- Speaker #0
Oui, de toute façon, on commence à la communication et à la gestion des conflits. Et c'est vrai que dans ma société de consulting en management chez Osmose, Pour nous, effectivement, c'est la base, c'est de réapprendre aux personnes qui sont dans les entreprises à tout simplement communiquer, mettre les sujets sur la table. Et ce fameux dialogue social dont on parle effectivement beaucoup en France et qui, je pense, nous fait défaut. Mais à contrario, quand tu le mets en place comme toi dans ton entreprise, le pouvoir de la communication et de la gestion des conflits, quand elle est saine, c'est sans limite. C'est un processus d'amélioration continue.
- Speaker #1
Ben oui. C'est aussi simple que ça, la règle d'or, traiter des gens comme toi t'aimerais bien qu'on te traite.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Et c'est vrai qu'on ressent aussi, alors certainement le côté canadien, mais à nouveau, c'est pour ça que je commence toujours par cette question sur les valeurs qui t'animent. Parce que c'est assez touchant de voir à quel point ces valeurs mormones fortes de solidarité entre les personnes, tu les as vraiment emmenées jusque dans ta boîte. et ça m'amène d'ailleurs à te poser une autre question qui est Donc tu as mis en place ce système, tu expliques toujours le why, mais jusque dans des détails assez précis, puisque cette transparence dans les salaires, c'est très original. Je n'ai pas d'autres exemples aujourd'hui d'entreprises qui fonctionnent comme ça. Il y en a certainement, mais c'est en tout cas pas répandu. Et justement, dans cette attention, dans cette sollicitude que tu prônes, est-ce qu'il y a des choses que tu as mis en place, des rituels dans ton équipe ? pour s'assurer justement que tout le monde va bien et faire attention tout simplement à tes équipes ?
- Speaker #1
Oui. D'abord, je veux juste préciser que le « est-ce que tout le monde va bien ? » est deuxième après la perf financière.
- Speaker #0
Oui, donc tu restes une businesswoman.
- Speaker #1
On reste un business. Je suis capitaliste aussi. Et tout le monde dans la boîte comprenne que si le business ne va pas bien, tout le monde va perdre leur emploi.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Donc, c'est pour ça qu'eux, ils savent quels sont les comptes qu'ils rentrent, quelles sont les marges sur n'importe quel produit, etc. Ça, c'est important. Donc, ils comprennent que, en anglais, je dirais « the goose that lays the golden eggs » . Je vais dire que si les employés tuent l'oie qui pend les œufs en or, personne ne va payer leur hypothèque. Cette transparence est aussi importante parce que ça responsabilise tout le monde aussi. Après, si on ne se concentre que sur la perf financière, on ne peut pas s'épanouir non plus. Donc le but, c'est chez Present Perfect, tout le monde gagne des salaires qui leur permettent d'avoir une vie bien, mais pas de partir en Ibiza en private jet. parce que derrière... Je veux aussi qu'ils soient capables d'avoir des enfants, de les voir, d'être avec eux s'ils sont malades, ce genre de choses. Donc, on a deux systèmes en place pour assurer que les employés puissent être à la fois assez heureux et motivés et fidèles à l'entreprise, de vraiment donner le tout quand l'entreprise a besoin et se reposer quand l'entreprise n'a pas besoin. et aussi de... S'assurer de la performance financière et de la fidélité, parce que recruter, ça coûte hyper cher. Avoir un employé qui, on le recrute, on le forme et il part, genre après sept mois, ça coûte hyper cher en temps et en argent. Donc, ces deux systèmes sont, un, le gérer votre vie comme vous avez besoin. Donc, tout le monde peut voir le calendrier de tout le monde chez Present Perfect. On n'est pas nombreux, donc on est une demi-douzaine, pas plus. Il fut un temps, on était presque 30 avec tous les formateurs, etc. Et ça ne m'a pas plu, je n'ai pas aimé. Je ne voyais pas mes enfants, j'étais toujours dans un avion avec des gens qui m'appellent avec leurs problèmes. Donc, j'ai dit stop. Donc, la première chose, tout le monde gère comme il veut. Il le sait quand est-ce que le business a besoin d'eux. Il le sait quand est-ce que les clients sont debout et envoient des mails et appellent. Moi, je n'ai pas besoin de leur dire. Vos horaires de travail sont de 9h à 18h30. RTT, machin, machin, machin. Ils ne sont pas débiles.
- Speaker #0
Total autonomie.
- Speaker #1
Total autonomie. Le mantra, c'est... garder la boîte en bonne santé, que la boîte reste en bonne santé. Tu as envie de faire la grasse mat jusqu'à 11h et tu as trois mails de Dior urgent, urgent, urgent qui ne sont pas répondus parce que toi tu es au lit, la boîte souffre. L'oie qui pend les oeufs en or, tu l'as empoisonné.
- Speaker #0
Donc, tu fais du mal à tout le monde, mais ton enfant est malade, tu as besoin de l'emmener chez le spécialiste ou je ne sais pas quoi, etc. Tu mets un truc en Teams, tu demandes à ta work wife de t'aider.
- Speaker #1
Ta work wife ?
- Speaker #0
Yes, work wife. Alors,
- Speaker #1
qu'est-ce que c'est ça ?
- Speaker #0
Donc, le premier truc qu'on a en place, c'est l'autonomie totale. Le deuxième, c'est le système d'effets. Comment ça marche le système d'effets ? Quand j'avais 22 ans, je voulais apprendre une troisième langue. Donc, je suis allée en Bolivie pour un stage de six mois où je travaille en orphanéla pour apprendre l'espagnol. Bon, ça se trouve qu'après trois semaines, ceux qui géraient l'orphanéla, ils se sont barrés. Et je me trouvais toute seule avec mon copain à gérer un orphanéla sans parler l'espagnol, rien du tout. Mais finalement, on apprend baptême par le feu. Mais il y avait un système en place que j'ai trouvé vachement intelligent. c'est que chaque grand enfant était responsable d'un petit enfant. Et donc, c'était un peu comme le parrain, en quelque sorte. Et s'il y avait un problème avec le petit enfant, la grande enfant allait venir me voir. Et donc, je pouvais, en quelque sorte, avoir une œil sur ce qui se passe chez les petits, mais aussi chez les grands, etc. Et donc, quand on commençait à être de plus en plus chez Présente Perfecte, j'avais du mal à... porter de l'attention à tout le monde. On traite des gens comme on aimerait bien être traités chez Present Perfect. Moi, quand je travaillais dans la politique, j'avais un client politique où je l'ai rencontré pour la septième fois. Septième fois ! On avait pris je ne sais pas combien d'horaires ensemble pour écrire son discours, pour le former à parler en public en anglais. Et à chaque fois, il me serrait la main comme si c'était la première fois qu'on s'est vu. J'ai dit « Mais you're really a fucking asshole, this guy. » Je ne vais pas vous dire qui c'est, mais voilà. Et moi, j'aime quand je me sens vue, entendue et comprise. Et donc, je voulais la même chose pour mes employés. Je commençais à voir que je n'avais pas assez de bande passante pour le faire. Et donc, on a mis en place le système d'effet. Donc, chaque employé est responsable de garder le pouls de la bien-être d'un autre employé. Ça veut dire que si toi, t'es ma fée, chez Présente Perfecte, Aline, tu dois connaître mon anniversaire et assurer que ça soit fêté. T'as un budget de 50 euros par an de me faire des petites attentions. Tu dois connaître mon anniversaire de travail et tu dois savoir qu'est-ce qui se passe dans ma vie. Est-ce que je suis enceinte ? Est-ce que j'ai des problèmes avec mon mari qui me cause des misères ? Est-ce que j'ai ma mère qui souffre d'un cancer ? Est-ce que je me pose des questions sur ma carrière ? Bref, ok ? Donc moi, je ne peux pas savoir tout ça. Moi, mon job, c'est de faire rentrer le business, faire grandir la réputation de l'agence. C'est ça ce que je dis quand je dis que je suis une très mauvaise manager. En quelque sorte, mon job, c'est de ne pas de launcher. avec tout le monde tous les jours et savoir ce qui se passe dans leur vie. Mais j'ai quand même envie de le savoir. Donc, chez Present Perfect, c'est pour ça que quand Kelly a accouché de son deuxième enfant, c'était son fée qui a organisé sa fête de baby shower, comme on dit en anglais, et qui a invité tout le monde et qui a assuré qu'elle s'est sentie spéciale, aimée, qu'elle est bien partie en congé maternité, ce genre de choses. Ça change chaque année quand on fait notre séminaire annuel. Et si vous êtes un mauvais fait, pour moi, c'est faute grave. Je considère comme si vous n'avez pas atteint votre objectif.
- Speaker #1
Donc, ça fait partie d'équipier et de réussite pour tes équipes. Autant que la réussite professionnelle et le business que tu apportes à ton entreprise. Donc, équilibre pro-perso. C'est fantastique. Et une question me vient en tête, parce que tu parles beaucoup de femmes. Il y a principalement des femmes qui travaillent chez Présente Perfect ?
- Speaker #0
100% de femmes.
- Speaker #1
Et c'est un choix ou c'est un hasard ? Moi,
- Speaker #0
je ne vais pas dire que c'est un choix. J'espère qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui écoutent ton podcast, Aline, parce que sinon, je vais me faire l'assurer dans les commentaires. Enfin, je vais être sur BFM dans deux semaines, je ne sais pas, à me défendre. Mais ça s'est fait naturellement parce que... parmi tous les hommes qui ont travaillé chez Prison Perfect, il y en doit avoir peut-être une douzaine. Il n'y en avait vraiment que deux qui ont été vraiment séduits par la méthode. Très efficaces.
- Speaker #1
Ah, pardon, je pensais que... Je suis quand même plus sympa.
- Speaker #0
Donc, très efficace et aussi capable à s'intégrer dans la culture.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Ok. Et donc, maintenant, on est 100% féminin. Ce n'est pas un choix. Ok. Non,
- Speaker #1
on va quand même être très clair pour nos auditeurs. Tu es une mère de filles et garçons.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et les hommes sont les bienvenus chez toi. Mais bien sûr. Il se trouve que par hasard, il y a eu un feat. sur cette culture.
- Speaker #0
Mais il faut juste qu'ils performent comme un des six femmes qui sont dans le présent perfect là aujourd'hui, qui dégagent un chiffre de ouf et qui explosent leur objectif à chaque fois, qui ne ratent jamais un mail, qui font des listes de leurs listes, qui font des excels de leurs listes, qui sont méga organisées, qui gèrent trois enfants à la fois et un carnet de clients de 300 personnes, qui n'envoient jamais une facture en retard, bref. Je veux dire que cette efficacité qu'on voit chez la maman qui travaille, qui a toujours un brushing, que ses enfants mangent bio, qui fait l'amour deux fois par semaine au moins à son mari, enfin tout ce truc-là.
- Speaker #1
Too much information.
- Speaker #0
Too much information. Si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez à quelqu'un de très occupé.
- Speaker #1
Bien sûr. Et parlons maintenant un peu du... plus du cœur de ton métier, justement, la voix et la scène. Ta question fétiche, « So, what do you want to say ? » Tu es à la croisée de Kurt Von Gutz, qui voyait les histoires comme des courbes émotionnelles simples et universelles, et de Nancy Doherty, tu peux me corriger si je le prononce mal, qui a, elle, montré qu'un discours vraiment puissant repose sur une architecture narrative, claire et presque musicale. Donc, quelle est ta méthode ? en trois temps, pour passer d'un sujet flou à une keynote qui marque. Quel est le conseil que tu pourrais donner à tous ceux qui nous écoutent ?
- Speaker #0
En effet, Kurt Vonnegut, Nancy Duarte, ce sont nos mentors, nos dieux, on les adore. La prise de parole réussit très bien sa transformation digitale. Je vais dire que c'est la média la plus forte pour... transformer les avis, former des opinions, faire adhérer des gens à une idée. Mais depuis toujours, en fait, on est un peuple, on est des créatures orales. Ceci dit, l'oralité, autant que c'est puissant, le signal de l'oralité n'est pas très puissant pour transporter des idées. C'est très fort pour transporter des émotions. Mais quand il s'agit de transporter de l'information, l'oralité est pauvre. Donc c'est pour ça que la méthode Present Perfect, pour moi, c'est d'abord, si vous ne pouvez pas le dire dans une phrase, vous ne pouvez pas le dire dans une heure. Arriver à dire ce que vous voulez dire dans une phrase est très difficile. Et ça vous demande de poser une deuxième question, qui est, qui est mon public ? Qui est mon public ? Dans quel esprit ils sont ? Qu'est-ce qui leur motive ? Qu'est-ce qui les empêche à dormir la nuit ? Qu'est-ce qui leur fait peur ? Qu'est-ce que je pourrais dire pour les énerver ? Qu'est-ce que je pourrais dire pour qu'ils se sentent ce fameux vu, entendu, compris ? C'est très important pour moi. Vu, entendu, compris. Donc, dans une phrase, qu'est-ce que je veux dire ? Si je ne peux pas le dire dans une phrase, je ne peux pas le dire dans une heure. Deuxièmement, pour le faire... Donc ça, c'est pour le rendre clair. Pour le faire raisonner, pour le faire adopter, il faut faire ce que j'appelle une audite de l'auditoire. Être capable d'être dans la tête et le cœur et le vécu de votre public pour que les anecdotes, les exemples, les métaphores, les comparaisons, les slogans que vous allez inclure dans votre discours font mouche chez eux parce que ça correspond avec leur vécu. Et la dernière chose, c'est qu'on est vu avant d'être entendu, un peu comme un plat étoilé Michelin. On le consomme d'abord avec les yeux. Et donc, il faut adopter les codes de charisme, qui sont des codes faciles à apprendre. On pense que le charisme était né. C'est faux. Comment être ouvert ? Comment faire ? Au début, ça va être la mimique. Comment mimiquer ? C'est français, je ne sais pas. des gestes de ceux qui ont confiance en eux. Que ça soit un regard ouvert.
- Speaker #1
Du mimétisme.
- Speaker #0
Mimétisme, merci. Mais parfois, j'ai honte. Parfois, quand je fais un podcast et je parle un français, genre paréguiné comme ça, etc., j'ai peur que les gens vont me dire comment elle a pu avoir son visa, mettre le dehors et tout.
- Speaker #1
En studio, je te donne quelques tips sur quelques mots très amusants que tu as créés, mais c'est plutôt amusant. Et on comprend très bien.
- Speaker #0
Bon, rassurez-vous, d'abord, les discours que j'écris sont souvent en anglais. Donc, un, si je ne peux pas le dire dans une phrase, je ne peux pas le dire dans une heure.
- Speaker #1
Très clair.
- Speaker #0
Deux, si ça ne résonne pas avec mon public, parce que ça ne fait pas écho à leur vécu et leur réalité actuelle, ça ne va pas marcher. Et trois, j'augmente la puissance de mon message en mettant des antennes. quand vous prenez la parole, vos yeux, vos mains, ce sont des antennes qui amplifient le message. Je mettrais une quatrième chose, c'est que pour moi qui adore la musique, qui adore la comédie musicale, la prise de parole partage plus en commun avec la musique qu'avec un texte écrit, par exemple. Explique-nous. Nous, il faut ponctuer un discours de la manière qu'on ponctue de la musique. Donc, si on prend, par exemple, un grand tube de la comédie musicale, donc la mélodie du bonheur, qui est mon préféré, si on prend le tube d'ouverture, « The hills are alive » , d'accord ? Déjà, dans ces quelques notes, on a un petit peu plus doux au début, et hop, on a crescendo. On a « hills » qui était tenu pendant un long moment, ce qui est un choix. on a un silence avant qu'elle dise « The hills are alive » , silence with the sound of music. Cette silence, elle est tellement pleine d'anticipation, de résonance, de qu'est-ce qu'elle va dire ensuite. Et si on sait ce qu'on va dire ensuite, le plaisir de cette silence, c'est « mon note préférée de l'ouverture arrive » . Donc, il faut prendre ce qui ponctue la musique.
- Speaker #1
C'est une question de rythme aussi.
- Speaker #0
C'est une question de rythme, c'est une question de répétition, c'est un question de Donc, on a 88 touches sur le piano et on a 80 000 mots qu'on peut employer. Mais en fait, la règle pour moi, c'est qu'il faut réduire le vocabulaire quand on prend la parole. Un langage riche, fleuri, avec tous les mots que vous avez appris quand vous avez fait votre PhD et tout, ça va vous desservir. Donc, si vous ne pouvez pas le dire dans une phrase, vous ne pouvez pas le dire dans une heure. Et dites-le dans un langage simple. en employant des modes de l'oralité qu'on sait marchent depuis des années. Le rythme, le rime aussi. Le rime. Carglass remplace... Carglass remplace... Comment c'est ?
- Speaker #1
Carglass répare. Carglass remplace. Je te remercie, on va l'avoir tout ça en tête jusqu'à la fin de la journée. Effectivement, c'est très parlant et ça me plaira bien.
- Speaker #0
Donc tout ce qui marche pour la pub, vous l'employez dans votre prise de parole. Tout ce qui marche dans la musique, vous l'employez dans votre prise de parole. Tout ce qui marche dans la religion, Vous l'employez dans votre prise de parole. On ne dit pas Jésus qu'une fois pendant la messe. Non,
- Speaker #1
une forme de leitmotiv, une forme de slogan, quelque chose un peu comme ça, lancinant comme une musique. Oui, on comprend bien. Donc, entre, évidemment, le message, le public et ce rythme, finalement, à travailler. On a trop envie d'être coaché par toi, Annabelle, après toutes ces explications. Et comme tu ne pourras pas coacher les milliers d'auditeurs qui vont nous écouter, malgré ce que tu dis. Inch'Allah. tu me racontais tout à l'heure est-ce que tu pourrais nous donner quelques micro-habitudes ou des tips justement pour améliorer immédiatement ta prise de parole alors là tu nous expliques évidemment sur les grands éléments mais est-ce qu'il y a des tips que tu pourrais nous donner oui bien sûr mais c'est
- Speaker #0
aussi une raison que j'adore mon métier c'est qu'il y a des quick wins et souvent ce que je dis aux gens c'est que je suis la Mary Poppins des coachs si on a besoin de travailler des centaines d'heures ensemble ça veut dire que j'ai raté. que je ne suis pas bonne, en fait. Normalement, on a travaillé ensemble, vous avez compris, vous avez intégré ces outils, vous l'avez personnalisé vous-même et vous n'avez plus besoin de moi. Tout ce que je vous demande, c'est que vous me recommandez. Donc, c'est parce qu'il y a des quick wins. Quick win numéro un, c'est trouver un slogan pour votre discours ou votre PPT. Donc, de dire ce que vous avez à dire dans une phrase, c'est OK. Mais de trouver un slogan que vous allez répéter plusieurs fois à travers de la presse ou le discours, ça va vraiment aider des gens à se souvenir de vous et d'être embarqués par ce que vous dites. On est des créatures orales. On était une espèce orale avant qu'on était littéraire. Avec plus de consommation de TikTok et des réseaux sociaux, j'ai même envie d'argumenter qu'on redevient une espèce orale plutôt que littéraire. Bref, ça c'est un autre podcast. Mais trouvez un slogan qui reste dans la tête, que vous allez répéter souvent. J'ai eu une cliente, par exemple, qui a écrit un discours sur le data. Et c'était « pas de data, pas de dia » . Et donc, elle a répété ça plusieurs fois à travers le speech pour dire que je sais que je vous embête avec la collection data, je sais que je vous embête avec le data cleaning et comment le machinana.
- Speaker #1
Mais c'est l'essence de mon message et c'est le message que j'ai envie de vous faire passer aujourd'hui.
- Speaker #0
Pas de data, pas de IA. Elle l'a répété six fois dans un discours de 22 minutes, vous voyez. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième, c'est apprendre à utiliser et même borderline abuser la question rhétorique. La question rhétorique est votre meilleure amie quand vous prenez la parole. Quand on analyse une conversation dans un réunion de travail lambda, on constate que moins de 2% des transitions entre des idées phares sont faites par question rhétorique. C'est comme si on était dans un réunion de travail et on se disait donc, est-ce que... Donc, finalement, on a décidé qu'on va mettre à jour le CRM et qu'on va acheter le update cet trimestre-là parce que ça vaut le coup. Donc, si on utilise la question rhétorique en réunion de travail, ça sera comme... Donc, est-ce qu'on va mettre à jour notre CRM ? Est-ce que c'est le bon moment pour nous ? On ne sait pas, mais on va quand même discuter autour de cette question. Mais en réunion de travail, les gens vont dire, mais tu te prends pour qui ? Steve Jobs est mort. Allô ? Ce n'est pas une télé-réalité ici. Je dis, mais vous êtes qui ? OK, mais. Et quand on le fait, quand on prend la parole, ça marche feu de Dieu. Ça marche très, très bien. Ça nous permet de répéter sans insulter l'intelligence du public. Ça nous permet d'annoncer le sujet pour que le public puisse se mettre à l'idée avant de rentrer dans le vif du sujet. Parce que le son voyage beaucoup plus lentement que la lumière. N'oubliez pas. Donc, si on donnait un discours devant 500 personnes sur l'importance d'investir dans le CRM et le data collection, et Ça devient beaucoup plus pertinent. Donc, si on est devant 500 personnes et on dit que, est-ce qu'on connaît assez sur nos clients ? Est-ce qu'ils ont l'impression qu'on leur connaît ? Comment puissions-nous répondre à leurs besoins si on ne les connaît pas ? C'est pour ça que je pense qu'il est temps de mettre à jour notre CRM et que l'investissement va porter ses fruits, blablabla. Donc, apprenez-vous à utiliser la question rhétorique. La dernière... que nous puissions avoir, c'est des sourcils antibotox. Le regard antibotox. Donc le regard antibotox, c'est quoi ? C'est quand on a une réponse neurologique à un danger. On va commencer à secréter des hormones de panique. Et ces hormones de panique font certaines choses dans le corps pour nous préserver. Il y a un ours qui veut nous manger. soit on a besoin de fuir, soit on a besoin de combattre le danger. Et donc, on va être crispé dans notre visage, autour de nos yeux et autour de notre mâchoire, parce que le corps le sait, ok, là on est en danger, si on survit, demain on va avoir besoin de nos yeux et nos dents pour continuer à vivre. Donc il crispe tous les muscles autour de votre mâchoire et de vos yeux, pour te protéger des yeux. pour aussi te focusser le regard direct. Il te coupe de regard périphérique pour que tu puisses être focus sur le danger. Et donc, on a un regard totalement crispé. Mais ce n'est pas de notre faute. C'est nos hormones. C'est le corps qui réagit exactement comme il devrait. Sauf qu'il y a un décalage entre notre réalité d'aujourd'hui et notre anatomie d'il y a 60 000 ans. Et donc, ça veut dire qu'il faut tout de suite Levez les sourcils et les gardez levés pendant un long moment. Oui, c'est comme si on est surpris, en fait, pour ouvrir le regard et dire à notre système neurologique et les hormones de panique, fausse alerte, les gars, erreur 404, on n'est pas en danger. Tu penses qu'on est en danger, mais regarde comment le regard est ouvert. Et si en plus tu t'ouvres tes gestes. et tu fais des gestes ronds, symétriques, qui se passent soit devant les poumons, soit devant le nombril, et tu prends de l'espace, parce que la confiance prend de l'espace.
- Speaker #1
Tu libères la confiance en toi naturellement pour être à l'aise.
- Speaker #0
On va pouvoir faire baisser les hormones de panique plus rapidement que si on ne se rendait pas grand. Grand dans notre regard, grand dans nos gestes.
- Speaker #1
Hyper intéressant. Merci beaucoup pour ces rituels qu'on va tous mettre en pratique dès maintenant. C'est malheureusement bientôt la fin de notre interview et j'aime bien terminer par ce que j'appelle le rituel ping-pong. Donc, je vais te poser quelques petites quick questions et tu me réponds spontanément, vraiment, la première chose qui te passe par la tête. Je prends le risque avec toi, Annabelle. Yeah, yeah,
- Speaker #0
je sais. Tu sais qui t'a répondu.
- Speaker #1
Alors, on en a un peu parlé, mais néanmoins, c'est parti. Une habitude managériale que tu garderais coûte que coûte dans tout ce que tu fais ?
- Speaker #0
Autonomie.
- Speaker #1
Un livre ou un discours qui t'a... retourner le cerveau ?
- Speaker #0
Of Boys and Men par Richard Reeves.
- Speaker #1
Si tu étais devant Annabelle qui a 20 ans, tu lui donnerais quoi comme conseil ?
- Speaker #0
T'inquiète pas autant, ça va bien se passer. Bossez fort, bossez encore plus fort, inquiète encore moins.
- Speaker #1
Qui est-ce que tu me conseilles d'inviter dans ce podcast ?
- Speaker #0
Hum, good one. J'ai aucune idée. J'ai jamais eu un manager que j'ai adoré ou idéalisé.
- Speaker #1
Et une personne que tu aurais rencontrée dans un cadre en pro où tu t'es dit, bien sûr que si, moi je sais.
- Speaker #0
Ah si, moi je sais. J'ai une cliente qui, je trouve qu'elle arrive à mélanger performance et bienveillance parfaitement. Elle travaille chez L'Oréal. donc pas le plus évident comme culture quand il s'agit de la bienveillance et de la transmission et faire monter des gens. Et c'est une dame qui a rendu Armani beauté, ce que c'est aujourd'hui, et qui gère aujourd'hui la maison Carita. Donc c'est juste là où Brigitte Macron, elle va pour faire ses soins. Elle s'appelle Chiara Allegri et c'est la dame la plus intelligente humainement. que je n'ai jamais pu rencontrer dans ma carrière.
- Speaker #1
Très bien, je vais la contacter. Et dernière question, un objet symbolique que tu glisserais dans la valise d'un manager qui embarque pour l'aventure ?
- Speaker #0
Des écouteurs. Parce qu'un bon manager est toujours en train de se poser des questions. Donc, autant que je me considère comme une mauvaise manager, j'ai appris que... centrale à ma management, c'est de ne jamais dire j'ai raison ou tu vas le faire comme ça, ou donner des commandes ou des ordres, en fait. Si j'ai besoin de donner des ordres, ça veut dire que j'ai échoué quelque part. Et d'écouter des autres, que ça soit Adam Grant, que ça soit des gens qui ont monté d'autres boîtes, que ça soit des histoires des autres et toujours être en train d'apprendre des autres. à travers des podcasts. C'est ça ce qui va vous permettre de toujours vous poser de questions.
- Speaker #1
Annabelle, merci vraiment du fond du cœur pour toujours cette authenticité et spontanéité qui te caractérise. Ton parcours rappelle à quel point un management peut être radicalement humain, audacieux et ultra responsabilisant. Là où on ose, là où on apprend et où on choisit, on peut tout simplement trouver des équipes qui sont pleines d'énergie et de fierté. Et évidemment, la performance suit, j'ai envie de dire avec toi, la performance devance. Et j'avoue qu'en t'écoutant, j'ai aussi pensé à Seth Godin et à sa vision des tribus. Il y a quelque chose vraiment de l'un de la tribu avec toi, parce que je pense que tu n'as pas seulement créé une entreprise, mais tu as bâti aussi une communauté où on apprend à oser, à se tromper et à transformer les règles du jeu. Et c'est vraiment l'esprit d'Osmos, la société qui me tient tellement à cœur. Montrer qu'un collectif vivant et engagé peut, et j'ai envie de dire même doit, conjuguer performance et humanité. Merci.
- Speaker #0
Merci à toi Aline. Merci à vous tous pour votre écoute précieuse.
- Speaker #1
Je suis Aline Valentin, fondatrice d'Osmos Consulting, et vous venez d'écouter Manager Inspirant, le podcast de celles et ceux qui conjuguent performance et humanité.
- Speaker #0
À écouter sur toutes les plateformes. Abonnez-vous. Et surtout...