- Diane CANTAN
Bonjour et bienvenue. Vous écoutez Markoeur, votre podcast 100% PME et marketing durable. Pourquoi ? Parce que le marketing durable, c'est le marqueur de la bonne santé de votre PME. Je m'appelle Diane Quentin et je vous propose de vous évader dans cet épisode avec un invité où nous évoquerons sa vision du marketing durable et sa vision de l'avenir des entreprises liées aux enjeux RSE. Aujourd'hui, nous allons parler des défis du marketing durable autour des produits de grande conso, les marques et leurs distributeurs. La distribution, un des 4 P fondamentaux du marketing mix. Et pour aborder ce sujet, j'ai fait appel au maître absolu, au trublion de la grande conso, j'ai nommé Olivier Dauvers. Bonjour Olivier.
- Olivier Dauvers
Bonjour Diane.
- Diane CANTAN
Alors, ingénieur agricole de formation, je te présente un petit peu ceux qui ne te connaissent pas.
- Olivier Dauvers
Je me laisse faire.
- Diane CANTAN
Tu as été rédacteur en chef de Linéaire et de Rayon Boisson. Depuis 2002, tu as créé les éditions Dauvers, acteur de premier plan et spécialisé sur le commerce, la consommation et l'info retail. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur le commerce, tranche de vie commerciale, le commerce de demain s'invente aujourd'hui, images prix, mode d'emploi, le penser client, comment devenir le commerçant préféré de vos clients, etc. Tu es présent aussi sur différents médias, fréquemment conviés sur les antennes. France Inter, BFM TV, France 2, M6, en qualité d'expert de la grande distribution. Tu es évidemment présent sur les réseaux sociaux. Abonnez-vous si ce n'est pas le cas. En tout cas, depuis quatre ans que je donne des cours dans des écoles de commerce, j'incite à chaque fois mes étudiants à s'abonner à tes comptes. J'adore les photos, les vidéos, les différentes enseignes du retail qui montrent à quel point les équipes ne relisent pas leur packaging ou les affiches mises en magasin. Et donc, son humour critique est toujours décapant. Et ça, j'apprécie. Tes études également sont scrutées et suivies comme DistriPrix, PromoFlash, DriveInsight. Tu as également ton podcast Café Conso, où tu donnes la parole aux acteurs de la distribution, mais également aux marques. Bref, une belle communauté de plus de 150 000 abonnés. Tu es également conférencier. La liste peut être longue. J'ai bientôt fini. D'ailleurs, c'est à cette occasion qu'on s'est croisés à plusieurs reprises. La dernière fois, c'était en 2016, quand on avait organisé un congrès à Monaco pour les pharmaciens à l'époque. Alors, un grand merci, Olivier, d'intervenir aujourd'hui sur mon podcast marqueur. Est-ce que tu souhaites ajouter quelque chose sur ton parcours ? J'ai sûrement oublié des trucs.
- Olivier Dauvers
Oui, il faut quand même que je rajoute que je suis tous les matins sur RTL avec Julien Courbet, parce que c'est quand même là où je suis le plus fréquemment dans les médias. Et puis, je vais rajouter une casquette qui se fait hors du mot Dauvers et de la marque Dauvers. cultives. Je dirige le think tank agroalimentaire des Echos depuis neuf ans. C'est un groupe de gens très intelligents qui discutent d'un intérêt général en l'occurrence sur la filière alimentaire. Celui qui les dirige est lui moins intelligent que les autres parce que sinon il ne se laisserait pas dirigé par lui. Donc là j'assume très bien mon rôle mais c'est notamment dans ce cadre là qu'on a beaucoup travaillé sur l'origine, sur la transition environnementale de la filière alimentaire, on en reparlera. Et puis ensuite une autre casquette qui celle là est totalement bénévole et j'y tiens beaucoup. je suis administrateur de C'est qui le patron ? La marque C'est qui le patron ? Que je pense beaucoup connaissent. Parce que je suis passionné par cette idée que quand le consommateur comprend la valeur qu'on met dans un produit, la propension à l'achat est beaucoup plus forte. Et que quand il n'achète pas, c'est juste parce qu'il ne comprend pas. Et le travail formidable de C'est qui le patron a été de faire comprendre ce que peut être la valeur sociale d'un produit. Et là aussi, on est dans les sujets de RSE. Complètement. Et donc... être administrateur de cette démarche-là, c'est-à-dire participer de l'intérieur à cette démarche, est quelque chose qui, depuis l'origine, m'a semblé totalement naturel. Et donc, c'est une façon aussi de voir et de comprendre cette mutation de la conso vers un peu de valeur sociale dans les produits.
- Diane CANTAN
Oui, et la transparence du packaging aussi. Là, on est clairement dans des démarches de marketing, d'information, de connaissances.
- Olivier Dauvers
C'est qu'il ne peut pas prendre une promesse très simple, c'est le... produit que vous achetez est un peu plus cher et c'est revendiqué et en échange c'est à dire il ya un lien de cause à effet et en échange l'éleveur le producteur d'oeufs si c'est des oeufs etc etc vivra mieux de son métier et donc après j'ai la liberté d'acheter ou de ne pas acheter parce que même si c'est un succès tout le monde n'achète pas c'est qui le patron il faut être il faut être humble et modeste là dessus mais tout ce qu'ils le font Ils comprennent, parce que c'est facile à comprendre, qu'il y a un lien de cause à effet entre leur acte d'achat et quelque part la pérennité de la production agricole française qui, en tant qu'ingénieur agri de formation, puisque c'est ça mon point de départ, m'anime, voire même m'obsède, parce qu'aujourd'hui on est sous la menace de ne plus être autosuffisant sur des tas de filières alimentaires, d'où le fameux mot qui est arrivé de souveraineté alimentaire, qui est aujourd'hui un mot qui est dans le débat grand public. Alors que pendant des années et des années, il n'était que dans le débat d'experts. Et donc déjà avoir réussi à mettre ce mot dans le débat grand public, c'est une avancée.
- Diane CANTAN
Donc là, tu viens de parler côté consommateur et donc évolution de mentalité dans cet esprit-là. Depuis quand tu as senti qu'il y avait une évolution sur ces sujets de durable, de recherche d'évolution environnementale, de prise en compte, prise de conscience, mais de la part là ? et des marques et des distributeurs ? Parce que tu es dans le milieu depuis X années. Est-ce que tu sens qu'il y a eu un déclic ?
- Olivier Dauvers
Je devais mettre un point de départ d'une prise de conscience, sachant qu'entre la prise de conscience et le moment où il y a de l'impact, il peut y avoir beaucoup de temps. Mais je vais rappeler quand même que faire un enfant, ça prend aussi neuf mois. Et que les premiers instants, ils sont quand même très, très loin du moment où le mouflard, il est chez vous et il braille. Donc il faut juste accepter cette idée de la transition et du temps long. Si je devais mettre un point de départ d'une décision symbolique, je mettrais Leclerc en 1996 quand il supprime les sacs de caisse à usage unique, puisque les plus jeunes ne s'en rappelleront pas, mais il y avait des vieux sacs à bretelles qui étaient tout fins et tout légers, qui ne servaient qu'une fois et qui étaient jetés. Et Leclerc, le premier, a décidé de les arrêter. Et quelque part, il l'a fait en prenant des risques. Je me rappelle d'adhérents Leclerc qui étaient contre, en disant mais les consommateurs, on va leur enlever quelque chose qui est gratuit, on le remplace par un sac qui est certes remplaçable à vie, mais qu'il faut commencer par payer. Ce qui, dans la symbolique des choses Leclerc, est quand même une espèce de frein. Et donc à ce moment-là, il y a un groupe d'adhérents probablement plus visionnaire que les autres autour de Michel-Édouard Leclerc, qui ont quand même tenu bon. et qui ont supprimé les sacs de caisse. Et à la limite, la première matérialisation d'une décision, on va dire, RSE au sens large, dans la grande conso, je la mettrai là. Donc c'est très vieux, 96, et pourtant on est très loin aujourd'hui, 25 ans et quelques après, d'avoir fait un chemin suffisant. Et pourtant ça fait très longtemps que ça a démarré. Et ça a même donné lieu d'ailleurs à une loi. Ségolène Royal, quand elle était ministre de l'écologie, elle a passé dans la loi l'interdiction des sacs plastiques jetables.
- Diane CANTAN
C'est ça. Et donc c'est quand même… En France, pas forcément partout dans le monde.
- Olivier Dauvers
Bien sûr, bien sûr. Mais ça illustre quand même bien que là, dans cet exemple-là, c'est l'initiative d'un acteur privé qui est devenu le socle d'une décision publique et qui de fait s'est imposée ensuite à tous. Là, on reprochera pour ceux qui veulent le faire à Leclerc d'avoir tiré la couverture à lui. Ok, très bien. Moi, j'étais là en 1996, donc je me rappelle très bien les tiraillements internes qu'il y a eu sur le thème. Mais pourquoi on fait quelque chose qu'on ne nous oblige pas à faire ? C'est vrai que quand on le présente comme ça, on se dit « ah ben oui, tiens, pourquoi ? » Il fallait quand même y croire.
- Diane CANTAN
C'est clair que c'est souvent le cas, en fait, quand on interroge des entreprises ou des gérants, des présidents de boîtes qui sont justement dans cette démarche-là. « Tant que je n'ai pas d'obligation réglementaire, je ne bouge pas. »
- Olivier Dauvers
Et ça s'entend. Et ça s'entend parce que… ça peut induire des sujets de compétitivité, de distorsion de compétitivité entre acteurs et donc au final mettre en jeu, pourquoi pas, la pérennité de l'acteur et donc avoir une dimension négative d'un point de vue social. Parce que si pour le coup, par quelque chose qui est vertueux, par exemple d'un point de vue environnemental, je pénalise mon entreprise dans sa compétitivité, je vais avoir probablement ce qu'on appelle une externalité négative dans le social, parce que je vais peut-être devoir licencier. Ça montre bien que ces trois piliers autour du mot RSE, la plus grande difficulté, ce n'est pas de les comprendre, c'est de les aligner. Parce que sur le fond, tout le monde est d'accord. Mais après, comment je positionne le curseur pour qu'au final, l'impact global soit positif et non pas l'impact de l'un entraîne du négatif sur l'autre. Parce que là, quand je suis trop vertueux, par exemple en environnemental et que je deviens moins compétitif, je perds des marchés, et si je perds des marchés, je détruis des heures travaillées, donc de l'emploi, donc du social. C'est aussi bête que ça.
- Diane CANTAN
Le bon lien à faire entre ce triptyque côté RSE, social, environnemental et sociétal ou économique, comme on l'entend. De quelle façon les acteurs que tu côtoies tous les jours, aussi bien les marques que les grands ministres, se soucient d'un marketing plus durable, d'une communication plus responsable ? Est-ce que toi tu le ressens ?
- Olivier Dauvers
Alors, bien sûr que je ressens... je ressens que les marques et les enseignes font des efforts. Je lis en même temps qu'elles font des efforts, que les efforts sont qualifiés souvent de greenwashing, parce que sans impact. Et donc moi, j'ai inventé une terminologie, on va la dire comme ça, que j'appelle le greenwashing sincère. Parce que, évidemment, du jour au lendemain, une décision... environnementalement vertueuse, si je prends le cas de l'environnement, ne peut pas produire tout l'impact qu'elle devrait produire. Et donc ceux qui veulent dire qu'elle produit peu d'impact ou que c'est que du greenwashing auront raison de vouloir le dire parce que les faits leur donneront raison. Quand Carrefour développe des rayons vrac dans certains magasins avec des marques et le fait sous forme de test, mais fait de la communication autour, il va être taxé de faire du greenwashing parce que c'est epsilonesque. Mais si c'est sincère, alors c'est bien. C'est-à-dire que tout est dans la définition du greenwashing. Est-ce que le greenwashing, c'est quelque chose qui est sans impact suffisant ? Dans quel cas, tout est greenwashing au début ? Ou alors, est-ce que le greenwashing, c'est quand ce n'est pas sincère ? Moi, je considère que le greenwashing, c'est quand ce n'est pas sincère. Même si ça a peu d'impact, mais que c'est sincère, alors ça ne peut pas être axé de greenwashing. Et donc, du coup, je vois beaucoup de choses. qui sont faits à chaque fois ou très souvent de manière sincère, mais dont les effets sont modestes, parce que le risque à prendre pour les acteurs est trop élevé, pour qu'ils basculent du tout au tout. Carrefour, il ne peut pas, du jour au lendemain, enlever les rayons pattes avec des paquets emballés de panzanis, de barillas, et que sais-je encore, pour les transformer en rayons vrac. Ce n'est pas possible. Alors évidemment, ceux qui disent « c'est ça ou rien » , ils seront déçus. Et Carrefour dit, je fais à la mesure de risque que je peux prendre. Parce que le jour où je n'ai plus de clients dans mes rayons PAP, parce que je ne les vends plus comme les clients veulent les acheter, alors je mets tout à plat et pour le coup, je n'aurai plus jamais d'impact. Donc, c'est vraiment cette idée-là qui m'anime. C'est une espèce de nuance dans l'analyse sur le fait que, oui, au début de ces initiatives-là, c'est forcément un micro-impact. Et il faut l'accepter comme tel.
- Diane CANTAN
Peut-être que la notion de greenwashing, elle est plus dans la façon de communiquer, dans des preuves qui ne sont pas apportées ou des chiffres qui ne figurent pas dans la com. Tu vois, c'est aussi ça. Non, parce que moi,
- Olivier Dauvers
je trouve que souvent, ils sont attaqués pour du greenwashing, des entreprises, notamment des grandes entreprises, au motif qu'elles communiquent beaucoup sur quelque chose qui a un petit impact. Et donc, en gros, ce qui est pointé, c'est l'écart entre les deux. entre l'hypercommunication et le minuscule impact. Oui, mais il faut bien démarrer. Et si on veut embarquer les consommateurs, on est quand même dans une société où il faut faire du bruit. Si on veut qu'il y ait des gens qui sachent que, tiens, désormais, on n'est plus obligé d'acheter ses pâtes en paquets pré-emballés, ou on n'est plus obligé d'avoir des emballages jetables aux fruits et légumes, on peut venir avec son filet en coton, ou on peut venir avec sa boîte Tupperware au rayon charcuterie pour mettre le jambon dedans. Mais si on n'en fait pas des caisses et des caisses pour expliquer aux consommateurs que c'est faisable, il ne va pas modifier son comportement d'achat. Donc oui, il est normal qu'il y ait une espèce de torsion apparente très forte entre l'hypercommunication et les petits impacts du début, parce que s'il n'y a pas ces petits impacts-là, il n'y en aura pas de plus gros domaine.
- Diane CANTAN
Un peu comme ton histoire du sec plastique, il faut bien démarrer et il y a eu des démarches… Exactement.
- Olivier Dauvers
Ceux qui attendent que le monde change du jour au lendemain, et que l'économie change comme un interrupteur qui passe de jour à nuit, ils n'ont juste jamais piloté une entreprise. C'est des idéalistes. Il faut des idéalistes, il faut avoir des idéaux. Je n'ai pas de problème avec ça, mais il faut quand même se rendre compte qu'aujourd'hui, le lieu de l'impact, c'est l'entreprise. C'est l'entreprise avec un E majuscule qui est capable de donner de l'impact. Ben oui parce que... On est consommation. Alors on peut le regretter, il y en a qui voudraient vivre comme des ermites dans des grottes, on ne les empêche pas d'y aller, d'ailleurs ils peuvent y aller, qui ne reprochent pas à la majorité silencieuse de vouloir encore consommer. On peut avoir un jugement moral sur la consommation. Moi j'ai un avis, mais j'ai aussi le devoir d'observer ce que font mes congénères. Et quand je les observe, quand je vais le samedi chez Action, et que je vois que les magasins sont blindés pour acheter ce que j'appelle des boubouilles à 2 euros, Je ne juge pas, je constate. Et donc, je fais avec. Et donc, je me dis, oui, tous ces gens-là, je ne vais pas arriver avec une baguette magique en leur disant, vous êtes des cons, je vais vous changer, parce que ça ne marchera pas. J'essaye de me demander comment on peut avoir de l'impact. Eh bien, par exemple, en matière de produits importés, peut-être avec davantage d'affichage de l'origine, peut-être avec l'obligation d'un éco-score, d'un planet-score ou d'un score environnemental, quel qu'il soit, pour montrer aux consommateurs, derrière son achat, Il y a des externalités. Et lui donner à comprendre que, oui, ces deux produits qui se ressemblent, finalement, il y en a un qui vient d'un côté et l'autre qui vient de loin. On ne peut pas lui reprocher de mal acheter si on ne l'informe pas. Et donc, moi, je prends la société comme elle est.
- Diane CANTAN
C'est un peu comme les abjets au niveau des marques sur certains packagings.
- Olivier Dauvers
Oui. Alors, il y a encore beaucoup d'hypocrisie. Et moi qui suis à la tête du combat que j'ai appelé « Balance ton origine » pour inciter, pour ne pas dire obliger les marques. être transparente sur l'origine des matières premières, puisque en gros c'est ça. Moi, mon combat, c'est de dire vous mettez Origine France quand ça l'est et vous ne le dites pas quand ça ne l'est pas. Ça, ce n'est pas de la transparence. Ça, ça s'appelle de l'hypocrisie. C'est-à-dire, je dis que je suis bon quand je le suis, mais je cache quand je ne suis pas bon. Et ma vision de ce sujet sur l'origine, c'est de dire, une entreprise, une marque, quand elle revendique l'Origine France pour une partie de ce qu'elle fait, alors... sur tout ce qu'elle fait, elle s'engage au même niveau de transparence et surtout au même niveau de visibilité. Et là, tu verrais que ça changerait la consommation. Si en rayon, j'ai un filet de poulet à la Provençale, origine France, en général, ils mettent un gros drapeau bleu-blanc-rouge, elle bat la boum, roule dans le tambour et tout ce qui va bien. Et que juste à côté, j'ai un filet de poulet à la Provençale, origine Pologne, avec un gros drapeau polonais. Je n'ai rien contre les Polonais, le sujet ne s'est pas les Polonais. Est-ce que par l'affichage de l'origine claire, on peut modifier la demande des consommateurs ? Vous allez dire oui. Si sur un plat cuisiné, un lapin à la moutarde, je te mets en gros que le lapin, il est chinois, parce qu'il est chinois, la moutarde, il faut le savoir. Juste à côté, dans ton rayon, tu as du bœuf bourguignon qui, lui, sera français. Et le bœuf, il y a un gros tampon viande bovine française. Si on me met un drapeau chinois sur le lapin, je suis sûr qu'on va beaucoup moins en vendre. Je suis sûr qu'on va beaucoup moins en vendre. même s'il y a une grosse différence de prix il ne s'agit pas de dire on va passer du tout à rien, il s'agit de dire on crée une dynamique où chaque fois qu'un consommateur par son acte d'achat modifie dans le bon sens alors c'est l'ensemble de la chaîne qui va dans le bon sens j'ai 2-3 punchlines quand je parle d'alimentation et de transition environnementale notamment je fais la multiplication suivante on est Merci. 70 millions en France. On fait 3 repas par jour. Ceux qui le peuvent, mais globalement, en façon simple, c'est ça. Et on fait ça 365 jours par an. Quand on fait la multiplication de ces 3 chiffres, ça donne 75 milliards. Il y a chaque année, en France, 75 milliards d'occasion de consommation alimentaire. 75 milliards, ça commence à faire beaucoup de zéros. Je ne sais même pas combien de zéros ça fait. Et moi, je dis, si on modifie... une fraction, une fraction, une fraction par principe, c'est un dollar, c'est le principe d'une fraction. Quand on modifie une fraction d'un aussi gros chiffre que 75 milliards, alors on a déjà un bon impact. C'est une autre illustration du fait que ces transitions qu'on doit engager, qu'on doit pousser plus encore, vont se faire lentement, mais notamment par la consommation. parce que c'est finalement la consommation qui est l'activité qui à la fois génère de l'économique, donc du social, mais qui génère aussi des externalités négatives environnementalement parlant. Et donc, il faut qu'on modifie ça en préservant le social, mais à petite dose sur le monde d'assiette.
- Diane CANTAN
Alors, du coup, si je suis un peu ton raisonnement, forcément, ça va faire aussi évoluer le mode de consommation par rapport aux géants qui sont éloignés des villes. versus une consommation plus locale, plus de proximité, et éviter les circuits longs privilégiés dans ce mode de distribution, les circuits courts. Est-ce que tu vois une évolution par rapport à ça sur les géants de la grande distrib ?
- Olivier Dauvers
Alors, sur le temps long, ça veut dire qu'on accepte que les évolutions soient lentes. Oui, la distribution alimentaire généraliste, c'est un peu le Mont-Blanc, c'est toujours la plus… plus haute montagne, mais elle s'érode chaque jour. C'est toujours la plus haute montagne, mais elle s'érode de chaque jour. Et ce n'est pas incompatible. Donc en fait, on assiste à une forme de fragmentation de la consommation. où le circuit généraliste, il perd chaque jour un peu d'altitude, comme le Mont-Blanc, mais attention, il reste toujours le circuit prépondérant. Donc c'est quand même par lui qu'il faut engager cette transition. Il ne faut pas rêver, ce n'est pas juste avec trois biocops, deux magasins fermiers et puis de la vente directe, je ne sais pas quoi, on va changer le monde. Non, non, je n'ai rien mis contre les magasins fermiers ni contre les biocops. Je l'ai dit tout de suite parce qu'on me soupçonne parfois. C'est juste que je suis réaliste et que j'ai un gros défaut, je m'attache. au fait, à la science, à la connaissance, et non pas au militantisme. Je suis ingénieur de formation, je suis un peu cartésien. Quand je vois que la grande distribution, la vilaine grande distribution, c'est toujours 75 à 80 % de l'approvisionnement alimentaire des foyers, j'en déduis juste que c'est quand même par elle que ça va passer la transition, et que ce n'est pas juste par trois petits circuits qui sont epsilonnesques. qu'on va changer le monde. Ça ne veut pas dire qu'ils n'ont pas leur légitimité, leur ambition, leur place. Je n'ai pas de problème. Et notamment, je suis un farouche opposant de la campagne de com' de Decoop, qui consiste en gros à dire que tout ce qui n'est pas chez nous n'est pas bien. En gros, j'ai le souvenir, je le redis, parce que comme ça, ça en agace pas certains, mais ça me fait plaisir. Quand ils ont fait au Quintan une campagne de pub, ce n'était pas Poisson d'Avril, c'était Poison d'Avril. Sous-entendu, tout ce qui n'est pas chez nous est empoisonné. Mais les gars, si vous pensez qu'on va changer le monde en disant que tout ce que les autres font n'est pas bien, il n'y a que moi qui suis dans le vrai, vous allez mourir avec vos certitudes, parce que la bio aujourd'hui, quoi qu'on en pense, c'est moins de 10% des achats alimentaires défensés. Donc moi, je préfère m'intéresser aux 90 autres pourcents en me demandant comment on fait pour qu'ils soient sûrs, évidemment. Parce qu'il ne s'agit pas de dire qu'on a le droit d'empoisonner, ce n'est pas ça le sujet. Mais c'est en adressant le gros de la consommation, que la consommation participera à sa mesure, à la transition, notamment environnementale. Parce que je rappelle quand même que la bouffe, c'est le premier secteur émetteur de gaz à effet de serre. On parle de l'avion, on parle des jets privés, on parle de tout ce qu'on veut. Non, on est les premiers coupables. Parce qu'on met dans notre assiette.
- Diane CANTAN
Avec l'élevage.
- Olivier Dauvers
Non, et puis parce que c'est la quantité. C'est la quantité. Voilà. Et de temps en temps, j'appelle à une forme d'analyse. contre-intuitif des choses. Et je vais te prendre un exemple. J'étais dans un hôtel la semaine dernière, puisque je voyage beaucoup et je suis un nomade permanent, qui, du groupe Accor, a décidé de chasser tous les emballages de son petit-déjeuner. Donc on n'a plus de yaourt, on a du fromage blanc, on a du yaourt blanc. Donc en vrac, d'ailleurs, parfois, en vrac, tu as tous les sens du terme, mais voilà, je n'ai pas de problème. Et il y avait du thé en vrac. Donc je prends tous les matins du thé derrière la menthe, j'ai ce défaut-là. Et donc, il y avait... une peau de thé, dedans des feuilles de thé, une petite cuillère pour se servir, et puis une boule pour infuser, dans le meuble ou dans la taignère. Je l'ai remplie mécaniquement, et je me suis rendu compte que j'ai probablement beaucoup plus que les 2 g de thé qu'il y a dans un sachet. Après j'ai réfléchi, je me suis dit qu'est-ce qui valait mieux pour l'environnement ? Est-ce qu'il valait mieux 2 g de thé dans un sachet, c'est-à-dire un emballage qui est un déchet qui allait finir dans la poubelle ? Ou est-ce qu'il valait mieux que je mette 4 grammes ? Probablement que j'ai mis deux fois la dose. C'était gratuit, puisque quoi qu'on mette dedans, on a toujours cette automation. Mais qu'est-ce qui valait mieux ? 2 grammes de thé dans un sachet ou 4 grammes en vrax ? La question est résolue. Dans l'analyse des gaz à effet de serre, les fameux scopes 1, 2, 3, la production en tant que telle est le sujet majeur. Donc il vaut mieux que je mette...
- Diane CANTAN
C'est une autre clé aussi de Nespresso avec les capsules. Bien sûr, bien sûr.
- Olivier Dauvers
Oui, mais c'est... Alors après, je ne dis pas que je suis pour ou contre Nespresso, ce n'est pas le sujet. Je dis juste qu'on a le devoir, en tous les cas ceux qui sont un peu formés, cartésiens, structurés, donc dans la rationalité, on a le devoir de ne pas s'arrêter au symbole. On a besoin de symboles pour embarquer la foule. Je n'ai pas de problème avec ça. Je vois bien le rôle des symboles. On ne peut pas faire qu'avec des symboles. À un moment donné, il faut être un peu concret. Dans mon exemple, il aurait mieux valu que Accor continue à me donner un sachet de thé de 2 grammes et que je jette le sachet après, plutôt que de mettre 4 grammes de thé dans ma taille. C'est contre-intuitif, mais c'est la vérité scientifique.
- Diane CANTAN
Alors, tu cites, ou en tout cas, tu as cité déjà quelques exemples de braques, de linéaires spécifiques, les sacs plastiques, les origines des produits à spécifier dans le packaging. Est-ce que tu as d'autres exemples, d'autres bonnes pratiques qui sont en cours, peut-être en test parfois dans certaines zones de France et qu'on n'a pas encore eu le loisir de voir partout sur le territoire ?
- Olivier Dauvers
Il y a un sujet qui est en train de monter. qui est la valeur sociale des produits. Et je reviens sur mon expérience à C'est qui le patron ? Parce que c'est exactement ça. C'est qui le patron a montré à toute la communauté alimentaire que quand le consommateur comprend la valeur sociale qu'on a mis dans le produit, il est prêt à payer le produit plus cher et encore à être content de le faire. Donc ça, et alors aujourd'hui, C'est qui le patron ? Ça représente très peu au final. C'est entre 2 et 3 % du marché du lait, par exemple. C'est très peu, mais pour les peuples concernés, c'est beaucoup.
- Diane CANTAN
C'est une super évolution sur le lait.
- Olivier Dauvers
Bien sûr, en partant de zéro, c'est le meilleur lancement historique dans la grande conso depuis toujours. Je ne vais pas en même temps dire que je suis fier d'y être et dire que ce n'est pas bien. Non, mais je suis juste rationnel là aussi. Voilà, c'est qu'il ne pâtront, ça pèse très peu du marché du lait. Par contre, ça a montré quelque chose, qu'une part des consommateurs, pour une part de leurs achats, sont prêts à. Donc il faut savoir les cultiver. Les marques de distributeurs sont allées sur les laits équitables avec une vitesse qui n'aurait jamais été celle avec laquelle ils sont allés s'il n'y avait pas eu ces quilles patronnes. Donc en réalité, les laits équitables aujourd'hui, ça pèse un peu plus de 10% des ventes quand on les additionne. Oui, ces quilles patronnes sont une partie de ça, dans les chiffres, mais dans l'esprit, c'est la totalité de ça. Et donc c'est super. Ça veut dire en gros qu'il y a des consommateurs qui sont prêts à surpayer leurs produits parce qu'ils comprennent ce qu'il y a dedans. Il y a une marque qui est en train de se lancer qui s'appelle Fier, qui est une marque anti-solidaire, qui a comme particularité, il y a du miel, il y a des fruits secs, quelques autres produits de snacking, où ce qu'on va appeler l'usine ou l'atelier, ce sont dans des structures d'accueil pour handicapés. Et donc en fait ces produits-là, Ils sont fiers, parce qu'en gros c'est ça l'idée, ils sont fiers d'avoir été élaborés par des personnes extraordinaires. C'est leur façon de le claimer. Voilà, et moi qui ai vécu pendant très longtemps avec un père qui était lourdement handicapé, je suis extrêmement sensible à ce sujet du handicap, et notamment du rôle du travail pour intégrer les handicapés dans la société. Pour deux raisons, parce que ça leur donne une utilité sociale. Il ne faut pas négliger le fait que le travail est un moyen d'épanouissement de l'individu, alors même si c'est dur, bien sûr, mais ça donne l'épanouissement prenant sa source de l'utilité sociale que l'on ressent. On sert à quelque chose, parce que sinon, quand on est handicapé, que l'on profite de la solidarité, profiter au sens légitimement, mais qu'on ne rend rien en échange de ça, on peut vite se considérer comme inutile. Encore une fois, je le dis, je suis probablement mieux placé que beaucoup pour en parler. Je vois très bien le sujet. Le travail est une forme de réalisation individuelle et d'utilité sociale. Et puis ensuite, ça leur donne une capacité à être dans la société par ce qu'elle est aujourd'hui, qui s'appelle la consommation. Et donc, faire travailler des personnes en situation de handicap, c'est que du bonus social, j'allais dire. et donc en faire un élément qui devient... l'entrée dans les produits, qu'est-ce qu'on peut imaginer de mieux ? Tous les consommateurs n'achèteront pas la gamme Fier parce qu'elle coûte un peu plus cher, oui bien sûr, mais ceux qui ont compris le truc, ils savent ce qu'ils obtiendront en échange de ce qu'ils vont donner. C'est exactement comme c'est qui le patron. Il y a une autre marque dont je participe aux mises en lumière qui va être lancée en fin d'année, début d'année prochaine qui s'appelle Ramdam. Ramdam, c'est une marque bordelaise. C'est deux jeunes entrepreneurs dont je parle régulièrement sur mes réseaux et sur mon blog parce que je montre les coulisses de la création de leur marque depuis les premiers rendez-vous commerciaux chez les clients, depuis le fait de trouver des usines pour les fabriquer et puis ensuite demain de faire le packaging, de faire la pub, etc. Ramdam, c'est chaque fois que le client va acheter par exemple un paquet de cookies Ramdam, alors dans le prix, il y aura le fait. de donner un produit alimentaire à quelqu'un d'autre. Ça veut dire que si j'achète un paquet de cookies random, je sais que quelqu'un qui est dans la merde, on va appeler un chat un chat, il va bénéficier de mon achat, parce que lui, grâce à ça, je crois qu'ils vont reverser entre 7 et 10 % de leur chiffre d'affaires sous cette forme-là. Donc si j'ai acheté mon paquet de cookies, admettons 2 euros, il y a 20 centimes. Et aujourd'hui, avec 20 centimes, quand on les cumule, on peut faire des choses.
- Diane CANTAN
Voilà. Et donc,
- Olivier Dauvers
oui, mais c'est une illustration de ce volet social, qui est un des piliers de l'RSE, appliqué à l'alimentaire, sur lequel c'était très en retard. L'alimentaire, c'était souvent, dans les sujets de RSE, c'était moins d'emballage, moins de distance parcourue, c'était en évertueux, l'origine par exemple. Voilà. Mais la valeur sociale, c'est pas rien. Et je trouve que c'est intéressant ce qu'on voit. Parce qu'en gros, on est en train de fertiliser les consciences sur l'idée que derrière notre consommation, il y a des externalités. Là, il y a des externalités positives, mais il peut y avoir aussi des externalités négatives. Et une fois qu'on a compris le principe de l'externalité, peut-être qu'on est plus en conscience de venir travailler sur les externalités négatives pour qu'elles soient moins négatives. Et donc, quelque part, on fertilise les consciences et on fait en sorte que le consommateur soit... pédant de le dire, mais je l'assume, soit un meilleur consommateur. Parce qu'il sait et parce qu'il comprend. Moi, je ne reprocherai jamais un consommateur de mal acheter si on lui a mal expliqué. C'est pas lui le problème.
- Diane CANTAN
Tu le fais tout le temps sur les affiches partout, en disant entre deux affiches, deux produits, c'est quoi la différence ? Mais en même temps, le consommateur, il ne peut pas choisir parce qu'il n'a pas l'information.
- Olivier Dauvers
On ne peut pas reprocher au consommateur de mal consommer si on lui a mal expliqué.
- Diane CANTAN
C'est l'électrode de trottinette électrique que j'ai vu il n'y a pas longtemps.
- Olivier Dauvers
Mais il y en a comme ça, il y en a comme ça partout, Et c'est pour ça que soit on dit, les acteurs économiques d'eux-mêmes donnent des éléments de transparence, mais tout donner avec les risques que ça peut avoir en termes de distorsion, parce que ça va les pénaliser, je n'y crois pas. Par contre, je suis un libéral dans l'âme, mais un libéral régulateur. Et je crois beaucoup à la régulation sur des sujets comme ça. Il faut obliger, pas peur des mots, il faut obliger à mettre, par exemple, l'origine des produits, à mettre des éléments d'information qui sont capables aux consommateurs d'acheter en toute connaissance de code.
- Diane CANTAN
Moi, j'ai déjà du mal à choisir mon jambon parce que j'aimerais bien qu'il soit sans nitrite, mais qu'il soit en même temps 25% de sel en moins, qu'il soit potentiellement d'origine France. Et là, en fait, je n'ai pas de produit, tu sais, qui... qui cumulent l'ensemble, je suis obligée de faire un choix. En me disant, pourquoi je dois choisir celui-ci plutôt que celui-là ? Et pourquoi je ne peux pas avoir un produit sain du fait qu'il est fabriqué en France, d'origine française, où tout est pensé sain ? Tu vois, dans ton esprit de pensée, tu dis, c'est aussi pensé sain.
- Olivier Dauvers
Sauf que l'exemple du jambon...
- Diane CANTAN
Ce n'est pas un bon exemple.
- Olivier Dauvers
Non, pour moi, ce n'est pas un bon exemple, parce que pour le coup, il y a quand même beaucoup qui a été fait sur ce marché-là. Et en gros, oui, il te manque peut-être le mouton à cinq pattes, parce que c'est ça que tu dis. Mais avant d'inventer le mouton à cinq pattes, on va commencer par faire un mouton à une patte, une deuxième, une troisième. Et donc, parce qu'on est passé en gros d'un monde où le jambon n'était rien, c'est jambon, maintenant où il peut y avoir moins de sel, il peut y avoir pas de nitrite, il peut être ou pas français, il peut être ou pas avec OGM ou sans. C'est le consommateur qui donne la vitesse, on oublie quand même toujours, c'est pas l'offre. qui détermine la vitesse de la transition, c'est la demande. Il faut quand même être vraiment très clair à tout. Oui, mais il n'y a qu'à modifier l'offre. Non, les gars, c'est le client qui a le pouvoir. Parce que des mecs qui ont des tas de bonnes idées, mais que le client n'a pas acheté, je vous en cite autant que vous en voulez. Donc c'est bien parce que le consommateur achète qu'il y a des gens qui vont produire. On est quand même dans une société de la demande. Il ne faut quand même pas l'oublier.
- Diane CANTAN
Au-delà de la surconsommation, qu'est-ce que tu penses de toute cette pression ? Un marketing aussi qu'il peut y avoir autour de cette notion de surconsommation ou de sobriété qu'on a beaucoup entendu l'an dernier.
- Olivier Dauvers
Bien sûr, alors moi je vais te le dire. Ceux qui parlent de sobriété me font marrer. Parce que c'est des gens qui ont à peu près tout, qui habitent à Saint-Germain-des-Prés, dont les deux personnes du foyer travaillent, ils gagnent peut-être 10 ou 15 000 boules par mois, ils ont déjà deux bagnoles, ils ont un appart à Paris, ils ont une maison à la montagne, une maison à la mer, donc des biens bansans. qui ont tout, qui m'expliquent, qui expliquent à ceux qui n'ont pas tout que « Désolé les gars, mais vous allez vous satisfaire du peu que vous avez » , ça me paraît être d'un cynisme absolu. Et donc, le mec qui est au SMIC, qui roule avec une voiture de case et dont le seul rêve c'est de changer de bagnole pour qu'elle soit un peu plus sûre ou je ne sais pas quoi, ou d'envoyer ses enfants en vacances, on va lui expliquer ? Que désormais, c'est la frugalité ? Pour qui on se prend ? Moi, je préfère entendre que ceux qui ont déjà rendent, alors je ne suis pas France Insoumise, je suis juste un peu dans une forme de réalisme social, parce que pour faire société, il faut être dans la cohésion. Pas de mystère. Être dans la cohésion, c'est par principe pas être dans la division. Et quand vous en avez une partie qui disent aux autres ce qu'ils ne devront pas faire ou plus faire alors qu'ils aspirent à, on est dans la division. Tant qu'eux n'ont pas dit, moi aussi je deviens frugal. Donc cette idée de frugalité ou de déconsommation, et en plus il se trouve que sociologiquement parlant, elle est totalement à contre-courant. Celui qui n'a pas tout aujourd'hui, il rêve d'avoir tout. qu'il n'a pas tout et donc on est on est dans une espèce de sereine que j'ai théorisé avec feu olivier jaradon de vera qui est le patron d'iris et connie en 2007 j'ai théorisé sur la différence qu'il y avait entre le pouvoir d'achat et le vouloir d'achat. Et en gros, le grand problème qu'il y a dans notre société aujourd'hui, c'est toujours valable, hashtag gilet jaune, c'est qu'on en veut plus que ce que l'on peut. Et donc ceux qui ne peuvent pas beaucoup, ils veulent comme les autres, ils ont raison, c'est légitime, sauf qu'ils ne peuvent pas, donc ils sont frustrés. Et donc aujourd'hui, on leur explique que tu vas être durablement frustré parce que non, tu ne changeras pas ta bagnole. Non, tu n'auras pas un appartement plus grand. Non, tu n'auras pas un iPhone 14. Le vieux Nokia te suffira. Ah bon ? Et pourquoi toi tu l'as ? C'est exactement ça. Donc ça, ce n'est pas entendable par la société. Donc, je n'ai pas la solution, mais je sais que la frugalité et la déconsommation théorisées par ceux qui ont tout, ça l'est encore en même.
- Diane CANTAN
En fait, je suis juste en projection en 2050 où on est aujourd'hui à 10 tonnes par Français par an et qu'on est censé être en 2050 à 2 tonnes par personne. Donc forcément, à un moment donné, il y a une notion de consommer moins qui va arriver. Tu vois, consommer mieux ou en tout cas consommer différemment.
- Olivier Dauvers
Oui, mais le consommer moins. ne pourra pas arriver avant le consommer mieux. Ça n'existe pas dans la société. Ces mouvements brutaux de changement de comportement, conscients, compris, théorisés, il y en a qui sont capables, qui ont cette capacité d'abstraction pour comprendre, et d'autres qui ne l'ont pas. Ils ont d'autres talents, mais ils n'ont pas celui-là. ils ne vont jamais te suivre si tu leur expliques d'un point de vue théorique non les gars, on va modifier gentiment ça prendra peut-être deux générations de toute façon on ne peut pas aller plus vite que la capacité avec laquelle le maillon le plus faible veut bien avancer, le maillon le plus faible sur la consommation c'est la masse d'entre nous et je me mets dedans pour certains trucs et je ne me mets pas pour d'autres mais on est tous quelque part dans une masse Donc il faudra d'abord consommer mieux et donc comprendre ce qu'on consomme pour dans une deuxième phase peut-être comprendre que oui, là il faut faire moins. Je prends un exemple. L'histoire par exemple de la consommation de viande. Va t'en expliquer à un mec qui ne bouffe pas déjà de la viande aussi souvent qu'il le veut parce que c'est cher, qu'il va bouffer du tofu. Et comme tu ne peux pas faire sans lui, tu vas accepter de faire avec lui et donc de l'amener gentiment et pas radicalement vers un chemin qui... à terme, sera plus vertueux. Les mecs qui bouffent de la viande, tu ne leur expliques pas du jour au lendemain qu'ils arrêtent. Ça ne marche pas.
- Diane CANTAN
Comment tu vois les prochains Black Friday arriver en termes d'action commerciale ?
- Olivier Dauvers
Comme une débauche ! Parce que la soif de consommer, la soif d'avoir, la soif d'avoir le dernier ci ou le dernier ça est toujours très forte. Et on ne peut pas... décrété...
- Diane CANTAN
Il y a quelques actions contre, en tout cas, il y a le Green Friday, il y en a qui se mettent contre le Black Friday.
- Olivier Dauvers
Je vois très bien, mais on ne peut pas empêcher des gens d'être des éclaireurs, parce que dans le fond, ces gens-là sont des éclaireurs, quelque part, sont des lanceurs d'alerte, mais on ne peut pas non plus stigmatiser ceux qui considèrent que le Black Friday, c'est l'occasion de changer sa télé, parce que, ben, elle est toute petite, elle n'est pas HD, et maintenant, je sais que mon... Vos voisins, il a une UHD, pourquoi moi je ne l'ai pas ? C'est ça. On est dans ce que j'appelle la société de la consomunication. C'est-à-dire qu'on est toujours dans la société de la consommation, parce que la consommation est toujours une forme de réalisation d'individus, et on est dans une société de la communication, depuis, je ne sais pas, 10 ans, 15 ans, où on sait tout sur tout. C'est-à-dire que comme on s'exhibe tous, les uns sur TikTok, les autres sur Instagram, les autres sur... Eh bien, moi, je sais ce que les autres ont ou ce que les autres font. Et si je ne peux pas le faire ou l'avoir, je me dis que c'est injuste. Je te rappelle qu'au fronton de numéries, il y a marqué égalité. On est né avec cette idée qu'on est égaux. Si on est égaux et que mon voisin a une télé 4K et que moi je ne l'ai pas, je suis quand même légitime à la désirer, non ? De quel droit va-t-on m'expliquer que je n'ai pas le droit, c'est le cas de le dire, de désirer avoir une télé 4K et de profiter de Black Friday pour me l'acheter ? C'est quoi cet autoritarisme moral sur la conso ? Ça n'a pas de place.
- Diane CANTAN
Après le tout, il est d'être... consciente peut-être aussi de cet aspect social de tous les éléments. Là, tu cites des produits high-tech qui sont... Oui, mais Black Friday, c'est quand même ça majoritairement. Oui, mais tu me poses une question.
- Olivier Dauvers
Oui, Black Friday sera attendu. Ça sera un moment où tu auras des prospectus partout, des affiches partout, des gros trucs, des moins 50, des machins. C'est-à-dire qu'il y aura de l'attention commerciale. On a quelques enseignes qui, justement, en jouent. Voilà, qui joue de ça. Et au final, même si je comprends, quand je suis le citoyen ordinaire qui réfléchit, je comprends ce qu'elles font, voire même je m'inscris dans leur vision des choses. Mais quand je suis l'observateur de la conso, je suis trop couillon pour décrire quelque chose que je ne vois pas. Il y en a qui sont capables de ça, et qui au final s'inventent un monde qui n'existe pas. Moi, je regarde les consos, et quand je vous disais tout à l'heure d'aller un samedi après-midi chez Action, je pense que je vais chez Action un samedi sur deux dans l'année. Parce que j'adore ça, pas pour acheter, mais pour voir. Et donc tous les mecs qui nous font des théories sur la conso, comme il y en a qui vont le samedi chez Action pour voir la conso. Non, non, pas décrire la conso dont ils rêvent, voir la conso telle qu'elle se matérialise. réalise au plus près du carrelage. Alors, je dois être un peu couillot, mais voilà, je passe ma vie en magasin, et notamment, franchement, le symbole du samedi chez Action est un symbole que j'adore. Samedi dernier... j'étais dans une action près de Lille très exactement dans la galerie du Cora comme ça ceux qui veulent vérifier que je raconte pas des coups ils vérifieront quand je rentre c'est à gauche j'étais là et j'étais heureux de voir ce qui se passait je vois des gens je vois des gens qui parfois parce que j'écoute tout ce qui se dit on arrive à se dire mais attends prends le vu ce que ça vaut t'en auras besoin Quand je raisonne avec un prisme environnemental, préservation de la peine, tout ça, ça me désole. Évidemment, en tant que citoyen, je me dis, c'est comme ça qu'ils ont vu leur acte de consommation. Il y a du boulot, mais il faut commencer par accepter la manière dont ils se comportent pour tenter de les améliorer.
- Diane CANTAN
Alors, toi, tu es souvent à droite à gauche dans les enseignes. Comment ça se passe ce côté web ? Est-ce qu'il y a toujours cet retail important ou ces axes de différenciation de services peut-être que l'on retrouve uniquement quand on a cet esprit face-à-face, ce relationnel client ? Et comment tu le vois versus plein de marques ou plein de petites entreprises qui se créent et qui n'ont pas les moyens de payer des surmarges auprès des enseignes et des retailers, du coup qui vont rester uniquement sur leurs marques de création. de sites en ligne ?
- Olivier Dauvers
L'intérêt du web en matière de commerce, c'est qu'il a divisé par X le ticket d'entrée pour faire du commerce. C'est-à-dire aujourd'hui, je peux très bien d'ailleurs moi je le fais, mes livres, je les vends en direct sur mon blog, soit je donne 40% à la FNAC, parce que c'est le taux que la FNAC demande, soit je les vends en direct et je garde 40%. Alors si quelqu'un commande à la FNAC et que la FNAC me le commande, je vais lui l'envoyer, bien sûr, mais mon intérêt, c'est évidemment de le vendre en direct. Et donc ça, ça a rendu possible du commerce fait par des gens qui ne pouvaient pas le faire directement. Donc quelque part, ça a une vertu émancipatrice. Donc on ne peut pas reprocher au web d'être pas vertueux là-dessus. Et donc ça, durablement, ça sera quand même l'intérêt du web. Ensuite, l'inconvénient du web, c'est que par principe, Il cristallise, il consolide une ou deux, peut-être trois portes d'entrée maximum. Ce qu'on appelle les marketplaces. Parce qu'en gros, arriver à vivre avec un internaute qui va directement chez toi, en direct, parce qu'il sait que c'est là, parce qu'il te connaît, je ne dis pas que ça n'arrive pas, mais c'est quand même rare. En réalité, on cherche des grandes portes d'entrée. Amazon ou Cdiscount en France, par exemple. Et derrière, il y a tous les revendeurs, et donc ils, en fait, redonnent leur DIMM ensuite à ces marketplaces-là. Parce qu'en réalité, dans cet univers infini qu'est le web, au sens premier du terme, puisque c'est infini, eh bien, on a besoin d'avoir des portes d'entrée. Et donc, sur le web, ils sont en train de se reconstituer à une toute autre échelle des monopoles. Parce que, en réalité...
- Diane CANTAN
Le plus grand retailer...
- Olivier Dauvers
Non, Beaucoup plus que les grands retailers. Je te rappelle quand même que si tu vas dans les magasins physiques, si tu veux acheter des produits de sport, tu peux aller chez Decathlon, chez Intersport, chez Sport 2000, GoSport maintenant étant chez Intersport, et chez Auchan, chez Carrefour, chez Leclerc, etc. Si tu veux, pareil, on peut faire des tas de trucs sur la culture et compagnie. Donc tu as quand même 5, 10 portes d'entrée possibles. Sur le web, tu en as deux. Et chaque jour qui passe, ça renforce même le premier, parce que c'est lui qui a le plus d'audience. Et donc on peut même se demander si en France demain, ces discounts auront encore une place dans le marketplace, ou est-ce qu'il n'y aura que Amazon ? Et donc en fait, le web, quand on l'analyse comme ça, mais c'est sur le temps long, c'est sur 10-15 ans en fait, au début ça a permis cette effervescence commerciale, et en réalité ça se concentre à une vitesse de dingue, autour de quelques portes d'entrée, qui sont des portes d'entrée qui en plus pour Amazon échappent à la... à la possession française, on va dire comme ça. Ce n'est pas les Français d'abord, ce n'est pas de la politique que je mets là. Mais quelque part, ce sont des centres de décision qui ne sont pas chez nous. Moi, je préfère que les retailers soient français.
- Diane CANTAN
Il faut dire qu'il y a plein d'entreprises.
- Olivier Dauvers
Je ne suis pas en train de dire qu'Amazon n'a pas une contribution à l'économie française. Pas du tout. Je suis en train de dire, je l'assume, qu'entre un carrefour dont le centre de décision est en France et un Amazon dont le centre de décision utile ne l'est pas, il y en a un des deux qui est plus utile. à la nation, par principe. Parce que les décisions sont faites ici en fonction de nous. Je vais prendre un exemple tout bête. Imaginons demain qu'Amazon rachète Monoprix. Soyons fous. C'est-à-dire, ce n'est pas totalement idiot, il a bien racheté World Food aux Etats-Unis. Imaginons. On reproche déjà beaucoup aux distributeurs de ne pas avoir assez d'état d'âme vis-à-vis du monde agricole. Carrefour, si je prends Carrefour contre Amazon Monoprix, Carrefour, quand la saison de la tomate démarre en France, il fait l'effort de basculer, alors pas assez rapidement disent les producteurs, mais rapidement quand même, vers de l'origine France. Parce qu'il sait qu'il n'a pas le choix. Est-ce que demain, si Monoprix devait appartenir à Amazon, est-ce que tu crois qu'Amazon aurait des états d'âme à contractualiser à l'année de la tomate avec l'Espagne ? Aucun état d'âme. Aucun état d'âme. Donc moi je préfère que les centres de décision commerciaux soient français en France. Comme j'imagine que les Espagnols préfèrent que le centre de décision commerciaux espagnol soit en Espagne, etc. Je veux dire, ce n'est pas une vocation hégémonique de la France non plus. Mais c'est utile d'avoir des commerçants qui ont sa nationalité. Je vais te prendre un dernier exemple pour finir là-dessus. Quand j'étais gamin à l'école, en 4e, 3e, on nous expliquait les comptoirs partout dans le monde. Il y a un pays dont on entendait parler tout le temps, c'était les Pays-Bas, la Hollande à ce moment-là. Pourquoi ? Parce que c'était commerçant. Les mecs, ils avaient ouvert des comptoirs partout sur la planète. La Hollande, à ce moment-là, c'était un confetti sur l'atlas du monde. Il n'y avait pas tous les polders. C'était un confetti. Et pourtant, on entendait parler de partout. Ils ont tout fait, ces mecs-là. Pourquoi ? Parce que c'était des commerçants. C'est utile d'avoir des commerçants français pour la prospérité de l'économie française. Oui, j'ai deux, trois parties de prix que j'assume totalement. Et je respecte ceux qui ne pensent pas comme moi. Mais tant que je les argumente, j'ai encore le droit de les exprimer.
- Diane CANTAN
Alors, une question que je pose à tous mes invités. Mon podcast se nomme Markoeur, donc à bord de marketing durable, Markoeur de la bonne santé des entreprises, et parce que quand on fait du marketing avec le cœur, on embarque tout le monde de façon plus durable. Qu'est-ce que ça t'inspire ?
- Olivier Dauvers
Ça m'inspire que la consommation, c'est de l'émotion et de la rationalité, et qu'en gros, le bon curseur, il est forcément entre les deux. et qu'il faut parler au cerveau et au cœur en même temps. Et donc voilà, moi ça m'inspire cette idée de, il y a ces deux jambes derrière la consommation, et l'une n'est pas plus importante que l'autre. Il faut toujours du cœur, c'est-à-dire de l'émotion, et puis il faut toujours un peu de raison, ça c'est le cerveau, alors peut-être que je bipolarise trop mes organes vitaux, mais moi je le fais comme ça, voilà. Et donc ça m'inspire que oui, il faut du cœur. Mais en fait, il faut les deux. Il faut le cœur et le cerveau. Je ne réponds pas à ta question, mais c'est ça que ça m'inspire.
- Diane CANTAN
En fait, c'est effectivement le principe de dire que le marketing est au cœur du changement des entreprises par rapport à l'offre en tant que telle, qu'il soit une offre de produits ou de services, et de pouvoir se dire que c'est grâce à ces modifications que l'on va faire avec le cœur, au niveau de l'offre, que l'on va pouvoir embarquer ou changer les modes de consommation et les faire évoluer. Dans le bon sens, tu vois, dans cet esprit de consommé.
- Olivier Dauvers
Oui, mais avec par moments des choses qui sont pour moi plus du registre de la rationalité, c'est-à-dire des éléments tangibles qui permettent de modifier la demande. C'est-à-dire que moi, quand je dis que je veux de la transparence sur l'origine des matières premières et que ça soit lisible et compréhensible par le client, pour moi, ce n'est pas du cœur. Ça, c'est de la rationalité. Le lapin à la moutarde, il est chinois. Encore une fois, le sujet, ce n'est pas qu'il soit chinois ou pas. Il n'est pas français. Je te le dis et je l'assume.
- Diane CANTAN
Est-ce que tu peux me citer un exemple campagne de pub qui t'a inspiré récemment dans cet univers de marketing durable ou de communication responsable ?
- Olivier Dauvers
Le lancement de la marque Andy Solidaire Fier qui dit ces produits sont extraordinaires parce qu'ils sont faits par des gens extraordinaires. Et je trouve que ce wording-là, pour parler d'un très mauvais français... français, il est très intéressant, parce qu'effectivement, les gens en situation de handicap ne sont pas ordinaires. Le handicap les rend malheureusement, pour certains c'est visible, pour d'autres non, mais ça les rend extraordinaires, parce qu'on peut le regretter, mais c'est comme ça, il y a une forme de normatif dans la société, et quand on n'est pas dedans, on est extraordinaire. Mais quand on revendique qu'on est extraordinaire, ça devient une vertu, parce qu'être extraordinaire c'est quand même... plutôt sympa qu'être banal et être ordinaire. Et donc j'aime beaucoup cette posture, ce qu'on appellerait ça la plateforme de marque. J'aime beaucoup la plateforme de marque des produits. Fier pour ça. Ce sont des gens extraordinaires qui les ont faits, et ça rend les produits extraordinaires. Donc quelque part, l'idée sous-jacente, c'est qu'ils deviennent aussi extraordinaires en les achetant, évidemment. Donc voilà, ça m'a marqué. Je trouve ça très bien, parce que le sujet m'intéresse.
- Diane CANTAN
Est-ce que toi, personnellement, tu as des éco-gestes que tu fais au quotidien qui permettent de faire bouger les choses à ton niveau ?
- Olivier Dauvers
Il y en a un. Je suis soutien depuis l'origine d'une petite boîte montée par deux étudiants, je ne sais plus si c'est supélètre ou centrale, mais des gens qui ont une tête beaucoup mieux faite que la mienne, ça s'appelle Capsmi, qui ont inventé une machine, une espèce de cylindre. qui me permet de faire du café à la dose dans des dosettes qui sont réutilisables. Elles sont en aluminium et je ne les jette pas. Et donc, c'est des petites dosettes format Nespresso, bien sûr, que je mets dans ce cylindre. Je le secoue une fois, deux fois, trois fois. Je tape un coup, comme je ferais avec un shaker. Non, mais je... Voilà. Ça remplit la dosette. Nickel. Je la ferme, je la mets dans ma machine Nespresso et ça me fait du café à la dose sans générer. Une capsule.
- Diane CANTAN
De déchets.
- Olivier Dauvers
Voilà. Et sans exagérer, la quantité de café que je mets dedans, puisque je suis toujours sur la dose, puisque je sais faire la part des choses entre ce qui est l'apparence d'un bon geste et ce qui ne l'est pas. Ça,
- Diane CANTAN
c'est ton éco-geste au quotidien. Oui, oui,
- Olivier Dauvers
oui, parce que j'en fais même plusieurs fois par jour, donc on va dire qu'il est même multi-quotidien.
- Diane CANTAN
Est-ce que toi, tu aurais un invité que tu aimerais que je convie ?
- Olivier Dauvers
Ah, alors tu vas être déçu de ma réponse. J'en ai sans doute beaucoup. mais je ne t'en donnerai aucun, parce que si je te le donne, tu vas lui dire, c'est Olivier Dever qui m'a parlé de vous, et donc je ne voudrais pas qu'il accepte pour moi, parce que de fait, ça me rendrait redevable par rapport à lui. Et dans mon métier, je ne peux être redevable vis-à-vis de personne, parce que rien n'est plus beau que ma liberté. Et si demain, pour que ça soit clair, je te dis oui, j'aimerais bien entendre, je dis n'importe quoi, Michel-Edouard Leclerc, Dominique Schellcher, Antoine Saint-Afrique, le patron de Danone, ou que sais-je encore, et qu'ils acceptent, comment je vais les allumer derrière, si je pense qu'il faut les allumer sur un sujet précis, c'est pas par principe que j'ai envie de les allumer, le jour où je voudrais mettre un focus pas sympa sur une de leurs pratiques, je vais retenir mon crayon, et ça, celui qui retient mon crayon n'est pas né, surtout. Après,
- Diane CANTAN
tu aurais pu être un autre acteur. Oui, j'ai bien compris.
- Olivier Dauvers
Mais ce sujet-là, c'est marrant, parce que je suis un obsédé de ma liberté de penser. Et tout ce qui, de près ou de loin, peut affecter cette liberté-là, même si c'est infondé, je le repousse le plus loin possible de moi. Parce que dans la vie, certains ont le curseur de l'enrichissement, le curseur du management avec des milliers de personnes, et tout est respectable. Moi, mon curseur, mon obsession, c'est ma liberté. Et ça, c'est non négociable.
- Diane CANTAN
Je ne peux que respecter.
- Olivier Dauvers
De toute façon, même si tu ne le voulais pas, c'est non négociable. Je trouve que chacun doit avoir sa boussole et surtout ne pas juger celle des autres parce qu'il va le faire au travers de son prisme. Moi, quand je vois des entrepreneurs qui n'ont de cesse que de vouloir développer leur boîte, je respecte totalement. Par exemple, moi, je ne veux pas développer ma boîte parce que je vais y perdre ma liberté du quotidien. Il faudra faire du management, il faudra gérer. Non, non, non, je ne veux pas faire ça. Et donc ce sujet-là est très construit dans ma tête. Rien qui ne peut entraver ma liberté n'a sa place dans ma vie au quotidien. Ce qui suppose quand même de respecter les règles communes à tous. La liberté, ce n'est pas l'anarchie. Je ne suis pas un anarchiste, que ce soit clair. J'ai deux, trois sujets qui sont très structurés. Je ne fais pas n'importe quoi. Mais je veux faire ce que je veux avec ma pensée. C'est déjà beaucoup. Ça m'en coûte.
- Diane CANTAN
Est-ce que tu aurais un mot de la fin ? pour les dirigeants ou les responsables MarketCom qui nous écoutent vis-à-vis des défis du marketing durable ?
- Olivier Dauvers
J'en ai un, ce mot c'est « entente » . C'est un mot qui est anti-économique aujourd'hui, qui est contesté par les économistes, qui est contesté par le politique. Il y a beaucoup de lois qui condamnent l'entente. Je sais pourquoi et je comprends parce que c'est anti-concurrentiel. Ok, très bien. Je trouve que sur ce sujet qui s'impose à nous, de la transition, notamment environnementale, que je mets comme étant la mère des batailles, au-delà des autres, parce que le social c'est important, mais le jour où il n'y a plus de planète, le social ce sera secondaire. Donc on s'attache à hiérarchiser les choses. La transition environnementale de la filière alimentaire pourrait aller beaucoup, beaucoup plus vite si on permettait aux acteurs de s'entendre pour faire des choses. ensemble, plus vite, plus loin, plus fort. Parce qu'on est arrivé, heureusement on en prend conscience, à une étape où aujourd'hui le sujet n'est plus la direction mais la vitesse. On est dans ce momentum-là. C'est-à-dire que voilà, après il reste encore quelque climato-sceptique, ok, mais globalement ça va. La direction, on commence à la partager dans une forme d'unanimité. La vitesse, on sent bien que c'est difficile. Et si les entrepreneurs, parce que je considère depuis le début que l'entreprise est le lieu de l'impact, avaient la capacité de faire des choses ensemble sans tomber sous le coup de la loi, parce que c'est ça l'entente, aujourd'hui c'est condamné, eh bien, on irait plus loin, plus vite, plus fort. Le mot aux entrepreneurs et aux politiques, c'est accepter ou créer les conditions de l'entente acceptables. Et on ira plus loin, plus vite.
- Diane CANTAN
Je vais terminer sur ces beaux... sur ces belles phrases,
- Olivier Dauvers
mais c'est ce que je pense.
- Diane CANTAN
En tout cas, merci beaucoup Olivier d'avoir pris le temps d'échanger avec moi sur ce sujet. Et à très bientôt ! Merci d'avoir écouté ce podcast, Markoeur. J'espère que les propos de mon invité vous ont inspiré. Si vous avez apprécié ces échanges, n'hésitez pas à vous abonner à Markoeur et à liker l'épisode. À très vite !