- Speaker #0
Bienvenue sur mon podcast MaterniTalk, un podcast qui parle sans tabou de parentalité, de boulot, de biberon, de charge mentale, parfois dans cet ordre et parfois tout en même temps. Je vous emmène à la rencontre de salariés toutes et tous plus exceptionnels les unes que les autres, évoluant sur les différents métiers du groupe, toutes ces personnalités. Elles ont un point commun, c'est d'être salariés et puis parents ou en devenir. L'objectif, c'est créer un espace où les salariés, hommes et femmes, pourront s'identifier et se sentir soutenus dans leur parcours de parents, tout en découvrant qu'il est possible de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Elle évolue dans des univers où les décisions ne sont jamais anodines, là où il est question de souveraineté, de sécurité et d'innovation, mais aussi d'intérêt général. Ingénieure de formation, elle a construit un parcours entre exigences techniques, stratégie d'état et transformation du secteur privé. Des satellites militaires aux enjeux de cybersécurité, en passant par la plus haute sphère de décision. Mais derrière ce parcours impressionnant, il y a aussi une femme, une mère de deux enfants. Car dans sa vie, tout repose sur la famille et le travail. Et au milieu de tout ça, une question est essentielle. Comment élever des enfants aujourd'hui, dans un monde numérique qu'on ne maîtrise pas toujours ? tout en portant des responsabilités aussi fortes. Dans cet épisode, on parle aussi de choix, de discipline, de doute aussi, et de ce que ça veut vraiment dire de tout mener de front, et de ce qu'on peut transmettre au front à ses enfants. Aujourd'hui, je suis heureuse d'accueillir Nassima Ouvré, directrice défense et sécurité chez Orange Business. Bonjour Nassima !
- Speaker #1
Bonjour Farida, bonjour à tous et à toutes, ravie d'être là,
- Speaker #0
je suis très heureuse,
- Speaker #1
comment vas-tu ? Très bien,
- Speaker #0
j'aimerais te poser une question, tu as un parcours qui est quand même incroyable, qui est fou, c'est quoi ton secret Nassima ?
- Speaker #1
Alors bon, je suis quelqu'un de très humble, donc incroyable, je te remercie, ça me fait rougir, je ne vais pas parler de secret parce qu'il n'y a pas de secret, ce que je dirais c'est qu'il y a vraiment de la constance des choix assumés et quand je dis constance toujours rester alignée avec mes valeurs. Et ça, c'est un point clé. Des valeurs d'intégrité, de loyauté, et puis aussi faire ce qui me plaît. C'est ce que je partage à toutes et tous. C'est avant tout faites ce que vous aimez,
- Speaker #0
simplement. Tu parles souvent de piliers essentiels. Dans la préparation de notre podcast, tu m'as parlé de la famille en premier, le travail et puis le sport. Est-ce que cet équilibre est quelque chose que tu maîtrises ou quelque chose que tu ajustes en permanence ?
- Speaker #1
Alors déjà, c'est quelque chose que j'ai vraiment intuité il n'y a pas si longtemps que ça, finalement. C'est-à-dire que moi, j'ai toujours eu besoin de m'épanouir au travail. J'ai été toujours très sportive. Et donc, avant même d'avoir des enfants, c'était un équilibre que j'avais trouvé. Et avec l'arrivée de la maternité et des enfants, je me souviens, plusieurs personnes qui me disaient « Non, mais il va falloir que tu fasses des choix. Tu ne pourras pas tout faire. » Et donc, forcément, on se pose des questions. Et je me suis rendu compte que cet équilibre, ce triptyque, il était clé. Il était clé pour mon quotidien, pour mon équilibre physique et aussi mental. Et donc, je dirais que cet équilibre, en fait, aujourd'hui, je sais l'entretenir en fonction des aléas du quotidien, en fonction aussi du moment de vie qu'on a, personnel et professionnel. Mais par contre, maintenant, je suis convaincue que j'en ai besoin. Et ça veut dire qu'assez régulièrement, quand je vois que ça dérape, d'un côté ou de l'autre, je me pose pour me dire, mais finalement, où est-ce qu'il faut que je remette les priorités ? Et où est-ce que j'ai lésiné d'un côté ou de l'autre, qui fait que je ne me sente pas mal ?
- Speaker #0
Tu es hyperactive, c'est toi qui le dis, Nassima. Est-ce que pour toi, justement, c'est une force ou parfois un piège dans ta vie de mère et de dirigeante ?
- Speaker #1
Moi, l'hyperactivité, je le vois comme quelque chose de positif. C'est-à-dire que derrière, je suis quelqu'un de très dynamique, qui aime... qui aime engager mon entourage, qui aime emmener des équipes sur des projets, explorer des nouvelles choses. Donc, je n'ai jamais vu l'hyperactivité comme quelque chose de malsain. Maintenant, je sais qu'il faut quand même faire attention parce que parfois, l'entourage ne suit pas forcément. Et donc, c'est un point d'attention que j'ai aussi, aussi bien dans ma vie perso que professionnelle. Mais encore une fois. Je le vois plutôt comme quelque chose de très positif. Justement, la course à pied, tu le disais,
- Speaker #0
elle t'aide à structurer parfois tes idées. Est-ce que tu es arrivée à prendre des décisions, les meilleures décisions en courant ?
- Speaker #1
Alors, la course à pied, si je devais résumer, je dirais que c'est un régulateur de bien-être. Si, dans la semaine... Je n'ai pas couru, en fin de semaine je le sens. Je le sens et je dirais qu'il y a une sorte de brouillard dans mon cerveau. Donc de là à dire que c'est la course à pied qui me permet de prendre les bonnes décisions, peut-être pas. Par contre ce qui est sûr, c'est que ça m'aide à structurer les idées, parce que derrière j'évacue le trop plein, je fais le tri entre ce qui est bien, pas bien, et finalement ça m'aide à avancer plus vite. il m'est arrivé de revenir de séance de course à pied, de prendre mon cahier et de griffonner deux, trois idées. Parce que finalement, ça m'était venu.
- Speaker #0
Tu évolues dans des environnements extrêmement exigeants. Est-ce qu'il t'est déjà arrivé de te dire, là, c'est peut-être trop ? Forcément, je ne vais pas mentir. Comme je disais,
- Speaker #1
il y a des aléas de la vie qu'on ne peut pas prévoir. Et parfois, on rentre un peu dans une sorte de lessiveuse et on oublie certaines choses. Donc, oui. Il est arrivé que je me dise cela, et ça m'est arrivé notamment lorsque le corps parle. Il m'est arrivé que mon corps me dise « attention là, tu vas trop loin et tu ne peux pas tout combiner » . Quand j'étais sur des postes très exigeants, en cabinet ministériel, forcément je pouvais faire moins de sport. Et c'était assumé, mais j'essayais de compenser le week-end. Et il est arrivé le moment où... J'ai enchaîné les tendinites du genou et j'ai mis du temps à me rendre compte que finalement, c'était mon corps qui me disait non, mais là, tu ne peux pas tout faire au top en même temps et au même rythme. Donc, c'est écouter, écouter son corps. Et puis, je reviens sur mon triptyque. Ça veut dire qu'il y a des moments où j'accepte de faire moins de sport parce que je sais qu'au niveau personnel, il faudrait que je sois plus présente. où il y a des moments aussi au niveau professionnel, il y a des grosses séquences. Et là, de la même façon, je sais que le sport va en pâtir. Mais en tout cas, c'est en prendre conscience.
- Speaker #0
J'aimerais aborder ton rôle de maman. Tu as deux enfants qui aujourd'hui sont des ados.
- Speaker #1
Pré-ados, pré-ados,
- Speaker #0
ados. Oui. Bon, je suis quand même... Voilà, j'ai plein de questions à ce sujet-là parce que tu as quand même, oui, un parcours qui est quand même incroyable. Tu es donc ingénieur. diplômée à l'ENSTA. C'est ça. Tu as eu un début de carrière au sein de la direction générale de l'armement sur des sujets quand même hyper strates, comme la télécommunication par satellite militaire, la guerre électronique. Tu as été en pilotage de projets techniques très complexes. Ensuite, tu as évolué à la direction de budget sur Bercy comme adjointe au chef de bureau Défense et Mémoire. Et ensuite, tu as été conseillère... innovation et numérique au sein du cabinet de la ministre des Armées, là encore sur des sujets très stratégiques. Et aujourd'hui, tu te retrouves effectivement chez Orange Business sur ce poste de directrice défense et sécurité. Entre-temps, tu as eu tes enfants. J'ai plusieurs questions. Quand on travaille dans un cabinet ministériel, j'imagine que tes enfants étaient un peu plus jeunes.
- Speaker #1
Ils étaient très jeunes, oui.
- Speaker #0
Les journées sont... imprévisibles et souvent très longues, j'imagine. Concrètement, comment tu t'organisais une journée avec un jeune enfant dans ce contexte ?
- Speaker #1
Déjà, il y a un élément clé. Quand on prend ce type de poste, en tout cas, c'est comme ça que je l'ai pris. Il faut qu'il y ait une discussion en amont avec son conjoint ou sa conjointe. C'est-à-dire que c'est quand même un choix au-delà d'un choix personnel, professionnel, c'est un choix de famille. C'est vrai que j'en avais parlé à mon mari et j'avais dit, écoute, j'ai vraiment envie de prendre ce poste. poste. Mais ça veut dire que derrière, il faut qu'on ait une discussion parce que forcément, il y a des questions de logistique. Quand on a des jeunes enfants, la crèche nous appelle souvent parce qu'il y a un petit peu trop de température et qu'ils ne peuvent pas donner de paracétamol et par conséquent, il faut aller les chercher. Ils appellent qui d'ailleurs ?
- Speaker #0
Ils t'appellent toi ou plutôt ton époux ?
- Speaker #1
Alors là, on avait fait le choix. Quand j'étais en cabinet ministériel, c'était plutôt lui qui les appelle. Ensuite, on s'est fait entourer de nounous. J'ai la chance aussi d'avoir ma mère qui n'était pas très loin et qui nous a aidés. Mais en tout cas, ce que je veux faire passer comme message, c'est que oui, ce sont des postes exigeants qui ne sont pas incompatibles d'une vie de jeune maman. C'est important, mais ça veut dire derrière qu'il faut aussi être en capacité de se faire entourer tout simplement pour faire baisser la charge mentale que ça peut induire.
- Speaker #0
Donc ne pas hésiter à solliciter son environnement proche, sa famille. Il ne faut pas hésiter à le faire.
- Speaker #1
Il ne faut pas hésiter et ça n'enlève en rien. au moment d'intimité qu'on peut avoir avec nos enfants. Donc ça, c'est un point important sur lequel je veux insister. Et alors, je me rappelle l'anecdote, donc ce n'était pas un cabinet ministériel, mais j'avais occupé un poste de chef de cabinet. Donc là, mes enfants étaient vraiment très, très, très petits. Un bébé, notamment. Et à la prise de ce poste, je me souviens d'une remarque d'une personne qui m'avait dit « Mais comment tu vas faire avec tes enfants ? » Sur un ton très culpabilisateur, en gros, qui laissait sous-entendre que j'allais les abandonner. Alors, c'était un choix assumé et je savais que derrière, j'allais gérer. Mais ça amène quand même un petit questionnement au fond de soi, où on se dit « Mais mince, si cette personne pense ça... » d'autres vont le penser et est-ce que finalement je vais vraiment en être capable ?
- Speaker #0
Ça t'a créé un doute ?
- Speaker #1
Alors, ça a créé un petit doute sur le moment. Ça m'a piqué, on va dire. Mais derrière, je me suis plutôt dit je vais démontrer que c'est tout à fait possible.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et ça a été possible.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. C'est incroyable. Ça fait vraiment partie des injonctions que l'on se reçoit sur les sujets de la maternité.
- Speaker #1
Tout à fait. Ensuite, il y a quand même un élément clé, c'est qu'il faut être hyper organisé. En tout cas, moi, je suis vraiment très, très organisée. J'aime anticiper. Alors, la fois qu'on a anticipé, on ne peut pas tout anticiper, mais l'organisation, elle est clé.
- Speaker #0
Avec le recul, est-ce que tu referais les mêmes choix professionnels au moment où tes enfants étaient petits ?
- Speaker #1
Tout à fait. C'est vrai ? Aucun regret. Aucun regret. Et je le dis d'autant plus aujourd'hui que je vois mes enfants, le retour que j'ai d'eux, en fait, ils voient une maman épanouie. Et combien de fois, combien de fois ils me l'ont montré. Ils m'ont dit, mais maman... C'est super ton travail. Et quand est-ce que tu retournes là ? Et donc ça, c'est un message aussi que je veux faire passer parce que c'est le meilleur cadeau que je puisse avoir finalement. C'est ce retour des enfants qui sont fiers de leur maman et qui n'ont pas l'air d'être malheureux parce qu'à un moment, je les aurais abandonnés parce qu'ils étaient occupés sur un poste très prenant.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu des moments dans la petite enfance où tu as eu le sentiment d'avoir manqué à cause de tes responsables ?
- Speaker #1
De la même façon, non, parce qu'encore une fois, j'ai quand même réussi à préserver des moments clés. Je vous donne un exemple, la kermesse. La kermesse pour les enfants. J'ai même réussi parfois à me rendre disponible pour accompagner lors de sorties scolaires. Alors ça, c'était au début. Ensuite, je l'ai moins fait. Et ça, d'ailleurs, c'est un retour que j'avais eu mes enfants, où ils me demandaient, mais maman, on ne te voit jamais, etc. Je leur ai expliqué à un moment, j'aurais dit, écoutez, là, ça, c'est quelque chose que je ne peux pas faire. Mais à côté de ça... On peut faire ci, ça.
- Speaker #0
Il faut beaucoup leur parler, leur expliquer. Si tu devais donner trois conseils, trois c'est bien, mais si tu peux en donner un, un conseil, vraiment, le conseil, le gros tips ultra concret pour une maman qui a l'ambition d'une carrière prenante et qui a des enfants en bas âge, qu'est-ce que tu pourrais leur dire ?
- Speaker #1
Ce que j'ai dit tout à l'heure, alors un, ne pas se mettre de frein si c'est vraiment ce qu'elle veut faire. Et deux, regarder comment s'entourer pour permettre cela. Et encore une fois, il y a plein de possibilités. Alors parfois, c'est un petit peu d'investissement, mais au final, on s'y retrouve à plein d'égards.
- Speaker #0
Aujourd'hui, tu es donc un pré-ado et ado. Il y a évidemment le sujet qui nous concerne tous. Moi-même, j'ai une ado de 13 ans à la maison, c'est le portable. Tu as fait, lors de notre préparation de podcast, tu me disais que tu avais fait le choix de donner un téléphone à l'entrée au collège. Est-ce que c'était un choix de confiance ou plutôt un compromis avec la réalité ?
- Speaker #1
En fait, ce n'était ni l'un ni l'autre.
- Speaker #0
C'était une réponse à un besoin pratique.
- Speaker #1
C'est-à-dire qu'à partir du moment où ils gagnent en autonomie, en mobilité, ils avaient besoin de pouvoir avoir un moyen de les contacter facilement. Donc c'était ça, la première raison. Une fois que j'ai dit ça, je me rends compte de l'impact social, même la pression sociale que subissent aujourd'hui nos enfants. C'est-à-dire qu'on a mis des règles très simples. typiquement sur l'accès à un certain nombre d'applications. Et pour cela, en fait, je leur explique, je leur dis, cette application, elle est interdite, je dis n'importe quoi, au moins de 15 ans. Donc, tu ne peux pas y avoir accès. J'ai systématiquement le droit à, mais tu ne te rends pas compte, c'est la fin du monde. Tous mes copains peuvent jouer à tel jeu. Moi, je suis le seul à ne pas pouvoir y jouer. Donc ça, c'est un sujet sur lequel il faut tenir tête. Donc, on le fait, je le fais. Mais derrière, je vois bien qu'il y a quand même une forme de pression sociale aussi pour nos enfants. Et donc, il faut beaucoup expliquer et leur montrer que non, en fait, ce n'est pas la fin du monde. Et qu'on est là surtout, avant tout, pour les préserver, qu'ils ne peuvent pas aller trop vite.
- Speaker #0
C'est vrai que ça crée de la frustration de ne pas être comme les autres et de ne pas appartenir au groupe. Aujourd'hui, tes enfants, ils grandissent justement avec des outils que même nous, parents, parfois, nous ne maîtrisons pas totalement. Est-ce que ça change ta manière de les éduquer au quotidien ?
- Speaker #1
Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut plus occulter ce sujet. C'est-à-dire qu'il y a les précédentes générations qui pouvaient faire sans. Là, on est obligé de faire avec. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que moi, j'ai téléchargé certaines applications que jamais je n'aurais utilisées avant. Mais tout simplement pour essayer de comprendre comment on les utilise, ce qu'elles remontent comme informations. Et je me rends compte quand même que ça va très, très vite. Et qu'on peut vite se laisser déborder. Et je le dis d'autant plus, on baigne toutes les deux dans un univers du numérique au quotidien. Mais le numérique pour les jeunes, c'est vraiment autre chose. Et donc, je trouve qu'aujourd'hui, ça demande beaucoup d'investissement aussi de la part des parents pour rester à la page et être en capacité d'avoir cette forme de contrôle. Et ce juste équilibre qu'il faut avoir entre vivre avec son temps et en même temps ne pas entrer dans cette mode qui peut emporter très rapidement sur des dérives.
- Speaker #0
Tu parlais pendant notre préparation qu'il ne fallait jamais baisser la garde. Est-ce qu'aujourd'hui, être parent d'adolescent, c'est être en vigilance permanente sur ce sujet-là ?
- Speaker #1
Je pense, je pense. Alors, derrière, il y a des tips, mais que beaucoup de... Je ne veux pas être révolutionnaire, c'est mettre un cadre sur l'usage du téléphone sur des heures acceptables, laisser le téléphone en visibilité et pas dans la chambre le soir. Il y a beaucoup aujourd'hui d'outils qui permettent de mettre un contrôle parental, mais je dois dire qu'il n'y a pas longtemps, je me suis rendu compte que malgré le contrôle parental, il peut y avoir des voies de contournement. Et donc, c'est là où je te disais, il ne faut jamais baisser la garde. Parce que ça évolue tellement vite que derrière, en fait, il peut y avoir des biais. Il peut y avoir des portes de sortie qui permettent à nos ados de s'y engouffrer. Mais malgré eux, encore une fois, ils sont plein d'yeux.
- Speaker #0
Non, mais c'est vrai. Il faut effectivement rester vigilant, mais c'est pour les préserver. Tout à fait. Ils n'ont pas encore conscience de cela. J'ai envie de parler justement de ton rôle. Quand on a un niveau d'exigence... et d'organisation dans la vie professionnelle, comment tu construis le cadre autour des études de tes adolescents ? Est-ce que tu es plutôt discipline stricte ? Est-ce que tu es plutôt dans l'autonomie ? Ou un peu un mélange des deux ?
- Speaker #1
Alors déjà, première chose, ils sont très occupés. Parce qu'entre les cours et le sport, ça ne laisse plus beaucoup de temps au reste. Mais c'est plutôt sain. Quand je dis ça ne laisse plus le temps au reste, typiquement, les écrans, mais aussi sortir avec les copains, etc. Donc ça déjà, c'est un vrai atout. Je dirais quand même une forme d'autorité et derrière forme d'autorité, parce que le message que je veux leur inculquer et finalement, j'ai été construite comme ça, c'est qu'on n'a rien sans rien et qu'il est important de se dépasser. Les études aussi, c'est important parce que derrière, ça permet finalement de choisir.
- Speaker #0
Donc, je dirais quand même, en certains cadres, tes ados, ils te voient comme la maman ou comme la femme qui gère. des gros enjeux. Est-ce qu'ils comprennent vraiment ton quotidien ou est-ce qu'ils s'en fichent complètement ? Alors, je pense qu'ils ne s'en fichent pas parce qu'on parle beaucoup, je leur partage beaucoup de choses,
- Speaker #1
ils sont curieux et comme je le disais, en fait, ça leur plaît et ils me le rendent aussi. Bon, maintenant, ils ont du mal à mesurer, en fait, tout ce que je fais et tant mieux parce que ce n'est pas le but. Je ne saurais pas dire comment ils me voient. Il n'y a pas longtemps, en fait, alors c'était pour mes 40 ans, mon mari les avait filmés pour leur demander, mais finalement, maman, comment vous la voyez ? Et c'était assez basique. C'était « Maman est gentille, maman cuisine bien et maman s'éteint les cheveux » .
- Speaker #0
Ok. C'est pas du tout simple et efficace. Et du coup, là, aujourd'hui, pareil, sur le sujet justement de l'adolescence, qu'est-ce que tu pourrais te conseiller aux parents qui ont des ados et pour qui, justement, c'est une phase où tout le monde essaye de trouver un peu son équilibre familial ? Qu'est-ce que tu pourrais donner comme conseil ?
- Speaker #1
Alors, je vais rester très humble. Donner des conseils, je pense que chaque parent connaît mieux ses enfants que quiconque. Donc, je ne me permettrai pas. Ce que je partagerai, c'est plutôt une expérience personnelle et un ressenti. C'est que ce que je vois, c'est que les ados, ils ont besoin de temps, de beaucoup de temps. Contrairement à ce qu'on pourrait penser quand on a des jeunes enfants. Quand on a des jeunes enfants, c'est qu'au plan logistique, ils ne peuvent pas se débrouiller tout seuls. Il faut être présent. Et en fait, avec des jeunes ados, il faut passer le temps d'échanger. Ce n'est pas toujours le moment où on le souhaiterait. Donc, il faut aussi y prêter garde. C'est mon principal message, en fait. C'est que derrière, ce temps, il est sacré. Ce temps de discussion, de partage,
- Speaker #0
qu'il ne faut surtout pas l'occulter. J'ai envie de parler de ton évolution professionnelle, justement, sur les différents métiers que tu as eus dans ta carrière, dont on choisit de travailler dans la défense. Est-ce que... Est-ce qu'on répond à une vocation ou est-ce une conviction qui se construit au fil du parcours ? Alors, je vais parler pour moi. J'ai toujours été fascinée par ce monde. C'est vraiment très jeune, oui. Ça a été quoi le déclic ? Le 14 juillet, le défini du 14 juillet,
- Speaker #1
je ne le rate jamais depuis toute petite. Mais là, il faut vraiment qu'il se passe quelque chose pour que je le rate. C'est un moment très important. Donc déjà, toute petite, j'étais émerveillée par ce monde. Quand j'ai fait le choix d'entrer à l'ENSTIN, j'ai volontairement voulu entrer dans la promotion qui forme des ingénieurs de l'armement. C'est un choix assumé déjà. Et puis au-delà de cela, tout à l'heure je te disais que j'ai toujours été guidée par mes valeurs. Aujourd'hui, j'étais dans le public, aujourd'hui je suis dans le privé. Par contre, j'ai un fil rouge qui est le sens de l'intérêt général. Ça, c'est clé et je pense que ça me guidera toute ma vie.
- Speaker #0
Tu as fait le choix d'évoluer justement dans des univers comme la défense ou la souveraineté. Est-ce qu'il y a eu des moments de doute où tu t'es demandé si tu étais à ta place ?
- Speaker #1
Il y en a eu plein.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui. Le syndrome de l'imposteur. Moi, j'ai connu.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
J'ai connu. Je ne sais pas dire si je connaîtrais encore. Pas assez de recul. Mais oui. Oui, oui.
- Speaker #0
et comment tu as fait pour prouver justement davantage ta légitimité là où tu étais. Est-ce que tu l'as toujours le syndrome de l'imposteur ?
- Speaker #1
Je pense que je l'ai toujours, un petit peu, je le dis en toute transparence. Alors je ne veux pas dire que c'est quelque chose contre lequel je lutte, parce que j'ai quand même pris en maturité et j'ai vu au travers de mon parcours tout ce que j'ai pu apporter, tout ce que ça m'a apporté. Mais oui, il y a eu plusieurs moments où... Il y a toujours cette phase de doute, de vouloir bien faire, d'avoir peur de ne pas faire aussi bien qu'on le souhaiterait. Il y a aussi, je pense, un sujet du regard des autres. Donc oui,
- Speaker #0
Dans les carrières ou les responsabilités que tu as menées et que tu mènes encore aujourd'hui, qui sont quand même immenses, est-ce que la parentalité change la façon de diriger ou de décider ?
- Speaker #1
Alors moi, je dirais que non,
- Speaker #0
pas du tout. Vraiment, je n'ai pas vu d'impact par rapport à cela.
- Speaker #1
Moi, j'ai eu un déclic. assez jeune, en sortant de classe préparatoire, donc quand j'ai intégré l'ENSTIN, j'ai fait une année dans les armées sur une frégate de surveillance. Je me suis retrouvée seule femme au milieu d'un équipage de 100 personnes. Je me suis retrouvée jeune, donc c'était aspirante. Et tout de suite, j'ai été propulsée sur des responsabilités en matière de management, d'encadrement. Et je pense que là, ça a vraiment révélé une forme de leadership que j'avais gardé en fouille au mois et ça a été un déclic. Donc pour moi, en fait, la parentalité, ça n'a rien changé. Et je pense que j'ai toujours eu ce truc en moi, en tout cas, qui a été révélé vraiment à ce moment-là de ma vie.
- Speaker #0
Est-ce que tu as déjà ressenti qu'être mère pouvait être perçue comme une fragilité dans ces environnements très exigeants ?
- Speaker #1
Alors encore une fois, non. Non, vraiment. Je n'ai jamais eu ce sentiment. J'ai réussi à évoluer au gré des différents postes que j'ai pris, sans que ce ne soit vu de façon négative. Ensuite, j'ai plein d'anecdotes que je t'avais partagées ou m'avaient fait comprendre qu'aller chercher son bébé à la crèche à 17h30, c'était quand même très tôt. Mais sinon, à part ça... Ça n'a pas été un sujet pour moi.
- Speaker #0
Tu es un vrai rôle modèle pour d'autres femmes. Est-ce que tu parles ouvertement de maternité avec les jeunes femmes que tu accompagnes, que tu inspires ?
- Speaker #1
Alors, tout dépend en fait si elles me posent la question ou pas. Je pense qu'il faut que ça vienne aussi de ces personnes-là. Et il est arrivé qu'on me pose la question par rapport à mon parcours, de me dire mais finalement, est-ce que c'est vraiment possible et comment tu as fait ? Donc là, oui, je prends le temps de leur expliquer et leur démontrer que c'est... totalement compatibles.
- Speaker #0
Si une jeune femme hésite aujourd'hui à aller dans la tech ou la défense, est-ce que le vrai frein, selon toi, c'est la difficulté du métier ou plutôt les représentations qu'on s'est faites ?
- Speaker #1
Totalement, c'est les biais. C'est les biais que les femmes se mettent elles-mêmes ou que la société aussi peut mettre. Ça, c'est un point qui est très important pour moi. Et aujourd'hui, si je suis engagée dans le mentorat, dans l'accompagnement, je suis souvent contactée même par des jeunes femmes qui souhaitent échanger 10-15 minutes. Donc, j'essaie de faire en sorte que, parfois, c'est au téléphone, en voiture. Mais même ce petit moment, je vois qu'il est important parce qu'il suffit derrière à répondre à des doutes.
- Speaker #0
Et justement, on va parler de mentorat parce que tu en parles beaucoup. En tout cas, j'ai vu. beaucoup d'interviews, effectivement, où tu as abordé ce sujet. Je trouve ça vraiment cool. Tu as une phrase clé que j'ai notée, c'est « ne vous auto-censurez pas » . Et ça, c'est vraiment ta phrase. Tu as un rôle de mentor. Concrètement, quand une jeune femme vient te voir, comment se passe le premier échange ? Qu'est-ce que tu cherches à comprendre en priorité chez elle ?
- Speaker #1
Je cherche surtout à comprendre ce qu'elle aimerait faire, ce qui la passionne, avant même... d'aller plus loin. Et alors, ça peut prendre du temps, parce que souvent, la première action, c'est plutôt un retour qui est négatif, c'est-à-dire les freins qu'elle identifie.
- Speaker #0
C'est souvent la première chose qu'elle aborde. Donc, ce que j'essaie de faire, c'est de déconstruire et comprendre derrière, mais où est-ce qu'elle se projette ? Finalement, quel est son rêve ou son envie ? Et justement, tu déconstruis quoi en priorité ? Est-ce que tu déconstruis les idées qu'elles ont des métiers de la défense, par exemple, et de la tech, ou plutôt les limites qu'elles se mettent à éliminer. elles-mêmes.
- Speaker #1
C'est plutôt des limites qu'elles se mettent par rapport à leur organisation personnelle, par rapport à leur choix de vie. Ça revient quand même assez souvent.
- Speaker #0
On va arriver à la fin du podcast, Nassima. J'ai une question, la question que je pose à tout le monde. Quel message fort aimerais-tu adresser à une jeune femme ou à un homme qui se demande si elle ou il pourra un jour concilier ambition professionnelle et vie de famille ?
- Speaker #1
Je pense que c'est bien que tu insistes sur le fait que... Ça s'adresse aussi bien aux femmes qu'aux hommes. Et ce que je leur dis souvent, c'est choisissez tout. Choisissez tout. Ne vous mettez pas de frein. Et derrière, à partir du moment où déjà vous vous mettez dans cette position, il y a toujours des solutions. Et en tout cas, jusqu'à présent, c'est ainsi moi que j'ai évolué et je n'ai aucun regret.
- Speaker #0
Donc, choisissez tout. Voilà, ça va être le message de la fin. Merci beaucoup Nassima d'avoir participé. Merci Farida C'était un très très bon moment Je te remercie infiniment A bientôt Au revoir En attendant le prochain épisode Abonne-toi, partage ce podcast Avec tous les parents de ton open space Et surtout déculpabilise On est là, on est ensemble Et on fait surtout de notre mieux Parce que la parentalité en entreprise Ce n'est pas un détail dans un CV C'est une expérience à part entière Qui est pleine de défis de fierté et parfois même de doute. Alors viens rejoindre la conversation et si tu as envie, prends le micro à de vous entendre partager votre expérience. A bientôt !