- Speaker #0
Bienvenue sur mon podcast MaterniTalk, un podcast qui... qui parle sans tabou de parentalité, de boulot, de bidron, de charge mentale, parfois dans cet ordre et parfois tout en même temps. Je vous emmène à la rencontre de salariés toutes et tous plus exceptionnels les unes que les autres, évoluant sur les différents métiers du groupe. Toutes ces personnalités, eh bien, elles ont un point en commun, c'est d'être salariés et puis parents ou en devenir. L'objectif, c'est créer un espace où les salariés, hommes et femmes, pourront s'identifier et se sentir soutenus dans leur parcours de parents, tout en découvant qu'il est possible de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir une femme au parcours aussi inspirant qu'authentique. À un moment de sa vie, elle a fait le choix courageux de ne plus vivre selon les attentes des autres, mais de devenir pleinement elle-même. Dirigeante engagée sur les sujets de diversité et d'inclusion, récemment distinguée parmi les leaders LGBTQIA+, rôle models en Europe, Inès Duquitte porte bien plus qu'un espace. message. Elle incarne un chemin de confiance, de transformation et de leadership. Avec elle, nous allons parler d'identité, de regard des autres, de syndrome de l'imposteur, mais aussi d'un sujet universel, la parentalité. Du désir de transmettre, des peurs qui accompagnent l'envie de devenir parent et de ce que cette question que beaucoup d'entre nous se posent un jour, suis-je capable d'être à la hauteur ? Un échange sincère autour d'un parcours qui nous rappelle que le plus beau des accomplissements est peut-être tout simplement d'avoir le courage d'être soi. Je suis enchantée, ravie, heureuse d'accueillir aujourd'hui Inès Ducy, directrice communication au sein du groupe Le Grand France. Salut Inès !
- Speaker #1
Bonjour Farida, waouh ! Ok, ça commence fort ! Bonjour et bienvenue aussi chez Le Grand, là où nous sommes aujourd'hui. Très très bon site ! Je suis ravie de t'accueillir et que cette rencontre se concrétise.
- Speaker #0
Moi aussi je suis très très heureuse, je te remercie infiniment d'avoir accepté cette invitation et qu'on puisse échanger ensemble autour de plein plein de sujets. Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien !
- Speaker #0
Ça va ?
- Speaker #1
Oui, je suis prête. Les semaines passent, elles sont d'une intensité incroyable, tant sur les émotions que les rencontres que le travail en lui-même aussi. Écoute, je rentre d'un week-end à Prague effectivement où tu viens d'évoquer la distinction, donc je ne peux qu'aller bien.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
- Speaker #1
Oui, alors je suis Inès Duquitte, je suis directrice de la communication. En France, pour le groupe Le Grand, je suis également présidente du réseau interne Le Grand Rainbow, qui réunit au sein du monde Le Grand 800 membres. Et en France, ce sont 120 membres qui sont actifs. Et donc, moi, je suis présidente du réseau En France, où on anime, on sensibilise, on fait aussi que les gens se sentent bien dans l'espace de travail dans lequel ils sont et surtout qu'ils ou elles soient elles-mêmes ou elles-mêmes. Et je suis également rôle modèle de l'autre cercle. cercle de l'édition 2023 et puis comme on vient de l'évoquer tout récemment distinguer rôle modèle leader européen et c'est une grande fierté que je porte effectivement ces voix et ces récits aujourd'hui et notamment avec toi.
- Speaker #0
Absolument, en tout cas je suis hyper contente pour toi. Moi j'aimerais démarrer ce podcast avec une question très simple. Si tu devais résumer ton parcours en trois mots, quels seraient-ils ?
- Speaker #1
Fierté, résilience et résistance.
- Speaker #0
Wow, fierté en premier, j'aime beaucoup. Avant ta transition Inès, est-ce que tu avais parfois l'impression de jouer un rôle dans ta propre vie ?
- Speaker #1
Oui, je crois que, tu sais, d'ailleurs je pense que c'est même pas tant avant la transition parce que pour être totalement honnête, même après ma transition, j'ai joué des rôles un rôle en tout cas en particulier, je vais te raconter pourquoi et comment Oui on joue des rôles parce que je crois qu'il y a une histoire de déterminisme Déjà quand on arrive dans ce monde, par notre environnement, par l'entourage, la famille, l'environnement culturel, socioculturel, etc. Et donc malgré tout, malgré le fait qu'on arrive et qu'on est ce pour le coup avec une certaine liberté d'être, il y a quand même un conditionnement de cet environnement qui va déterminer notre façon de nous positionner, notre façon d'être, notre façon d'être un homme, notre façon d'être une femme, notre façon... notre rapport à la spiritualité, notre rapport aux autres tout simplement et à nous-mêmes. Et je crois qu'on attend beaucoup de nous quand on arrive enfant, ou en tout cas certains parents peuvent attendre déjà beaucoup d'un enfant qui arrive dans ce monde. Moi ce n'est pas ma vision, mais je comprends en tout cas qu'on peut être amené à jouer des rôles. Et je vais t'expliquer un rôle que j'ai pu jouer. dont je ne suis pas fière mais je vais te raconter quand même. C'est quand j'étais enfant, mes parents n'avaient pas forcément les clés de lecture, d'accompagner, de guider. C'est l'enfant queer que j'étais. Et donc, je voyais bien qu'à un moment donné, ça pouvait amener à des zones un peu de friction, de tension et d'incompréhension. Il y avait cet espace, un peu cette zone grise où on n'arrivait pas forcément à avoir des rapports et des relations, je dirais à peu près établies, saines et bien définies. Donc, pour être tranquille, ce que je faisais, c'est que je jouais un rôle. Je jouais le rôle de cet enfant parfait qu'on attend. que mes parents attendaient de moi, c'est-à-dire à l'école, avoir des bonnes notes, ne jamais sortir d'un cadre. Tu restais dans le cadre, en fait. Je restais dans le cadre qui m'était fixé. Et je jouais un rôle parce que, en fait, c'était ma façon d'être libre. En fait, c'était ma façon d'être sereine et d'être tranquille. Donc, je montrais à mes parents ce qu'ils voulaient voir, ce qu'ils avaient envie de voir. Et je leur disais, oui, je suis bien cette personne-là. Ça... parfois m'a amené à raconter quelques mensonges dont je ne suis pas très fière, mais c'était aussi une façon pour moi d'assurer ma protection et d'assurer ma tranquillité. Et à côté de ça, comme ça, je pouvais vraiment être pleinement libre et être l'enfant queer que je voulais être.
- Speaker #0
Mais jusqu'à quel âge finalement tu as joué ces rôles-là ? Quel a été l'impact ?
- Speaker #1
Je crois qu'il y a quelque chose, tu sais, alors c'est peut-être hormonal, mais au niveau, à un moment de la puberté, il y a quelque chose qui se réveille en nous et qui se dit non, mais là, c'est plus possible. Il va falloir que tu arrêtes ça. Et puis, c'est plus fort que soi, en fait, en réalité. Donc, je pense que c'est à ce moment-là, je m'en rappelle. On va dire que j'étais, et je pense que mes parents étaient les premiers surpris. J'étais cet enfant très calme, très, je dirais, quasiment docile à la maison et qui rentrait dans le cadre. Et puis j'étais cette personne populaire à l'école et au collège et au lycée. Et du coup que tout le monde appréciait. Alors ça n'empêche pas que je vivais malheureusement comme beaucoup de personnes queer et d'enfants queer des discriminations, des humiliations, des agressions. Mais malgré tout je restais une personne populaire parce que j'avais déjà cette générosité du cœur que les gens ressentaient et les gens venaient vers moi aussi. Et donc que ça soit peu importe l'environnement. peu importe si c'était des garçons, des filles, etc. Je connectais aussi avec pas mal de personnes. Et en fait, j'avais vraiment ces deux pendants, en tout cas entre la maison et ma vie à l'école. C'est à ce moment-là que le déclic s'est fait. Et je me suis dit, il faut vraiment que je sois moi-même, c'est important. Donc c'est là où, à ce moment-là, j'ai commencé à m'habiller vraiment comme j'avais envie de m'habiller. Alors oui, ça reflétait encore plus ma personnalité queer ou ma personnalité excentrique. Mais j'aimais ça et je m'en foutais de ce que les gens pensaient et je m'en foutais si ça allait peut-être m'attirer encore plus de discrimination ou d'humiliation. Tu as pris ta place quoi. J'ai pris ma place,
- Speaker #0
exactement. Tu évoques souvent le syndrome de l'imposteur.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Est-ce qu'il a disparu avec la transition ou a-t-il simplement changé de costume ce syndrome ?
- Speaker #1
Il change de costume. Il change de costume parce que je crois que quand on a ce syndrome de l'imposteur, ça vient de l'enfance. Ça vient depuis un espace quand même qui date et dure depuis un certain nombre d'années. Et je pense que ce syndrome de l'imposteur, il part difficilement. Il a du mal à partir.
- Speaker #0
Là, il n'était pas là encore ce matin. Il était dans ma voiture.
- Speaker #1
Voilà, tu vois. Donc, je suis sûre qu'il n'est pas très loin là encore aujourd'hui.
- Speaker #0
Je vais essayer de le quitter bientôt. Il va falloir que je le quitte quand même à 47 ans.
- Speaker #1
C'est important. Oui, exactement. C'est comme les soirées. À un moment donné, il faut savoir partir. C'est comme avec l'imposteur. Il faut savoir mettre fin à une relation aussi avec lui. Écoute, oui, il y a toujours ce syndrome de l'imposteur. Et tu vois, ce que j'apprécie dans mes relations aujourd'hui, c'est que je peux parler de manière très transparente avec des dirigeants de cette entreprise. ou des connaissances, quels que soient les environnements. Et en fait, j'en parle assez régulièrement parce que, pour être totalement transparente, je suis approchée, par exemple, par des cabinets de recrutement. Et on propose des rôles où même moi, je me disais, « Waouh ! Est-ce que j'ai vraiment les épaules ? » Parce que c'est ça la première question qu'on se pose quand on a le syndrome de l'imposteur. Pourquoi moi ? Est-ce que j'ai vraiment la possibilité de remplir ce rôle ? Non, mais ils ne savent pas en fait, ils doivent se tromper.
- Speaker #0
Ça me parle tout ça, ça me parle tellement.
- Speaker #1
Et en fait, ce qui m'a fait du bien... Une dirigeante m'a dit Inès tu dois pas hésiter Fonce, vas-y, te pose pas de questions T'avais besoin de ça ? Je crois qu'on a besoin de l'entendre Parce qu'en fait c'est pas la Inès d'aujourd'hui Qui a besoin d'entendre ça, c'est la petite fille Qu'on a besoin continuellement Sur ces aspects là Parce que tu vois, comme tu me vois, moi je suis forte, je suis là, je peux enfoncer des portes et avancer malgré parfois l'adversité. Et malgré tout, il y a quand même quelques petites insécurités que j'ai emmenées avec moi au fil de ces années. Et c'est un nombre de l'imposteur en fait partie. Donc, oui, parfois, je crois qu'on a besoin d'une écoute et de mots un peu qui nous donnent de la force et surtout de la croyance en nous.
- Speaker #0
Oui. Quelle a été la plus grande déconstruction que tu as dû faire sur toi-même pour avancer ?
- Speaker #1
C'est une très très belle question, je te dirais mon rapport à moi-même. Mon rapport à moi-même parce que jusqu'à mes 30 ans, au moment où est intervenu et arrivé les premiers questionnements autour de mon identité, j'avais une certaine vision de qui j'étais, de mon rapport à moi, du coup de mon rapport aux autres. de ce qu'était probablement la féminité, la masculinité, de ce qu'était aussi être une personne libre, de ce que je pensais être la liberté. Et finalement, quand on fait une transition, je vais te raconter comment ça s'est passé, parce que ça a été très rapide et fulgurant. Je me suis réveillée un matin du mois de mars 2014, je me suis regardée dans le miroir, et je me suis dit, mais en fait, tu es cette femme. Ça a été vraiment aussi simple et évident que ça. Et quand je me suis dit ça, toutes les questions. auxquelles je n'avais jamais trouvé de réponse les 30 dernières années de ma vie sont apparues limpides c'était le bon moment je me disais mais en fait oui c'est évident c'est ça la réponse c'était ça cette réponse que je cherchais toutes ces questions auxquelles je n'arrivais pas à répondre parce que les personnes tu sais pouvaient me dire mais comme on pouvait entendre mais tu peux être une personne gay et moi je disais mais vous savez en fait oui je pourrais être une personne gay je... Je ne sais pas quelque chose en fait dans lequel je me projette. Et quand, si tu veux, je me suis révélée à moi-même, je me suis dit effectivement, non tu n'es pas gay, non tu es juste une femme et tu as besoin de déconstruire tout ce que tu pensais de toi-même. Tout ce que tu pensais en fait, ou toutes les réponses que tu n'avais pas, c'est plutôt ça. Mais après ça m'a aussi, tu vois, amenée à voir un peu les choses dans mon rapport à mon père aussi, parce que malheureusement j'ai perdu ma mère quand j'avais 20 ans. Donc aujourd'hui, j'ai mon père et ma petite sœur. Et en fait, dans mon rapport à la famille, ça a complètement changé aussi. Parce que je me suis dit, mais je comprends mieux aussi, justement, au moment où on a perdu notre mère. J'ai pris un rôle. J'étais là pour porter ce que mon père n'arrivait plus à porter pendant un moment. Ce dont ma sœur avait besoin. Parce qu'à 16 ans, 17 ans, on a encore besoin de sa maman. Quel rôle tu as pris ? Et tu vois, j'ai pris ce rôle-là. Sans m'en rendre compte. Mais assez spontanément. Spontanément. Et du coup, tu vois, ce rapport à la famille, moi maintenant, je l'ai compris à 30 ans. Pourquoi j'avais pris ce rôle-là ? Pourquoi ce besoin de materner finalement ? C'est un relais que tu as pris. C'est un relais que j'ai pris, exactement. Sans m'en rendre compte. Et vraiment sans intention de me prendre la place de qui que ce soit. Mais d'être là en relais et en support. Oui, complètement.
- Speaker #0
Quand tu te regardes dans le miroir, est-ce que tu vois la personne que tu espérais devenir ?
- Speaker #1
Oui, oui. C'est... Quand j'ai démarré ma transition à 30 ans, j'avais qu'une hâte, c'est d'avoir 40 ans. Parce que je me disais, dans 10 ans, j'aurais accompli un chemin et probablement, je serais la queen que je suis aujourd'hui. Et du coup, je suis. Je suis très fière de ce parcours-là, tant personnel que professionnel. Et même si on remonte un petit peu avant, quand j'ai terminé mes études aux environs de 25 ans, je voulais être là où j'en suis aujourd'hui. Clairement. À peu près à cet âge-là, à peu près à cette époque-là. Donc oui, je suis très fière de ça.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des moments où montrer ta vulnérabilité t'a finalement rendu plus forte auprès de tes équipes ou de ton entourage professionnel ?
- Speaker #1
Je ne te dirais pas plus forte parce que quand j'ai décidé de montrer ma vulnérabilité, parce que c'est une décision que tu prends, parce que tu pourrais être en mode poker face, au bout d'un moment quand tu lâches un peu les vannes et que tu dis je vais montrer cette vulnérabilité-là, moi mon intention ce n'est pas de devenir plus forte, mon intention c'est de montrer le volet humain, tout l'aspect humain. que je suis. Et quand j'ai montré cette vulnérabilité, c'était dans une période particulièrement complexe, pleine de défis et de challenges. On a vécu avec l'équipe un moment particulièrement tragique. Et donc, en fait, ça a été un travail aussi avec moi-même, parce qu'il y avait la posture professionnelle et le manager que je suis qui disait, en fait, montre. L'aspect forte, tu l'as, tu guides, tu leads, et tu es le capitaine du bateau, et même si c'est difficile ce qu'on peut traverser, tu dois continuer à naviguer et à continuer à guider et de maintenir le cap. Mais à un moment donné, l'équipe aussi, elle a besoin de voir l'humaine. Elle a besoin aussi de voir qu'il n'y a pas que ce capitaine de bateau, mais il y a aussi l'humaine. Donc j'ai décidé de le montrer. Certaines personnes peuvent peut-être voir ça comme un risque, moi au contraire je pense que c'est ouvrir la porte de son humanité à son équipe et lui permettre d'aller à la rencontre de soi.
- Speaker #0
Ça permet aussi d'être un peu plus sincère.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Puis d'authenticité finalement.
- Speaker #1
Et honnêteté, complètement.
- Speaker #0
À quel moment as-tu compris que réussir professionnellement ne suffirait pas si tu n'étais pas alignée personnellement ?
- Speaker #1
Je te dirais que c'est arrivé quand j'ai fait mon coming out, en septembre 2021. Il faut considérer que cette période avant septembre 2021 a été une période où on fait semblant. où on joue un rôle, on surperforme la féminité parce qu'on ne veut surtout pas que les gens pensent et voient que je suis une femme trans. Donc je suis dans ce rôle où je me dis... attention, je pose ma voix complètement différemment que là. Là, je suis détente. Mais là, je peux te dire qu'avant, ce n'était pas du tout comme ça. J'avais une voix beaucoup plus aiguë. Je la posais, je la travaillais. Donc du coup, ce qui était d'ailleurs très, très demandant.
- Speaker #0
Ça devait être épuisant.
- Speaker #1
Exigeant, épuisant. Bien sûr, parce qu'en fait, c'est une performance physique. C'est ça, tu es dans un vrai rôle. Ah oui, Et en fait, quand je décide de faire mon coming out, en fait, si tu veux, il y a tout ce poids qui se relâche. Je me dis, je n'ai plus besoin. en fait. Maintenant, je vais arriver le matin au travail, je vais pouvoir parler avec ma voix de tous les jours, je vais pouvoir être moi-même, je ne vais pas devoir faire attention dans mes postures, dans mes gestes, dans ma gestuelle, dans tout ça, je ne vais pas devoir surperformer ou performer une féminité, en fait, je vais juste être moi-même. Et à partir de là, l'alignement entre soi et ses convictions et ses ambitions professionnelles, il devient possible.
- Speaker #0
On entend parfois, Inès, qu'il faut choisir entre sécurité et authenticité. Est-ce que tu as eu le même sentiment de prendre un risque sur ta carrière ?
- Speaker #1
Oui, oui. Et je pense que ce risque, il est toujours là. Je pense que ce risque, il est toujours là. C'est-à-dire que ça, c'est important. Cette question est extrêmement importante parce que quand on est une femme trans, et j'avais une amie qui me l'a dit, elle m'a dit, tu sais... Elle devait avoir à peu près l'âge que j'ai quand on s'est parlé, je te parle de ça c'était il y a dix ans, et elle m'a dit tu sais en tant que femme trans j'aurais toujours la peur d'être identifiée comme telle, je ne serais jamais pleinement confiante dans la femme que je suis, dans ma façon de me présenter au monde. Et je ne comprenais pas spécialement ce qu'elle voulait dire, mais maintenant je le comprends parce que je ne pourrais jamais me dire à 100% et avec certitude que si je n'ai pas un job demain, c'est parce que je suis une femme trans. J'aurais toujours ce petit doute de me dire que ça peut peser dans la balance ou ça a pu peser dans la balance. D'autant plus qu'aujourd'hui, je suis quand même une personne publique. Mon identité, elle est exposée publiquement. et je l'assume complètement mais je sais que ça peut peser dans la balance et j'ai quand même cette chance enfin c'est plus qu'une chance en fait c'est on appelle ça le passing quand on est une femme trans et le passing ça veut dire qu'on passe pour une femme cisgenre ça veut dire une femme qui est née biologiquement et assignée avec un genre assigné qui correspond à la nature et à la biologie dont elle a été définie à la naissance moi je suis biologiquement née comme un garçon et j'étais assignée garçon à la naissance et du coup je suis une femme trans c'est ça qui fait la différence entre les femmes trans et les femmes cis et en fait si et d'autant plus quand je performais la féminité les gens me disaient mais tu sais si tu dis pas que tu es une femme trans on peut pas le voir on peut pas le savoir c'est pas écrit sur ton front effectivement ça c'est ma réalité à moi mais il y a d'autres femmes pour qui la réalité elle est beaucoup plus visible en tant que femme trans tu vois Et moi, j'admire énormément ces femmes aussi parce qu'elles ne sont pas là justement pour jouer un rôle et être dans le passing. Elles, elles assument complètement ce qu'elles sont. Elles se disent, moi, je suis une femme trans et je suis fière de l'être. Moi, je suis tout aussi fière de l'être. Mais le passing, elles ne cherchent pas à l'avoir et elles s'en fichent de l'avoir ou pas. Et donc, en fait, c'est beaucoup plus compliqué, par contre, pour ces femmes-là, pour qui c'est visible, d'avoir un job, d'avoir, de déposer un CV et que l'employeur dit, oui, oui, on va vous rappeler, madame. Ça, c'est une réalité. Et je le vois par rapport à ce que j'entends autour de moi, par rapport aux histoires qu'on me raconte aussi. Parce que même à la boulangerie du coin, déposer un CV, les personnes vont vous dire non. En fait, on ne veut pas travailler avec des personnes comme vous. Donc cette chance, moi, je l'ai eue. Et pour répondre à ta question, en fait, la sécurité, elle partira jamais. Moi, j'ai toujours ce besoin de sécurité. C'est pour ça que je continue à me dire qu'en entreprise, je dois montrer mes performances, je dois montrer mes compétences, parce que je suis convaincue que tant que je serai compétente et performante, les entreprises, elles verront ça aussi. Et des entreprises comme Le Grand continueront de voir ça et privilégieront ça plutôt que mon identité. Mais je sais que dans d'autres groupes, ce n'est pas toujours le cas.
- Speaker #0
Quelle est la qualité de leader que tu as développé grâce aux épreuves traversées ?
- Speaker #1
L'écoute. Et quand je te dis l'écoute, c'est regarder l'autre, lire l'autre. Lire l'autre dans ce qu'il est réellement, dans ce qu'il ne te dit pas, dans ce qu'il ne sait peut-être même pas de lui ou d'elle-même. depuis très longtemps j'ai cette faculté de savoir ce qu'est la personne en face de moi je ressens énormément moi je suis une personne hypersensible donc je ressens énormément l'énergie et en tant que leader il faut accueillir ça aussi prendre beaucoup de précautions d'attention et de soins de ces identités là parce que j'ai la chance dans mon équipe d'avoir une pluralité une diversité de profils et des personnes qui viennent me parler avec Merci. honnêteté, qui me font confiance et qui me disent voilà mon histoire, voilà mon parcours, voilà d'où je viens et qui me livrent des choses extrêmement personnelles et ça je crois que c'est vraiment une qualité et c'est une chance et une force que j'ai en tant que leader et en tant que manager d'avoir cette relation avec les membres de mon équipe.
- Speaker #0
Aujourd'hui quand tu es une personne qui doute de sa légitimité, quel est le conseil que tu pourrais lui donner ?
- Speaker #1
qu'il y a cette flamme. en elle, qui ne s'éteindra jamais, et que cette personne elle est arrivée au monde avec cette flamme, et que parfois nous pouvons être notre propre ennemi, éteindre cette flamme, mais en réalité elle est là, et je crois que parfois elle est même plus forte que nous, et plus forte que ce qu'on pense, et que cette flamme et cette force, il faut lui faire confiance et il faut l'écouter.
- Speaker #0
J'ai envie qu'on parle un peu de parentalité Inès.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu as consacré une partie de ta vie à devenir pleinement toi. Est-ce que devenir parent représente aujourd'hui une nouvelle étape de cette construction ou quelque chose de totalement différent ?
- Speaker #1
Non, je te dirais non. Parce que c'est un désir que j'ai depuis tout le temps.
- Speaker #0
C'est viscéral.
- Speaker #1
Oui, c'est en moi, effectivement. Comme je te parlais de cette petite flamme, je pense qu'en moi, il y a ce désir, cette cette... Je ne pourrais même pas l'expliquer, cette force, cette puissance qui me dit « Tu dois, il faut absolument que tu donnes cet amour-là aussi, que tu transmettes cet amour-là à d'autres. » Et donc, en fait, moi, quand j'étais petite et qu'on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je disais « Je veux être maman, je veux avoir des enfants. » C'est trop beau ! C'était vraiment mon rêve et ça ne m'a jamais quitté. Parce que je crois qu'en fait, en quittant le Guatemala, j'ai malheureusement dû laisser une partie de moi, une partie de mon histoire une partie de ma famille derrière moi mais en réalité je pense qu'elle ne m'a jamais quitté on est très spirituel nous les mayas et en quittant le Guatemala je suis partie aussi avec ça avec cette volonté de dire ce qu'on m'a donné, cette chance qu'on m'a donné d'être en vie et de vivre cette expérience humaine, on me l'a transmise aussi et on m'a dit en fait à ton tour tu auras ce rôle aussi et tu dois le remplir ce rôle Merci.
- Speaker #0
Et à quel moment le projet de devenir parent a-t-il pris une place importante dans ta vie ?
- Speaker #1
Eh bien, je te dirais, c'est tout récemment que ce projet est devenu important, qu'il a commencé à prendre une place. Tu sais, la vie, elle envoie des signes. Elle envoie plein de signaux. Alors, soit tu les vois ou soit tu ne les vois pas et soit tu n'as pas envie de les voir. Et donc, elle m'en a envoyé plein, et puis s'automne elle m'a envoyé euh... Le partenaire avec qui cela est possible. Et moi, comme on a pu se le dire en aparté, je suis de signe astrologique taureau. Donc il faut que tout soit sécurisé, que toutes les conditions soient remplies, que toutes les caisses soient cochées pour dire c'est bon j'y vais. Alors des fois c'est un peu too much, mais...
- Speaker #0
Le besoin de sécurité.
- Speaker #1
Le besoin de sécurité et le besoin de sécurité à travers le couple que je forme. Ça c'est important pour moi. Et j'ai toujours dit, et ça depuis très jeune, que si un jour j'avais des enfants, ça serait avec la personne avec qui je les verrais grandir, vraiment. Avec qui je les accompagnerais le plus longtemps possible. Parce que j'ai pas envie de faire ça seule. Et je préfère ne pas concrétiser ce projet et ce rêve, plutôt que de le faire seule, honnêtement. J'ai rencontré ce partenaire depuis 10 ans, que je l'ai rencontré, donc je pense que la sécurité c'est bon, c'est coché. Et donc avec mon partenaire, on est en train là de concrétiser ce projet. Et quand je dis concrétiser ce projet, ce qu'on s'est donné comme délai, c'est d'ici à un an, de rendre cette possibilité réelle et de fonder une famille. qu'un premier enfant, espérons-le, mais qu'il soit le premier d'une longue fratrie ou sororité.
- Speaker #0
C'est tout ce que je peux vous souhaiter.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Il y a plein de belles énergies sur ce beau projet. Tu as été confrontée à certaines contraintes légales concernant la conservation de fertilité. Comment as-tu vécu cette réalité ?
- Speaker #1
C'est de l'injustice. C'est de l'injustice, en fait. C'est de l'injustice, mais ce que je vais te dire ne va pas t'étonner. C'est-à-dire que cette société, elle est encore très contrôlante. sur le corps des femmes, qu'on soit une femme cis ou qu'on soit une femme trans. Et donc cette société, c'est elle qui va décider déjà ce qu'est une femme trans. Moi c'est un corps médical avec aucune représentation de femme trans qui a décidé pour moi que j'étais bien une femme trans et qui a décidé pour moi que je pourrais engager une transition médicale parce qu'il y a eu un avis consultatif d'un corps médical qui s'est réuni et qui a dit On a consulté Inès, on l'a vu à plusieurs reprises, sous différents aspects psychiatriques, endochronologiques, psychologiques. Et on a décidé, en soi, et on valide, que c'est bien une femme trans et qu'elle peut entamer son parcours de transition. Donc tu vois déjà le contrôle là, et c'est à ce moment-là, à cette étape, donc on est au début du parcours de transition, qu'on m'a proposé de prélever des gamètes et de les conserver. Moi, à l'époque, je savais déjà que... Je n'avais pas ce besoin de transmettre à travers mes gamètes une parentalité, de rendre une parentalité possible. Je savais que ça serait avec mon conjoint plutôt. Et que si mon conjoint, et ce qui est le cas aujourd'hui de mon conjoint, qui lui me dit, moi j'ai aussi envie qu'il y ait une partie de moi aussi dans notre enfant. Et je le comprends complètement. Et donc moi j'avais fait le choix de ne pas conserver les gamètes. Miii Malgré tout, quand j'ai compris que si j'avais fait ce choix, aujourd'hui je ne pourrais pas les utiliser parce qu'une personne trans, légalement, ne peut pas reprendre ses gamètes pour les utiliser pour un projet de parentalité. Et ça en fait, c'est une injustice humaine, c'est une injustice totale parce qu'en fait, ça veut dire qu'il y a des gens dans cette société qui décident encore qui doit donner naissance, qui ne doit pas donner naissance et peu importe les raisons. honnêtement, peu importe ce qui est motivé, ce qui est motivant derrière ces raisons, en fait, contrôler les corps tels que c'est fait, décider et permettre de qui peut donner et qui ne peut pas donner, je trouve que c'est une injustice tout simplement humaine.
- Speaker #0
C'est comme pour dire que tu as pris ta décision, quoi.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est incroyable. Entre la GPA, l'adoption, les parcours administratifs ou médicaux, qu'est-ce qui t'a le plus surprise dans ce désir de parentalité ? Est-ce qu'on se dit, je pars sur ça, sur tel sujet ? telle possibilité ? Comment on explore le sujet ?
- Speaker #1
En fait, il y a deux choses. La première, c'est que moi, en tant qu'enfant adopté, je me suis toujours dit, vraiment depuis toute petite, puisque comme je te dis, depuis toute petite, je me dis, je vais être parent, l'adoption serait une possibilité, complètement. Donc moi, j'ai intégré cette option depuis enfant. Et tout à l'heure, quand je te disais que la vie, elle envoie des signaux. Je vais te raconter une histoire, et juste pour la beauté de l'histoire, peu importe en fait les voies, les options, les possibilités qui nous sont offertes. Mais un jour, on est invité avec mon conjoint à une soirée, et puis il y a... Ce couple qu'on ne connaît pas, alors on connaît quelques personnes et tout, puis il y a un couple qu'on ne connaît pas. Une femme incroyable, sublime, elle dégage une élégance, une beauté incroyable, etc. avec son conjoint. Et ils dégagent quelque chose de très... une sérénité tous les deux, c'est assez incroyable. Et ils sont avec des enfants. Et moi ça me touche. quand je vois les enfants. Et je trouve cette famille belle. Ça me fait du bien, en fait, de les voir. Je trouve que ça me projette aussi sur ce que je pourrais concrétiser un jour avec mon conjoint. Et puis, cette femme vient me voir, un peu en aparté. On a un moment où on est toutes les deux et tout. Puis elle me dit, est-ce que je peux te poser une question ? Et je lui dis, oui, bien sûr. Elle me dit, t'es une femme trans. Et je lui dis oui. Et du coup, ça me surprend un peu, tu vois, cette question. Et elle me dit, moi aussi, je suis une femme trans. Et je suis là, waouh, ok. Et d'habitude, tu sais, on arrive à se reconnaître entre nous, on arrive à voir qui est une femme trans, qui ne l'est pas, etc. Parce qu'il y a cette lecture qu'on a par nos parcours et nos réalités, qu'on arrive à comprendre que l'autre a pu vivre aussi des parcours comme le nôtre. Et là, je pense qu'elle, elle avait un doute. Moi, je n'ai rien vu. Et on se retrouve autour de ce sujet, de cette question de la transidentité. Mais surtout, je me dis, attends, là, des enfants, et je me dis elle a des enfants et tout je me dis waouh c'est incroyable et puis elle me raconte son histoire elle est brésilienne elle a vécu au Brésil ça fait pas très longtemps qu'elle est arrivée en France elle parle extrêmement bien français parce qu'elle a appris le français au Brésil et donc elle me dit en fait tu sais j'avais le projet de partir en France au moment où ça a commencé à se concrétiser dans mon village où j'étais il y a cette maman qui est venue me voir et qui m'a dit Je te propose en tout cas ce projet et ce projet de vie. Si mes enfants restent ici, ils n'auront pas la chance de vivre ce qu'ils vont vivre en France. La chance et l'opportunité de se développer comme moi je veux, l'ambition que j'ai pour eux. Ils étaient petits à l'époque, très petits. Et donc elle dit en fait, ce que je voudrais, c'est que tu prennes mes enfants avec moi en France et que tu deviennes cette maman parce que toi je te connais. parce que j'ai extrêmement confiance en toi et que tu deviennes en tout cas et que tu permettes de réaliser l'ambition que j'ai pour ces enfants et donc à ce moment là mes jambes sont coupées parce que je me dis mais quelle histoire en fait, quelle histoire de vie de cette maman en fait qui prend cette décision parce qu'elle sait que le meilleur pour ses enfants c'est là-bas par rapport tu sais défenseur. Je ne sais pas si tout le monde a bien conscience des réalités de vie au Brésil. C'est extrêmement pauvre dans certains aspects. Il y a de la violence, il y a de la corruption. Et donc, ce que je raconte là, en tout cas, ce n'est pas forcément un cas isolé. Et quand elle me raconte ça, je me dis, ouais. Et en fait, moi, ce que je vois, c'est une famille heureuse. Je vois des enfants qui sont heureux. Je vois des enfants qui sont épanouis, qui vivent, qui ont cette liberté. Parce qu'à aucun moment donné, je me dis, tiens. Il y a cette histoire derrière. Et en fait, elle me dit, je retourne au Brésil. Je retourne continuer à garder le lien avec la maman. Mais il y a cette histoire de parentalité. Il y a cette possibilité. qui vient et la vie m'aimait en tout cas, me fait en sorte que je rencontre cette femme. Moi, l'émotion me saisit quand je te raconte ça.
- Speaker #0
Je ne vais pas arriver au bout de cet échange. On va pas y arriver, je te le dis. Je vais finir par pleurer. Non, non, mais c'est incroyable ce que tu me racontes.
- Speaker #1
C'est incroyable.
- Speaker #0
Ce que cette maman accepte de faire, c'est un don, quoi. C'est profond, quoi. Tu vois, il faut quand même oser le faire et puis de se dire, je le fais pour mes enfants, quoi, pour la suite.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Et toi, la vie ne te fait pas un clin d'œil, là. Le message, il n'est pas...
- Speaker #1
Regarde ! Regarde.
- Speaker #0
C'est extraordinaire.
- Speaker #1
Tu vois cette histoire ? Elle m'a marquée à vie. Et cette histoire-là, après, je l'ai racontée à mon conjoint. En fait, ça nous a donné aussi beaucoup d'espoir.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Est-ce que la perspective de devenir justement parent fait émerger de nouvelles interrogations sur le regard que la société pourrait porter sur votre famille ? Le jugement, c'est quelque chose qui est pesant, est-ce que c'est quelque chose à laquelle vous avez réfléchi ? Est-ce qu'on y pense quand on a cette envie viscérale d'avoir une famille ?
- Speaker #1
Oui, on y pense sans y penser, c'est-à-dire que je vais te dire, comme je te l'ai dit depuis toute petite... La société me fait comprendre que je suis différente, parce que moi je ne me sens pas si différente que ça. Vraiment, je suis juste unique, singulière dans mes diversités. Et en fait, je te dirais que moi je fais beaucoup référence, quand on parle de la parentalité, au livre Le Prophète. Parce que je crois qu'en fait nous sommes, en tant que parents, et c'est comme ça que nous nous voyons avec mon conjoint, On est... juste, entre guillemets, des guides, des accompagnants. Et moi, ce que je souhaite pour nos futurs enfants, si nous en aurons, c'est qu'ils ou elles soient, qu'elles prennent le meilleur chemin, ou qu'ils prennent le meilleur chemin pour aller à la rencontre de soi, parce que je crois que c'est ça, le chemin de la vie, c'est d'abord une quête vers soi, dans son rapport à soi-même, dans son rapport au bonheur, dans son rapport à ce qu'on peut faire sur cette terre de beau et de bon, dans son rapport à la nature, à la spiritualité, tout ça. Et ça, c'est des choix que, comme le dit le prophète, en fait, nos enfants ne nous appartiennent pas. Ce ne sont pas nos enfants. Et moi, je le vois totalement comme ça. Je serais juste une guide. Donc, quoi que dise la société, Même si je n'étais pas... une personne trans, la société aurait quand même quelque chose à dire.
- Speaker #0
C'est vrai. Selon toi, qu'est-ce qui fait un peu... Parent aujourd'hui, est-ce que c'est la biologie, est-ce que c'est l'amour ou l'engagement ou un peu tout ça à la fois finalement ?
- Speaker #1
Ce qui fait un parent, non. Alors je ne pourrais pas te dire que c'est la biologie parce que j'en suis la preuve vivante qu'il y a différentes formes de parentalité. Moi je te dirais que ce qui fait un parent, d'abord c'est de vouloir le bien pour l'autre. C'est vraiment de vouloir le bien pour son enfant. C'est vraiment pour moi ça qui définit un parent. Quand en fait j'entends autour de moi des mamans ou des papas qui se disent « mais si mon enfant était trans » ou « ma fille est lesbienne, donc ceci, cela, etc. » Je m'interroge toujours en fait, c'est quoi ta définition d'être parent réellement ? Parce que pour moi, si tu prends cette responsabilité, si tu... décide d'amener un être humain sur ce monde et à la vie qui n'a rien demandé, donne-lui le meilleur. Donne-lui le meilleur.
- Speaker #0
Penses-tu que ton parcours, Inès, te permettra d'aborder plus facilement certains sujets avec ton enfant, comme la différence, la confiance en soi, ou même le regard des autres ?
- Speaker #1
Oui. Oui. Tu sais, ça va dépasser le rôle de la parentalité, mais des fois, dans mes visions, je me dis, si j'avais un pouvoir politique, et notamment de pouvoir agir sur l'éducation nationale, Je Je crois que le programme prioritaire, ça serait le bonheur. Ça serait vraiment de ce rapport à soi, de se dire, mais en fait, c'est quoi être heureuse ou être heureux ? Qu'est-ce qui fait qu'il y a du bonheur qui nous remplit ? Quel est le rapport à l'amour ? Qu'est-ce qu'on doit transmettre ? Qu'est-ce que mes parents doivent me transmettre ? Et moi aussi en tant qu'enfant, quel est mon rôle avec les personnes qui m'entourent, avec la nature, avec l'environnement ? En fait, apprendre à aimer et apprendre à être aimé. Ça, c'est, je te dirais, les priorités quand on arrive sur cette terre et qu'on a besoin de ça. Parce que tout être humain a besoin d'amour. C'est fondamental. Exactement.
- Speaker #0
Le jour où ton enfant écoutera ce podcast, quel message aimerais-tu qu'il retienne de ton parcours ?
- Speaker #1
Que je n'ai jamais cessé de croire en moi. Jamais.
- Speaker #0
Je vais pleurer,
- Speaker #1
Inès. Je ne veux pas y arriver, je te le dis. Pardon Farida. Je ne veux pas y arriver, bon sang.
- Speaker #0
Tu parles souvent de gratitude et du fait que le positif attire le positif. Tu l'as plusieurs fois dit lors de notre préparation. Si tu devais garder une seule conviction pour les dix prochaines années, laquelle choisirais-tu ?
- Speaker #1
Je vais te redire la même chose, je crois. Se regarder tel que nous sommes, être en paix avec soi, parce que tout dépend de l'environnement. dans lequel tu vas arriver. Mais je crois malheureusement qu'on est fait, nous, les êtres humains, de force et de vulnérabilité. Et c'est ce qui fait nos parcours. C'est ce qui nous constitue. Et parce que... Parce qu'on a nos histoires, parce qu'on a ce qu'on transporte en nous, dans notre ADN, cette mémoire en tout cas qui nous est transmise. Donc être ces vulnérabilités-là, moi ça a été parfois des luttes internes. De me dire, je dois combattre certaines parts d'ombre en moi, mais avancer. Parce que si je les écoute trop, ces parts d'ombre, elles ne me feront pas avancer. Elles vont me ralentir, voire elles vont me ramener en face. en arrière. Et moi, je ne suis pas une personne qui repart en arrière. Je continue à aller de l'avant. Donc, être en paix avec soi. Être en paix. Et quand ces petites voix qui arrivent et qui viennent et qui résonnent à nouveau, il faut déjà savoir les écouter mais savoir aussi les apaiser. Et savoir se dire oui, là, tu n'es peut-être pas très bien. Oui, tu vis une situation qui peut être compliquée ou difficile. Du coup, Tu vois les choses peut-être différemment, mais en fait ça va bien se passer, ça va aller. Sois en paix avec toi-même.
- Speaker #0
Tu sais quoi, ça va être le mot de la fin. Être en paix avec soi. J'aime beaucoup. Merci infiniment Inès d'avoir participé à cet épisode de Martin & Talk.
- Speaker #1
Merci Farida.
- Speaker #0
C'était un vrai plaisir. J'ai passé un moment fabuleux.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
en attendant le prochain épisode abonne-toi partage ce podcast avec tous les parents de ton open space et surtout déculpabilise on est là ensemble et on fait surtout de notre mieux mieux parce que la parentalité en entreprise ce n'est pas un détail dans un CV c'est une expérience à part entière qui est pleine de défis de fierté et parfois même de doute alors viens rejoindre la conversation et si t'as envie, prends le micro à de vous entendre partager votre expérience. A bientôt