- Speaker #0
Bienvenue sur mon podcast MaterniTalk, un podcast qui parle sans tabou de parentalité, de boulot, de biberon, de charge mentale, parfois dans cet ordre et parfois tout en même temps. Je vous emmène à la rencontre de salariés toutes et tous plus exceptionnels les unes que les autres, évoluant sur les différents métiers du groupe. Toutes ces personnalités, elles ont un point en commun, c'est d'être salariés et puis parents. ou en devenir. L'objectif, c'est créer un espace où les salariés, hommes et femmes, pourront s'identifier et se sentir soutenus dans leur parcours de parent, tout en découvrant qu'il est possible de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Vincent Lecerc, directeur exécutif en charge des ressources humaines au sein du groupe Orange, un dirigeant pour qui les enjeux humains, sociaux, et sociétaux ne sont pas un supplément d'âme, mais une priorité assumée et structurante dans son rôle de DRH. Il fait partie des DRH les plus engagés de France, classé cinquième dans le top 20 des DRH les plus engageants selon le classement Leader Advocacy and SBF 120, une reconnaissance qui distingue celles et ceux qui ne se contentent pas de piloter les politiques RH, mais qui incarnent une parole, une vision, et une responsabilité face aux transformations du travail. Vincent est aussi un dirigeant de terrain, un homme avec une trajectoire, un père et quelqu'un qui assume de questionner les modèles établis, notamment sur la parentalité, l'équilibre vie-faux et perso et le leadership. Avec lui, on va parler de ces sujets sans posture, sans langue de bois et surtout sans esquiver ce qui dérange. Bonjour Vincent.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Bienvenue sur MaterniTalk.
- Speaker #1
Merci de m'accueillir.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté l'invitation. Je suis très, très heureuse de t'accueillir. J'aimerais que tu me parles au rôle de papa. Quand tu repenses à tes premières années avec tes enfants, qu'est-ce qui, dans ton travail, t'a manqué ?
- Speaker #1
D'abord, c'est le souvenir un peu ancien, parce que mes enfants, ils ont bientôt 34 ans, très bientôt 32 et
- Speaker #0
29. Jeunes adultes.
- Speaker #1
Ils sont des adultes qui ont leur vie. Mais effectivement, j'ai des souvenirs encore assez prégnants de l'importance du rôle de père. Et moi, j'étais assez actif et sans doute insuffisamment, mais actif au sens où se partager les tâches domestiques, l'accompagnement. Et ensuite, la mère de mes enfants, à un moment, a repris les études. Et donc, elle était étudiante toute la semaine. Il y avait quelqu'un qui venait aider à la maison. Et tout le week-end, c'est moi qui m'en occupais. Donc, j'ai des souvenirs assez marquants de cette période-là. Et on court après le temps. En permanence, je l'ai connu ensuite, puisque quand je me suis séparé de la mère de mes enfants, on était en gare alternée et j'ai couru après les nounous, les cours, les solutions, les réunions de parents, profs, etc. Donc, le sujet, ça a été souvent des arbitrages de temps.
- Speaker #0
Mais justement. À quel moment as-tu commencé à mettre des limites entre ton travail et ta vie personnelle ?
- Speaker #1
Je ne sais pas si je les ai jamais bien mises. Donc, je ne suis pas sûr d'être un rôle modèle, comme on dit aujourd'hui, sur ces éléments-là. Je sais que quand les sujets étaient importants, quand il fallait être là pour des rendez-vous importants, Pourtant, je savais trouver le temps, mais ça a toujours été effectivement un sujet. Et notamment parce que mon métier m'a amené à beaucoup me déplacer, que m'a amené souvent à travailler beaucoup, tôt ou tard. Mais les nouveaux outils ont permis aussi souvent d'être un peu plus disponible, de dégager un peu de temps, d'être un peu plus présent quand il le fallait.
- Speaker #0
Et avec le recul, Vincent, est-ce qu'il y a des choix professionnels que tu ferais différemment aujourd'hui en tant que père ?
- Speaker #1
Des choix professionnels en tant que père ? je dirais que c'est plutôt des choix professionnels. en tant que personne, qui a une famille, qui a un conjoint, et effectivement, parfois, on se dit qu'on est trop né dans le guidon, qu'on n'arbitre pas suffisamment les priorités, qu'il n'y a pas suffisamment de recul pour distinguer l'essentiel de l'accessoire. On vit qu'une fois, et c'est important d'être présent et disponible pour sa famille, pour ses proches. Donc, ce n'est pas des moments de « j'aurais pas dû prendre ce job » ou « j'aurais pris ce job » ou « j'aurais pas dû prendre cette… » mission ou pas, mais c'est plutôt une somme de petits détails au quotidien où on se dit, tiens, j'aurais pu être plus là. Il y a deux ou trois fois, je me suis dit, tiens, j'ai raté ça. Je me rappelle une réunion avec une des profs de mon fils et qui disait des choses en disant, là, ça ne va pas, là, ça va bien. Et je me suis dit, tiens, j'ai raté des trucs. Des choses que je n'ai pas vues, même si j'étais très présent.
- Speaker #0
Est-ce que tu as, en tant qu'homme au sein d'une entreprise, reçu aussi ou entendu des injonctions justement sur ce sujet ?
- Speaker #1
Pas tant que ça. L'injonction, elle est plutôt de travailler, de s'engager. Et l'injonction, elle est moins sur gérer vos équilibres que vous êtes là pour une mission, pour servir, pour vous engager. Et après, gérer votre vie personnelle, c'est votre sujet personnel. Donc l'injonction, elle est plutôt en creux par rapport à ça. Et c'est vrai qu'on a... Normalement, on fonctionnait plus sur des stéréotypes, historiquement, sur la répartition des rôles entre la mère et le père. Je l'ai plutôt, moi, ressenti comme « engagez-vous professionnellement et pour le reste, organisez-vous » . Et j'ai toujours beaucoup travaillé, je dois le dire, et avec plaisir. Je ne l'ai pas fait sous la contrainte. Mais à partir de là, quand on prend du recul, on se dit « est-ce que j'étais toujours au bon endroit au bon moment ? »
- Speaker #0
Qu'est-ce que la parentalité t'a appris ou a révélé en toi ?
- Speaker #1
Plein de choses. Être père, par définition, c'est un élément absolument essentiel pour se construire, pour se développer. Et j'ai des enfants que j'adore comme tout père, bien sûr. Et je me rappelle de conversations où parfois, ils renvoient à mes choix, à ce que je peux faire de manière assez étonnante.
- Speaker #0
Justement, quoi selon toi les hommes parlent-ils encore si peu de parentalité au travail ?
- Speaker #1
Je trouve que les hommes... On parle de leurs enfants, d'abord. On distinguerait deux choses. Ils parlent de leurs enfants, de la relation avec leurs enfants, et les amis proches parlent facilement de leurs enfants, je parle facilement des miens. La question qui est peut-être moins évoquée, c'est comment on gère cette vie, comment on concilie deux vies, trois vies. Et c'est vrai que quand on regarde les statistiques, la répartition de l'ensemble des tâches, des missions associées à la parentalité ou la maternité est quand même très déséquilibrée. encore aujourd'hui. Donc c'est ça dont on parle moins. Parce que je pense qu'il y a des stéréotypes, parce que le vocabulaire a été construit autour de ça, parce que les usages ont été construits autour de ça. Personne ne s'étonne de dire que l'école est maternelle. On pourrait dire école paternelle. Et je pense qu'on part sur des stéréotypes, mais quand je parle avec... Mes amis, mes collègues, etc. Ils parlent de leurs enfants, bien sûr.
- Speaker #0
Est-ce que, selon toi, c'est encore difficile pour un dirigeant homme d'aborder ces sujets sans craindre une perte de légitimité ?
- Speaker #1
Je crois que là-dessus, les choses ont beaucoup évolué. Moi, je ne pense pas que... En tout cas, là, pour le coup, c'est plutôt un sujet sur lequel j'aurais envie de défendre la légitimité, à pouvoir parler de ces éléments-là. Je crois que non, il n'y a pas de perte de légitimité par rapport à ça. quelqu'un qui réussit professionnellement, qui s'épanouit professionnellement, c'est quelqu'un qui est d'abord quelqu'un qui est équilibré et qui va trouver souvent aussi des ressources, dans ses ressources personnelles, dans ses ressources familiales. Donc je veux croire que non, ce n'est pas du tout une stigmatisation, une perte de légitimité que de se déclarer père de famille. Au contraire. et de lui consacrer le temps nécessaire.
- Speaker #0
J'ai envie de parler d'exemplarité des dirigeants. Est-ce qu'un dirigeant doit montrer sa vie personnelle pour justement rendre crédible les politiques d'équilibre vie pro, vie perso ? Ou est-ce que c'est une fausse bonne idée ?
- Speaker #1
J'aurais tendance à dire que la sphère personnelle, la sphère de l'intime, relève du choix de chacun pour ce qu'il exprime. En revanche, un dirigeant peut tout à fait dire « Je ne peux pas, je ne peux pas concrètement me rendre disponible là parce que j'ai une contrainte, parce que j'ai telle réunion. » Et je trouve que c'est... parfaitement audible et normal que ce soit un homme comme une femme. Est-ce que ça impose de raconter que le petit dernier a les dents qui poussent et que vraiment je vais mal dormir à cause de ça ? Pas forcément. Le petit dernier qui a les dents qui poussent pour l'hiver, ça fait longtemps.
- Speaker #0
Y a-t-il un droit ou une flexibilité que tu aurais aimé avoir plus tôt dans ta carrière ?
- Speaker #1
Quand j'ai démarré ma carrière et quand j'ai eu mes enfants, le congé paternité était beaucoup plus court. On fait les choses de manière différente. Et puis, le télétravail n'existait quasiment pas. Mes enfants sont nés dans les années 90. Donc, à l'époque, je démarrais tôt, je terminais tard, 5 jours sur 7. Et on s'organisait à l'époque pour prendre en général la semaine de paternité. Non pas au moment de la naissance, mais une semaine plus tard, à la sortie de la maternité. Je pense qu'avoir plus de temps, à l'époque, aurait été très bien pour mieux accueillir les enfants, pour... mieux aider leur mère. C'était probablement moins les usages. Donc je pense que là, c'est plutôt un acquis important et c'est très bien qu'effectivement les pères puissent en bénéficier.
- Speaker #0
J'ai envie de parler des nouvelles générations qui parlent d'exigences. Comment accueilles-tu ces nouvelles exigences sans tomber dans le « nous, on a fait ça » .
- Speaker #1
D'abord, je ne reposerais pas tant que ça des nouvelles exigences par rapport aux anciennes ou des pères qui ne s'intéresseraient pas à leurs enfants par rapport à ceux qui seraient tellement... absorbé par ce sujet, je pense que c'était pas si différent et qu'effectivement, accueillir un enfant, ça reste à tout moment quelque chose d'extrêmement important. Alors sans doute, il y a des périodes plus lointaines où on confiait très vite à la nounou, où on était moins présent. En tout cas, dans ma génération, c'était très important et on était quand même très présent. Et autre temps, autre mœurs. Enfin, encore une fois, c'est pas de notre temps. Oui, de notre temps, il n'y avait pas de téléphone portable. Oui, oui, et on ne gérait pas les... où il y en avait moins. Et on ne gérait pas les choses de la même manière. Effectivement, les poussettes UGO n'existaient pas, c'était beaucoup moins pratique. Je ne suis pas dans cette logique de nostalgie. Je ne suis pas tellement dans cette logique d'opposition, de génération. Je pense qu'il faut vivre dans son époque, dans son temps, accepter que ça puisse compter. Effectivement, on a vu les parents apprendre, évoluer. Mais je me rappelle à quel point chacun lisait les bouquins des Laurence Pernoud et autres. sur les enfants hyperactifs ou autres et se poser la question fallait-il raser avec une lame stérilisée ou pas la cuillère de lait en poudre ou favoriser absolument l'allaitement maternel, etc. Les questions existaient déjà. Donc je ne sais pas, franchement, ces oppositions un peu de génération me paraissent parfois un peu caricaturelles. Je pense que plutôt, effectivement, il y a des évolutions de mœurs. qui sont souvent bienvenues et qu'il faut pouvoir savoir accompagner. Et je ne me dis pas, mais pourquoi est-ce qu'ils ont besoin d'un mois de conflit paternité quand moi, j'ai fait avec une semaine.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Voilà. J'ai fait avec une semaine, j'aurais bien accepté un mois.
- Speaker #0
J'imagine. J'ai envie de parler de la parentalité comme sujet stratégique chez Orange. À quel moment la parentalité est-elle devenue justement un sujet structurant pour le groupe Orange et pas seulement un ensemble de mesures sociales ?
- Speaker #1
Je pense que le... Le sujet de la parentalité, c'est d'abord un sujet de créer un cadre favorable et un environnement bienveillant qui permette l'équilibre vie pro-vie perso. Je connais peu d'événements, peu d'éléments qui sont aussi structurants de la vie que d'avoir un enfant. Et donc à partir de là, il faut en avoir une impression un peu globale, un peu holistique, en prenant en compte les dimensions sur la gestion du temps, la souplesse par rapport à son organisation. Et je vois ça... Ça devient une démarche un peu globale quand on veut avoir un regard plus global sur l'équilibre vie personnelle, vie professionnelle.
- Speaker #0
Et quand on parle de parentalité chez Orange, quels sont aujourd'hui clairement les dispositifs clés que tu juges les plus impactants pour les salariés ?
- Speaker #1
Je pense d'abord que c'est une démarche... Global au niveau de la souplesse. Ça se trouve au travers d'autorisation spéciale d'absence, au travers de gestion aménagée du télétravail quand il est possible dans le poste que la personne occupe, au travers d'un congé parentalité qui est augmenté, puisque la loi dit 28 jours et on est à 33.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Donc, c'est d'abord l'ensemble des aménagements qui est d'avoir un entretien avec son manager, d'avoir une souplesse admise par rapport à la gestion du télétravail, d'avoir... des jours d'absence particuliers, dans des cas qui sont un peu listés, on ne peut pas faire le catalogue, un conflit paternité un peu étendu. Mais aussi récemment, une analyse tout au long cours, on a signé un accord, l'égalité professionnelle, qui ouvre en fait beaucoup d'aspects, et notamment le fait que quand quelqu'un décide de passer à temps partiel, pour être plus disponible en tant que parent, on maintienne les cotisations retraites. On propose de maintenir la cotisation retraite, libre à chacun de décider ou pas, afin que quelques années plus tard, l'analyse de l'ensemble de la carrière ne soit pas impactée négativement par cette période durant laquelle on a arbitré son temps entre sa famille et sa vie professionnelle, arbitré de manière différente. Donc on maintient concrètement, on propose de maintenir à 100% les cotisations en équivalent temps plein pour une personne qui déciderait de partir en conflit paternité ou maternité deux jours par semaine par exemple. Ça, concrètement... Quand la personne partira en retraite, le cumul des points permettra effectivement de prendre en compte la parentalité. C'est un vrai progrès en l'occurrence.
- Speaker #0
Et comment vous évaluez justement l'impact de ces politiques parentales chez Orange, au-delà des indicateurs RH classiques ?
- Speaker #1
L'indicateur RH classique là-dessus, et qu'il évalue de sa manière, c'est des logiques de bien-être. Et puisqu'on est en pleine période de clôture de VoiceUp, notre enquête d'engagement interne, c'est de prendre en compte, finalement, est-ce que... Les personnes ont le sentiment de pouvoir gérer l'équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, sur lequel les résultats sont très positifs. Et au-delà des benchmarks et des comparaisons avec les autres entreprises, c'est le sentiment de respect, où il y a des questions très spécifiques autour de ça. Et si la personne se sent respectée, sauf qu'elle peut gérer sa vie de manière équilibrée, ce sont ça, ces indicateurs. majeurs que l'on capture au-delà du combien de jours d'absence, est-ce que les congés paternités sont pris, etc. Alors on a bien sûr ces indicateurs RH, puisque on voit qu'effectivement ce congé paternité ou maternité, enfin là en l'occurrence on parle de congé paternité, il est pris dans l'immense majorité des cas, et à pas loin de 100%, donc les choix ils sont assumés et chacun considère que c'est désormais normal et c'est très bien comme ça. Mais au-delà de ces indicateurs-là, moi l'indicateur ultime c'est... Est-ce qu'on crée un cadre qui permet à chacun de s'épanouir professionnellement avec un respect de sa vie professionnelle et sa vie personnelle ? Et c'est cet indicateur ultime et ça va se matérialiser. On va parler de parentalité, ça pourra se parler, on pourra en parler. Au niveau des seniors, au niveau des alternantes, plein de situations différentes, que les gens vivent de manière différente. Mais à la fin du fin, ce que je voudrais regarder, c'est est-ce que le cadre qu'Orange offre permet à chacun de s'épanouir et donner le meilleur de soi-même au travail, parce qu'il donnera aussi le meilleur de soi-même dans sa vie privée.
- Speaker #0
J'ai une question sur ce sujet de la parentalité. Est-ce que tu penses qu'elle crée de nouvelles inégalités ? Je m'explique. Comment on peut éviter ces politiques de parentalité, qu'elles soient perçues en fait comme un privilège qui ne soit pas réservé qu'à un cert ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que je veux dire par certains profils ?
- Speaker #0
Uniquement ceux qui ont des enfants, qu'en est-il des autres ?
- Speaker #1
Je te disais que le point était de voir que chacun puisse s'épanouir dans son contexte professionnel et personnel. Et que le cadre soit globalement un cadre bienveillant sur l'ensemble de ses dimensions. Bienveillant, ça ne veut pas dire pas exigeant, ça veut dire simplement un cadre rassurant, clair dans lequel on opère. Et on va trouver X situations. et derrière le label parentalité, j'ai des enfants ou pas, chaque situation est très spécifique. C'est pas la même chose d'avoir eu un enfant et d'en avoir trois, c'est pas la même chose d'être une famille monoparentale et d'être d'élever en couple ses enfants. Et d'autres personnes vont avoir plein de situations spécifiques. Et moi, mon point, c'est que je veux pas stigmatiser en disant les parents versus les non-parents. C'est simplement que le cadre permette à chacun de s'épanouir par rapport à ça. Il y aura des mesures spécifiques. Prenons un exemple sur un sujet qui n'a rien à voir. notre conversation, mais qui est important. Prenons la situation des aidants. C'est une situation où on a des gens qui, dans la vie professionnelle, ont parfois des situations personnelles très compliquées.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Le fait d'offrir un cadre qui permet à chacun de prendre ça en compte, c'est important. Donc, moi, la démarche, elle est globale au sens où, dans l'idéal, je souhaite que chacun puisse trouver son épanouissement professionnel et un environnement bienveillant qui permette ensuite de prendre en compte ses choix de vie, ses contraintes, ses... parfois ses difficultés, et puisse le prendre de manière accompagnée, en tout cas aidée et bienveillante. Après, chaque histoire est différente, avec des enfants, sans enfants, d'âges différents, de choix de vie différents.
- Speaker #0
Parlons un peu des managers. Quel rôle jouez-vous pour que, sans orange, pour que les managers s'approprient réellement les politiques de parentalité ?
- Speaker #1
Je pense que ça participe de plusieurs choses. La première, c'est d'abord de sensibiliser. Et pour ça, on a créé un guide de la parentalité. Il y a des modules de formation. Il y a de l'accompagnement. Le major, il a un rôle d'accueil et d'aide de discussion. avec la personne pour voir justement quels aménagements. Donc le rôle du manager, c'est vraiment d'accompagner, d'aider, qu'il connaisse bien le cadre par rapport à ça. Donc ça passe par de la formation et de la sensibilisation, effectivement, au niveau du management sur ces aspects-là. Et à chaque fois, c'est une conversation spécifique dans laquelle le respect de la situation de chacun doit vraiment être une valeur cardinale. Moi, ce que je vois comme indicateur, et pour moi, et quand on est des rares d'une entreprise grande comme Orange, bien évidemment, les KPIs, les indicateurs disent des choses. Le fait que les salariés qui... peuvent bénéficier d'un congé par paternité, le prennent de manière systématique et l'utilisent de manière quasi-systématique, de manière complète, ça dit qu'effectivement, le cadre global proposé par la société est bienveillant et que les managers ont fait leur job par rapport à ça. Mais c'est un rôle essentiel. Le rôle de manager, c'est... J'ai un petit souvenir personnel qui est... Avant d'être chez Orange, j'avais supervisé aussi la communication dans mon job précédent et ma DIRCOM a eu... plusieurs fois les enfants, et elle m'a dit, on a travaillé plus d'une dizaine d'années ensemble, il faut que tu saches qu'un truc qui a vraiment compté dans notre relation, c'est le fait que quand j'ai eu un enfant, tu as pris en compte, durant la... La grossesse, effectivement, parfois les contraintes que je pouvais avoir, que je n'ai pas eu l'impression d'être mise sur le côté quand j'étais absente et que j'ai été réaccueillie. Et fondamentalement, Lisa, c'est le truc qui, moi, m'a marqué. C'est le truc qui compte, c'est que j'ai eu l'impression qu'on me permettait de vivre ma maternité de manière positive, sereine et sans que ça me mette à risque à titre personnel. Donc le manager, il a un rôle absolument essentiel.
- Speaker #0
Parce que justement, c'était comment éviter finalement que... Cette expérience parentale dépend trop de la sensibilité personnelle du manager. C'est ce qui aujourd'hui ressort des différentes études.
- Speaker #1
Elle dépend bien évidemment de la relation managériale et de la sensibilité personnelle du manager. Mais quand même, le cadre global est donné au travers de formation. Il est donné au travers d'un certain nombre d'accords, au travers d'une culture, de ce qui est accepté et normal dans une entreprise ou pas. Donc le manager ne se réveille pas le matin en se disant... quoi la culture de l'entreprise. Il opère dans un cadre avec des règles, avec des usages, avec des pratiques et c'est ça aussi qui va faire, qui va modeler un peu, je dirais, les études manageriales positives.
- Speaker #0
S'il ne fallait retenir qu'un chantier prioritaire pour les prochaines années, lequel serait-ce ?
- Speaker #1
Un chantier prioritaire ? Sur la paternité plus spécifiquement ? Sur la parentalité,
- Speaker #0
sur l'accompagnement des femmes avant leur congé maternité, au retour de congé maternité. Je te biaise un peu le truc là, mais le sujet est vaste.
- Speaker #1
Le sujet est très vaste. Je pense que peut-être qu'au-delà de l'ensemble des dispositifs, on a des dispositifs nombreux d'accompagnement. Et Orange fait beaucoup plus de choses, et tant mieux, que la moyenne des entreprises autour de ça. Mais tu l'évoquais, le sujet est aussi un sujet... d'accompagnement managerial. Ça se fait dans comment je réorganise les missions, comment je permets à la personne de partir, sans s'inquiéter sur quel bâtiment elle vole derrière. Donc, ça passe beaucoup autour de la sensibilisation, la formation, l'accompagnement des managers. Je pense que c'est un levier absolument clé. Et s'il y a une chose sur laquelle on veut travailler, non pas en rupture par rapport à ce qu'on fait, mais juste en renforçant, l'action, c'est plutôt autour de ça, autour de c'est quoi être manager aussi, dans ces contextes-là.
- Speaker #0
Complètement d'accord. J'ai envie de parler d'avenir maintenant, et plus particulièrement sur l'accompagnement des jeunes talents, des femmes. On parle beaucoup de vous Manutech chez Orange. Pourquoi selon toi, des femmes qui sont très compétentes doutent encore d'elles-mêmes au moment de leur retour de congé maternité ?
- Speaker #1
D'abord, je ne sais pas si c'est spécialement autour de leur retour de congé maternité. On a un sujet d'abord de confiance, et en tout cas parfois de limitation de jeunes femmes par rapport à... Les hommes sur « je peux le faire » , « je suis en capacité de » , etc. C'est souvent ancré profond dans des formes d'éducation, dans des formes de rôle telles qu'ils sont perçus. Et je pense qu'il faut vraiment lutter contre ça, c'est-à-dire qu'il faut vraiment donner confiance et donner sa chance de manière équivalente, en éminant tout biais de genre notamment autour de ça. Je ne sais pas si c'est autour de retour de congé, maternité ou pas, je pense que c'est vraiment globalement. On le voit nous dans les carrières scientifiques, on se rend compte que ça se joue. beaucoup autour de 10-12 ans dans la famille, dans l'éducation nationale, pour dire « mais oui, vous pouvez être ingénieur, et oui, bien sûr, et il n'y a pas de genre à ce métier » . Mais pour revenir sur ton point, je pense que c'est un sujet sur lequel il faut qu'on soit à la fois très proactif, en ne marquant pas de différenciation, en étant à la fois assez exigeant vis-à-vis de tout le monde, mais en même temps que parfois... En tant que manager, on donne un petit coup de motivation supplémentaire par rapport à des jeunes femmes, par rapport à des jeunes hommes, parce qu'elles auront un peu moins le réflexe de monter sur scène et de se dire que moi, je peux le faire. Donc, c'est vraiment là aussi de la démarche managériale.
- Speaker #0
Et comment, selon toi, l'entreprise peut-elle inspirer justement les jeunes talents sur la parentalité, mais dès leur arrivée ?
- Speaker #1
D'abord, sur la parentalité, d'abord en donnant un cadre, en expliquant comment on accueille les choses. Qu'est-ce qu'on a mis en place qu'on puisse valoriser un certain nombre d'histoires autour de ça ? Il se trouve que moi, j'ai une directrice générale qui est une patronne et qui parle de ses enfants et parfois de ses contraintes de temps par rapport à l'achat de ses enfants de manière très fluide et très naturelle. Et pour moi, là-dessus, c'est une sorte de rôle modèle de pouvoir dire les choses de manière aussi simple. Ben non, là, je ne peux pas. Là, il faut que j'aille voir les profs. Ça peut arriver. Et donc, ce qu'on peut faire, c'est vraiment, effectivement... montrer l'exemple, donner l'exemple autour de la parentalité. Ça me paraît, encore une fois, fixer un cadre global où c'est parfaitement audible. Et c'est vrai pour les hommes, c'est vrai que les femmes ne voient pas ça comme un frein par rapport à leur mission de carrière, que les hommes se sentent légitimes à en parler et à mettre ça en œuvre.
- Speaker #0
Bien sûr. Et que penses-tu des labels parents friendly ? Simple signal marketing ou plutôt on parlerait carrément d'un véritable levier stratégique pour justement attirer ces talents ?
- Speaker #1
Je pense que ça peut être, méfie toujours un peu des labels. Je pense qu'il faut d'abord voir la sincérité de l'intention et la réalité des choses. Bon, peut-être qu'ils vont mettre ce label dans les wagons au CNCF maintenant pour permettre aux parents de venir avec leurs enfants.
- Speaker #0
Il y a un vrai sujet.
- Speaker #1
Voilà, il y a un sujet. Mais je pense qu'on peut nous communiquer sans forcément mettre un label parent-friendly sur ce sujet. Méfie un tout petit peu de cette surcommunication de label dans tous les sens. Si c'est l'opportunité à un moment de faire passer un message, pourquoi pas. Mais je ne voudrais pas tout labelliser.
- Speaker #0
On arrive à la fin, Vincent, de notre podcast. J'ai une question. La question que je pose à tous les interviewés, c'est quel message fort aimerais-tu adresser à une jeune femme ou à un homme qui se demande si elle ou il pourra un jour concilier ambition professionnelle et vie familiale ?
- Speaker #1
Le message, c'est que oui, c'est absolument conciliable et compatible. Et j'ai pu l'observer plein de fois, plein de situations. Et d'une certaine manière, le fait... d'être équilibré dans sa vie et heureux et épanoui dans sa vie. Quand on est parent, on sait que ce n'est pas forcément toujours une route fleurie. Elle est aussi un élément fort pour pouvoir se développer professionnellement. On n'est pas bien professionnellement et en déséquilibre dans sa vie personnelle. Ça ne fonctionne pas comme ça. Nous sommes des individus entiers. Et donc, la parentalité, un sujet absolument essentiel pour le développement des personnes. Pas que, mais notamment par rapport à cette dimension de carrière. Oui, bien évidemment, on a eu plein. de situations où quelqu'un réussissait professionnellement en étant très attentif à sa parentalité. J'ai quelques amis qui me passent en tête qui ont des très gros jobs de patrons d'entreprise et qui me parlent d'abord de leurs enfants.
- Speaker #0
Alors ne vous posez plus de questions. En tout cas, merci Vincent pour ce podcast. Merci d'avoir participé. Et je vous retrouve pour le prochain épisode. À très bientôt. En attendant le prochain épisode, abonne-toi. partage ce podcast avec tous les parents de ton open space et surtout déculpabilise on est là, on est ensemble et on fait surtout de notre mieux parce que la parentalité en entreprise ce n'est pas un détail dans un CV c'est une expérience à part entière qui est pleine de défis, de fierté et parfois même de doute alors viens rejoindre la conversation et si tu as envie, prends le micro à de vous entendre partager votre expérience à bientôt