- Speaker #0
Bienvenue sur mon podcast MaterniTalk, un podcast qui parle sans tabou de parentalité, de boulot, de biberon, de charge mentale, parfois dans cet ordre et parfois tout en même temps. Je vous emmène à la rencontre de salariés toutes et tous plus exceptionnels les unes que les autres, évoluant sur les différents métiers du groupe. Toutes ces personnalités, elles ont un point en commun, c'est d'être salarié et puis parent, ou en devenir. L'objectif... s'est créé un espace où les salariés, hommes et femmes, pourront s'identifier et se sentir soutenus dans leur parcours de parent, tout en découvrant qu'il est possible de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
- Speaker #1
Aujourd'hui, j'ai l'honneur de recevoir une femme dirigeante au parcours exceptionnel et une figure emblématique du groupe Orang. Ingénieure de formation,
- Speaker #0
diplômée de l'école normale supérieure et de l'école des lunes, elle a construit une carrière d'excellence ou la science. l'innovation et le leadership se rencontrent. Elle a occupé des postes stratégiques, du lancement de la distribution sur Internet, puis à la R&D au sein de la direction de la transformation technologique, avant de devenir CEO d'Orange Europe, pilotant les opérations dans plusieurs pays européens. Mais au-delà de ses fonctions et de son influence dans l'univers des télécommunications, c'est aussi une maman de trois enfants, aujourd'hui jeunes adultes. Une expérience qui a façonné sa manière d'accompagner les talents, et peut-être même de diriger et de décider. Je lui poserai la question, c'est pour nous. Aujourd'hui, elle nous ouvre son univers entre leadership, parentalité et transmission pour nous partager ce que signifie réellement concilier excellence professionnelle et vie de famille. J'ai l'énorme plaisir de recevoir au micro de MaterniTalk Marie-Noël Gégaud-Lavessière, CEO d'Orange Europe. Bonjour Marie-Noël.
- Speaker #1
Bonjour, bonjour à tous.
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien,
- Speaker #0
je suis hyper contente de t'accueillir au micro de MaterniTalk. Merci d'avoir accepté cette invitation.
- Speaker #1
Avec grand plaisir.
- Speaker #0
Tu es maman de trois enfants, quels âges ont-ils ?
- Speaker #1
Alors ce sont des jeunes adultes, comme tu as dit, 29, 27 et 24.
- Speaker #0
Moi j'ai une question pour démarrer dans le vif du sujet. Quand on regarde ton parcours qui démarre en 96 comme responsable du lancement de la distribution sur Internet, puis ensuite plus tard vers la R&D, et depuis 2020. à la direction d'Orange comme CEO sur la partie Europe, on voit clairement une trajectoire juste exceptionnelle. Comment as-tu fait pour assurer sur ces postes hyper stratégiques et puis être en même temps la maman de ces trois enfants ? En fait, c'est quoi ton secret, Marie-Louise ?
- Speaker #1
Je crois que je n'ai pas de secret. Je crois que je n'ai pas de secret. Le secret, c'est d'aimer ce qu'on fait. L'ennui, c'est que dans une journée, il y a 24 heures. Ça, c'est les deux impondérables. Et donc, c'est de l'organisation, c'est prioriser les choses, c'est essayer d'aller vite, c'est savoir se faire entourer. Et puis voilà,
- Speaker #0
tout simplement. Tu étais déjà maman sur les postes que l'on a cités. Après,
- Speaker #1
je suis arrivée, j'étais maman. C'est ça. Et donc, est-ce que la maternité a changé ma façon de manager ? Je ne sais pas, parce que je n'ai pas été manager avant d'être maman. J'étais maman avant d'être manager. Quand j'ai été recrutée dans cette belle maison. J'étais un petit cachalot, j'étais assez ronde quand j'étais enceinte et donc indéniablement ça se voyait. Et donc je leur ai juste dit que j'avais besoin de finaliser mon projet avant de pouvoir prendre mon poste. Et donc je suis arrivée, j'étais toute jeune maman de mon premier.
- Speaker #0
Ça a été pris comment justement ? Est-ce que tu as eu des injonctions justement sur le sujet ?
- Speaker #1
Alors quand j'ai commencé à chercher effectivement mon premier poste, ici ou dans d'autres endroits, parce que quand on commence à chercher on va taper à plusieurs portes, je me souviens de mon... tout premier entretien dans un joli bureau avec un grand monsieur, là, avec une jolie photo sur son bureau. Donc, sur son bureau, il y a une photo de ses cinq enfants. Enfin, j'imagine que les cinq étaient à lui s'ils étaient sur son bureau. Et donc, on commence l'entretien et je lui précise ce qui n'était pas forcément nécessaire de préciser. Mais enfin, je lui précise quand même que je suis enceinte quand même et que donc, je pourrais pas arriver en juillet, mais plutôt en octobre. Et il m'a dit, c'est une plaisanterie. Ah, j'ai dit, ah non, je crois pas parce que là, ça prend forme, hein. Donc, c'est pas une plaisanterie. Et il m'a dit, ah, je pense pas qu'on puisse être à la fois. au four et au moulin. Donc je suis partie assez députée, je ne savais pas quoi répondre,
- Speaker #0
pourtant je suis connue pour ma répartie et je suis rentrée à la maison et je dis à mon mari il m'a dit ça le monsieur est méchant et il m'a dit c'est pas grave,
- Speaker #1
tu ne vas pas travailler avec un con, de toute façon j'adore. Donc voilà, et quand j'ai passé mes entretiens ici, chez France Télécom à l'époque, le sujet c'était, moi je veux faire du management, je veux faire de la stratégie, j'ai dit non je vais aller voir sur le terrain comment ça se passe. On n'a parlé que quoi, pourquoi, Et puis, après, ils m'ont dit, bon, alors, votre date, c'est quand ? Parce que ça n'a pas l'air d'être tout de suite. Donc, j'ai dit, non, ma date, ça sera plutôt début octobre. Donc, deux univers complètement différents. Je vous parle de ça, donc, il y a 29 ou 30 ans maintenant. Et donc, du coup, une façon de faire un choix. C'est aussi simple que ça.
- Speaker #0
D'ailleurs, si tu devais me décrire... Faire ta journée type, ça donne quoi ?
- Speaker #1
Alors ma journée type, elle a changé dans le temps, mes enfants sont grands. Donc j'en ai encore un partiellement à la maison, mais pas toutes les semaines. Donc aujourd'hui j'ai une journée type assez tournée vers le boulot. Donc je me lève à 6h, il faut que je parte avant 7h. Parce que moi je suis banlieusarde, j'habite en Essonne, donc il y a un peu de route. Mais moi ça me permet de rentrer un peu comme dans un gîte le week-end, à côté de ma forêt, avec de la place, etc. J'en ai besoin et donc je paye le prix le matin au réveil. Et puis je rentre vers 20h30 à peu près. Donc des semaines qui sont quand même assez ICN ou en voyage. Puis le week-end où j'essaie quand même de me garder du temps pour décompresser.
- Speaker #0
Y a-t-il une version de toi d'avant la maternité que tu as dû laisser derrière pour devenir la femme et la dirigeante que tu es aujourd'hui ?
- Speaker #1
C'est une bonne question que je ne me suis pas posée parce que j'ai toujours été perfectionniste. Et donc on ne pourrait pas, je bossais toujours. Après j'ai fait normal sup. je suis allée faire mon piégé au Canada, j'ai beaucoup bougé. Et donc du coup, toujours cette volonté de tout faire. Oui, qu'est-ce que ça m'a forcé à faire ? Le truc qui est mort tout de suite, c'est les grasses matelas, c'est mort. C'est mort, il faut se le dire. Alors, c'est même pas la peine d'essayer, c'est mort. Donc la petite sieste, ça va bien. L'organisation le soir, donc oui, ça chamboule.
- Speaker #0
Si tes enfants devaient te décrire entre... trois mots, lesquels penses-tu qu'ils choisiraient ? Ah là là,
- Speaker #1
ça c'est une question compliquée. Mes enfants, ils me donnent toujours un gage quand je fais un truc à l'envers. Bon, alors ils trouvent toujours plein de prétextes pour me donner le même gage. Il faut que je m'assoie sur une chaise pendant deux minutes sans bouger. C'est super dur. Alors j'ai le droit d'avoir une revue, voilà, modes et travaux, les décorations, mais je dois rester sans bouger pendant deux minutes. Et donc, je dis, vraiment, ça suffit là. Tu vas t'asseoir et tu ne bouges pas pendant deux minutes. C'est super dur.
- Speaker #0
Depuis que tu es devenue maman, qu'est-ce qui a changé de manière irréversible dans ta façon justement de décider et d'exercer dans ton métier ?
- Speaker #1
En fait, je pense qu'on est quand même soi, mais les choses avancent progressivement. Et je pense qu'au démarrage, en fait, qu'on soit, on est sur des postes à responsabilité, des postes de manager, mais moi, j'étais en boutique. Donc c'était l'organisation, les process, le fait que tout soit bien carré parce que une boutique ça s'ouvre à telle heure, ça se ferme à telle heure, il faut que les choses soient là. Et à la maison c'était aussi une petite usine. Et donc du coup on est beaucoup dans l'organisation, le temps et comment essayer de faire tourner l'usine ou les usines. Et puis après on s'aperçoit que les choses changent. À la fois, parce que quand on a des enfants qui sont plus grands, la question, c'est pas s'il fait ça. La question, c'est d'être présent, c'est de donner du sens, c'est d'être présent, mais pas forcément au moment où on avait prévu d'être présent. Parce qu'un ado, ça cause quand ça veut causer. Ça ne cause pas quand tu as... J'ai justement un quart d'heure pour causer maintenant, là, si tu veux. Ça ne marche pas. Et ce n'est pas comme ça qu'on gère. Et je pense que du coup, ça apprend... à gérer l'incertitude. Et quand on prend des postes à responsabilité, on s'aperçoit à un moment donné qu'on est aussi dans gérer l'incertitude. Ça apprend à avoir tort parce qu'on a des adultes en face de soi. Et donc au bureau, on se trompe. À la maison, on se trompe. Et donc ça apprend à avoir tort et à le dire. Ça apaise beaucoup de choses. Ça apprend à co-construire un certain nombre de choses. Je me souviens, on avait des... des ateliers, des formations quand je suis rentrée au COMEX après quelques années. On avait fait nos zénéagrammes, si tu vois ce que c'est. C'est un peu quelque chose qui qualifie ton caractère, ta façon d'être. Et puis surtout, ce que je trouvais intéressant dans cette méthode, c'est que ça qualifie un peu tes travers sous stress. C'est-à-dire que t'es ce que t'es et il n'y a pas de bien et de pas bien. Chacun est ce qu'il est. Heureusement, on est tous différents, sinon ce serait terriblement ennuyeux. Mais par contre, chacun avec son caractère a des travers quand il est sous stress. Et donc, du coup, c'est contre ces travers qu'il faut lutter. pas contre ce qu'on est, parce qu'on est ce qu'on est. Et donc, on avait discuté et un des membres du COMEX après m'avait dit, écoute, c'était intéressant l'exercice que j'ai appris à te connaître. Je pensais qu'en fait, tu savais toujours tout sur tout et que tu avais le sentiment de savoir à la place des gens. Mais en fait, c'est pas ça. Tu veux faire le bonheur des gens à leur place. Et ça, c'est pas possible. Donc, si t'es convaincu qu'il va se planter et que donc, du coup, t'insistes, t'insistes, ben, dis-le une fois, deux fois, mais c'est bon, il va se planter. Et donc, c'est un peu pareil avec les enfants. On fait pas leur bonheur à leur place, c'est à eux de trouver leur bonheur. Et je trouve que tout ça, ça fait grandir.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des choix de dirigeante que tu sais aujourd'hui avoir pris différemment grâce à la maternité ?
- Speaker #1
Forcément, parce qu'on réfléchit justement et qu'on est capable de prendre un peu de recul. Je pense que les choix, les décisions, on les prend plus vite. C'est-à-dire qu'il y a des moments où on ne peut pas remettre toujours à demain. Et donc, il faut agir dans l'action. Rien n'est parfait, tout est imparfait. Et donc, on va prendre des décisions, on va gérer l'incertitude et puis on va faire confiance aux autres. Parce qu'en fait, on n'est qu'un tout petit objet dans l'histoire. Et donc, du coup, on a une contribution, mais tout va réussir parce qu'en fait, c'est par ailleurs qu'on va faire germer l'énergie. Et ça, c'est très important.
- Speaker #0
Quand on devient parent, le temps change de valeur, n'est-ce pas ? Tu le disais à l'instant. Qu'est-ce que la maternité a rendu non négociable dans ton agenda ? Et peut-être même encore aujourd'hui.
- Speaker #1
Oui, il y a des choses qui sont non négociables dans mon agenda. Je pense qu'en fait, j'ai toujours essayé. Alors j'ai beaucoup... de travailler et aujourd'hui je bouge beaucoup mais j'ai toujours essayé de limiter au maximum c'est à dire j'essayais quand j'avais des enfants de partir le plus tôt possible et de ne pas partir la veille parce que ça fait du temps en plus de jamais rester le week-end après un déplacement je me souviens mon patron Thierry Bonhomme à l'époque quand on avait un freeze de voyage et donc personne ne pouvait plus voyager genre il y a un problème de budget au mois d'octobre donc personne ne voyageait plus il dit non sauf Marie-Noël. Parce que Marie-Noël, elle ne voyage que quand c'est vraiment indispensable. Et donc du coup, voilà, c'est quelques règles. Le week-end, moi j'ai besoin de me retrouver le week-end. Et donc si je dois travailler, je travaille, je me donne des heures et je bosse. Et j'essaye de le faire aux heures où je me suis donnée. Et quand c'est pas ces heures-là, je fais autre chose. Et je le fais avec la conviction que c'est indispensable pour que ma semaine suivante soit fructueuse. Et donc il faut se laisser ce temps sans se dire je fais juste un petit truc là, puis je vais m'y remettre après. Ça, ça marche pas.
- Speaker #0
D'ailleurs, As-tu un rituel secret pour recharger les batteries ? Est-ce que tu acceptes de nous le partager ?
- Speaker #1
Mon rituel secret pour recharger mes batteries ? J'en ai plusieurs. Aller courir avec mes copines le samedi matin et le dimanche matin.
- Speaker #0
Et ça, tu le fais même quand il pleut et qu'il fait froid ?
- Speaker #1
N'importe quand.
- Speaker #0
C'est vrai ?
- Speaker #1
Oui. Moi, je suis bretonne, donc courir sur la pluie, ce n'est pas un problème. Courir avec une colombienne, ce n'était plus problématique. Non, ce n'est même pas vrai, c'est la troisième. Donc, elles ont appris, parce que ce sont mes vraies copines, qu'il faut courir tout le temps, même quand il pleut, même quand il neige, même quand on a mal dormi. Voilà, non négociable.
- Speaker #0
Construire une carrière internationale tout en ayant des enfants, est-ce que c'est un choix que tu referais exactement de la même manière aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors, nous, on a fait des mobilités par l'international. Oui, je pense qu'il faut expliquer les choses. C'est-à-dire, moi, j'ai toujours dit aux enfants, pourquoi on bougeait, pourquoi je me déplaçais, tout en minimisant, comme je le disais, et expliquer les choses. Alors, ça n'empêche pas quelques petites crisettes. Je me souviens, moi, une fois, la première fois qu'on a déménagé, les petits-petits déménagent, les moyens, ils déménagent. C'est compliqué parce qu'en fait, il y a les copains, il y a l'école, il y a ceci, il y a cela. Donc, c'est un peu plus complexe. Et il disait, mais toi, maman, tu t'en fiches, toi, parce que toi, tu vas changer de ville. Mais toi, tu vas aller dans le même bureau et puis tu reverras toujours tes copains. Et puis voilà. Alors que moi, moi, je change d'école, moi. Et toi, tu ne changes pas d'école. Et donc, c'était compliqué. Donc, mon fils, il pleurait dans la salle. Moi, je n'en menais pas beaucoup plus large dans la cuisine. Et mon mari faisait les allers-retours en disant, bon, alors, ça suffit.
- Speaker #0
On va se mettre autour d'une table.
- Speaker #1
Donc il y a quelques petites crisettes, et en même temps, ça fait du bien de changer. Donc ça, c'est pas grave. Enfin, je veux dire, c'est pas grave. Il faut expliquer, il faut dire qu'il y a plein de trucs. Et puis c'est oublié assez vite, les jeunes. Surtout, ils n'étaient pas très grands encore. Donc ils se font des amis assez vite. Moi, je pense qu'il y a un sujet qui est super important pour les enfants. Et je m'en suis rendue compte au bout d'un moment, c'est qu'en fait, quand on rentre le soir, bon, la journée a quand même été longue, et donc on a plutôt tendance à dire, attends, j'en ai plein les bottes. Ah, puis il y a la réunion, là, machin, du pédicoire. moi et puis bla bla et bla bla voilà et donc en fait si on s'écoute quand on entre c'est pas top positif voilà et parce que je pense qu'on s'entend pas dire aux enfants les chéris là j'étais pas là toute la journée et c'était tellement top voilà et donc le fait de dire oui mais je suis obligé en plus tu as vu c'est horrible machin etc on a le sentiment qu'on déculpabilise et finalement je trouve qu'on leur donne pas bel exemple du boulot parce que ils se disent purée la vache quand je très grand Il va falloir que je fasse tous les jours un truc comme ça qui s'y complique. Ça ne fait pas rêver. Ça ne fait pas rêver. Et donc, du coup, l'idée, c'est vraiment d'essayer de leur dire. Alors, il y a des trucs, voilà, de dire tout. Mais de aussi dire, j'ai appris plein de trucs. On a construit un nouveau projet. Alors, ce moment-là, j'ai évidemment à laquelle ils sont. Mais on a construit un nouveau projet. Puis, on ne s'étend pas forcément. Mais juste ne pas toujours arriver avec ce petit côté. C'était l'enfer. Je crevais. parce qu'on n'a pas aussi envie de dire, j'étais pas là toute la journée et que c'était top. Donc, il faut leur donner une vision super positive de la vie professionnelle, pas celle d'une obligation fatigante. Parce qu'en fait, ils se projettent. C'est des éponges, ils absorbent tout ça. Et puis un jour, c'est quelque part en eux. Donc, je pense que c'est hyper important. Et souvent, quand on s'écoute, écoutez-vous le soir. On ne raconte pas que les trucs le plus positifs de la journée.
- Speaker #0
Chiche, on fait ça. On change notre mindset. Merci Marie-Noël pour ce tips. Mais c'est vrai. Tu as bien raison. J'aimerais qu'on parle un peu de charge mentale. Est-ce que justement celle-ci est parfois ou a parfois été le prix silencieux de ton niveau d'exigence professionnelle ?
- Speaker #1
Indéniablement. Et je pense que c'est très compliqué de lutter contre. Je pense qu'on met des mots maintenant sur ces sujets-là. On n'en était pas avant.
- Speaker #0
Alors que c'est bien, ça ne change pas grand-chose à la charge mentale par elle-même qui reste là.
- Speaker #1
Oui, on se lève, on pense. Dans on pense. Et puis voilà, et donc quand on est à la maison, on pense un peu au bureau, quand on est au bureau, on pense quand même aux enfants et à machin et au truc et au bidule et à la nounou et machin. Oui, la charge mentale, c'est un petit peu lourd à porter de temps en temps. Donc il faut aussi des moments où on arrive vraiment à renoncer à ça, à oublier tout. Donc c'est avec nos tips préférés et nos... et nos joggings le dimanche matin, mais de façon beaucoup plus simple. Ce que j'adore aujourd'hui, quand ils étaient petits, quand j'arrivais, j'avais des énergiques aussi, donc souvent c'est du ping-pong. Alors, essayez de faire du ping-pong en pensant à autre chose, c'est mort. Le seul truc, c'est la petite balle. Si vous lâchez la petite balle des yeux, si vous ne pensez pas à la petite balle, eh bien, c'est mort. Et donc, du coup, ça vous oblige à ne penser qu'à ça. Ça vous vide la tête. Donc, après 7 ans, c'était mort. Je perds tout le temps, mais... C'était pas grave, j'arrivais quand même à être une malle de temps en temps. Mais ça impose quand même, à un moment donné, de sortir et de sortir de là. Et quand ils sont plus grands, le truc génial, c'est de pouvoir parler boulot. Moi, il se trouve qu'il y a quelques petites connexions. Et donc, on se fait un SMS deux, trois fois sur un sujet. Et donc, on partage aussi une partie d'une vie dans une autre vie. Et ça, je trouve ça top.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a eu des moments où tu t'es demandé, si tu étais en train de demander trop ? Trop à ta famille.
- Speaker #1
Oui, nécessairement. J'essayais pourtant de minimiser un peu les choses et d'essayer d'être là le plus souvent et d'essayer de sauver mes week-ends, une grosse partie de mes week-ends. Et ça, je ne l'ai vraiment pas toujours. Évidemment qu'on bosse un peu quand il faut bosser, mais je ne me disais jamais, je vais faire ça ce week-end. Moi, si je peux bosser le soir, je finis quand je finis, mais je ne le fais que quand c'est indispensable. En fait, chez nous, on avait le syndrome du dimanche soir. Il y a plein de gens qui ont le syndrome du dimanche soir. Parce qu'en fait, quand on a des périodes où on commute, c'est-à-dire que les parents, il y en a un qui ne vit pas dans le même endroit que l'autre. Donc à un moment, on l'a fait dans un sens, puis après, on l'a fait dans l'autre sens. Donc au début, moi, je revenais le week-end et après, c'est mon mari qui revenait le week-end. Et en fait, le dimanche soir, d'abord, le dimanche, il est un peu pourri parce qu'à partir de 15h, toute organisation fait qu'il faut vérifier, qu'il faut avoir le temps de faire la valise pour partir. Et du coup, ça bat une chape. de morosité horrible. Et donc quand on est tous revenus à Paris, et là on avait le bourdon du dimanche soir, et là je dis là,
- Speaker #0
mais là les gars, c'est dimanche soir, c'est top !
- Speaker #1
Et donc, alors nous dimanche soir c'était la fiesta, donc on a arrêté de faire, alors pas le dimanche midi, donc le dimanche soir, il faut dans les cheminées, apéro, la musique, les enfants, les trucs, le bon repas, tout le monde dans la cuisine à 18h pour... cuisiner, la musique à fond. Et donc, on s'est mis un anti-déprime du dimanche soir. Le repas du dimanche soir, ça a duré dix ans. Et quand les enfants sont commencés à partir, ils revenaient le dimanche soir pour le repas du dimanche soir. Parce que c'était le moment super cool. Et tu le maintiens ce dimanche soir ? Non, le maintien, ou alors avec mon mari, des fois quand Nat est là le dernier. Parce qu'en fait, d'abord, le dimanche soir, c'est un très beau soir. Que la semaine, c'est sympa aussi. Et que donc, comme on fait plein de choses, puis après, on bouge, les enfants font du sport, les grands, les trucs, les machins. Finalement, c'est un moment où on est un peu... plus sûr d'être là, sans enquiquiner personne. Et donc, ça pousse à rester, à éviter ces petits moments de bourdon.
- Speaker #0
Tes enfants, t'ont-ils déjà appris un truc techno que tu ne connaissais pas ?
- Speaker #1
Oui. Alors, techno, pas forcément sur le cœur 5G ou sur... Ils m'ont appris deux choses, mes enfants, souvent. Ils sont beaucoup plus dix plutôt que moi. Et donc, du coup, je dois bien avouer qu'il y a des choses que je n'arrive pas à faire avec mon smartphone et que je n'arrive pas C'est des trucs qui sont quelques fois compliqués, quelques fois assez simples. Et donc là, j'ai quand même mon attendre qui, le soir, me bidouille, me machin, me truc, me machin, m'enlève mes fichiers, voilà. Et c'est quand même bien pratique. Et puis, ils m'ont appris aussi, il y en a qui ont fait des sciences, d'autres pas de sciences, etc. Mais qu'on est dans un monde et que même digitaux, même élevés dans un monde où on a parlé de tech, quelquefois, on n'est pas clair dans ce qu'on dit. Et que du coup, il faut que nous, quand on parle... à nos clients, quels que soient nos clients. Il faut qu'on soit super simple et qu'on parle du service et pas de la techno qui est derrière le service, parce que sinon tout se mélange. Et donc, du coup, c'est une très bonne leçon.
- Speaker #0
Qu'aimerais-tu que tes enfants retiennent de ton parcours, Marie-Noël ?
- Speaker #1
J'aimerais que ce qu'ils retiennent, c'est l'exigence. On parle souvent d'excellence ou d'exigence. En tout cas, une certaine excellence, mais qui est propre à chacun. Voilà. J'ai pas pensé à faire ça. Enfin, mes études, moi, je voulais faire chercheur, donc c'était... Mon ambition n'était pas de devenir un leader. Et donc, un, on peut changer d'avis, juste à la fin de ses études ou après, on peut changer d'avis. Et ce qui est acquis est acquis, est définitivement acquis. Et c'est un atout de changer, donc ça c'est super important. Deux, il faut se plaire dans ce qu'on fait,
- Speaker #0
voilà.
- Speaker #1
Et il faut aller de l'avant, et si on a envie de faire telle chose ou telle chose. Et donc, je pense que c'est ça, il faut aller jusqu'au bout de ses rêves.
- Speaker #0
Mais justement, être une femme ingénieure et puis CEO au sein d'un grand groupe comme Orange, est-ce une fierté ? que tu as voulu transmettre à tes enfants ou quelque chose dont tu as parfois voulu les protéger moi je pense un peu des deux mois à la maison
- Speaker #1
ou avec mes amis, ou jour le jour, je ne suis pas à la CIO du tout. Et j'essaye de séparer les mondes. Et il m'est arrivé d'avoir des activités avec des gens qui n'étaient pas du tout de mon milieu socio-professionnel. Et on n'en a pas l'opportunité beaucoup. Et j'ai trouvé ça d'une richesse extraordinaire. Et donc je pense que c'est vrai à la maison, mais on est quand même un microcosme un peu homogène. Mais c'est encore plus vrai quand on rencontre d'autres personnes.
- Speaker #0
Comment as-tu trouvé l'équilibre entre transmettre le goût de l'effort de la rigueur et même de l'ambition et laisser à chacun la liberté de tracer sa propre voie.
- Speaker #1
Ça c'est un sujet compliqué, compliqué pour toutes les mamans, avec des contextes aussi culturels.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Je ne les ai pas poussés vers la tech particulièrement. L'idée c'était que chacun fasse ce qu'il avait envie de faire, le métier de ses rêves. Alors mon grand il est plutôt mateux,
- Speaker #0
enfin pas plutôt mateux, il est mateux, tout court.
- Speaker #1
Ma fille, les maths c'était pas son... son meilleur ami, et le troisième il est assez tech aussi, mais il est plus manuel, il aime faire les choses avec ses mains, il est très doué. Et donc je les ai poussés vers l'excellence. Et ce qu'on peut se dire quand même dans notre contexte, c'est que c'est l'excellence à la française.
- Speaker #0
Mais dès tout jeune, ou est-ce qu'il y a un moment justement dans leur vie où tu as été comme ça, poussé vers l'excellence ?
- Speaker #1
En fait, ça vient assez vite, parce qu'en fait on est très académique en France. On est... Donc c'est une excellence académique, une excellence intellectuelle. Et donc je pense que c'est un peu trop. Et que du coup, la question que je leur dis aujourd'hui, c'est les pousser à aller jusqu'au bout de leurs rêves. Être exigeant avec soi-même. Et on s'aperçoit que quand effectivement ceux qui commencent à faire leurs rêves, on n'a plus besoin de leur dire d'être exigeant. Ils sont tout seuls. Et donc du coup, c'est choisis ta voie, mais va jusqu'au bout de tes rêves. Sois exigeant avec toi-même. Pas avec moi, pas vis-à-vis de moi, pas vis-à-vis d'autrui. Mais tu as une envie, va au bout de ton envie, quelle que soit l'envie. Je pense que tu es un peu académique au démarrage. Et puis, c'est des choses qu'on connaît, dans lesquelles je suis à l'aise moi. Et donc, je me dis, il y a des voix où j'arriverai plus à les aider que d'autres voix. Parce qu'il y a des voix qui me sont plus inconnues. Et donc, je me dis, mon loulou, mon doudou, il va aller vers cette voix-là. Je ne pourrai plus l'aider. Mais il s'aidera tout seul. Il faut juste qu'il se... Le goût de l'effort. Lui transmettre ce goût de l'effort. Et après, il vit son rêve.
- Speaker #0
Évidemment, en t'écoutant, Marie-Noël, je ne peux que penser aux parents qui sont en plein dans Parcoursup, qui a démarré au mois de janvier. Donc, courage les parents, on arrive bientôt à la fin, mais courage et armez-vous de patience. Moi,
- Speaker #1
dans Parcoursup, je me suis toujours dit que tout le monde disait la plie, elle est ceci, elle est cela. En fait, le désordre, il est dans le cerveau de nos loulous. La plie, une fois qu'ils savent bien ce qu'ils veulent, elle n'est pas si compliquée que ça.
- Speaker #0
C'est une période intense. Tu as évolué au sein d'environnements très... très scientifique, j'ai failli dire même très masculin, et que tu conçois d'ailleurs encore aujourd'hui très près, as-tu déjà senti que ta maternité venait fragiliser, voire même faire douter de ta légitimité aux yeux des autres, de ton image de femme ingénieure et dirigeante ?
- Speaker #1
Honnêtement, assez peu. Honnêtement, assez peu. Jamais dans un discours général, jamais par l'institution Orange en tant que telle. Je pense qu'on est complètement au-delà. J'ai rencontré des... des comportements individuels totalement déplacés, sur la maternité en particulier, où les gens n'avaient pas encore compris qu'on pouvait faire les deux. Mais qui étaient vraiment des réflexions individuelles. Mais douter de ma légitimité ou douter de ma compétence, parce que j'étais une femme, je ne l'ai pas vraiment ressenti. Je pense que c'est peut-être presque plus clair dans le leadership, parce qu'il faut comprendre. s'affirme parce qu'on a besoin, souvent, d'avoir une voix un peu plus posée, etc. Mais non, assez rarement. As-tu conscience, Marie-Noël, d'être un repère ou un rôle modèle pour d'autres femmes ? Bon, ma modestie va en prendre un coup, mais oui. Oui, je le sais. Modèle je sais pas mais en tout cas il y a beaucoup beaucoup de gens avec qui j'ai travaillé qui même il y a 30 ans qui passent un coup de fil, ils sont encore chauvranges ou ils sont plus chauvranges en me disant j'ai envie de changer de poste ou je sens que là ça va pas, est ce que tu aurais une demi heure s'il te plaît de ton temps pour discuter avec moi, me donner tes conseils et donc il y en a qui sont dans la boîte mais j'en ai encore plein donc je le fais tout le temps, je dis toujours oui donc je dois avoir au moins deux trois discussions par mois quand même, j'en ai beaucoup Alors, je dis à Blandine, mon assistante, je peux le faire dans la voiture parce que je n'ai pas toujours les créneaux. Et c'est super important. Alors, j'ai un conseil, surtout pour les femmes. J'adore la discussion qui commence par j'ai des contraintes, virgule, j'ai des enfants. OK. Alors, les enfants ne sont pas des contraintes. D'accord. Voilà, donc une fois cela dit, mais c'est incroyable, on dit aux gens « est-ce que vous êtes mobile ? » et ils répondent « non, j'ai des contraintes, j'ai des enfants » . Non. Donc du coup, oui, je le fais beaucoup et c'est hyper intéressant.
- Speaker #0
D'ailleurs, justement, je rebondis, mais que dirais-tu à une jeune femme ingénieure qui douterait de sa légitimité dans l'environnement de la tech, où elle est souvent minoritaire ? Allez, tu nous donnes un vrai conseil.
- Speaker #1
J'avais eu l'occasion d'aller en Pologne, il y avait une réunion des... Women in IT polonaise, et je veux vous dire que c'est des sacrés caractères. C'était un peu le sujet sur Percé dans la Tech. Il y avait 4000 femmes devant moi, donc on peut dire qu'elles étaient toutes seules, mais elles étaient extraordinaires. Vous êtes légitimes. Vous êtes légitimes, c'est la première chose à dire. Nous sommes légitimes. Très honnêtement, je pense que c'est de moins en moins discuté. J'ai envie de dire, renversons les choses. Et donc, je leur ai donné un conseil à la fin. La prochaine fois qu'on vous propose un post, dites oui.
- Speaker #0
dites oui alors oui j'ai des enfants alors oui je sais pas alors je suis pas sûre alors que je serai légitime dites oui on est la moitié de la solution j'adore on arrive à la fin de ce podcast Marie-Noël il me reste la question la question que je pose à tous les invités et c'est une question qui est hyper importante et j'ai hâte d'entendre ta réponse quoi que j'en ai déjà un peu l'idée quel message fort aimerais-tu adresser à une jeune femme ou à un homme qui se demande si elle ou il pourra un jour conciliés, ambitions professionnelles et vie familiale.
- Speaker #1
Mon conseil est clair, oui, il pourra. Oui, bien sûr qu'il pourra. Alors, peut-être, il y a deux, trois astuces. Un, il ne faut pas lésiner sur l'organisation. J'ai eu le plaisir de voir, il n'y a pas très longtemps, mes anciennes chief of staff qui avaient trois enfants. Donc, elle me dit, toi, moi, je t'ai vu, je me suis dit, tu peux le faire, les trois enfants. Et je lui ai dit, ça va bien. Elle m'a répondu, ma petite PME fonctionne parfaitement. J'ai adoré. Donc oui, il y a la crèche ou la nounou, et oui, il y a la jeune fille au père ou la jeune fille qui va faire la jonction entre 6h, 10h, 17h30, et oui. Donc, vous aurez une petite PME, ça vous forgera pour les prochains postes, donc ne lésinez pas. Oui, c'est un coût, parce que pourquoi on n'a pas envie de le faire ? Parce que ça coûte cher, et donc ça ne dure pas super longtemps, parce qu'après il y a l'école, mais il faut le faire, parce que sinon, on devient dingue. La deuxième chose, c'est arrêter de culpabiliser, parce que honnêtement, j'ai fait plein de trucs, j'ai renoncé aussi à plein de trucs, au boulot, pour les loulous, et c'est normal, parce qu'il n'y a que 24h dans une vie. Et si j'avais fait exactement la même chose sans culpabiliser, ça aurait été exactement pareil en mieux. Donc, oui, vous ferez des choix. Oui, il y a des trucs qui ne seront pas parfaits au bureau et pas parfaits à la maison. Eh bien, c'est super. Et ne culpabilisez pas, c'est super. Organisez-vous, arrêtez de culpabiliser et bien sûr que vous allez y arriver.
- Speaker #0
Donc là, si vous n'écoutez plus les conseils, je ne sais plus quoi faire pour vous. En tout cas,
- Speaker #1
merci infiniment Marie-Noël. Merci pour cette échange. Merci pour TechnoSign. C'est vraiment super.
- Speaker #0
En attendant le prochain épisode, abonne-toi, partage ce podcast avec tous les parents de ton Open Space et surtout, déculpabilise. On est là, on est ensemble et on fait surtout de notre mieux parce que la parentalité en entreprise ce n'est pas un détail dans un CV. C'est une expérience à part entière qui est pleine de défis, de fierté et parfois même de douleur. Alors viens rejoindre la conversation et si tu as envie, prends le micro. A de vous entendre partager votre expérience. A bientôt.