Speaker #0Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans le onzième épisode de Ce sera tout. J'ai envie d'aborder aujourd'hui quelque chose qui je crois ne se dit pas, mais prend beaucoup de place, les non-dits justement. On ne connaît personne qui n'ait pas souffert de ne pas dire ou de ne pas savoir, on y passe toutes et tous. Alors évidemment l'intention ici c'est pas de dire qu'il faut tout exprimer. On a toutes et tous un jardin secret. Il y a des choses qui n'ont pas besoin d'être révélées, surtout pas à n'importe qui et n'importe comment. Des fois, il n'y a aussi rien à dire et c'est OK. Mais c'est de parler de ce qui n'est pas dit mais qui est pesant, qui pourrait être nécessaire pour des relations, pour soi-même, pour maintenir le lien, pour éviter de créer trop d'imagination. Alors c'est certain, dire, demander, c'est compliqué. On y reviendra, mais ça demande du courage, la vulnérabilité aussi. Et surtout, il va falloir assumer la réponse. On ne sait jamais ce que l'autre va répondre. Et ça aussi, c'est courageux. Se dire, je ne vais peut-être pas aimer ce que je vais entendre, mais je vais le chercher. Les non-dits, je le vois partout. En formation, le nombre de personnes qui me disent ça, je n'arrive pas à le dire, j'ai l'impression qu'on va penser que... Ou si je le demande, on me dira non. Ok, test. Peut-être que tu imagines la réponse. Peut-être que ce n'est pas celle que tu attends. Mais tu ne peux pas être sûr, en fait, tant que tu ne l'as pas demandé. En coaching... des personnes qui aimeraient dire quelque chose à quelqu'un depuis des mois, voire des années, ou à eux-mêmes. Et c'est là, ça pèse, ça tape dans le dos, c'est pas dit. On le voit partout autour de nous. Des fois c'est nous, la personne qui n'arrive pas à formuler les choses, des fois c'est l'autre. On attend une réponse, et cette réponse elle tourne en boucle, alors que c'est peut-être pas si compliqué de la donner. On se tait sûrement par peur de blesser, de décevoir. D'être déçu aussi. On a très certainement peur d'être déçu ou de provoquer des réactions ou des conflits. Mais quand on y réfléchit, des fois, une bonne conversation, ça éviterait des jours, des semaines ou des mois de prise de tête. Mais non, on préfère rester comme ça. Quand c'est pas dit, on se fait souvent des films. On est des très très bons réalisateurs Netflix, même si je pense que par ici, on n'est pas nombreux. S'il a fait ça, c'est parce qu'il est comme ça. Si elle a dit ça, c'est parce qu'elle pense ça. Franchement, qui n'a pas déjà vécu cette scène ? Je pense qu'on le vit toutes et tous. Du coup, on monte en angoisse, en interprétation, on se méfie. Puis on accuse souvent l'autre de choses qui n'ont pas été dites, parce qu'on a besoin d'être rassuré. Je crois que les non-dits, ça altère la confiance en l'autre, mais aussi la confiance en soi. Parce qu'à force d'interpréter, on se demande souvent si on n'a rien compris, est-ce qu'on exagère ? Je crois même que deux personnes peuvent chacune construire leur histoire et se répondre à des choses qu'en fait elles ne se sont jamais réellement dites. Donc elles sont là, elles sont ensemble, mais elles sont peut-être à côté du vrai sujet. J'ai l'impression de le voir ça aussi souvent. Le truc avec les non-dits, et on le voit aussi toutes et tous je pense avec des réactions différentes, c'est que ça tape dans le dos, ça fait des tensions, de la boule au ventre, de la charge mentale. En fait c'est fou parce que c'est tout ce qu'on n'a pas dit. qui prend énormément de place. Combien d'énergie on dépense à gérer une conversation qu'on n'a jamais eue. Se mettre en face et se dire les choses, ça pourrait parfois mettre beaucoup plus vite fin à une situation qui traînait, que l'issue soit positive ou négative. Alors ça, c'est certain, après, dire ce qui pèse, ça demande du courage. Parce qu'on ne maîtrise pas la réponse qu'on aura en face. Ça demande du courage, ça demande aussi beaucoup de vulnérabilité. Il faut être vulnérable. pour aller dire à quelqu'un « ça m'a blessé, je me sens mal à l'aise, j'ai besoin de ça, j'arrive pas à te dire que, je comprends pas ce que tu m'évoques, c'est super vulnérable, c'est vrai » . Qu'est-ce qu'on attend de quelqu'un à qui on ne dit rien ? Parce que l'autre, il peut imaginer, mais il peut pas vraiment savoir. Il sait pas ce que vous essayez de lui dire si vous lui avez pas dit. Et ça me ramène à quelque chose que je dis très très souvent, si vous voulez de vraies réponses, posez. de vraies questions. Oui, vous ne maîtrisez pas. Oui, vous n'aurez peut-être pas la réponse attendue. Mais au moins, vous saurez. Je pense notamment à ces familles où un événement a été caché, un événement grave, où une douleur a été étouffée, où il y a une vérité qui a été mise sous le tapis, en mode on va protéger, on va éviter le conflit, on ne veut pas que ça fasse mal. Mais en fait, le silence, lui, il finit toujours par retomber sur quelqu'un. Souvent sur celui ou celle qui un jour décide de briser le cercle. sans même savoir qu'il existe. Il y a des histoires qui restent présentes très très longtemps, précisément parce qu'elles n'ont jamais été mises en mots. Et souvent quand quelqu'un de ce groupe, de la famille, ose dire « Attendez, il y a quelque chose qui ne va pas » , c'est comme si ça changeait de lumière, ça change de couleur. Le silence se fissure, souvent ça fait mal, une vérité, même petite, même maladroite, mais il y a un truc qui vient respirer. Est-ce que ça ouvre ? Est-ce que ce ne sera plus pareil ? Les secrets, ils disparaissent jamais vraiment quand ils ont ce poids-là. Ils se transmettent autrement, dans les gestes, dans les peurs, dans les croyances, dans les colères. dans les incompréhensions, émettre des mots, c'est déjà commencer à libérer ce qui n'a jamais été dit, et éviter que ça se repasse encore de génération en génération. Et c'est souvent le grand paradoxe. Même quand il part d'une bonne intention, le silence, il crée une espèce de cage. On pense protéger, mais en fait on empêche l'autre aussi de se construire avec des éléments réels. On lui impose une histoire qui n'a pas été choisie, un manque qui n'a pas été décidé. On lui impose un poids qu'il n'a jamais demandé à porter. C'est vraiment le paradoxe des secrets, je crois. Il naît souvent de l'amour. On se dit souvent, je ne vais pas le dire pour protéger l'autre. Mais il finit toujours presque dans la confusion, dans la distance, dans une espèce d'injustice silencieuse, à vouloir trop protéger. On prive aussi l'autre de son « je veux savoir » , « je peux entendre » , « je suis capable de l'accepter » , « je préfère la vérité à l'ombre » . On laisse plus le choix, on décide clairement pour l'autre qu'il ne saura pas. Quelque part, on lui enlève un peu la liberté de se positionner, de comprendre ce qu'il a traversé, de mettre du sens là où il n'y en avait pas, et sûrement des fois de guérir. Croire éviter, c'est exactement ce que l'autre aurait été capable d'affronter. Je le répète, parfois ce qu'on croit éviter, c'est exactement ce que l'autre aurait été capable d'affronter. Vous l'aurez compris, je crois profondément que les mots ne règlent pas tout, mais qu'ils éclairent. Ils ne protègent pas de tout non plus, mais ils allègent. Ce n'est pas simple de dire. Ce n'est pas toujours beau, et des fois, ce n'est vraiment pas bien fait, mais ça a le mérite d'exister et d'enlever ce qui pèse. Ça ne veut pas dire qu'il faut tout dire. Ça ne veut pas dire qu'il faut forcer. Juste être reconnaître qu'il y a des endroits où l'envie de dire peut naître, doucement et sans pression, et que ce serait chouette de trouver un moyen. un endroit, le bon moment. Et je terminerai en posant deux questions sur le sujet. Qu'est-ce que je suis en train de faire porter à quelqu'un alors que je ne lui ai jamais vraiment dit ? Et qu'est-ce que j'attends de quelqu'un à qui je ne dis rien ?