Speaker #0Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans le douzième épisode de ce sera tout. Ce soir j'ai envie d'évoquer le doute. On cherche très souvent à faire disparaître le doute pour pouvoir avancer et j'y pense souvent et je vois beaucoup de phrases là dessus et je suis quelqu'un qui doute. Et je me demande si le sujet, c'est pas d'arrêter de douter, c'est plutôt de savoir quoi en faire de ce doute. Mon intention ici, c'est un petit peu de réhabiliter le doute, la beauté que ça peut avoir, à quoi ça peut servir, et ce que ça dit de nous, parce qu'on le verra, mais je pense qu'il y a différentes choses dans le doute. Il peut être lucide, ça peut être un signal, et après évidemment, ça peut aussi devenir une manière de ne jamais décider. Et là, c'est différent. Notre société, elle adore les certitudes, les plans à 5 ans, les réponses rapides, les gens sur deux, tranchés dans le vif, pas de nuances, pas le temps de douter, abandonner au premier doute, abandonner aux premières galères. Et moi, ça me fait un peu flipper. Je trouve que douter, c'est normal. Douter, c'est trop souvent associé à la faiblesse, à des manques de compétences ou un manque de confiance. Alors que... Je pense que c'est souvent l'inverse. Le doute, c'est peut-être pas un bug à corriger, mais plutôt une preuve qu'on regarde vraiment ce qui se passe. Est-ce que ce qui se passe, ça me plaît ? Est-ce que c'est en train de suivre mes valeurs ? Est-ce que ça correspond à des choses que j'aime ? Le but, c'est pas de le glorifier, le doute, et de dire c'est super de douter tout le temps. Non, il y a le doute qui nous enferme. Mais c'est plutôt que de le faire taire, se dire OK. Qu'est-ce qui vient foutre là ? Et qu'est-ce qui veut me dire ce doute ? Ne jamais douter, c'est pas forcément une preuve de confiance. Ça peut être de l'automatisme, du dogmatisme. Le fait de ne pas regarder les choses, c'est tellement plus simple de ne pas regarder les choses. Je ne regarde pas comme ça, je n'ai pas de doute. Je regarde tout droit, ni par ici, ni par là, comme ça. Je ne me brouille pas la vision, ok. Il y a des gens qui paraissent très sûrs d'eux, ils ne doutent pas. Moi, je trouve ça un peu flippant. Parce que le doute, c'est aussi se regarder, c'est aussi de l'introspection, c'est aussi de la nuance. Je vois souvent d'ailleurs beaucoup de gens compétents qui, plus ils connaissent un sujet, plus ils ont aussi cette tendance à se dire « je mesure tout ce que je ne sais pas » . Donc beaucoup de gens compétents vont beaucoup douter. Et je pense que c'est une preuve de lucidité, mais aussi d'humilité. jamais douter de soi, c'est de se dire tout ce que je dis c'est super, tout ce que je fais c'est bien fait, c'est dangereux et on les voit les gens qui ne semblent pas douter. Ce qu'ils nous proposent c'est pas toujours le plus sain ou le plus carré quoi je dirais. Douter d'une opportunité ça veut pas dire manquer d'ambition, ça peut vouloir dire à quelles conditions je veux y aller, de quoi je doute exactement. Est-ce que je suis en train de douter de mes compétences, de mon choix, de la personne que j'ai en face de moi, est-ce que c'est le timing qui est pas bon ? Est-ce que c'est le cadre qu'on me propose que je n'aime pas ? Poser ces questions-là, ça peut éviter d'abandonner trop vite une direction. Le doute sain, il peut être temporaire. Comme je viens de le dire, il sert certainement à mesurer, à vérifier, à ajuster les choses. Ce qui est problématique avec le doute, en mon sens, et je l'ai vu chez moi, et je le vois chez beaucoup, beaucoup de personnes, heureusement j'ai beaucoup travaillé dessus, même s'il a des relents. C'est le doute qui immobilise. Celui-ci, il est problématique parce que ça devient une manière de repousser indéfiniment les décisions. Du style, je l'entends beaucoup en coaching, je le vois énormément. Je vais encore réfléchir, je vais me renseigner, je vais attendre d'être sûr, d'être certain. Après, ce n'est plus un outil, malheureusement. Ça devient un peu une pièce dans laquelle les gens se mettent à habiter. Ça devient normal, je doute. doute tellement que je ne fais plus rien, ok. Mais en fait, ça risque de coûter très très cher aussi d'utiliser cette excuse parce qu'il n'y a plus de mouvement. On n'attend pas forcément que le doute disparaisse à 100% pour agir. D'ailleurs, la plupart des gens, ils agissent avec des doutes. Personnellement, c'est mon cas. Mais je fais le choix d'y aller en doutant. J'ai quand même posé les questions qui me sont principales. Est-ce que ça me correspond ? Est-ce que ceci ? Est-ce que cela ? On peut l'écouter, on peut se poser des conditions, décider. Et peut-être ce qui est vraiment important, et dans la vie, ça fait partie du jeu, c'est accepter les parts d'incertitude. Il reste une part d'incertitude, et en même temps, c'est le fait de ne pas pouvoir tout contrôler, et on ne peut pas tout contrôler. Donc c'est de se dire, ok, le principal, il est posé, j'ai un doute sur certaines zones, je le verrai en avançant. Le problème, c'est peut-être pas de douter. C'est quand ça devient une manière de vivre. Il peut mettre un petit coup de frein, évidemment, quand quelque chose ne colle pas. Mais pareillement, c'est ça. Ça colle pas avec ma réalité, ça colle pas avec mon rythme, ça colle pas avec mes valeurs. Ça veut pas forcément dire que vous devez pas y aller. Ça veut pas écrire en gros, ni va surtout pas, tu doutes. Parfois, ça veut dire, si t'y vas... fais-le autrement, essaie de voir les choses différemment, aménage-toi avec cette personne, avec ce projet, avec les conditions. Je vois un exemple, on peut accepter une opportunité parce qu'elle est belle sur le papier, et sentir qu'il y a un truc qui ne va pas, il y a dans le cadre, le rythme ou le tarif, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Ok, mais ce n'est pas mal en fait, ça permet de distinguer ce qu'on veut vraiment. de ce qu'on pense devoir vouloir. Et une fois de plus, c'est accepter qu'on ne maîtrisera jamais tout avant de décider et avant de le vivre. On a beau essayer, on le voit bien, ça n'existe pas. On essaye, ça ne marche pas comme ça. Le doute n'est peut-être pas toujours là pour nous dire non. Il est là pour nous dire à quelles conditions tu veux y aller ou pas. C'est un gros sujet. Il y a certaines personnes qui ne doutent jamais d'elle, en tout cas c'est ce qu'elles font croire. D'autres qui doutent gros peut-être, parce qu'effectivement ça les immobilise. C'est là où je pense que le sujet, c'est ce que ce foutu doute, il essaie de vous dire. Qu'est-ce qu'il vous dit ? Et ça m'amène à une chanson que j'aime beaucoup d'Anne Sylvestre, une chanson qui s'appelle « Les gens qui doutent » . Elle a toujours résonné en moi et je trouve ça assez juste parce qu'on nous apprend beaucoup à être toujours sûr, avoir une réponse, à savoir où on va, à ne pas trop hésiter. En réalité, on peut douter. et avancer quand même et je crois d'ailleurs que c'est une grosse grosse partie de notre réalité et de la vie. Si je devais poser une question finale sur cette réflexion et ce sujet, ce serait et si vous arrêtiez de vous demander comment faire taire votre doute pour commencer par lui demander ce qu'il vient vous dire.