Speaker #0Bonjour à toutes et tous, bienvenue dans le 11e épisode de ce Stratto. J'ai envie de parler d'un sujet dont je trouve qu'on parle très peu, peut-être parce qu'il n'y a finalement pas beaucoup d'endroits pour vraiment le regarder, le réaliser. En tout cas, en coaching, il s'impose très souvent la peur de réussir. On parle énormément de la peur d'échouer, j'ai peur de pas y arriver, c'est écrit partout. La peur d'échouer, elle a ses livres, elle a ses conférences, elle a ses posts LinkedIn, elle a ses stories Instagram, elle a un tas de citations inspirantes partout, en vérité. C'est un sujet assez confortable en fait, parce que la peur de l'échec, tout le monde le comprend, tout le monde le tolère aussi, plus ou moins. Oh, il ou elle a échoué, il a essayé, c'est bien. J'ai essayé, j'ai pas réussi, c'est pas grave. Tout le monde le pardonne aussi, plus ou moins. Et surtout, on y passe toutes et tous. Mais on parle beaucoup moins de ce qui se passe quand on commence à approcher de ce qu'on disait vouloir. De cette petite musique discrète dans la tête qui s'installe au moment où les choses commencent enfin à fonctionner. Parce que réussir, c'est pas seulement obtenir ce qu'on voulait. C'est déclencher un espèce de séisme invisible. dans sa propre vie, dans ses attentes, dans sa manière d'aller chercher les choses. Et je le vois beaucoup en coaching, c'est souvent un peu un choc de réaliser que ce n'était pas la peur d'échouer, mais la peur de réussir. Quand je dis un choc, c'est un déclic, une surprise, mais qui finalement va aider à déclencher la suite et à voir vraiment depuis une autre perspective, parce que la plupart du temps, ce n'était pas vu, ce n'était pas su. Une question, ça peut être, est-ce que tu obtenais exactement ce que tu disais vouloir ? En général, à cet instant, il y a souvent un silence ou une espèce de peur, une pudeur. Il y a aussi le, je ne sais pas, je ne sais pas ce que je ferais. Ça me paraît fou, ça n'arrivera pas, donc je ne me le dis pas vraiment. Ou alors j'en crève d'envie, mais je ne vois pas à quoi ça ressemblerait. Et pourtant, pour réussir, réussir quoi que ce soit, je ne mets jamais d'échelle. Tout peut être grand selon comment on le perçoit, peu importe. Imaginer la réussite fait partie de la démarche. Il faut ressentir quelque chose, il faut être capable de s'imaginer pour que ça devienne réel. Ce qui est intéressant, c'est de se demander pourquoi la réussite peut terrifier certains cerveaux. Parce que l'échec, même s'il est douloureux, comme on l'a déjà dit, il est familier. Il maintient un peu le statu quo, le succès. Lui, il amène un peu à des choses différentes. Une cascade de coups qui ont été cachés, qui n'ont pas forcément été anticipés. Je vais en évoquer quelques-uns qui me viennent comme ça, quand je pense à la peur de réussir et à tout ce que j'ai pu observer. Déjà, il y a être vu davantage. Réussir, c'est être vu davantage, c'est s'exposer, c'est se dire « Ok, ce projet, les gens vont le voir, je vais le faire pour de vrai » . C'est accepter que ce qu'on fait, c'est plus seulement un petit fantasme ou un projet secret, un petit truc chaleureux dans la tête, mais c'est une réalité qui va être livrée au regard des autres. Donc, ça peut aussi dire à la critique, à la comparaison. C'est souvent ça qui fait le plus peur, la critique et la comparaison. Il y a un autre aspect qui me vient, c'est la loyauté. Un tas de personnes ne s'en rendent pas compte, mais leur peur de réussir, elle vient de là. Ils le voient ensuite en relisant un peu leur histoire, en faisant des liens. C'est réussir là où une famille ou un proche a échoué. Consciemment ou non, souvent inconsciemment, c'est dépasser socialement quelqu'un. Oser réussir ou faire ce qu'il ou elle n'a pas osé. Un peu comme si prendre la place de quelqu'un, prendre sa place, pardon, signifie prendre la place de quelqu'un d'autre. Et dans ces moments-là, il y a ce petit truc. de la personne ralentie, elle minimise, parce qu'il y a une partie d'elle qui ne veut pas trahir l'équilibre auquel elle a toujours appartenu. Cet équilibre un peu fragile où justement la réussite n'était pas forcément quelque chose de courant. Il y a autre chose, il y a le fait de devoir assumer. Quand on lance un projet, quand on lance ce fameux rêve, quel qu'il soit, il va falloir l'assumer. C'est perdre aussi toute l'histoire confortable qui avait été racontée avant depuis des années, l'histoire du potentiel, de la petite voix qui dit « Ouais, je pourrais le faire si je voulais » . Tant que tu n'as pas essayé jusqu'au bout, tu restes un peu dans un talent incompris, quelque chose en devenir. Mais quand tu réussis ce que t'as entrepris, t'es plus en devenir. T'y es, t'es là. Va falloir l'assumer. Et surtout, va falloir s'habituer à de nouvelles sensations, de parler de ce projet, d'avoir des retours sur ce projet. Un petit peu comme l'idée de la loyauté, il y a aussi le fait de changer sa place. Des gens qui se mettent à réussir quelque chose, des fois ça vient changer leur place dans un entourage, qu'ils le veuillent ou non. Ça peut modifier l'équilibre d'un groupe. d'un couple, d'une famille, ça peut susciter de la jalousie, ça peut faire constater un tas de choses, et notamment des prises de position différentes sur des conversations qu'on avait avant. Et puis surtout, c'est perdre toutes ces excuses, c'est perdre ces excuses de « je ne veux pas avoir de responsabilité, je ne voulais pas m'occuper de ça, je ne voulais pas atteindre un certain niveau » , et c'est aussi découvrir qu'on est capable de faire. qu'on voulait faire. C'est se retrouver avec une question un petit peu vertigineuse. Et maintenant, je fais quoi de moi ? Ça y est, j'y suis. Et c'est quoi la prochaine étape ? Il va falloir aussi s'habituer, après la peur de la réussite, une fois que ça réussit, à réaliser un peu la chose. Parce que souvent, je vois des gens, ils réussissent, ils disent non, mais bon, ok. Et maintenant que t'as réussi, accepte petit à petit les félicitations, raconte un peu par quoi t'es passé. C'est là où tu vas pouvoir... t'habituer et réaliser qu'il y a eu un changement. Le problème, c'est que la peur de réussir, elle se déguise très très rarement en « j'ai peur de réussir » . Comme on le disait tout à l'heure, il y a souvent un inconscient énorme là-dedans. Le cerveau, il est beaucoup trop intelligent pour ça. Il préfère se servir d'un vocabulaire rationnel, de sérieux, de professionnalisme. Toutes ces petites phrases un petit peu répétées, je ne suis pas tout à fait prêt. C'est pas le bon moment. Je vais encore me former sur ce sujet. Je suis pas à la hauteur. Je vais pas y arriver. Ça m'en demande trop. Je vais attendre d'être un petit peu plus légitime. En fait, c'est de la prudence, de l'expressionnalisme ou de l'exigence. Mais bien souvent, c'est juste de la peur. Cette histoire de préparation infinie, je le vois énormément. Les gens qui me disent je vais me former encore à ça, puis je vais faire encore ça et après je pourrai. Ok, mais t'es peut-être déjà largement prêt ou prête. Là, tu... Tu veux juste rajouter une couche pour te rassurer, mais il y a des clients potentiels qui t'attendent. Ton potentiel, il est déjà très, très bon. Parfois, on ne fait pas quelque chose simplement parce qu'on n'a pas envie. On a juste peur de le vouloir vraiment. Alors, qu'est-ce qu'on fait une fois qu'on a pris conscience de ce mécanisme ? Il y a différentes choses. Commencer par arrêter d'attendre l'autorisation d'être prêt ou d'être prête. On accepte que le succès amène de l'inconfort, de l'inconnu. Que c'est normal de flipper un peu, surtout que c'est normal de kiffer aussi, que la chose dont on rêvait, elle est enfin là. On accepte de décevoir la version de soi qui préférait rester dans l'ombre, parce que l'ombre, c'est la sécurité. On se dit que briller un peu dans ses projets, c'est chouette aussi. On réalise que la sécurité absolue d'un projet qui reste dans un tiroir, ça coûte beaucoup plus cher que les regrets de l'inconfort, finalement. Pour terminer, je dirais qu'il faut accepter de prendre sa place, accepter de se dire qu'on est capable, et surtout accepter le changement qui va avec. Je vous laisserai avec deux questions. Si demain, ça marchait vraiment, qu'est-ce que vous ne pourriez plus continuer à vous raconter ? Est-ce que vous êtes en train de vous préparer ou en train de vous protéger ?