SylvainC'est un stage qui dure trois jours, au sein de la caserne du 2e RIMa, Régiment d'Infanterie Marine, qui est une unité de l'armée de terre. Trois jours entre guillemets enfermés dans la caserne, donc on mange avec les militaires à la cantine, on dort avec nos formateurs et les militaires au sein de la caserne. On commence d'abord une première journée où c'est très théorique, où on nous apprend ce qu'est l'armée au global. On passe ensuite à une deuxième journée où on fait un mix entre théorie et pratique. Pour les premiers cours, on entre un peu plus dans le détail, donc à voir du matériel, notamment les nôtres (MBDA), à être en contact avec des hommes du rang, des hommes qui utilisent nos matériels. Donc là on va dans le détail, on échange avec eux, on manipule le matériel avec eux. Ce qu'il faut savoir c'est que le midi, ce qui est un peu original c'est qu'on a mangé les rations. On est tous sortis dehors avec nos petites gamelles, petits chauffe-plats, sur le trottoir, on était tous alignés, c'était assez drôle. Les militaires, pour eux, vu qu'ils mangent toujours la même chose, ils ne trouvent ça pas top. Mais en tout cas, nous, on avait bien apprécié. Dès le début d'après-midi, on est vraiment passé plus en mode pratique. On a été se faire équiper, on a reçu une combinaison pour l'entraînement, on a reçu un casque lourd, un gilet pare-balles et un FAMAS. Et on a fait les premiers exercices avec notre responsable. Il nous a expliqué ce qu'était la caisse à sable. La caisse à sable, c'est très symbolique, mais c'est comme si on traçait au sol des schémas pour expliquer une future mission. On trace des chemins, on symbolise des bâtiments avec des bouts de branches, etc. Le but de cet exercice, c'était de nous montrer qu'on pouvait expliquer une mission simplement en donnant toutes les informations pour que tout le monde ait le même degré d'informations. C'était le moment où tout le monde devait poser ses questions pour être prêt au mieux pour une potentielle mission. Suite à ça, vu qu'on était tous équipés, on a fait des exercices classiques de coordination entre nous. J'étais assez impressionné. Ils ont une vraie maîtrise de leur matériel, de combien ça coûte et à quel moment il faut les utiliser. Et, en début de nuit, on s'est préparé pour utiliser du matériel de vision nocturne. Là, pendant deux heures, on a crapahuté en forêt pour voir les performances d'une vision nocturne. Ils nous ont donné une personne, je ne sais plus, à 200 ou 500 mètres, il a dû faire un coup de briquet et, rien qu'avec nos lunettes, on a vu à 500 mètres un gros halo de lumière. On a pu se rendre compte que'en marchant avec une vision nocturne, on n'a pas le champ de vision de d'habitude, on n'a pas la même définition. Donc quand il y a ne serait-ce qu'un obstacle, ne serait-ce qu'une branche au sol, ce n'est pas si évident que ça. Il a fallu là aussi s'entraider quand on a fait un petit peu de passage d'obstacles en forêt. C'était vraiment très immersif et très sympa. Surtout que c'était en hiver, donc il faisait bien froid. Après, on est passé troisième à la journée où là, par contre, on a fait quasiment que du pratique. On a commencé par une explication de la mission, l'objectif de la mission : ça va être la reprise de bâtiments. Il y a des ennemis, il faut neutraliser les ennemis et reprendre le bâtiment. Donc, ils nous ont expliqué tout ça. Suite à ça, on s'est regroupé, on s'est mis en binôme chacun avec un militaire qu'on a suivi à la trace pendant toute la mission. On a commencé par crapahuter en forêt, s'arrêter en cas de risque de danger. Il y avait toujours une analyse, ils s'échangeaient entre eux. Et à un moment donné, quand on était proche des bâtiments, il y a eu des éclaireurs qui sont partis, qui ont analysé la situation, qui nous ont envoyé les informations : il y a tant de personnes, ils sont armés comme ça... On confirme les informations qu'on a eues au bac à sable. Et suite à ça, il y a eu un assaut. Donc ça s'est passé très rapidement. Ce qu'il faut savoir, c'est que les militaires avaient des balles à blanc. Donc ça veut dire que tout le long de l'assaut ça tirait de partout. Alors nous on avait nos famas mais on avait pas de balles à blanc donc on simulait les tirs. Mais nous on était vraiment plus en tant que spectateur parce que ça allait très très vite pour nous, jusqu'à arriver à neutraliser la personne, fouiller la personne, la mettre sur le coin. Et puis, une fois que la mission est finie, on a débrieffé. On nous a tout expliqué, donc c'était très intéressant. Je pense que c'est la seule formation où j'ai eu un exercice pratique aussi prenant. Pendant cette formation, j'étais en plein développement d'un véhicule. Avec mon client interne, on se posait plein de questions sur des choses qui pouvaient être utiles ou pas pour les fantassins. Pendant leur présentation de matériel, par exemple, moi je leur ai posé des questions directement pour savoir si c'était vraiment un besoin pour eux. Ils ont tous été unanimes sur le besoin. Donc, moi ça m'a permis par la suite, sur mon développement, de mettre en place des choses qui pouvaient nous paraître. potentiellement futiles, mais qui pour eux étaient l'essentiel et la base, et limite s'ils n'avaient que ça. Donc ça a un peu réorienté des fois des choix de conception. Et après, par contre, plus spécifiquement sur les matériels du quotidien, donc lanceurs ou missiles, le fait d'avoir échangé avec eux sur l'ergonomie, la facilité d'utilisation, le fait qu'ils nous ont bien fait comprendre leur état de stress, parce que sur la formation, ils nous ont fait voir des vidéos personnelles, où ils étaient en pleine séquence de tir, les balles fusaient de partout. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'ils ont des masses énormes sur eux. Ils sont essoufflés, ils sont dans un état hyper stressant et en fait nous des fois, on a peut-être tendance à faire des matériaux un peu trop compliqués. Donc là ça a bien mis en évidence qu'il fallait simplifier au maximum notre ergonomie, qu'il ne fallait pas aller dans multiples fichiers pour accéder à telle fonction. Maintenant à chaque fois que je vais avoir une demande de mon client interne, je vais essayer de me remémorer toutes les questions que j'ai pu leur poser et de me dire comment je peux répondre à la fois à mon client interne et à la fois pallier leurs besoins. Pour moi, l'esprit de défense, ça fait longtemps que je l'ai, parce que j'ai toujours voulu travailler dans ce domaine, et je sais pourquoi je travaille pour la défense. Mais le fait d'avoir été immergé vraiment dans cet environnement, je pense que les plus jeunes ont senti vraiment l'utilité de travailler pour la défense. On a compris le besoin, ne serait-ce que de voir les militaires, quand ils nous parlaient de nos matériels... non seulement ils étaient fiers d'utiliser nos matériels, mais surtout ils étaient confiants d'utiliser nos matériels. Donc quand on voit le stress qu'ils ont sur le terrain, si déjà ils ont confiance en notre matériel. Voilà, En tout cas, c'était hyper gratifiant de se dire, qu'on a servi à quelque chose. On sait qu'au niveau opérationnel, ils seront au moins au mieux de ce qu'on peut faire.