Speaker #0En 2022, je me suis lancée dans l'entrepreneuriat pour être libre, pour vibrer de ma passion pour l'alimentation et la santé, et surtout pour construire une vie que je kiffe. Et plot twist, ça ne s'est pas du tout passé comme prévu. Créer la vie de mes rêves s'est avéré beaucoup plus compliqué que ce que j'imaginais. Et c'est pour ça que quatre ans plus tard, j'ai décidé de créer ce podcast, pour laisser une trace de mon parcours, partager mes apprentissages, mes réflexions, mais aussi mes désillusions. dans l'espoir d'aider d'autres entrepreneurs qui sont au début de leur chemin. Moi c'est Mélissa, j'ai cofondé Bellicare, une marque de plats cuisinés pour les personnes qui ont des troubles digestifs et des intolérances alimentaires et aujourd'hui j'ai envie de te parler d'un truc auquel je ne m'attendais pas du tout en me lançant. C'est de devenir salariée de ma propre boîte. Alors pour te poser un peu de contexte, avant d'être entrepreneur j'étais salariée en alternance dans une usine agroalimentaire. J'habitais dans une ville balnéaire de la Haute-Normandie... assez loin de ma famille et de beaucoup de mes amis. Et le cadre de travail était assez strict, de 8h30 à 17h30, voire parfois des horaires décalés. Mon métier étant assez opérationnel, j'étais obligée d'être sur site la majorité du temps. Mais grâce au Covid, j'ai découvert le télétravail. Et honnêtement, j'ai trouvé ça incroyable. Je pouvais travailler d'où je voulais, allonger mes week-ends, changer d'environnement. Je télétravaillais parfois depuis chez mes parents en région parisienne. Une fois, je partais en week-end à Lille et j'ai pu faire le vendredi et le lundi là-bas. Et j'adorais cette sensation de liberté, de pouvoir avoir une vie en dehors du travail. Et je me suis dit, quand je serai entrepreneur, je ferai exactement ça. Parce que dans ma tête, c'est totalement possible de travailler 4-5 heures de façon efficace par jour, d'avoir cette liberté totale et utiliser le reste de son temps pour vivre. C'était ça le plan. Spoiler alert, ça s'est pas du tout passé comme ça. Quand je me suis lancée, j'ai fait exactement l'inverse. Avec mes associés, on a décidé que de 8h à 20h, on était... disponible pour travailler. C'est-à-dire qu'on pouvait s'appeler, se caler des visios, s'envoyer des messages et même si on se disait qu'on était libre, dans les faits, j'avais balisé mon agenda de 8h à 20h pour le travail. Et je ne me suis inscrite dans aucune activité à côté parce qu'au cas où, je voulais laisser tout mon temps disponible pour créer ma boîte. Je passais mes journées sur des présentations, en visio pendant des heures avec mes associés, à organiser des réunions à... tir l'arigot dans tous les sens avec n'importe qui et j'utilisais au final mon argent pour aller voir mes associés, pour aller à l'incubateur, pour faire des formations mais pas du tout pour explorer et profiter de ma vie. Et sans m'en rendre compte, j'ai recréé un peu une vie de salarié et surtout une notion de présentéisme dans ma propre boîte. Alors que foncièrement, j'étais plus du tout salarié, personne ne m'obligeait à être là derrière mon ordi 10h par jour, ça n'avait donc aucun sens. Mais je continuais à fonctionner comme si j'étais vraiment salariée. Je mettais la priorité sur les attentes extérieures, sur le cadre, sur faire comme il faudrait faire, au lieu de me demander, moi, qu'est-ce que j'ai vraiment envie de construire ? Et on passait beaucoup de temps avec mes associés à parler, à faire des dossiers, à préparer, mais très peu à vraiment parler à des clients, à construire une vraie offre. Et en fait, comme on était au chômage tous les trois, il n'y avait pas vraiment d'urgence à ce que l'argent tombe. parce que l'argent tombait tous les mois sur nos comptes bancaires personnels. Donc je ne ressentais pas vraiment cette responsabilité de générer du chiffre. Mais un an plus tard, quand je me suis rendu compte que justement ça faisait un an que le projet, il avançait pas vraiment comme il faudrait, j'ai décidé de traquer mon temps. Et pendant presque un an... j'ai tout noté dans un Excel. Et bizarrement, ça me rassurait de voir quand je travaillais beaucoup, quand je notais par exemple que je travaillais 12 heures par jour, j'étais hyper fière de moi. Mais j'ai réalisé, en faisant ce travail de tracking, en fait, les tâches les plus chronophages n'étaient pas celles qui créent le plus de valeur. Parce qu'en fait, à ce moment-là, on était en train de transitionner d'un projet théorique sur papier qui existait que dans des présentations, à vraiment créer une mini-usine agroalimentaire. On était vraiment en train de concrétiser notre production et moi mes missions ont évolué de juste imaginer des choses, à produire, gérer une mini-usine, gérer de la production, de l'approvisionnement et tout ce travail opérationnel est hyper chronophage. Et comme on déteste faire des choses simples, bien sûr notre laboratoire de production se situe à 100 km d'où j'habite, donc encore un truc qui rajoute de la complexité logistique à notre projet, mais du coup on était full. en opérationnel, en train de faire une mise en route, le calage d'un process, mais du coup pas vraiment en train d'aller chercher des clients encore une fois, alors que c'est ça qui fait rentrer du chiffre dans la boîte. Nous on avait une autre stratégie, on était parti sur le fait de lever des fonds pour pouvoir subvenir à nos besoins opérationnels, donc louer notre hall de fabrication par exemple, payer nos matières premières, et aussi commencer à se payer, parce qu'on arrivait à une deadline charnière où notre chômage allait s'arrêter. Et là en fait, à partir du moment... où on a levé des fonds, on est vraiment devenu salarié de notre propre boîte parce qu'on se versait une rémunération, un salaire vraiment chargé. Payer l'URSAF et tout, grâce à la... levée de fonds qu'on a réalisé. D'un côté, c'est assez confortable de lever des fonds parce que tu as un petit moment de répit. Tu peux te construire un peu un confort, surtout qu'avec Rémi, on était alternant avant, donc le chômage qu'on touchait n'était pas non plus mirabolant. Donc là, on a commencé à se verser un vrai salaire d'adulte, à augmenter notre niveau de vie et aussi à déléguer certaines choses comme les publicités Google et Meta, par exemple, certains aspects de notre stratégie de contenu. Mais... Paradoxalement, on était sur un poste de chef d'entreprise, on restait enfermés nous dans l'opérationnel et surtout moi en cuisine et en gestion de production. Et au final, on est complètement passé à côté de cette phase qui était dédiée à la croissance. En principe, quand tu lèves des fonds, c'est justement pour financer l'acquisition de nouveaux clients et pouvoir te rendre plus autonome commercialement. Et à ce moment-là, je suis à ma troisième année d'entrepreneuriat où j'ai bien conscience qu'entreprendre, c'est 100% un choix. Mais je suis tellement bloquée dans l'opérationnel parce qu'au final, je suis responsable de production, de la qualité, du développement de nouveaux produits. Je recrute aussi des stagiaires pour travailler avec moi. Je dois les former. Je dois m'assurer qu'elles ne fassent pas n'importe quoi parce qu'on fait quand même de la bouffe. Et c'est important de bien faire notre travail et à gérer tous ces aspects hyper opérationnels. Mais je suis en train de subir ma propre vie. Alors même que l'entrepreneuriat est un choix, je trouve que c'est très facile de se retrouver dans une situation qui ne nous convient pas. Parce que c'est beaucoup plus confortable de ne pas décider. C'est plus simple de dire « je ne peux pas, je travaille quand je suis salarié » . Mais quand tu es entrepreneur, c'est toi qui choisis et c'est toi qui définis ta fiche de poste. Je pense que quand on se lance dans l'entrepreneuriat, surtout quand on est jeune et que c'est notre première vraie expérience professionnelle, j'ai envie de dire, c'est difficile de se dire « en fait, c'est 100% moi l'artiste et c'est moi qui… » décide de quel tableau j'ai envie de peindre. Et clairement, si tu ne veux pas subir ton mode de vie, tu dois être hyper lucide sur ce qui est important pour toi, ce qui te nourrit, ce qui définit ta réussite. Sinon, tu te retrouves déjà à accomplir peut-être le rêve de quelqu'un d'autre, mais aussi à être dans des automatismes qui ne te correspondent pas du tout. Et ça, c'est clairement quelque chose que j'ai totalement sous-estimé et sous-évalué en me lançant dans l'entrepreneuriat, surtout avec des associés. où il faut prendre en compte les besoins et envies de chacun. Et nous, en 2025, on a fini par se prendre un énorme mur. En gros, on a levé des fonds en 2024 et on a cherché à se mettre avant tout à l'abri, ce qui est quelque chose d'important. C'est important de se payer pour le travail qu'on réalise, surtout quand ça fait déjà deux ans que tu te donnes. En revanche, on s'est un peu reposé sur nos lauriers. On n'avait pas vraiment cette dalle d'aller plus loin, de chercher plus. on s'est un peu retrouvés à rester dans une zone de confort, même si elle était inconfortable. Mais on a préféré déléguer l'acquisition client et la compréhension client à des prestataires. Par exemple, on avait une agence qui travaillait sur nos publicités en ligne, une agence qui travaillait sur notre stratégie de contenu, alors que foncièrement, c'est au fondateur de vraiment connaître, comprendre sur le bout des doigts les problématiques de ses clients pour mieux y répondre et créer une offre cohérente avec les besoins du marché. Mais je pense qu'on avait un peu peur avec Rémi de vraiment se confronter à la réalité. Donc moi, je me cachais un peu en production et Rémi se cachait derrière les prestataires. Et au final, ça a complètement freiné la croissance de notre boîte. Et du coup, on n'avait pas les résultats attendus. Et on savait qu'il fallait impérativement qu'on lève des fonds avant septembre 2025. Sinon, on mettait la clé sous la porte parce qu'on ne pourrait plus payer nos salaires. payer les prestataires avec qui on travaillait, la production. Et en juillet 2025, on a eu un gros pépin dans notre plan de financement qui est complètement tombé à l'eau. Là, on s'attendait à lever 100 000 euros, on se retrouvait avec 0 euro et ça nous a poussé dans un inconfort total pendant 6 mois. Mais ces 6 mois étaient rudes mais nécessaires pour qu'on se réveille, qu'on se secoue. et qu'on prenne notre place de fondateur et dirigeant d'une entreprise. Moi, j'ai pu me reconnecter profondément à pourquoi j'entreprends, et je pense que cette Dèche nous a vraiment donné la dalle de réussir, parce que je vois que ma mission avec Bellicare, c'est pas juste faire des plats et c'est sympa, c'est vraiment d'aider des gens, de révolutionner le marché de l'alimentation digestive, de rendre accessible de l'alimentation. adaptés qui n'existaient pas sur le marché avant nous. Et quand j'ai eu des clients qui m'ont dit « Ah bah non, si Bellicare ferme, moi je meurs, ça m'aide tellement tous les jours » , je me dis « Mais je ne peux pas arrêter la mission là alors qu'on n'est même pas à 2% de ce qu'on pourrait faire » . Et je pense que c'est vraiment ça, au final, la différence entre un entrepreneur et un salarié, c'est qu'un salarié, même si c'est hyper inconfortable, mais comme tu sais que tu n'as pas forcément toutes les cartes en main pour gérer la situation, eh ben tu peux un peu te... te faire à une situation qui ne te convient pas, alors qu'un entrepreneur, si tu vis une situation qui ne te convient pas, en fait, c'est 100% de ton ressort. Donc, c'est à toi de changer la donne, même s'il y a des facteurs extérieurs que tu ne contrôles pas. C'est à toi de mieux naviguer le bateau pour que ça aille dans la direction que tu souhaites. Et clairement, après avoir traversé les ténèbres sur la fin 2025, je suis hyper contente aujourd'hui de cette progression, de cette évolution, même si ça a été... hyper dur et je ne le souhaite à personne de souffrir autant pour déjà un projet que tu décides à 100%. Mais je sors peu à peu de l'opérationnel, on a pu passer ce cap difficile mais nécessaire. Et aujourd'hui, je suis en train de construire la vie d'entrepreneur dont je fantasmais au départ. Mais tout ça, ce sera pour un prochain épisode de Melly Croque, la vie d'entrepreneur.