ClémentCela va faire dix jours que je n'ai pas mis un pied dehors. Mes journées se ressemblent toutes. Je me lève, j'allume mon jeu et je joue. Des heures entières. Dehors, la vie continue. Sans moi. Non, ce n'est pas le confinement. Nous sommes en septembre 2023 et personne ne m'interdit de sortir. Personne, à part ma peur. Pourtant, cette période... Je l'avais imaginé comme les plus belles vacances de ma vie. Bonjour à toutes et à tous, c'est Clément. Bienvenue sur Même plus Peur. Anxieux depuis plusieurs années, je ne suis ni médecin, ni thérapeute. Juste le cobaye. Et ce podcast, c'est un peu mon carnet de bord. Aujourd'hui, j'ai envie de vous raconter une période de ma vie dont je n'ai encore jamais vraiment parlé dans ce podcast. Il y a trois ans, presque jour pour jour, entre septembre et octobre 2023, Je suis resté pendant deux mois, quasiment sans sortir de chez moi. Ce n'était pas un exercice, ni un défi que je m'étais lancé. Et je ne l'ai pas choisi. Et pourtant, le plus troublant, c'est que sur le moment, ça a été un soulagement énorme. Ne plus avoir à sortir, c'était presque une libération. Alors, comment est-ce que j'en suis arrivé là ? Et surtout, pourquoi est-ce que ce soulagement était un piège ? Tout a commencé de façon assez banale. Je venais de terminer mes études et j'avais signé ma promesse d'embauche six mois plus tôt. J'avais demandé à mon futur employeur de commencer seulement deux mois après la fin des cours. Deux mois rien qu'à moi. Et dans ma tête, c'était déjà tout planifié. Partir aux Etats-Unis avec mes économies, voyager et vivre en dehors du temps. Sauf qu'entre la signature de ce contrat et ces vacances tant attendues, mon trouble panique et mon agoraphobie ont pris énormément de place. Un matin d'août, je me suis réveillé avec des pensées anxieuses qui ne m'ont plus quitté pendant plus de deux ans. Si vous avez écouté l'épisode sur le trouble panique, vous reconnaîtrez peut-être ce moment. Ma vie a donc basculé du jour au lendemain dans une angoisse permanente. De ce fait, j'ai dû renoncer à mon voyage. Et me voilà devant ces deux mois, sans voyage, sans sortie de prévu, sans projet, sans rien. Et honnêtement, sur le moment... C'était une aubaine. Vu mon état de panique constante, il était agréable de savoir que rien ne m'obligeait à sortir. Pas de transport, pas de rendez-vous, pas de trajet à affronter. Je pouvais rester cloîtré entre quatre murs sans jamais risquer de faire une crise d'angoisse dehors. En plus, ma compagne venait de commencer un nouveau travail cette année-là. Elle n'était pas à la maison de la journée et je savais que le soir, fatiguée, elle ne me proposerait pas de sortir. Personne pour me pousser dehors, aucune obligation, rien. Une chance, un soulagement, de long mois devant moi, et dans ma tête, pas une seule angoisse à l'horizon. Ce soulagement dont je vous parle aura duré à peine trois jours. Très vite, ces journées qui ne me promettaient aucune angoisse sont devenues longues. Je m'ennuyais, beaucoup. Et c'est là qu'une nouvelle forme d'anxiété est apparue, l'anticipation de la sortie. C'était bien beau d'être enfermé chez moi, à l'abri. Mais que se passerait-il le jour où je devrais sortir de nouveau ? Pour faire des courses, pour me balader avec ma compagne. Et surtout, au bout de ces mois, la vie allait reprendre. J'allais devoir emprunter de nouveau les transports en commun, aller au travail, manger à la cantine. Tant de questions auxquelles je n'avais pas de réponse, et qui m'angoissaient énormément. Alors, j'ai trouvé un jeu vidéo. Un jeu dont je ne pouvais plus me passer. Il est devenu ma raison de me lever le matin, et j'y jouais 8 à 10 heures par jour. Ce jeu avait un double rôle, celui de ne pas sortir, et surtout, celui de ne pas penser. J'avais l'impression d'avoir trouvé la solution. Je jouais toute la journée, et le soir, je ne pensais qu'à ça, avant de m'endormir. Je ne laissais plus aucune place pour l'angoisse. Cela avait bien sûr des conséquences directes sur d'autres aspects, notamment sur la vie de couple. Comme le fait de ne rien faire pour la maison, les courses, le linge. C'était ma compagne qui devait s'en charger, alors que c'était moi qui avais tout le temps de le faire. Cela a également eu un impact sur ma vie sociale. Je me souviens notamment d'une soirée où une amie était venue dîner à la maison. Et pendant tout le repas, je continuais de jouer en même temps. Aujourd'hui, j'en ai honte. Mais à ce moment-là, c'était ma seule échappatoire. Ce que je ne voyais pas encore, c'est que cette... solution, était en train de rendre le problème encore plus grand. C'est ainsi que ces deux mois se sont se sont écoulées, avec presque aucune sortie. Et dans mes souvenirs, celles que j'ai faites étaient toutes plus pénibles les unes que les autres. Avec une seule envie à chaque fois, celle de rentrer le plus vite possible et retourner jouer. Et puis, comme toute bonne chose a une fin, il a fallu retourner dans la vraie vie. Le plus étonnant, c'est qu'à force de ne plus y penser, j'avais fini par me convaincre que c'était derrière moi. Que ces deux mois m'avaient complètement guéri. Presque par miracle. Le réveil fut brutal. Quand à peine sorti du lit, toutes mes pensées étaient tournées vers le métro. Et sur le trajet, ça n'a pas loupé. La crise de panique est arrivée. Le premier jour commençait bien. Les jours suivants n'étaient pas mieux non plus. Ils ont été très difficiles. Il y avait l'angoisse bien sûr, mais il y avait aussi cette sensation de rechute, après avoir cru trouver la solution. Mon anxiété m'avait eu. Encore une fois, pendant deux mois, j'avais cru tirer les ficelles, alors que depuis le début, c'était moi la marionnette. Avec le recul, ce que j'ai vécu a un nom, l'évitement. Un psychologue américain, Orvalo Hobart Mowrer, a proposé, dès 1939, un modèle qui l'explique assez bien. Selon lui, quand on évite une situation qui nous fait peur, on ressent immédiatement un soulagement. Et ce soulagement agit comme une récompense. Il donne envie de recommencer à éviter. C'est ce qu'on appelle un renforcement négatif. Négatif, non pas parce que c'est une punition, mais parce qu'on en retire quelque chose de désagréable. La peur. Le problème, c'est qu'en évitant, on ne vérifie jamais que la situation était supportable. Et la peur, elle, reste intacte. Quand je repense à ces deux mois, tout y est. Les trois jours de soulagement. La récompense. Le jeu. Une façon d'éviter, même d'y penser. Et pas un seul trajet à affronter en deux mois. Résultat, ma peur n'avait jamais eu l'occasion d'être démentie. Alors, elle m'attendait, intacte, le premier matin de ma reprise. Aujourd'hui, je sais que ces deux mois m'ont appris quelque chose que je n'aurais peut-être pas compris autrement. Pour moi, fuir n'a pas été la solution, et le soulagement à court terme non plus. Et ce qui m'apaisait sur le moment, était exactement ce qui m'enfermait. Depuis, le chemin a été long. Il y a eu des rechutes, des doutes, mais il y a aussi eu des métros repris, des journées de travail traversées, des défis que je me suis lancés. Petit à petit, j'ai appris à ne plus fuir chaque situation qui me faisait peur. Pas d'un coup, pas parfaitement, à mon rythme. Et d'ailleurs, c'est pour ça que ce podcast est né. Si en ce moment vous êtes chez vous, et que sortir vous paraît impossible, Je ne vais pas vous dire quoi faire, je ne suis pas thérapeute, et chaque histoire est différente. Je peux seulement vous dire une chose, ce soulagement d'être enfin à l'abri, je l'ai connu. Et cette impression d'être prise au piège, aussi. Vous n'êtes pas seul à la ressentir. Pour moi, le pas le plus important n'a pas été celui qui m'a fait sortir de chez moi. Ça a été d'accepter que ma peur sorte avec moi. C'est la fin de cet épisode. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Si le podcast vous plaît, n'hésitez pas à en parler autour de vous. Et n'oubliez pas, chaque pas compte, même les plus hésitants. Ensemble, faisons de l'anxiété un simple chapitre dans votre parcours, et non le titre de votre histoire. Je vous dis à bientôt, dans Même plus Peur, c'était Clément.