Speaker #018h, ma journée est finie. Je pourrais partir, mais je reste. 10 minutes, puis 15, puis 20. Officiellement, j'attends mes collègues pour rentrer avec eux. Du moins, c'est ce que je me dis. Parce qu'en vérité, ce qui me retient, c'est l'idée de descendre, seul, sous terre. Bonjour à toutes et à tous, c'est Clément bienvenue sur Même plus peur. Anxieux depuis plusieurs années... Je ne suis ni médecin, ni thérapeute, juste le cobaye. Et ce podcast, c'est un peu mon carnet de bord. Aujourd'hui, nouvel épisode lié à des défis d'exposition. Pour rappel, un défi bienveillant, c'est un défi dans lequel j'enfile mon costume de cobaye et ma blouse de chercheur pour m'exposer de manière prolongée à des situations qui me posent problème dans la vie de tous les jours. Tout ça, dans le but de les documenter et de vous partager les coulisses de l'exposition. Ces épisodes ne sont en aucun cas des outils ou des techniques à reproduire. Ils servent de documentation, de motivation et d'idées à tous ceux qui souhaitent aussi faire ce travail à leur rythme. Pour ce nouveau défi, j'ai sauté le pas et je me suis décidé à affronter l'une de mes plus grandes peurs de ces dernières années, les transports en commun. Pour faire un court résumé historique de ma relation avec ces derniers, il faut comprendre que ça n'a pas toujours été aussi compliqué. Je les ai pris quotidiennement pendant presque 4 ans, plus de 2 heures par jour pour me rendre à l'école. Bien que ce n'était jamais agréable d'être serré au milieu de dizaines de personnes, d'avoir affaire avec les retards des trains, les odeurs des stations, ou encore les humeurs des autres usagers, habitant en région parisienne, cela ne m'a jamais vraiment posé problème. C'est d'ailleurs à ces moments que j'en profitais pour faire le plein de musique. J'enfilais mes écouteurs et j'étais dans ma bulle. C'est là que j'ai écouté mes premiers albums de rap, de rock, de variété française. C'est aussi grâce à cette période que je suis aujourd'hui un candidat redoutable lors de soirées blind test. Bref, tout ça pour dire que je n'avais pas d'appréhension particulière au départ et que ce moyen de transport n'était pas destiné à devenir aussi difficile une fois que les crises d'angoisse répétées ont commencé à envahir mon quotidien. Depuis, j'ai fait un nombre incalculable de crises de panique en les empruntant. Au moment où je n'avais pas d'autre choix que de les prendre pour me rendre à l'école, puis au travail, c'était pratiquement une par trajet. J'explique d'ailleurs la difficulté de ces trajets dans mon épisode témoignage que je mettrai en description. C'est ainsi que les transports en commun sont devenus au fur et à mesure mes pires ennemis. A tel point que rien que le fait de voir des images ou d'en entendre parler me terrorisait. C'est pour cela que quand l'occasion s'en est présentée, je me suis pris une voiture. Bon. Ce n'était pas forcément mieux non plus, surtout au début, car la peur de prendre la voiture était belle et bien présente. Néanmoins, elle était moins forte que celle de prendre les transports. Et cela me permettait de m'exposer en voiture, mais surtout d'éviter de me retrouver à prendre les transports publics. A partir de ce moment-là, je suis passé de trois fois par semaine minimum à une fois par mois. Un soulagement, sauf quand il fallait les prendre, exceptionnellement pour une sortie à laquelle je ne pouvais pas m'échapper. À ces moments-là, rien n'avait changé. Et c'était même encore pire qu'avant. C'est en avançant dans mes recherches, dans mon propre cheminement, que j'ai compris que les éviter n'était pas la solution et qu'il fallait bien à un moment donné me remettre sur les rails. C'est ainsi qu'est né ce défi. Tout le long du mois de juin, j'ai choisi de me rendre au travail uniquement avec les transports publics, c'est-à-dire trois fois par semaine. Petite subtilité, et pour faire le lien avec le défi précédent sur les béquilles, je continue de ne plus les prendre. Pour ceux qui ne voient pas de quoi je parle, je vous invite à écouter les épisodes liés au défi précédent. Comme toujours, ils seront en description. Pour éviter de faire un épisode trop long et trop lourd à vous expliquer chaque trajet, j'ai choisi de faire un résumé de ce que j'ai appris durant ce mois et des faits les plus marquants de ce défi. Le premier jour s'est relativement bien passé. Il y avait l'appréhension, car je savais que ça allait être mon quotidien pour les semaines suivantes. La motivation, elle, elle était bien là. Et donc, tout s'est bien passé. Les jours qui ont suivi, je sentais que les retours, le soir, étaient plus compliqués. Avec la fatigue et les différents stress accumulés de la journée, je me sentais beaucoup moins serein à l'idée de me retrouver pendant une heure piégé à des dizaines de mètres sous terre. Je sentais que mon hyper-vigilance était décuplée et que la moindre sensation était amplifiée. Ayant bien noté que les trajets du soir me rendaient plus angoissé, j'ai commencé à les anticiper. C'est-à-dire que pendant mon trajet du matin, je pensais déjà à celui du soir. Mes vieux schémas revenaient donc en force. Et bizarrement, ou pas, j'attendais des collègues pour pouvoir rentrer et faire une partie du trajet avec eux. Sinon, je ne vais pas vous mentir en inventant un moment d'angoisse inexistant. Puisqu'en soi, à part quelques désagréments de temps en temps liés à des trajets plus longs que d'autres, avec le souffle court, ou encore des vertiges plus importants, j'ai été assez surpris du fait que la plupart des trajets se passaient en fait très bien. Malgré le manque de sommeil, la prise de caféine, la chaleur ou les changements de trajet de dernière minute, et bien en fait, tout s'est très bien passé. Durant ce mois, j'ai eu la chance également de ne pas me retrouver coincé dans une rame ou à devoir attendre une demi-heure à un RER. Disons que je n'ai pas eu de gros problèmes, ce qui en soi est une très bonne nouvelle en tant qu'usager. Mais pour mon exposition, ça en était même presque trop lisse. La différence entre mes trajets de ces dernières années et ceux-là n'avait rien à voir. Ils étaient beaucoup plus simples, et contrairement à avant, où j'étais au bord de la crise d'angoisse à chaque arrêt, là, pas une seule fois, j'ai atteint ce niveau d'anxiété. Même chose pour l'anticipation. Avant, mon trajet commençait bien avant de monter dans la rame. Dès la veille, au moment de me coucher, je me voyais déjà coincé dans le RER le lendemain matin. Pendant ce défi, ce n'était plus le cas. Je vivais les trajets au jour le jour. Au niveau de la préparation des trajets, je les ressentis également. Avant, je regardais tout le temps mon téléphone pour voir s'il y avait des problèmes sur ma ligne et je partais en dehors des heures de pointe pour éviter le monde. Bref, des comportements de sécurité dont je ne ressentais plus le besoin d'appliquer aujourd'hui. Néanmoins, j'en ai noté quelques-uns plus subtils, comme celui d'attendre mes collègues pour pouvoir rentrer avec eux. Alors, ce que j'ai fait... au fil des semaines, c'est que j'ai pris note de tout ça et j'ai essayé de réduire les différents comportements de sécurité que j'adoptais. Par exemple, la première semaine, je faisais mes différents exercices de respiration et visionnage de mes vidéos de bien-être dès la montée dans la rame. Je ne laissais aucun vide. Comme si la moindre seconde de silence pouvait laisser entrer la panique. La semaine suivante, je ne le faisais qu'au bout de 25 minutes. Puis la troisième, je ne le faisais que pendant le trajet du soir seulement. Et enfin... La dernière semaine, je ne les faisais plus du tout. Je me souviens du dernier soir, où je suis rentré seul, sans collègues à attendre, sans exercice de respiration. J'ai enfilé mes écouteurs, j'ai lancé ma musique, et je l'ai écoutée, vraiment, sans scruter les autres passagers, sans guetter la moindre sensation dans mon corps. Ce que je retiens dans cette expérience, c'est que je m'étais mis beaucoup de pression. Je refusais depuis plusieurs mois de me lancer dans ce défi, car je pense qu'honnêtement... C'était le défi qui me faisait le même plus peur. Finalement, avec le recul de ces derniers mois entre le défi et l'écriture de cet épisode, je me rends compte à quel point je n'ai aucun mauvais souvenir associé à cette période. Depuis, j'ai toujours de l'appréhension avant de prendre les transports. Mais contrairement à avant, où c'était insurmontable, maintenant, quatre mois après, je sais que ça se passera bien. Par facilité de déplacement, je continue de prendre la voiture. Mais j'essaye, de temps en temps, de prendre les transports pour continuer ce travail de fond et un jour peut-être, retrouver une liberté oubliée. C'est la fin de cet épisode sur ce nouveau défi bienveillant. En faisant ce défi, j'ai compris que mon anxiété d'anticipation était beaucoup plus importante qu'elle ne l'était réellement. Un peu comme un chien qui aboie fort derrière le grillage mais qui en fait ne fera aucun mal une fois le portail passé. Ce défi m'a permis de passer un cap, tant bien dans l'extension de ma zone de confort que dans ma façon de gérer ces aboiements anxieux, qui en fait ne sont rien d'autre que du bruit. Cela souligne aussi une réelle complexité dans le traitement. On dit qu'il faut s'écouter, mais dans le cadre de troubles paniques ou de l'agoraphobie, il est facile de se laisser convaincre par les paroles anxieuses qui ne nous montrent qu'une seule issue. Libre à nous ensuite de croire ces histoires dont on pense connaître la fin, ou de les vivre pour leur en écrire une autre. C'est la fin de cet épisode, merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Si le podcast vous plaît, n'hésitez pas à en parler autour de vous. Et n'oubliez pas, chaque pas compte, même les plus hésitants. Ensemble, faisons de l'anxiété un simple chapitre de votre parcours, et non le titre de votre histoire. Je vous dis à bientôt, dans Même plus Peur, c'était Clément.