ClémentSi le simple mot « panique » vous serre déjà la poitrine, si l'idée d'une crise d'angoisse vous fait monter la tension, si vous vivez avec la peur constante que cela recommence sans prévenir, alors cet épisode pourrait bien vous aider à comprendre ce qui se passe vraiment. Bonjour à toutes et à tous, c'est Clément, j'espère que vous allez bien. Si l'anxiété est aujourd'hui votre pire ennemi, vous êtes au bon endroit. Ensemble, nous allons apprendre à la comprendre, à l'apprivoiser. Et même en faire une alliée. Bienvenue sur Même Plus Peur, le podcast qui brise les tabous sur l'anxiété. Peut-être est-ce la première fois que vous entendez parler du trouble panique. Et en réalité, ce n'est pas si étonnant. D'abord parce qu'il reste relativement rare. Environ une personne sur 50 y sera confrontée au cours de sa vie. Mais surtout parce qu'on en parle très peu. La santé mentale demeure encore aujourd'hui un sujet très tabou. Certes, on commence à mettre des mots sur certaines souffrances. Mais combien d'autres continuent d'être vécues dans le silence, la honte ou l'incompréhension ? Malheureusement, cela a pour cause de ralentir le temps de prise en charge du patient. Pour le cas du trouble panique, il s'écoule en moyenne 10 ans entre le début du trouble et le moment où la personne cherche un traitement. Aujourd'hui, nous allons plonger au cœur du trouble panique, comprendre ce que c'est, comment il fonctionne et quelles en sont les causes possibles. Bien sûr, cet épisode ne remplace en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé, et il ne sert pas non plus à poser un diagnostic. L'objectif est simplement de vous donner des clés de compréhension, des repères qui, je l'espère, pourront vous aider à avancer. Tout d'abord, on va s'intéresser à la composition du terme "trouble panique". Il est composé du mot "trouble" et du mot "panique". Un trouble, c'est une perturbation dans l'accomplissement d'une fonction physique ou psychique pouvant se manifester au niveau d'un appareil, d'un organe ou encore d'un tissu. On peut parler d'un trouble psychique ou d'un trouble physique. Une fonction psychique, c'est grosso modo un processus mental. Le mot panique, lui, selon le dictionnaire, il s'agit d'une terreur soudaine et irraisonnée. Ainsi, au sens étymologique, le trouble panique correspondrait à un désordre psychique provoqué par une terreur brutale, soudaine et irrationnelle qui viendrait bouleverser l'équilibre normal du fonctionnement mental. Si on veut une définition plus clinique, on peut se tourner vers le DSM-5. Je le rappelle, c'est le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Le trouble panique est la survenue d'attaques de panique répétées, généralement accompagnées de l'anxiété anticipatoire, concernant la survenue de futures crises ou de modifications du comportement visant à éviter les situations prédisposant aux attaques de panique. Selon ce même ouvrage, pour poser le diagnostic, le patient doit avoir des attaques de panique récurrentes, dans lesquelles au moins une attaque a été suivie d'une ou deux situations suivantes pendant au moins un mois. La première, c'est une inquiétude persistante d'avoir d'autres attaques de panique. Et la deuxième, c'est avoir une réponse comportementale inadaptée aux attaques de panique. C'est-à-dire éviter des activités fréquentes telles que les exercices ou les situations sociales pour prévenir de nouvelles attaques. C'est ce qu'on appelle l'évitement. On a vu, étymologiquement parlant et scientifiquement parlant, ce que c'était. Mais concrètement... C'est quoi ce fameux trouble panique ? Dans son livre « Tristesse, peur, colère, agir sur ses émotions » , Stéphanie Hahusseau, une psychiatre spécialisée dans la régulation des émotions, associe le terme du trouble panique avec une phobie des signaux internes. Autrement dit, ce ne sont pas forcément les situations extérieures qui font peur, mais ce qui se passe à l'intérieur du corps. Le moindre battement de cœur un peu plus rapide. Une respiration différente, une sensation inhabituelle, tout est scruté, analysé et amplifié. On parle ici clairement d'hypervigilance corporelle, une écoute excessive des réactions physiques. Ce trouble n'est pas à confondre avec le trouble lié à la maladie, plus connu sous le nom de hypochondrie. En effet, l'hypochondriaque n'a pas peur de faire une attaque de panique. Sa peur est centrée sur le développement d'un trouble grave comme un cancer, faire un AVC ou avoir une maladie rare. Ensuite, pour apporter mon vécu avec ce trouble et comment il s'installe ? Dans mon cas, tout a commencé en juillet. C'était ma première attaque de panique dans un aéroport. Une semaine plus tard, rebelote, juste avant un concert. Puis encore une autre, une troisième, une semaine plus tard, cette fois, dans un bus. On peut déjà noter que ces trois attaques de panique ont eu lieu dans des lieux différents à chaque fois. Entre les crises, tout allait bien. Je n'y pensais pas vraiment. Elles arrivaient comme ça, sans prévenir, et disparaissaient aussi vite qu'elles étaient venues. Comme je faisais pratiquement une attaque de panique par semaine sans raison évidente, forcément, à un moment donné, j'ai commencé à me poser des questions. J'ai fini par comprendre que ce n'étaient pas des cases isolées. J'en faisais une, puis rien pendant deux semaines, puis ça revenait, et ainsi de suite. Petit à petit, je commençais à les attendre, à les anticiper. Pendant un moment, j'en faisais une par mois. Je me souviens très bien, j'en ai fait une le 20 octobre. Eh bien, le mois suivant, dès le 15 novembre, je commençais déjà à me demander quand la prochaine crise allait pointer le bout de son nez. Évidemment, elle finissait par arriver dans les jours qui suivaient, comme je le prédisais. Le mois d'après, je ne l'attendais plus seulement 5 jours, mais 10. Et ainsi de suite, l'anxiété gagnait du terrain, doucement, sournoisement. Ces pensées anxieuses ont tellement gagné de terrain qu'un matin d'août, je me suis réveillé avec des pensées qui ne me quitteraient plus pendant plus de deux ans. C'est là que j'ai compris que le véritable trouble s'était installé. Dans mon cas, cela a pris presque un an entre la première attaque de panique et l'appréhension quotidienne d'en faire une autre. Chez d'autres, ce sera peut-être plus rapide, plus long. Mais ce qu'il faut retenir, c'est que c'est un trouble insidieux. Il se glisse dans votre esprit sans faire de bruit jusqu'à ce qu'il s'y installe pour demain. Vous l'aurez compris, pour résumer simplement, le trouble panique, c'est la peur des réactions du corps en cas de peur. C'est pourquoi on parle littéralement de la peur d'avoir peur. Et c'est justement pour cela que le magazine "Santé Mentale", une revue destinée aux professionnels de santé, place le trouble panique comme une des formes les plus sévères des troubles anxieux. Comme si ce trouble n'était pas déjà assez compliqué à vivre à lui tout seul, il est très souvent accompagné d'au moins un autre trouble. C'est ce qu'on appelle une comorbidité. Les plus fréquentes sont d'autres troubles anxieux, notamment l'agoraphobie, qui est présente dans environ 2 cas sur 3. On retrouve aussi très souvent une dépression majeure. Elle concerne près de 40% des personnes souffrant de troubles panique. Et ce point est important à souligner car cette association s'accompagne d'un risque suicidaire d'environ 4 fois plus élevé que dans la population générale. Parmi les autres comorbidités fréquentes, on retrouve également le trouble bipolaire et les troubles liés à l'abus d'alcool. Ce dernier est d'ailleurs observé plus souvent chez les hommes, qui peuvent parfois avoir recours à des substances pour tenter de gérer ou d'atténuer leur anxiété. Ce n'est donc pas un trouble à prendre à la légère, mais une véritable source de souffrance. C'est d'ailleurs en partie pour cela que j'ai décidé de créer ce podcast, pour mettre en lumière l'impact réel que l'anxiété peut avoir sur la santé, autant mentale que physique. Si vous pensez qu'il peut aider quelqu'un autour de vous, le moyen le plus simple serait de soutenir ce travail et de le partager. Vous pouvez tout à fait laisser un avis ou une note sur votre plateforme d'écoute préférée. Cela permet au podcast d'être plus visible et de toucher d'autres personnes qui traversent peut-être la même chose souvent en silence. Pour comprendre pourquoi ce trouble peut prendre une telle place dans nos vies, il faut maintenant s'intéresser à ses causes. D'où vient-il réellement ? Et pourquoi certaines personnes y sont-elles plus vulnérables que d'autres ? Tout d'abord, si vous voulez comprendre ce qui provoque la première crise d'angoisse, j'en parle dans l'épisode « Crise d'angoisse, symptômes, mécanismes et fausses croyances » . Ici, je vais m'attarder sur ce qui va déclencher ou non la survenue du trouble panique à la suite de cette première crise d'angoisse. Premièrement, on sait qu'il touche les jeunes adultes entre 15 et 25 ans et qu'il touche deux fois plus les femmes que les hommes. De manière générale, nous allons étudier les facteurs prédisposants, c'est-à-dire les caractéristiques qui facilitent le développement du problème. Il y en a deux types. On les appelle les vulnérabilités biologiques et les vulnérabilités psychologiques. Je vais commencer par les vulnérabilités biologiques. Dans un premier temps, elle concerne certaines dispositions tempéramentales, notamment dans la nervosité. Certaines personnes présentent dans la plupart des cas une plus grande nervosité. Elles ont tendance à réagir plus intensément aux événements du quotidien, y compris à des situations perçues comme banales par d'autres. Cette sensibilité accrue peut favoriser des réponses anxieuses plus marquées. Ensuite, elle concerne le seuil de déclenchement de la panique. Chez certaines personnes, ce seuil serait plus bas. Des niveaux de stress relativement modérés suffiraient à activer une réponse de panique. Le système d'alarme interne se déclenche alors plus facilement parfois sans danger réel immédiat. Enfin, on observe chez certaines personnes l'apparition très précoce d'un tempérament d'inhibition comportementale. Celui-ci se manifeste dès l'enfance par une tendance à la prudence excessive, au retrait social, à l'évitement des situations nouvelles ou inconnues, ainsi qu'à une attitude globalement craintive. Ce type de tempérament n'est pas pathologique en soi mais il peut constituer un terrain favorable au développement de troubles anxieux plus tard dans la vie. Pour ce qui est des vulnérabilités psychologiques, on va y retrouver la tendance qu'un individu a de percevoir l'anxiété comme un phénomène nocif ou nuisible. Les recherches suggèrent que les personnes qui portent une attention excessive à leurs sensations physiques seraient plus à risque de développer un trouble panique. Ces sensations, pourtant banales et souvent sans danger, peuvent alors être interprétées comme des signaux alarmes. Cette manière de percevoir l'anxiété se construirait en partie dès l'enfance. Elle peut être influencée par la façon dont les parents réagissent aux émotions négatives. En les traitant comme quelque chose de grave ou de menaçant, ces réactions, conscientes ou non, peuvent façonner durablement la relation que l'enfant développera avec ses propres émotions tout simplement par mimétisme. Par ailleurs, On retrouve plus fréquemment chez les personnes souffrant de troubles paniques des antécédents d'abus physiques ou sexuels durant l'enfance. Ensuite, le trouble panique semble se développer davantage chez les enfants ayant grandi dans des environnements parentaux marqués par une rigidité excessive, une incohérence éducative, des réactions explosives, de la négligence ou, à l'inverse, une surprotection importante. On observe ainsi que, comme souvent en psychologie, De nombreux facteurs prennent racine dans l'enfance. Le développement émotionnel d'un individu est fortement influencé par les comportements, les réactions et les modèles, conscients ou inconscients, transmis par les figures parentales. Ce que je viens de vous présenter agissent comme des facteurs de vulnérabilité ou d'aggravation, et non des causes systématiques. Si vous vous reconnaissez dans certains de ces éléments, cela peut éventuellement vous aider à mieux comprendre votre parcours. et à identifier des pistes de réflexion. A l'inverse, ne pas s'y reconnaître n'a rien d'annormal. Ces facteurs ne sont ni universels, ni indispensables au développement du trouble. Enfin, toujours dans le livre « Tristesse, peur, colère, agir sur ses émotions » évoqué tout à l'heure, l'autrice explique aussi que le trouble panique apparaît très souvent après un événement de vie particulièrement éprouvant sur le plan émotionnel. Cela peut être un divorce, un licenciement ou encore un deuil. Et, point important, elle souligne que le trouble panique est très fréquemment associé à une peur des émotions en elle-même. Et oui, les émotions provoquent naturellement des sensations physiques, et lorsque ces sensations sont mal interprétées, elles peuvent rapidement être perçues comme dangereuses et ainsi créer de l'anxiété. Comme on a pu le constater, il n'existe pas de cause unique ou universelle permettant d'expliquer l'apparition du trouble panique. Chaque parcours est singulier, et les facteurs en jeu varient énormément d'une personne à l'autre. J'espère que cet épisode vous a aidé à mieux comprendre de manière concrète ce qu'est le trouble panique et les mécanismes qui participent à son déclenchement. Je vous invite à poursuivre l'écoute du podcast, notamment pour découvrir les axes sur lesquels s'appuyer pour avancer vers la guérison. Pour finir sur une touche positive, souvenez-vous. Avoir peur de la peur, c'est une preuve de sagesse. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la phrase prononcée par le professeur Lupin à Harry Potter lorsqu'il lui confie sa peur des détraqueurs. Alors, dites-vous que, si vous vivez avec un trouble panique, vous avez un point commun avec l'un des sorciers les plus courageux de cet univers. C'est la fin de cet épisode. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Si le podcast vous plaît, n'hésitez pas à en parler autour de vous. Et n'oubliez pas, chaque pas compte, même les plus hésitants. Ensemble, faisons de l'anxiété un simple chapitre de votre parcours, et non le titre de votre histoire. Je vous dis à bientôt, dans "Même plus Peur", c'était Clément.