Lucas SarbachJe m'appelle Lucas Sarbach, je suis Haut-Valaisan, vous entendez mon petit accent. Depuis 12 ans, je travaille chez l'entreprise Ceres. C'est un très grand plaisir d'être en présent aujourd'hui, de revoir, re-rencontrer beaucoup de gens que j'ai déjà rencontrés avec le travail avec les plantes. C'est touchant et je suis vraiment aussi fier de pouvoir travailler dans cette filière des plantes. C'est quelque chose qui nous ancre, qui nous donne un peu quelque chose de concret et aussi, je trouve, de force dans ce temps pas toujours simple, j'avoue. Et surtout, avec cette actualité, influence du changement climatique avec le COP qui se passe en même temps. Moi, je me compte encore comme jeune. J'ai déjà un peu de cheveux gris, mais je fais partie de la génération jeune qui est sur Facebook, Insta. C'est un monde fou. J'avoue que ça part dans tous les sens. on est beaucoup impacté par ça. Donc, ce n'est pas toujours simple de gérer au niveau d'émotion aussi ce monde, ce qui se passe, c'est la folie. Donc, je suis très reconnaissant de pouvoir travailler des plantes. Je me suis demandé la question, qu'est-ce que je pourrais partager du changement climatique ? Je n'ai pas des données, je n'ai pas des tableaux Excel, je n'ai rien de quelque chose qui peut convaincre quelqu'un. Alors, je me suis posé la question, Donc, qu'est-ce que je pourrais partager ? Donc, c'est tout simple, comme la nature, souvent, elle est complexe, mais elle est simple. C'est mon travail, c'est tout simplement le travail que je fais avec Ceres depuis ce temps. Donc, je vais vous présenter d'abord l'entreprise, qu'est-ce qu'on fait, un peu la philosophie, la production des produits, sans trop entrer dans les détails. Et dans une deuxième partie, j'ai essayé d'analyser... où on est confronté avec ce changement climatique dans notre quotidien, dans notre travail avec les plantes. Et j'ai essayé d'analyser ça un peu. Et ensemble, on va découvrir maintenant ces deux parties. Donc, je veux me lancer dans le portrait de la société. Pour ceux qui ne connaissent pas, l'entreprise Ceres a été créée par la famille Kalbermatten au lac de Constance. Ca fait déjà plus de 30 ans qu'on travaille. Déjà dans la deuxième année de leur existence, ils ont créé une succursale en Allemagne, à Nordrhein-Westfalen, à Thürnich, pour la distribution des produits en Allemagne. Donc on ne vend qu'en Suisse et en Allemagne, ça c'est notre marché. En 2012, on a ouvert le deuxième site de production qui est, comme Julien l'a dit, juste à 30 minutes d'ici à Naxe, donc c'est très proche. Aujourd'hui, l'entreprise est dirigée par la deuxième génération. C'est vraiment une entreprise familiale, ça restait dans la famille. C'est dans la deuxième génération. Les deux fils, Christophe et Pascal, font une co-direction. C'est un peu atypique, mais toute l'entreprise, de toute façon, est atypique, vous découvrirez petit à petit après. Entre temps, on a aussi agrandi, c'est clair, on est 60 collaborateurs sur ces trois sites différents, et pour parler un peu des chiffres, sur ces deux sites à Kesswil et Nax, on traite 10 tonnes de plantes fraîches, manuellement. Alors ça paraît pas beaucoup et beaucoup en même temps, si vous comprenez après comment on travaille. Alors on traite 10 tonnes de plantes fraîches qui nous fait approximativement 17 tonnes de teintures mères fraîches. On produit vers les 6 tonnes ici à Nax et 10 tonnes à Kesswil. Ça dépend des années, ça dépend de l'impact du climat, le marché et tout ça. La gamme de Ceres se base sur une soixantaine de plantes indigènes différentes et depuis cette base, on produit à approximative 75 produits différents. Alors la base, c'est des teintures mères, donc rien à voir avec les huiles essentielles. C'est une teinture mère, c'est un extrait hydroalcoolique d'une plante. C'est vraiment simple la fabrication. Il y a une partie plante, une partie alcool diluée avec de l'eau distillée. On broye, on laisse macérer et on fait un extrait. Ça, c'est une teinture mère. Et à base de ça, on peut faire des dilutions homéopathiques. Alors on a aussi une petite gamme de dilution homéopathique, c'est des plantes toxiques. Atropa, Belladonna, Aconitum, Anapellus, vraiment des plantes fortes et toxiques qu'on dilue pour avoir une dilution homéopathique. Et en plus, on a encore quelques mélanges. C'est des Compositum, Alchemilla Comp, par exemple, où il y a plusieurs plantes composées qui font un complet. Mais ça, c'est déjà trop dans les détail. C'est juste pour vous donner un peu une image qu'est-ce qu'on fait chez Ceres. Alors, pour la structure, j'ai parlé déjà des sites différents. C'est ça qui est un peu atypique. Il y a la centrale à Kesswil, au lac de Constance. Il y a le deuxième site qui est en Allemagne, à Thurnich, qui est uniquement un site de distribution en Allemagne. Et il y a le deuxième site de production à Naxe. Donc là, vous voyez, déjà, c'est un peu atypique. Au niveau économique, ça ne fait pas beaucoup de sens. Mais je vous explique après pourquoi on a pris cette décision. Alors, c'est quoi les particularités des remèdes Ceres ? Parce qu'il y a beaucoup de producteurs des teintures mères. Comment, pourquoi on se spécialisait sur cette forme de la plante médicinale ? On a entendu avant, le monsieur a parlé des huiles essentielles, il y a des extraits secs, hautes dosées, il y a plein, plein, plein de formes. Comment on peut utiliser une plante médicinale ? Nous, on a choisi la forme de la teinture mère. Alors, qu'est-ce qui est la particularité chez nous ? Les produits de Ceres ont un dosage très faible. Ça, c'est vraiment quelque chose qui est le plus important quand on compare avec une teinture mère industrielle sans jugement qui est sur un dosage de 3 fois 20, 3 fois 30 gouttes. C'est complètement normal aujourd'hui, on est vite sur un dosage entre 60 et 90 gouttes. Donc, un petit flacon, ça ne va durer pas si longtemps. Le dosage de Ceres, c'est 3 fois 3 gouttes à 3 fois 5 gouttes. Donc, vous voyez, c'est une énorme différence. Un flacon de Ceres, ça coûte un peu plus cher au début pour l'acheter, mais ça va durer beaucoup, beaucoup plus long. Moi, j'en ai encore des teintures quand j'ai commencé qui ont 12 ans. Et je les ai pris une ou deux fois sur un certain temps et ça dure encore parce que le dosage est si faible. Ça, c'est une des particularités les plus importantes. Je vous expliquerai après pourquoi, comment on arrive à ce dosage. Un deuxième pilier qu'on doit aussi parler, c'est vraiment cet effet holistique. Alors, on peut dire que le produit Ceres, il répond sur les trois niveaux : corps, âme, esprit, on parle souvent de ça, ou on peut aussi parler de composants actifs, informations, énergie, sans trop rentrer dans l'ésotérique, si j'utilise le terme énergie, nous on comprend plutôt une force vitale, la force vitale de la plante qui fait vivre une plante, c'est vraiment ces trois niveaux où le produit agit, et ça c'est un très grand avantage. Ce n'est pas seulement phytothérapeutique, ça fait le lien entre la phytothérapie et l'homéopathie. Ça, c'est un très, très grand avantage avec ces produits Ceres. Et en fait, on peut aussi utiliser les produits selon l'essence de la plante. Je vous parlais avant que j'ai beaucoup de plaisir à travailler avec des plantes. Pour moi, une plante, comme c'était déjà dit avant dans les autres présentations, ce n'est pas juste un livreur d'une substance. On peut voir ça comme ça. C'est juste comme le monsieur au début, il a présenté une vision de monde technique. Ça ne nous donne que cette plante, elle livre cette molécule. Fini. Un être vivant, une plante, un caractère, a une force, un message, quelque chose. Et comme on a entendu avant, les plantes, elles évoluent avec nous aussi. Donc ce n'est pas un être qui a toujours été là. C'est sensible, c'est vraiment un échange. Une plante peut disparaître, et il peut y avoir une autre plante qui peut venir. Donc c'est quelque chose de très subtil, de vraiment que j'ai beaucoup de respect, en touchant quelque chose de très mystérieux aussi. La vie, c'est un mystère à la base. Et quand on travaille des plantes, on essaie d'avoir ce regard, le respect auprès de la plante. Elle a un cycle de vie, elle a un rythme, elle a un message. Et l'essence de la plante, c'est vraiment le caractère de la plante. Comme exemple, on peut avoir deux plantes qui agissent sur le système respiratoire, le thym et le plantain. Qu'est-ce qui est la signature de la plante, l'essence ? Le plantain, il est le pompier, on peut dire. C'est le pompier des plantes médicinales Quand on a une toux sèche qui brûle, qui gratte, qui énerve, c'est un processus du feu, du chaud. C'est le pompier qui va bien. Il va amener de l'humidité, de la mucosité, tout ça. C'est le choix, c'est le plantain. Si c'est le contraire, si c'est une toux grasse, avec beaucoup d'exporants, comment on dit ? Expectoration, merci. Il ne faut pas le pompier là, il faut le feu. Donc, c'est le temps. Vous voyez qu'il y a vraiment, les plantes, elles ont un caractère. Et si nous, on parle de la signature, ce n'est pas la signature du Moyen-Âge qui était un peu, pour beaucoup de gens, un peu ridicule. Parce qu'ils ont fait un peu l'association avec les organes. Donc, œil, la plante est une jolie fleur, donc c'est l'œil. Ça ne marche pas comme ça, c'est plus complexe que ça. C'est vraiment une langue qu'il faut apprendre. Mais c'est un très très grand thème, je ne veux pas trop rentrer dedans. On fait aussi des formations sur ça, mais c'est vraiment plus complexe. Mais les produits Ceres, comme ça vous voyez un peu la philosophie qui est derrière, ce n'est pas juste un médicament hop fini, c'est vraiment quelque chose qui nous accompagne, qui nous aide dans le processus de la maladie. Alors, comment on arrive maintenant à avoir ce dosage faible ? que j'ai parlé avant. Nous, on travaille avec quatre piliers de qualité. Ça nous aide dans le quotidien de toujours revenir sur cette philosophie de vraiment avoir une top de qualité des plantes. Alors, la première, vous avez entendu, je suis un amoureux des plantes. Donc, pour nous, c'est clair, la base, c'est la plante. On ne va pas importer une plante de Chine ou de je ne sais pas où, ou acheter quelque part. La base, c'est vraiment la plante. Avec l'humain qui a cultivé la plante, c'est vraiment très important d'avoir cette connexion aussi avec le paysan qui cultive les plantes. Donc, c'est vraiment la base. C'est la haute qualité de la plante qui est tout au début. Le deuxième pilier de qualité, c'est comment on traite les plantes. Alors, dans l'industrie, ce guide qui produit des teintures mères dans une grande échelle, C'est coupé par des cutter, c'est versé dans un grand cutter. Il y a un ou deux personnes qui accompagnent les plantes pendant tout ce processus avec des machines. C'est broyé, mélangé, enlevé avec des pompes à vacuum, etc. Donc, il y a beaucoup de techniques. Donc, chez Ceres, on a décidé de faire le contraire, revenir vraiment sur l'essentiel, donc couper les plantes à la main. Ça paraît basique et simple, mais ça fait une grande différence. Au niveau d'oxydation... Au niveau du choix de la plante, je vais encore parler plus tard de ça, ça fait une très grande différence. Troisième pilier de qualité, c'est vraiment le cœur de la production chez Ceres, c'est ce moulin mortier. Je vous montre après encore un petit film pour mieux comprendre. C'est vraiment ce broyeur qui était inspiré par la tradition, on peut dire, vraiment par le broyeur et le pistil, travailler les plantes comme ils ont fait à l'époque. C'est vraiment le lien entre... la tradition, la modernité, ils ont inventé avec un team de chercheurs et d'ingénieurs ce moulin mortier que je vous montre encore après. Et le quatrième pilier de qualité, c'est le temps de mûrir. Alors le temps, c'est un peu dans le temps, le thème de temps. Tout doit aller vite, plus rentable, plus de quantité, plus vite, plus fort. Donc chez Ceres, les teintures, elles sont stockées pendant deux à trois ans. Et ça, ça fait la dernière grande différence entre une teinture mère standardisée industrielle qui est produite et vendue directe. Parce que la qualité, elle va baisser drastiquement après quelques temps. Chez Ceres, on a vu dans notre processus qu'on a développé dans les 30 ans, c'est le contraire. C'est seulement... Après deux à trois ans de stabilisation, la qualité est sur son optimum et elle va rester là pour des années, c'est stabilisé. Donc ça, c'est encore une des subtilités. Alors, je vais vous montrer maintenant en vitesse un peu ces différentes étapes. De nouveau, ces quatre piliers de qualité. Fabrication des remèdes Ceres, comme j'ai déjà dit avant, on ne collabore qu'avec des paysans qui ont le bourgeon bio suisse ou Demeter. On a une approche directe, on va souvent sur les gens, on va parler avec les paysans. Et après, il y a aussi une deuxième possibilité pour des plantes, ça c'est de cueillir des plantes sauvages. Déjà avant, on a entendu parler de ça. C'est une approche qui nous permet d'avoir toujours une top qualité des plantes, d'avoir cette deuxième possibilité. Comme j'ai déjà dit avant, récolte exclusivement manuelle. Pourquoi ? Parce qu'on peut choisir les plantes qui ont le meilleur stade de développement. On ne veut pas récolter tout un champ de millepertuis. On va prendre que les fleurs qui sont dans leur meilleur état. Et ça, ça fait la différence. Si c'est une machine qui coupe tout le champ, on a peut-être 60% des plantes qui sont dans l'optimum et 40% qui étaient en bourgeon, déjà fanées. Imaginez d'aller chercher que les plantes qui sont vraiment dans leur meilleur état, ça va faire une qualité ultérieure, vous êtes d'accord ? Ça fait une différence. Alors ça, c'est un de nos piliers de qualité. Et sûrement la transformation immédiate après la récolte. On a 24 heures, on va récolter les plantes le plus vite que possible, c'est transformé. Avant, j'ai parlé de l'énergie, de cette force vitale, et c'est ça, c'est vraiment, on va essayer de garder cette force vitale. Alors là, je vais faire un peu plus vite. C'est le moulin mortier que j'ai parlé avant. C'est un système fermé qui est breveté. C'est que Ceres qui travaille avec ça. Et ça, c'est vraiment le cœur de production. Au début, quand l'entreprise a été créée, c'était vraiment ça. Tout ce qui est venu après, la philosophie, tout ça, ça se construisait autour de ça. Il a vraiment découvert une méthode d'extraction fantastique avec ce moulin mortier. Pour finir, ces quatre piliers de qualité, la fabrication, l'étape après le broyage, c'est le rémuage de cette masse végétale. On va tous les jours mélanger cette masse végétale qui a une oxydation homogène et régulière. Après cette étape, il y a le pressage. C'est aussi très artisanal, c'est un pressage de jus de pomme. C'est entre 150 et 250 bar. On va presser et ce qui sort là, ce liquide, c'est déjà la teinture mère brute que les autres producteurs, ils les vendent. Comme je l'ai dit avant, nous, on va encore les stocker dans les dame-jeanne, dans une cave, où il n'y a pas de perturbations pendant deux à trois ans. Et c'est aussi là où il y a le perfectionnement de l'arôme. Les teintures mères Ceres, ils sont vraiment connues pour cet aspect d'arôme. C'est quelque chose qui est plus simple à accéder que l'homéopathie. Quand on a cet arôme de la plante, il y a une liaison directe et ça, ça nous aide plus à trouver la bonne plante et accompagner ce processus. Donc, c'est quelque chose de très, très important d'avoir cette perfection. Bon, là, on va passer maintenant à la deuxième partie où il y a plus de points d'interrogation pour moi que je ne connais pas. J'essaie d'identifier qu'est-ce qui a vraiment un impact direct sur la filière des PAM. plantes médicinales et aromatiques. C'est le CO2, l'augmentation de CO2. Il y a toujours des rumeurs sur les réseaux sociaux. Oui, mais c'est un engrais pour les plantes. C'est bien pour les plantes, le CO2. Oui, on sait, dans une serre, c'est un engrais, ça peut aider aux plantes. Mais dans la nature, on n'a aucune référence. On ne sait pas ce que ça va faire, si ça monte encore. Peut-être que ça peut aussi basculer. On ne sait pas. C'est une grande question ouverte. Bien sûr, canicule, sécheresse, on est tous confrontés à ça, les producteurs. Contraire, inondation, trop de pluie, trop d'humidité, érosion, on perd le sol. Grande thématique. Le risque de gel trop tôt ou trop tard. Ceux qui travaillent avec des arbres fruitiers, c'est quelque chose qui a un impact brusque. La grêle, on a aussi vécu ça, une culture d'alchémille, 300 kilos dans 10 minutes rasées, fini. Ça va très très vite. Des ravageurs, on dit, ravageurs, insectes, grand thème aussi pour les producteurs. maladies, champignons, tout ça. Donc, question, qu'est-ce qu'on fait sur une terre qui brûle ? On ne sait pas trop, je n'ai pas les réponses non plus. On ne sait pas, on verra. On verra, on a des stratégies, on a des idées, et c'est ça que je vais vous présenter un peu maintenant. Qu'est-ce qui a, encore une fois, un peu l'impact direct ? J'ai mis un peu des mots-clés. Pour les producteurs, c'est un peu ça, les questions, le moment de semis, des graines, la variété, le cycle de vie, quel moment je récolte, combien je récolte. Ça, c'est toutes ces questions qui ont un grand impact sur la qualité des plantes, finalement. Alors, beaucoup de questions ouvertes. Alors j'ai essayé de tirer quelques exemples pratiques de Ceres où on est impacté direct. Je vous avais dit, je n'ai pas beaucoup de chiffres, mais j'ai beaucoup d'expérience dans les années qui sont passées. Un grand thème pour nous, c'est sécheresse, humidité. Alors, un exemple, c'est quand on produit la teinture mère,Betula pendula c'est le bouleau qu'on travaille au début d'année. Il nous faut entre 50 et 100 kilos de feuilles de boulot. Donc, vous pouvez imaginer. Tirer toutes les feuilles à la main, c'est quelques feuilles. Je ne les ai jamais comptées, mais ça fait beaucoup. C'est une plante qui réagit beaucoup au climat. Au début d'année, c'est une des feuillus qui fait le plus vite les feuilles. Alors, si on veut faire une teinture mère de cette arbre, il faut être très vigilant. Et ça, c'est quelque chose qui est très, très important pour nous, la vigilance. Il ne faut pas trop rêver, se baser sur des chiffres. Il faut vraiment observer la nature et réagir. Là, j'ai quelques chiffres, c'est le trend qui est important. Vous voyez vraiment la descente de la pente. J'ai déterminé le taux d'humidité de feuilles de bouleau pour faire la teinture mère, parce qu'on a vu que le taux d'humidité est optimal quand il est entre 65 et 70 %. On aimerait bien avoir 70, mais c'est en réalité très très rare. Quand il est plus bas que 65%, le moulin mortier ne travaille plus bien. On a même cassé une fois une vitre parce que c'était trop dur, trop sec. Et paf, ça fait exploser une vitre. Et en plus, le résidu sec après et la densité n'est pas juste. C'est hors norme. Donc, on va faire toute un binz. On est dans la pharmaceutique. Ceux qui connaissent, ils savent ce que c'est. Il faut faire un OOS Change Request, machin truc. Très, très compliqué. Donc, on préfère travailler la plante dans le bon moment. C'est pour ça que j'ai fait, sur plusieurs années, des analyses de taux d'humidité, et on voit que ça va assez vite. C'est drastique, la baisse du taux d'humidité du bouleau. Alors ça veut dire que, pour nous, c'est un moment très fragile. Quand je vois que les feuilles de bouleau sortent, je vais bien observer, je vais faire des taux d'humidité, mais imaginez maintenant, avec le bordel qu'on vit maintenant, qu'est-ce qu'on fait s'il y a pendant un mois plus de pluie ? S'il y a une sécheresse, les feuilles sont minuscules, le taux d'humidité va tout de suite baisser, on a moins de rendement. Je me rappelle d'une année, on a fait au lieu de 90 kilos, sur un jour, on a fait 12 kilos de feuilles avec 15 personnes. Donc ça a un impact direct pour nous. Et pas seulement sur la quantité, aussi sur la qualité. Donc, juste cet exemple pour vous montrer la fragilité du moment précis pour la récolte de la plante. Et c'est un risque parce que c'est déréglé. On ne peut plus compter que, oui, en avril, il pleut toujours beaucoup. Ce n'est plus comme ça. Contraire, trop d'humidité. Alors le mildiou, j'avais l'impression que la culture chez notre paysan démarrait bien. C'est la vierge d'or. Donc c'était une jolie culture. Une semaine après, paf, plein de mildiou. Je n'ai jamais vu ça. Parce qu'il y avait de la pluie. Je n'ai pas compris ce qui se passait, mais il y avait sûrement de la pluie. Et la température élevée et le champignon il adore ça donc ça a explosé tout d'un coup. Alors qu'est ce que j'ai fait ? J'ai tout de suite annulé la récolte. J'ai pris contact avec mes collègues à Kesswil. Est ce que tu as des cultures ? Tu connais des paysans ? On a pris contact avec un autre paysan dans l'Emmenthal où il y avait beaucoup moins de pluie. Alors j'ai pu aller chercher chez lui Donc vous voyez un peu... La stratégie maintenant, je parle déjà un peu de la stratégie qu'on a. Mais ça c'est les risques qu'on vit dans notre quotidien. Un autre exemple, chaleur, froid, c'est quelque chose qu'on est confronté. Cueillette de Lavande, on a collaboré avec un paysan à Premploz, à Loye et à Ernen, donc vraiment sur tout le Valais presque, sur les différentes hauteurs. J'ai vécu une année où il a fait... tellement chaud, il y avait des canicules que les fleurs, elles sortaient et dans le jour même, elles étaient fanées. On n'avait aucune possibilité de récolter les fleurs, tellement il a fait chaud, parce qu'il a fait 38 degrés, je pense. Et au-dessus du sol, il ne faut pas oublier qu'il peut vite faire 40, 45 degrés, même plus. Donc les fleurs, elles sortaient fanées. Donc on n'a pas pu faire une récolte. Comme le moment de récolte est tellement important pour nous, on est vraiment basé sur ce moment précis, juste. Il faut avoir des techniques et des stratégies. Un autre exemple, c'est le cynar, artichaut, qui est très sensible au gel, parce qu'il contient beaucoup d'eau, et c'est aussi, il fait un comportement, c'est une plante bisannuelle. Nous, chez Ceres, on travaille avant la floraison que les feuilles, parce que là où il fait beaucoup de masse végétale, donc notre intérêt, c'est d'avoir de grandes feuilles, beaucoup de feuilles. comme la... La saison favorable est courte en Valais, on a essayé de planter plus tôt pour avoir plus de quantité. Alors, qu'est-ce qui est arrivé avec l'inversion de la température ? Souvent, à Nax, il fait moins froid qu'en bas, à la plaine. On se dit, on va planter à la plaine comme ça la plante est boostée, elle va faire plus vite. Il y avait un gel tard et la plante partait tout de suite en fleur. Il n'y avait pas de rendement. Elle n'a pas fait de petites feuilles et des grands fleurs tout de suite. Alors on n'a pas pu travailler cette plante. C'est une réalité. Je ne veux pas dire que c'est dû au changement climatique, mais c'est pour vous montrer la difficulté des producteurs. On est confronté avec ça tous les jours en fait. Alors maintenant, je veux parler un peu du concret. Qu'est-ce qu'on a comme stratégie chez Ceres ? Et c'est intéressant que quand ça a été créé, il y avait déjà cette vision. Et aujourd'hui on sent que c'était la bonne vision, c'était vraiment la bonne approche. Comme j'ai déjà dit avant, on a deux sites de production et maintenant vous comprenez aussi pourquoi c'est important pour nous. On est dans deux zones climatiques différentes. Alors, un site c'est un axe à 1300 mètres, pas beaucoup de pluie, chaud, sec. L'autre c'est au lac de Constance, c'est le contraire. Beaucoup de pluie, moins de soleil, etc. Donc on a déjà deux zones, deux sites de production. Après, c'est dû à notre processus. C'est un processus artisanal. Alors, on fait des petites charges, des petits lots, mais plusieurs fois sur l'année. Et la gestion des stocks, ça, c'est quelque chose qui est étonnant aussi On a un stock de teintures mères jusqu'à trois ans. Et ça, c'est quelque chose qu'on a vu, qui est très, très important. Si une année, on loupe une culture, dû à une erreur humaine ou climatique, ce n'est pas la fin du monde pour nous. Parce qu'on a encore un stock pour deux à trois ans. Et ça, c'est comme un système de garantie. C'est vraiment ça qu'on a vu, que ça nous donne un peu d'air à respirer, de ne pas trop courir derrière les plantes tout le temps. Après, j'ai déjà parlé avant de l'origine de la plante. Donc, nous, on n'a pas de culture, mais on collabore avec les paysans, les cultivateurs. Et on a aussi la cueillette des plantes sauvages comme backup. Pour certaines plantes, il n'y a que la cueillette des plantes sauvages, etc. Donc, ça nous permet d'avoir deux voies différentes. Après, si c'est cultivé, on a un grand réseau de producteurs. Donc, ça, c'est aussi quelque chose de très, très important. Pas seulement avoir un producteur d'une plante. On essaie d'avoir la même plante chez plusieurs cultivateurs, pour avoir cette sécurité. Et les sites de cueillette des plantes sauvages, c'est la même histoire. On a beaucoup de différents sites de cueillette des plantes sauvages, avec des rotations différentes d'altitude. Et tout ça, on va accompagner avec un système audit assez conséquent. On est dans la pharma, donc on est obligé aussi de prouver d'où vient la plante, quand on a fait un audit la dernière fois, etc. Et ça, c'est juste de nouveau pour vous montrer un peu les altitudes. Là, on a travaillé à 550 kg de dandelion. On a besoin de 1,5 tonnes de dandelion par année chez Ceres. C'est la plante qu'on vend le plus. C'est pour le système digestion. On n'a plus d'amertume dans les salades, dans l'alimentation, donc il faut du taraxacum, c'est bien pour nous. Mais ce sont des grandes quantités qui sont difficiles à trouver. Alors là, je voulais juste vous montrer, on a choisi quatre lieux de cueillette différentes sur différentes altitudes. Ça c'est une technique, on n'arrivera jamais à faire 500 kilos d'un jour d'un cultivateur. Mais sur trois semaines, on arrive à gérer parce qu'on a plusieurs lieux de récolte. Donc, c'est une technique qu'on a développée. Exemple de lavande, j'ai déjà dit avant qu'on avait des cultures dans le Bas-Valais, Valais central, Haut-Valais, et ça dépend aussi fortement de l'exposition. La dandelion, ils réagissent énormément sur l'exposition. Donc, ça peut être un lieu qui est plus bas, mais qui est quand même plus vite près qu'un lieu qui est encore plus bas à cause de l'exposition. C'est toutes ces petites subtilités. Je pense que vous vous posez tous la question, mais comment ils font, Ceres, pour gérer tout ça ? Qu'est-ce que sont les ressources qu'il faut avoir pour une stratégie comme ça ? Parce que ce n'est pas applicable pour chaque entreprise. Pour notre cas, ça va. Alors, capacité d'adaptation. Il faut beaucoup de flexibilité. Il faut une réactivité rapide et il faut avoir une résilience. Au début, quand je commençais à travailler, Je me souviens que j'avais beaucoup de nuits que je ne dormais pas bien. Parce que j'étais en train de checker la météo, en train de faire des messages. Putain, ils annoncent de la pluie, comment on va faire ? La plante, machin, truc. Beaucoup de stress parce qu'on est tellement focus sur ce moment de récolte précis. Avec le temps, j'ai appris à gérer et aussi les paysans, les collaborateurs, ils nous connaissent. On embête, Ceres ils sont un peu fous, mais voilà, on vit de ça et c'est notre approche. Pour tout ça, c'est une réalité, je ne cache pas. Il faut avoir les ressources financières, humaines, opérationnelles. Et souvent, quand on parle d'impact du changement climatique, on parle de nous, les émotions. On va gérer, ça va aller. Je me rappelle de ce premier congrès à Paris. Pariser Klimagipfel 1,5 degré. Les politiciens se serraient les bras, ils se tapaient les épaules. Yes, on va gérer. On est où aujourd'hui ? Ça me fait trembler. Donc, il ne faut pas seulement ça. Il faut aussi avoir, la réalité c'est, il faut avoir des ressources financières. Et on sent aussi, notre marché, il change. On est une entreprise qui est bien posée, 30 ans, mais on commence à sentir, le marché, il change. Les gens, ils cherchent d'autres produits sur Facebook, sur les réseaux, compléments alimentaires, tout ce qui est médicinal, pharma. On voit, et pas seulement chez nous, c'est partout, le climat n'est pas favorable actuellement. Politique. Donc, il faut avoir les ressources humaines et financières pour faire face à cette réalité dure. Je fais le résumé de certaines découvertes que j'ai aussi fait avec vous maintenant. Le changement climatique est une très grande influence sur la filière des PAM. Alors, j'ai parlé aussi un peu avec les producteurs avant. Ça va encore. On gère. On a les quantités. La qualité est très bonne. J'ai même vu des choses positives. Je suis aussi pour parler des choses positives. J'ai l'impression que beaucoup de plantes réagissent au réchauffement plutôt. Quand il fait plus sec, plus chaud, les plantes sont dans une situation de stress et développent plus de substances secondaires. Donc, chez nous, des fois, on dit que cette année, la sauge était particulièrement bien ou l'armoise était très très forte, dû au changement climatique. Donc, il n'y a pas seulement les côtés négatifs. Il faut aussi voir ça. Mais ça a une grande influence. Les défis sont importants, mais il existe des stratégies. Ça, c'est les stratégies que je vous avais montrées. C'est par exemple chez Ceres, on a ces deux sites de production. On a ce système d'alerte avec un grand réseau de producteurs. On a cette possibilité d'aller chercher des plantes sauvages. C'est clair, toujours avec la permission. Tout est fait dans l'harmonie, etc. Donc, les stratégies, ça existe et ça marche. Donc, les ressources opérationnelles sont indispensables. Il ne faut pas trop dormir actuellement. Il faut se préparer pour être prêt, pour avoir la réactivité et tout ça que j'ai dit avant. Grand risque, personne ne sait, comme j'ai dit avant, concentration de l'air dans le CO2. On ne sait pas, ça peut basculer, on ne sait pas. Migration des plantes, grand thème pour nous quand on va cueillir des plantes qui sont déjà sur la limite de la hauteur à 2500 mètres. Comme Mme Fauchère la rhodiola, c'est énorme, l'altitude qu'elle pousse ou la gentiane qu'on va récolter. L'impératoire, qu'est-ce qu'on fait s'il y a quelques centaines de mètres de changement ? Il n'y a plus de montagne, on peut aller au Népal peut-être, mais ici, c'est fini. Alors c'est une réalité qu'on ne sait pas trop ce qui va se passer. Des phénomènes extrêmes météorologiques, grêles, tout ça, c'est clair. Ça c'est tous des trucs qu'on ne sait pas. Changements socio-culturels, on ne sait pas. Donc ça c'est des questions ouvertes. Merci beaucoup pour votre attention et j'espère que c'était clair, compréhensible.