- Speaker #0
Bienvenue dans le nouveau podcast du Barreau de Bordeaux. Il donne la parole à celles et ceux qui ont fait le choix de la robe en partageant leurs souvenirs et leur parcours au service de la justice. Je suis Guéric Brouille-Laporte et vous écoutez
- Speaker #1
Mémoire de Robe.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je m'entretiens avec madame le bâtonnier Caroline Lavessière. Mais avant d'entamer cette conversation... Je rappelle à nos chers auditeurs que vous êtes avant tout une publiciste de passion, au point d'y avoir consacré une thèse portant sur l'impartialité du juge administratif que vous soutenez en 2007. Vous prêtez serment l'année suivante au barreau de Bordeaux. Deux ans plus tard, vous êtes élu premier secrétaire de la conférence du stage qui vous conduit à prononcer votre discours solennel intitulé « Chronique d'un barreau » . Quatre ans plus tard... Vous êtes élu pour la première fois comme membre du Conseil de l'Ordre avant d'être élu en 2017 et 2021. Outre votre participation au jury du CAPA et vos fonctions de vice-présidente de l'Association des secrétaires et anciens secrétaires de la Conférence, vous devenez, peu de temps avant la crise Covid, le vice-bâtonnier de notre barreau, aux côtés du bâtonnier Christophe Bail, avant de devenir vous-même bâtonnier de l'Ordre et actuellement en exercice pour le mandat 2024-2025. Madame le bâtonnier, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour Gaël.
- Speaker #0
Merci de nous recevoir dans les locaux de l'Ordre. Ces locaux sont tout un symbole. Ils symbolisent justement la passation, les souvenirs de notre profession. Aussi, la première question que je souhaite vous poser, et compte tenu notamment de vos riches expériences ordinales, et de savoir quels sont les... Les souvenirs, les anecdotes vécues ou rapportées d'ailleurs, les plus mémorables que vous connaissez sur la vie de notre barreau et que vous êtes, Madame Lebattonnier, autorisée à nous dire, bien sûr.
- Speaker #1
Alors comme tout confrère, j'ai beaucoup d'anecdotes sur ce barreau. J'ai dit des temps d'anecdotes, mais je vais vous en livrer une qui est importante pour moi et qui s'est déroulée dans cette pièce et qui est peu connue puisque nous étions peu nombreux à la vivre. C'est une réunion de la commission Entraide. C'est comme ça qu'on a pris cette commission en 2015. C'est une réunion à laquelle j'ai participé pour la première fois et où j'ai pu constater que des confrères, que je vais nommer, le bâtonnier Bail, Emmanuel Gérard Depré, Jutta Lorich, Jérôme Diroux, des confrères s'occupaient d'autres confrères, avec beaucoup de confraternité et d'engagement. C'était d'autant plus fort qu'il était question d'un confrère qui était très malade, qui est décédé depuis. et pour lequel ses membres du Conseil de l'Ordre mettaient en place tout un tas de mesures d'accompagnement confraternelles pour l'aider au mieux dans cette dernière période de sa vie. J'ai été infiniment touchée par ce dévouement et ça a marqué durablement mon engagement, ce moment confraternel très intense.
- Speaker #0
Ce qui est curieux dans notre profession, c'est que c'est à la fois une profession, il faut se le dire, très concurrentielle.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
et qui a vocation d'ailleurs à l'être de plus en plus, est pourtant très solidaire. C'est-à-dire qu'il y a une forme à un moment donné de « on se soutient les uns dans les autres parce qu'on est dans cette adversité » .
- Speaker #1
Oui, il y a un lien entre nous que perpétue d'ailleurs notre ordre. Moi, je suis une grande croyante de l'ordinalité. Je pense que c'est ce qui distingue profondément notre profession d'une autre profession réglementée. Notre ordre ne ressemble à aucun autre. Et justement, quand il est incarné, il a été à travers les âges, à travers les siècles, par des confrères totalement dévoués et engagés au profit de la collectivité, donc de chacune et chacun des confrères. C'est ça qui fait notre particularité. Et moi, je suis aussi très touchée par les marques de confraternité spontanée, c'est-à-dire... La manière dont, avec M. le vice-bâtonnier, nous sommes parfois appelés pour des confrères qui vont moins bien. Donc, ça nous est signalé par des confrères qui s'inquiètent, qui ne connaissent pas forcément très bien ces confrères, mais qui veulent nous signaler une situation de mal-être, de difficultés passagères. Et ça, c'est particulièrement touchant dans notre profession et dans notre barreau.
- Speaker #0
Et est-ce que vous avez le sentiment que c'est un... Parce que c'est finalement un sujet qui a dû toujours exister. La profession n'a pas forcément toujours été facile. Je me rappelle Henri Robert, dans son manuel en 1923, indiquer que la profession n'avait jamais été aussi tyrannique qu'aujourd'hui, c'est-à-dire un siècle avant. Donc c'est pour dire aujourd'hui. Mais est-ce que vous avez le sentiment que c'est ce sujet ? Peut-être qu'avec notre société actuelle, nos mœurs d'aujourd'hui, on y est peut-être plus sensible et qu'on fait... œuvre de plus de démarches ou est-ce que vous avez le sentiment que c'est quelque chose qui a toujours existé, je dirais, au même niveau ?
- Speaker #1
Je pense que notre métier est de plus en plus difficile quand même dans ces conditions d'exercice. On est de plus en plus sous pression, la pression des clients, les difficultés avec les lois d'addiction, des pressions financières aussi. Et d'un autre côté, il y a une recherche... très importante d'équilibre vie personnelle et professionnelle, quelles que soient les générations. Ce qui me touche beaucoup, c'est que finalement, dans cette profession très individuelle, très indépendante, il y a une qualité d'écoute et d'attention des confrères pour chacun. Alors, bien évidemment, nous sommes 2200, donc chacun n'est pas attentif à l'ensemble du barreau, mais en fonction de son domaine d'activité. Et un intérêt réel pour les thématiques de qualité de vie au barreau, de bien-être ou d'apaisement dans cette profession. Donc je pense que nous allons plutôt dans le bon sens et dans la construction d'une profession plus apaisée, en essayant de trouver des solutions, alors qu'elles sont très individuelles, mais qui sont aussi collectives, et pour lesquelles l'Ordre, bien sûr, a nécessité d'aider.
- Speaker #0
Alors on parle beaucoup des relations entre confrères. justement ces... C'est un métier où le confrère prend beaucoup de place, qui a une place importante pour le mentor. Quels sont vous, Madame le bâtonnier, les avocats, les avocates qui ont marqué votre carrière ?
- Speaker #1
J'ai fait beaucoup de rencontres, et heureusement en 17 ans, de confrères et de consoeurs formidables. Je pense qu'une des rencontres les plus fortes, c'est celle du bâtonnier Michel Dufranc. que j'ai rencontré très tôt dans mon exercice professionnel puisque j'ai été sa première première secrétaire et j'ai pu vivre à ses côtés une partie de son mandat de bâtonnier. Ça m'a beaucoup marquée parce que c'est un bâtonnier qui a été justement très attentif aux confrères au-delà des missions bien sûr de notre ordre, des missions de représentation. Je l'ai vu très préoccupé. des consoeurs et des confrères pendant son mandat. C'est une marque durable. Je citerai également la bâtonnière Anne Cagliofé, puisque j'ai eu la chance d'entrer au Conseil de l'Ordre sous son mandat. Et j'ai eu la chance qu'elle me fasse confiance sur énormément de missions pour notre ordre, ce qui m'a permis de découvrir finalement toutes les facettes des missions d'un membre du Conseil de l'Ordre, qui sont souvent des missions... Presque toujours d'ailleurs, totalement méconnu des confrères, et c'est très bien comme ça d'ailleurs, parce que c'est un travail de l'ombre. Et puis mon ami Christophe Bail, avec qui j'ai vécu une très très belle aventure, grâce à lui, puisque c'est lui qui m'a proposé cette aventure, dans une période très insolite de grève et de Covid et de dévouement total pendant 24 mois à notre barreau.
- Speaker #0
On ne peut pas ne pas remarquer que dans ces trois avocats que vous citez, les trois sont bâtonniers. Est-ce que c'est en partie à cause d'eux que vous avez décidé d'aller dans cette folie qu'est le bâtonnat ?
- Speaker #1
Alors, je pense que c'est oui, c'est à cause de Michel Dufranc et d'Anne Cadiophe. C'est certain. Ensuite, bien sûr, moi, j'ai fait des rencontres formidables à la conférence du stage. parmi les confrères que je côtoie tous les jours dans mon exercice, notamment les confrères publicistes, qui, pour une raison ou une autre, marquent une vie professionnelle, amicalement ou parce qu'ils construisent une réflexion aussi. Mais oui, Michel Dufranc et Anne Cadiot-Fate sont à l'origine, je pense, de mon souhait de m'investir plus, en tout cas pour m'endormir.
- Speaker #0
Dans votre exercice aujourd'hui, quel est l'un des plus beaux moments auxquels vous...
- Speaker #1
Alors, assez étonnamment, moi, chaque moment de mon exercice m'a enthousiasmée. Alors, il y a des moments, bien sûr, où on est très agacé, on est très fatigué, mais je vis cette profession avec beaucoup de passion. Donc, la moindre audience, moi, je fréquente les juridictions administratives, donc la moindre audience du tribunal administratif ou de la cour administrative d'appel m'enthousiasme. Parce que je sais que j'y retrouverai des confrères que j'apprécie et que je porterai les intérêts de mes clients. Mais si je devais me souvenir d'un moment qui m'a particulièrement marquée, c'est encore un moment d'engagement et de dévouement. Et je pense que c'est le groupe des volontaires, tel qu'il s'était d'ailleurs auto-qualifié durant le confinement, le premier confinement. Ces jeunes confrères qui étaient issus de l'Institut de défense pénale ou de la conférence, parfois d'ailleurs qui n'appartenaient pas à un institut, et qui ont assuré les commissions d'office, les comparutions immédiates très exactement, pendant cette période-là pour que les justiciables puissent avoir quand même des avocats dans une période vraiment très très compliquée où les désignations avaient été suspendues. C'était très beau à voir. Ils en ont été d'ailleurs remerciés lors de la rentrée solennelle 2021. Mais voilà, je voudrais que ce souvenir ne soit pas oublié parce que ça montre à quel point notre barreau est engagé. Et je me souviens parfaitement du moment où certains de ce groupe m'ont appelé à une heure ou deux heures du matin pour me proposer un soir. Alors on avait plus d'horaire de toute façon pendant le confinement, mais pour me proposer un soir d'intervenir. ce qu'avec le bâtonnier bail, on a accepté bien évidemment immédiatement.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est un moment exceptionnel, ce Covid, parce que finalement, vous étiez en plus des vices bâtonnières, donc vous avez une vision directe de comment le barreau l'a encaissé, entre guillemets. C'est quelque chose, aujourd'hui, vous pensez que le barreau en a tiré des enseignements ou est-ce que finalement, on s'est rendu compte que c'est quelque chose qu'on avait pu affronter sans trop de difficultés ?
- Speaker #1
C'est une illustration, dans une période très compliquée, de ce que notre barreau est extrêmement solidaire et solide. On l'oublie parfois dans le quotidien, parce que c'est bien normal, on n'est pas confronté à ce genre d'épreuves. Ce dont on s'est rendu compte avec le bâtonnier Bile, c'est qu'immédiatement, les confrères ont pu s'adapter. Alors avec beaucoup de stress, beaucoup d'angoisse, bien sûr. Notre ordre s'est immédiatement mis en télétravail, tous les salariés, tous les permanents de notre ordre ont énormément travaillé. Je pense que c'est la période durant laquelle j'ai le plus travaillé de ma vie. Parce que moi, je cherchais des solutions les plus pratiques possibles, finalement, à une situation qui nous dépassait. C'est-à-dire que les joies d'élection étaient, il faut s'en rappeler, fermées. On avait, nous, des discussions avec les chefs de joies d'élection, bien sûr, qui étaient aux commandes. mais qui n'avait plus de greffe, qui n'avait plus de magistrat. Donc oui, il y a eu une thérapie du choc, mais on a eu surtout l'illustration de ce que notre barreau est extrêmement solide. Et que le barreau français, puisque la plupart des barreaux ont très bien résisté, est très solide et très adaptable.
- Speaker #0
Alors justement, on parlait du barreau français. Vous qui avez quand même une expérience maintenant des autres barreaux, quel mot choisiriez-vous pour décrire notre barreau ?
- Speaker #1
Notre barreau, il est confraternel. À 2200, c'est ce qui, moi, me frappe énormément. C'est un barreau très confraternel, c'est-à-dire très solidaire, très attentif. Alors encore une fois, à 2200, on ne peut pas être attentif à tout le monde, mais je pense qu'il y a beaucoup de raisons à cela. Il y a sans doute une culture, mais il y a aussi une particularité dans notre barreau, c'est qu'il y a beaucoup de collectifs et de regroupements, pas simplement les instituts, mais on fait partie... d'une association sportive d'avocats, de la conférence du stage. On se rend à des manifestations avec le barreau culturel. Bref, on a recréé des familles à l'intérieur de cette grande équipe des 2200. Et donc, ce qui me frappe le plus, c'est cela. Et ça donne une ambiance qui est relativement apaisée. Je mets de côté, bien sûr, les incivilités à la barre qu'on peut tous constater parfois, les énervements. les déceptions auprès de certains confrères, mais globalement, c'est un barreau très confraternel. Il ne l'est pas d'ailleurs uniquement avec ses membres. Il y a une grande attention qui est portée aussi à la confraternité à l'extérieur du barreau et notamment à l'étranger. Moi, je suis toujours très frappée et très émue de constater que les confrères se préoccupent en l'espèce de Sonia Damani du barreau d'Istanbul. Et donc il y a beaucoup de confraternité et de solidarité dans ce barreau.
- Speaker #0
Et pour clôturer notre entretien, madame Le Batonnier, quel conseil donneriez-vous à la jeune génération ?
- Speaker #1
De ne surtout pas avoir peur de s'engager pour son ordre ou pour une activité confraternelle, que c'est une merveilleuse occasion de rencontrer des confrères et bien sûr d'apprendre des choses et de faire des choses pour le collectif. mais surtout de rencontrer des confrères. Et ça, c'est une expérience, je pense, de vie professionnelle essentielle. Bien sûr, on a un métier très solitaire, on peut rester dans son cabinet. Travailler pour le collectif et rencontrer des confrères, c'est ce qui est le plus merveilleux dans cette profession.
- Speaker #0
Engagez-vous sera donc le mot de la fin. Merci Madame Le Batonnier de nous avoir reçus. Merci à vous. Merci d'avoir écouté Mémoire de Robes, le podcast du Barreau de Bordeaux. N'hésitez pas à le partager et à vous abonner. Retrouvez tous les épisodes en accès libre sur barreau-bordeaux.com et toutes les plateformes d'écoute de podcasts. À très bientôt pour de nouvelles voix. et de nouveaux récits.