- Thomas
La plupart des professionnels qui doivent prendre la parole, que ce soit en réunion, en conférence ou face à un client, se préparent sur le fond. Ils connaissent leur sujet, ils ont leurs arguments, ils ont répété. Et pourtant, le jour J, il y a parfois quelque chose qui bloque et que personne n'entraîne vraiment. C'est ce qui conditionne la qualité d'une bonne prise de parole, le mental. Bienvenue dans Mental Décisif, je m'appelle Thomas Brey Raoult, je suis préparateur mental, coach en prise de parole et compétiteur. Et comme toi, je suis en engagé dans ma propre progression. Dans ce podcast, je vais te partager des anecdotes issues du terrain, de ma pratique et de celles des professionnels et des athlètes que j'accompagne. Mon intention, t'aider à construire un mental au service de ta prise de parole, pour que tout ce que tu sais faire sorte vraiment quand ça compte. Parce que le mental, c'est pas ce qu'on travaille quand ça va mal, c'est ce qu'on construit quand tout va bien, pour qu'il soit décisif le jour où ça compte vraiment. Tu connais ton sujet par cœur, t'as tes slides, tes arguments, et pourtant, au moment de parler, il y a quelque chose qui se grippe ? Il y a une semaine, j'ai donné un discours sur exactement ça dans mon club Toastmasters. Je te le partage tel quel, enregistré en live avec une petite expérience que j'ai fait faire à Célia, une membre du club. Pendant l'écoute, je t'invite à garder une question en tête. À quel moment tu te reconnais ? Et reste jusqu'au bout. Juste après le discours, je reviens sur ce qui s'est vraiment passé et sur ce que tu peux en faire dès ta prochaine prise de parole. Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Vous aviez une présentation à faire, une réunion importante où vous deviez présenter votre projet. Vous connaissiez votre projet, vous aviez préparé vos slides, vous étiez parfaitement prêt du point de vue contenu. Et la présentation s'est pas tout à fait déroulée comme vous l'aviez espéré. A qui c'est déjà arrivé ça ? Malheureusement je vois beaucoup de mains qui se lèvent. A ce moment là, il y a plusieurs choses qui ont pu arriver. Peut-être que les mots se sont emmêlés dans votre bouche, qu'ils n'arrivaient pas à sortir. Peut-être que c'était physique la réaction, le cœur qui bat très très très très vite. Un coup de chaud. qui peut être ressentie un peu partout, les mains qui tremblent. Devant votre présentation, il y avait des personnes qui allaient vous regarder, présenter, et qui, finalement, allaient pouvoir vous juger. Et la petite voix dans votre tête qui se dit « Qu'est-ce qu'ils vont penser de moi ? Est-ce qu'ils vont croire que je suis compétent ? Ou pas ? » Finalement, ça nous est tous arrivé. Et dans ces situations-là, ça fait une réaction en chaîne. On a une pensée qui en entraîne une autre, qui en entraîne une autre, et finalement on se retrouve bloqué, ou alors avec un blanc, complètement pendant la présentation. Moi ça m'est arrivé quand j'étais au lycée, une présentation, un exposé, je connaissais le sujet. On avait bossé avec mes collègues, justement cette présentation, et on était plusieurs à présenter. 4. On s'était réparti les slides. Toi, tu fais la première. Toi, tu fais la deuxième. Toi, la troisième. Toi, la quatrième. Et moi, la cinquième. Première. Je commence à sentir que ça monte dans le ventre. Deuxième. Je ne sais pas, je commence à trembler. Troisième. Je me dis, ça va être à moi. Est-ce que je vais arriver à dire ce que j'ai à dire ? Quatrième. La tension est... maximale, pour moi, qui devait passer juste après. Et j'ai pas su quoi dire. Et là, mes collègues, ils ont dû suppler. Ils ont dit « Thomas, tu connais, il faut qu'on parle de ça. » Donc il y a eu plein de « e » là, à ce moment-là. Pour moi qui suis compteur des hésitations et des gaffes aujourd'hui, à ce moment-là, il y a eu plein de « e » de ma part, de la part de mes collègues. C'était vraiment pas agréable à dire. Pourtant, je connaissais le contenu. J'avais préparé cet exposé, aussi bien que mes collègues. J'étais un des meilleurs élèves de la classe, mais pourquoi ? Pourquoi quand j'avais une présentation à faire, je stressais autant ? Tout simplement quand on faisait un tour de table, ou en sport, un tour de la classe pour faire le sport, le même stress quand je devais me présenter, dire qui j'étais. À Toastmasters, quand je suis arrivé la première fois, le même stress. Je dois me présenter, je dois dire qui je suis, je dois dire pourquoi je suis là. Je ne sais pas si vous avez un peu ressenti ça, mais moi c'était ça à l'époque. Et donc en fait, ce que j'ai compris c'est que, on peut avoir le contenu, on peut avoir même les techniques de prise de parole. Parfois ça arrive à des Toastmasters expérimentés, on peut avoir le contenu, les techniques. Il y a quand même quelque chose qui bloque. Mais c'est quoi cette chose qui bloque, finalement ? Finalement, c'est une chose qui fait que on part d'une chose sur laquelle on est en maîtrise, préparer des slides, préparer sa présentation, préparer les mots qu'on va dire, à un environnement où il y a de l'enjeu. Et j'aimerais faire une petite expérience. Qui serait volontaire pour faire cette expérience ? C'est bien ? Parfait. Tu peux te lever si tu veux. Alors, comment ça va se passer ? Je vais te poser une question, tu vas commencer à me répondre, et je vais t'interrompre pour te donner une nouvelle consigne. Ok ? C'est bon ? Je vais te demander, peux-tu me présenter en 20-30 secondes ton métier ?
- Célia
Je fais de la 3D interactive qui consiste à créer de la 3D immersive dans des sites internet. Ça peut être des objets qui vont tourner en 360 grâce à un clic, un drag and drop et un clic. Stop !
- Thomas
Maintenant, ferme les yeux. Imagine, il y a 500 personnes dans la salle. Au premier rang, il y a tes prospects les plus chauds à qui tu veux vendre de la 3D. pour leur nouveau site. Imagine qu'il y a eux, leur PDG, leurs investisseurs, tous les clients potentiels. Et redis-moi, quel est ton métier, Célia ?
- Célia
Je fais de la 3D interactive, c'est-à-dire que c'est une 3D dans les sites Internet.
- Thomas
Stop ! Qu'est-ce qui se passe en toi, là ?
- Célia
Je focus sur... Les impressionner, du coup je suis bloquée.
- Thomas
Ok, ok, très belle démonstration, on peut l'applaudir, on peut l'applaudir, c'est bien, merci. Qu'est-ce qui a changé entre la première situation où je lui demande son métier, où elle nous en parle avec entrain, avec joie, et la deuxième situation où je lui ai juste fait imaginer une salle, des personnes qui comptent pour elle, à qui elle veut présenter son métier, et là il y a un blocage ? L'enjeu ? Les yeux ouverts, elle fermait les yeux dans la deuxième fois, exactement, bien remarqué. Est-ce qu'il y a autre chose qui a changé ? Le contexte. Le contexte, effectivement. Et moi je vois les choses comme ça. Pour moi, une bonne prise de parole, c'est une dichotomie. Et on peut le représenter sous forme d'une équation. Je vais mettre PP pour prise de parole. La performance d'une prise de parole, pour moi, c'est le contenu. multiplié par les compétences en prise de parole, divisé par les interférences. Les interférences qui peuvent être le regard des autres, l'enjeu, la pression, les émotions, et il pourrait y en avoir plein d'autres, des interférences. Les éternuements, ça peut être quelqu'un dans la salle qui interrompt, un téléphone qui sonne, c'est des choses qui arrivent en présentation. Pour moi, si on a un bon contenu, comme j'avais pour ma présentation quand j'étais au lycée, ça ne suffit pas. Et je n'avais pas à l'époque les compétences de prise de parole en public. Donc je suis venu chez Toastmasters les trouver. Et heureusement qu'il y a Toastmasters. Mais en même temps, chez Toastmasters, moi je trouve qu'il manque quelque chose. Et là, ça doit vous paraître évident. Pour moi, il manque le travail sur les interférences. La gestion de, si j'ai un enjeu professionnel important, comment je me prépare à parler devant mes investisseurs, mes clients potentiels ? Comment je me prépare à parler devant le manager, le chef de mon entreprise, pour avoir une promotion ? Justement, ces interférences, on en a vu quelques-unes. Et moi, ce que j'ai envie de faire pour vous, c'est de vous proposer d'assister. à une conférence que je vais donner mardi soir, prochain, sur justement ces interférences qu'on a en prise de parole en public. Et donc, en voyant les interférences, on va voir aussi quelles méthodes on peut utiliser. pour gérer ces interférences. Et donc, si le sujet vous intéresse, vous pouvez venir m'en parler à la pause et je vous donnerai toutes les informations. Sur ce, je vous remercie. T'as entendu Célia ? Deux fois la même personne, deux fois la même question, présente-moi ton métier. Et la première fois, elle en a parlé avec entrain, avec plaisir, alors que la deuxième fois, elle s'est bloquée. Elle s'est concentrée sur ses investisseurs. Et pourtant, entre les deux, Célia n'a rien oublié de son métier. Elle n'a pas perdu ses compétences en 30 secondes. Mais la seule chose qui a changé, c'est ce qu'elle a imaginé en face d'elle. Et c'est exactement ce qui m'est arrivé au lycée, à la cinquième slide. Le contenu, je l'avais, c'est le reste qui n'était pas là. Alors si tu dois retenir une chose de cet épisode, c'est l'équation. La performance de ta prise de parole, c'est ton contenu, multiplié par tes compétences d'orateur, le tout divisé par tes interférences. Je reprends. En haut de l'équation, il y a ce qu'on travaille tous. Ce qu'on va dire et comment on le dit. Les slides, les arguments, la voix, la posture. Et en bas, il y a ce qu'on oublie. Le regard des autres, l'enjeu, la pression, les émotions. Comme c'est une division, plus tes interférences sont grandes, plus elles écrasent tout le reste. Même un excellent contenu, même pour un orateur, expérimenté. La plupart des gens, ils passent toute leur préparation sur le haut de l'équation. Et le jour J, c'est le bas qui décide. Moi, en compétition de golf, je le vis à chaque fois. Au practice, le geste, il est fluide, je ne me pose pas de questions. Et puis, il y a le premier départ en compétition. Et là, le cœur qui bat plus vite, les mains moites ou les mains qui tremblent. Et le geste, c'est exactement le même. La seule chose qui change, c'est les interférences. Et il n'y a aucun sportif sérieux que je connais qui se dit « Je connais mon geste, donc ça va passer en compète » . Non, les sportifs, ils entraînent aussi la compète. Maintenant, je vais être transparent avec toi. Tu as peut-être remarqué qu'à la fin du discours, ce jour-là, mon objectif était clair. Inviter les membres du club à une conférence sur ces interférences. Mais regarde comment j'y suis arrivé. Je n'ai pas commencé directement en leur annonçant la conférence. Je suis parti d'une situation que tout le monde dans la salle a déjà vécue. Ensuite, je leur ai fait vivre le problème avec l'expérience de Célia, au lieu de l'expliquer. Et c'est seulement après que j'ai nommé ce qui manquait, puis proposé quelque chose. Si un jour tu dois présenter un projet, une idée, une offre, retiens ça. On n'a pas envie d'une solution tant qu'on n'a pas ressenti le problème. Alors concrètement, voilà ce que je te propose pour ta prochaine prise de parole. C'est un test. Répète ton introduction deux fois. La première, tu la fais normalement, comme d'habitude. Et la deuxième fois, tu fermes les yeux et t'imagines précisément la vraie salle. Les personnes qui comptent pour toi, ce qui est en jeu, ce que tu as à gagner ou à y perdre. et redis ton intro. Tu peux observer à ce moment-là ce qui change. Peut-être que c'est ta voix, ta respiration, tes pensées ou les mots qui viennent moins facilement. Ce qui change entre les deux, c'est ton dénominateur, c'est les interférences. Et tu ne peux pas travailler une interférence tant que tu ne l'as pas identifiée. Au début de cet épisode, je t'ai demandé de t'intéresser à la question dans quel moment tu te reconnais. Si tu as envie, tu peux me l'écrire et me l'envoyer par message sur les réseaux sociaux. Et je te laisse avec une question pour aujourd'hui. Est-ce que tu es quelqu'un qui prépare seulement ce qu'il va dire, ou quelqu'un qui prépare aussi celui qui va le dire ? Prendre ce temps pour travailler ta prise de parole et ton mental, c'est déjà adopter la posture d'un performeur. Quelqu'un qui ne laisse rien au hasard, pas même son mental. Mon défi pour toi, avant ta prochaine prise de parole, identifie une chose concrète issue de cet épisode que tu vas tester. Juste une. Et si Mental Décisif t'apporte quelque chose, abonne-toi pour être notifié quand un nouvel épisode sortira. Et partage-le à quelqu'un qui prépare une prise de parole importante. A très vite !