Speaker #0Pendant tous ces mois de décembre, nous allons rendre hommage à celles qui ont fait l'histoire. Chaque jour, nous allons parcourir et remonter le temps pour vous présenter une figure marquante qui a lutté, milité pour que le droit à l'avortement soit reconnu. Ces femmes, qu'elles soient pionnières radicales, avocates audacieuses ou ministres courageuses, ont brisé le silence, affronté la violence des débats et permis que le drame de l'avortement clandestin appartienne au passé. Leur combat est le socle de notre liberté et c'est grâce à elles. que nous pouvons aujourd'hui, ici, déculpabiliser et continuer à libérer la parole. Après avoir voyagé des bancs de l'Assemblée nationale au service des hôpitaux, nous faisons aujourd'hui un bond dans le passé. Jusque-là, nous étions sur un calendrier de l'avant chronologique, je ne sais pas si vous vous en étiez rendu compte, mais j'ai oublié de vous parler d'une femme importante. Et derrière cette case numéro 10 se cache Gabriel Petit. Une femme dont le combat a littéralement posé les fondations du droit à l'avortement que nous connaissons aujourd'hui. Alors attention, il ne s'agit pas de la célèbre résistante belge fusillée pendant la première guerre mondiale, mais je vais vous parler de Gabrielle Petit, militante française, figure pionnière dans le combat pour la liberté du corps, qui a ouvert la voie à l'accès à la contraception et à l'avortement. Alors Gabrielle Petit, elle est née en 1860 dans le Comptal, et elle ne vient pas du tout de milieu intellectuel parisien. Elle, elle est issue d'une famille de meuniers et son parcours est celui d'une autodidacte. Elle travaille à partir de 8 ans, elle ne va pas à l'école et elle expliquera d'ailleurs plus tard, je la cite, « Jusqu'à 20 ans, je n'ai eu d'autres professeurs que la nature, les champs, les prés, la forêt pour bibliothèques, le livre de la vie, le plus complet et le plus nouveau, car il y a une page nouvelle chaque jour. » À 14 ans, elle connaît son premier démêlé avec la justice pour avoir jeté des pierres sur la voie du chemin de fer sur un train en marche. Elle et son amie sont condamnées à une amende. Quelques années après, elle est migre aux Etats-Unis, où elle a un fils avant de se séparer de son père, et elle ne revient en France qu'à l'âge de 32 ans, où elle élève seule son fils. Et c'est en 1897, alors qu'elle est âgée de 37 ans, qu'elle s'engage totalement dans la défense et l'assistance aux femmes du peuple et aux enfants. Alors elle observe l'exploitation quotidienne et la double peine que subissent les travailleuses. D'un côté, la charge de travail à l'usine ou à la ferme, et de l'autre... la charge de travail au foyer pour s'occuper de tous les enfants. Dans ces années-là, elle va faire ses premiers pas dans le journalisme en rencontrant notamment Marguerite Durand, qui est une militante féministe fondatrice du journal La Fronde. Et cette conscience de classe l'amène à l'action. En 1904, elle fonde et dirige le journal La Femme Affranchie, qu'elle définit comme l'organe du féminisme ouvrier socialiste et libre-penseur. Dans ce journal, elle publie de 1904 à 1913 Des articles qui dénoncent notamment l'hypocrisie de la société qui criminalise la pauvreté. Elle soutient notamment que les femmes emprisonnées ne l'étaient que pour avoir commis d'autres crimes que d'être ou de prouver. Et de 1904 à 1916, 1907, elle va côtoyer de nombreuses rédactrices, dont Odette Laguerre, qui est pacifiste et féministe, et aussi Nelly Roussel, issue d'une famille bourgeoise catholique, qui rompt à 20 ans avec ses valeurs familiales pour se tourner vers la lutte féministe. Alors le thème central de son militantisme est le néo-malthusianisme, un concept révolutionnaire qui est l'ancêtre direct de la lutte pour le planning familial et la contraception. Donc je vais essayer de vous expliquer un petit peu tout ça simplement, mais pour Gabrielle Petit, concrètement, la liberté commence par le contrôle des naissances. Elle dénonce l'obligation de procréer qui maintient les femmes et en particulier les ouvrières dans une misère perpétuelle, son combat est celui de la grève du ventre. Comment une femme peut-elle s'émanciper si elle doit mettre au monde des enfants qu'elle n'a pas le moyen d'élever ? Alors Gabrielle Petit était une conférencière infatigable. Elle parcourait la France entière, elle diffusait des idées qui étaient considérées comme sédicieuses. Et entre 1904 et 1910, elle donnera plus de 2000 conférences partout en France. Alors son efficacité provoque la réaction violente de l'État. À ce moment-là, elle est rapidement inscrite sur le célèbre carné B, qui recensait les personnes dangereuses et les militantes à surveiller de près par la police. En 1907, elle est arrêtée et emprisonnée à Nancy pour avoir tenu des propos anti-militaristes au cours d'une conférence, une autre de ses causes principales. Et en août 1908, c'est à Besançon que son militantisme lui vaut une nouvelle incarcération. Elle était venue soutenir une grève et les autorités la ciblent directement. Ils l'accusent d'être une fauteuse de troubles et de surexciter la population ouvrière. Malgré sa défense, elle est condamnée à trois mois de prison ferme. A sa libération en novembre 1908, elle tient une conférence dès le lendemain de sa sortie de prison. Et elle se définit alors comme la terreur des bourgeois, des fainéants et des exploiteurs. Ce combat se poursuit malgré un courant féministe majoritaire qui à l'époque se soucie de repopuler le pays et va même jusqu'à approuver en 1910 une répression plus forte de l'avortement. Mais en 1913, Gabrielle Petit et la doctoresse Madeleine Pelletier, je ne sais pas si vous vous en rappelez mais c'est la toute première femme dont je vous ai parlé dans ce calendrier de l'Avent, Elles rédigent ensemble une brochure sur le droit à l'avortement. Madeleine Pelletier, c'était la première femme médecin diplômée en psychiatrie. Et donc elles travaillent ensemble, elles se côtoient. Et si la loi criminalisant l'avortement et la propagande contre l'acception-contraception sera adoptée en 1920, Gabrielle Petit était là, avant, pour dénoncer l'interdiction de parler des méthodes contraceptives. Alors elle se bat pour le droit de ne pas avoir d'enfant, et elle se bat aussi pour le droit de ne plus en avoir, soit la contraception et l'avortement. Gabrielle Petit a continué son combat pacifiste et féministe jusque dans les années 1930. Elle est décédée en 1952. En se battant pour le droit de contrôler la procréation, elle a jeté les bases sur lesquelles le combat pour la légalisation de l'IVG n'aurait pas pu avoir lieu. Elle a fait passer la question de la maternité et du domaine de la fatalité à celui du choix individuel. Elle nous rappelle que le droit à disposer de notre corps est un combat ininterrompu et que parfois les plus grandes victoires commencent par les idées les plus simples et les plus radicales. Alors merci Gabrielle, et je vous retrouve demain pour un nouveau portrait. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le partager, à en parler autour de vous, ou à me laisser un message. 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