- Speaker #0
Pendant tous ces mois de décembre, nous allons rendre hommage à celles qui ont fait l'histoire. Chaque jour, nous allons parcourir et remonter le temps pour vous présenter une figure marquante qui a lutté, milité pour que le droit à l'avortement soit reconnu. Ces femmes, qu'elles soient pionnières radicales, avocates audacieuses ou ministres courageuses, ont brisé le silence, affronté la violence des débats et permis que le drame de l'avortement clandestin appartienne au passé. Leur combat est le socle de notre liberté et c'est grâce à elles. que nous pouvons aujourd'hui, ici, déculpabiliser et continuer à libérer la parole. Nous allons découvrir aujourd'hui qui se cache derrière la case numéro 9. Il est temps d'évoquer une femme dont l'engagement s'est construit directement auprès des corps de femmes. Je parle de Chantal Birman.
- Speaker #1
Je suis sage-femme clinicienne et j'ai été sage-femme clinicienne toute ma vie. Et en même temps, j'ai été militante toute ma vie.
- Speaker #0
Elle est la sage-femme militante qui a œuvré pour... pour que le droit à l'avortement passe de la loi à la réalité, au risque de l'illégalité. Alors Chantal Birman, dont nous allons parler aujourd'hui, elle est née dans les années 1940. Et son enfance et son adolescence ne la prédestinaient pas nécessairement à devenir l'icône militante qu'elle est devenue par la suite. Elle est d'une modestie qui force le respect, en disant qu'elle n'a jamais fait les choses pour elle, mais pour les femmes. Poussée par ses parents vers la médecine, elle passe la porte de la faculté en 1967. à peine une heure, elle raconte qu'elle a compris que les autres élèves savaient et que elle, elle serait toujours dans le doute. Alors elle quitte la fac et elle erre dans les rues de Paris. Avant d'apercevoir le cloître de l'abbaye de Port-Royal, elle voit l'inscription « École de sages-femmes » . Et à ce moment-là, elle se souvient de sa grand-mère qui lui disait que c'était le plus beau métier du monde. Elle est admise dès le lendemain et sa maman, qui vient du coup d'une famille plutôt pauvre, met toutes ses économies pour lui acheter les trois tenues obligatoires. C'est dès ses débuts que Chantal Birman est jetée dans le service qui va radicaliser sa conscience, puisqu'elle complète effectivement l'unique place laissée vacante dans un service où se pratiquaient des avortements illégaux. Alors au début des années 70, les avortements ne sont toujours pas autorisés en France, et elle effectue son premier stage dans un service qui était appelé « les infectés » .
- Speaker #1
J'ai fait mon premier stage aux infectés à l'ISTER, et c'était les femmes qui s'étaient posées des sondes et qui étaient ensuite infectieuses d'avortements.
- Speaker #0
Alors derrière ce service se cachent des femmes qui arrivaient souvent à l'agonie ou gravement infectées, d'où le nom, pour avoir tenté d'avorter clandestinement, souvent en s'introduisant des sondes ou des aiguilles à tricoter, comme on a pu l'entendre dans l'épisode de Michel. C'est dans le regard de ces femmes qu'elles découvrent sa véritable vocation. Elles constatent qu'elles voyaient dans leurs yeux qu'aucune ne voulait mourir, qu'aucune ne regrettait leur décision, qu'elles voulaient juste vivre. Et c'est à ce moment-là qu'elles passent un pacte avec elles, mais aussi un pacte avec elles-mêmes. qu'elle sera toujours là pour les aider. Et elle en tire une conviction profonde, entre la vie et la mort, les femmes choisiront toujours la liberté. Alors son engagement l'amène tout naturellement au combat militant. En 1974, elle intègre le MLAC, le Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception. Ce mouvement pratiquait ouvertement l'IVG illégale pour pallier les carences de l'État. Et avant de pratiquer l'avortement en France, le MLAC organisait aussi des voyages collectifs en Hollande ou en Grande-Bretagne. Et pour celles qui ne pouvaient pas voyager, notamment pour des raisons financières, Chantal Mirement faisait partie de ces militantes qui pratiquaient des avortements par la méthode Carmen, qui était une méthode par une aspiration douce et sécurisée, et elle faisait ça bien sûr dans la clandestinité, mais surtout dans la sororité. Ces femmes-là tenaient à montrer que la loi de 1920 était absurde, parce que l'acte médical était simple, elles s'étaient rendues compte que c'était uniquement un geste chirurgical d'une grande simplicité. Il faut savoir que Chantal Birman, elle utilise la méthode Carmen. elle est sage-femme, mais ce n'est pas le cas dans tous les MLAQ. Et pour ça, je vous conseille de regarder le film « Regarde, elle a les yeux grands ouverts » qui parle du MLAQ d'Aix-en-Provence. On y voit des femmes qui ne sont absolument pas médecins pratiquer ces avortements avec la méthode Carmen. Et d'ailleurs, Chantal Birman, elle décrit cette période comme pleine d'une joie de vivre et d'une sororité intense. Cette femme, elle venait avorter en groupe, dans une atmosphère de soutien mutuel et de non-jugement. Et quelques années plus tôt, elle était déjà là, en 1972, sur le parvis du tribunal de Beaumigny. Et alors, quelques années plus tard, en 1975, elle était bien sur là pour crier victoire à la promulgation de la loi Veil. L'essentiel de sa carrière, elle se passe à la maternité des Lilas. Peut-être que vous en avez entendu parler récemment. C'est une maternité qu'elle a rejoint à 21 ans. C'est un lieu dans lequel elle a découvert l'importance du travail en équipe et elle se souvient aussi de l'entraide, notamment dans la parole des femmes de ménage qui étaient si précieuses puisque c'était les premières à parler aux jeunes mères le matin. Elle exerce également en tant que sage-femme libérale Elle va notamment visiter des familles d'immigrés dans la banlieue nord-parisienne. Et elle consacre 5 ans de sa vie à se déplacer d'immeuble en immeuble, en grappant des dizaines d'étages pour accompagner des jeunes mères en côtoyant la pauvreté. Alors elle défend son métier bec et ongles. Et pendant les grèves des sages-femmes en 2021, elle est là. Elle veut expliquer que ce métier, c'est le curseur de la situation des femmes dans la société. Pour elle, les sages-femmes ne sont ni reconnues, ni considérées comme les femmes. Alors elle s'exprime bien sûr contre la fermeture de la maternité des Lilas en 2022, la qualifiant de conservatoire d'humanité. Mais depuis, cette maternité des Lilas, elle a été fermée il y a quelques mois maintenant.
- Speaker #1
Je me bats toujours pour le droit à l'avortement parce qu'on sait très bien à quel point c'est pas acquis. Les États-Unis nous en ont donné la preuve il y a très peu de temps.
- Speaker #0
Chantal Birman a fait de sa vie un combat féministe, d'abord, puis médical, en nous rappelant que l'engagement des soignants et des soignantes est essentiel pour faire respecter les droits des femmes, de la loi. jusqu'à l'hôpital. Alors merci Chantal et je vous retrouve demain pour ouvrir une nouvelle case.
- Speaker #2
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- Speaker #0
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