- Speaker #0
Pendant tous ces mois de décembre, nous allons rendre hommage à celles qui ont fait l'histoire. Chaque jour, nous allons parcourir et remonter le temps pour vous présenter une figure marquante qui a lutté, milité pour que le droit à l'avortement soit reconnu. Ces femmes, qu'elles soient pionnières radicales, avocates audacieuses ou ministres courageuses, ont brisé le silence, affronté la violence des débats et permis que le drame de l'avortement clandestin appartienne au passé. Leur combat est le socle de notre liberté et c'est grâce à elles. que nous pouvons aujourd'hui, ici, déculpabiliser et continuer à libérer la parole. Bonjour et bienvenue à la case numéro 11 de notre calendrier de l'Avent spécial Merci Simone. Aujourd'hui, nous ouvrons la porte sur le destin d'une avocate et d'une militante qui a fait de la loi une arme au service de la liberté. Nous allons parler de Monique Antoine, une femme au carrefour des combats de son siècle dont la liberté a été entièrement dédiée à la maîtrise par les femmes de leur propre corps. Alors, Monique Antoine, elle est née en 1933 à Paris et son parcours ne se destine pas d'emblée au féminisme. Son premier combat, c'est un combat plus large pour la liberté. Alors, elle est fille de fonctionnaire de poste dans l'Ariège et elle obtient une licence de droit à Toulouse. Vers ses 20 ans, elle est alitée pendant plusieurs années à cause d'un accident de voiture qui handicappe ses jambes. Et en 1960, elle obtient un premier emploi à Paris en tant que conseillère juridique dans une banque. Et dans les années 60, il y a la guerre d'Algérie et Monique, alors jeune militante, s'engage dans le mouvement Jeune Résistance. Alors elle prend un risque immense, notamment celui d'héberger des militants du FLN, donc le Front de Libération Nationale Algérien. Alors cette audace lui coûte cher puisqu'en 1961, elle est arrêtée et incarcérée à la prison de la Petite Roquette et elle n'est libérée qu'en 1962 grâce aux accords d'Evian. Et c'est après cette expérience en prison qu'elle prête le serment et devient avocate. Alors clairement, ce passage en prison, ça a été un baptême du feu qui l'a bien fortifié et elle est désormais une conviction chevillée au corps. La loi, ça doit être un outil pour les opprimés. Alors dans la France de l'après-guerre, à ce moment-là, l'avortement, vous le savez, est un crime passible de prison et des milliers de femmes meurent chaque année dans la clandestinité. Et c'est dans ce contexte-là que Monique Antoine se jette dans la bataille féministe. Elle joue un rôle clé dans la rédaction du fameux manifeste des 343 en 1971, où, vous le savez dorénavant, des centaines de femmes, célèbres ou inconnues, ont déclaré publiquement qu'elle s'était fait avorter. Mais c'est l'année suivante, en 1972, qu'elle va marquer l'histoire. A Bobigny se tient le procès de Marie-Claire Chevalier, cette adolescente de 16 ans qui a avorté. Et l'affaire, c'est un scandale national, mais je vous en ai déjà parlé dans le portrait de Gisèle Aligny. Et Monique Antoine, elle fait partie du collectif d'avocates et d'avocats qui se portent à la défense de Marie-Claire. Et donc, aux côtés de Gisèle Aligny, elle transforme ce procès individuel en une tribune politique, et ce n'est pas Marie-Claire qui est sur le banc des accusés, mais cette loi archaïque et inhumaine de 1920. Alors, Monique Antoine n'était pas seulement une avocate talentueuse, son appartement est vite devenu le quartier général, le haut lieu du... MLF, le mouvement de libération des femmes. Alors, suite au retendissement du procès de Bobigny, il faut transformer l'essai et Monique Antoine cofonde le MLAC, le mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception dont elle sera la présidente de 1973 à 1975, l'année de sa dissolution nationale.
- Speaker #1
Le Black s'installe au Vieil du Temple, à deux pas du domicile de Réunif, et je la cite encore, « Ce ne fut pas facile de trouver un local pour une association dont le but déclaré était la liberté de la contraception et de l'avortement. Nous l'avons repeint en blanc, en bleu, et en blanc. Nous avons placé des gros coussins, des rideaux, des affiches, à nos affiches, le défi du Black, qu'on a, parce qu'il était désiré. »
- Speaker #0
Alors Ali apporte sa rigueur d'avocate et son expérience de militante, et le MLAG c'est un lieu où on n'attend plus la loi. On organise les apportements dans des conditions médicales sûres, et on y met en place une contraception gratuite. C'est de la désobéissance civile organisée, un acte de résistance directe. Dans ce combat, elle fait donc face à différentes attaques, et elle insiste quand même. Elle refuse l'hypocrisie, le dogmatisme, et elle résumait ainsi l'approche du mouvement.
- Speaker #1
Sur un problème aussi grave, qui touche à la vie, à la mort, à l'enfance, à la sexualité... Nous avons su parler et agir sans hypocrisie, sans dogmatisme, avec humanité, humour et intelligence.
- Speaker #0
Grâce à cette pression populaire et militante, la loi finit par changer, vous le savez dorénavant. En 1975, la loi Veil est votée, légalisant l'interruption volontaire de grossesse. Mais pour Monique Antoine, la victoire de la loi Veil n'est qu'une étape. Elle veut continuer d'autres combats. On la retrouve ainsi dans le combat pour défendre la cause des prisonniers, mais aussi dans la lutte pour le droit des prostituées. Et surtout, elle continue d'utiliser son expertise juridique pour que justice soit faite. Notamment, on la retrouve en 1976, où elle se bat pour que le viol ne soit plus considéré comme un simple délit par un tribunal correctionnel, mais comme un crime jugé devant une cour d'assises. Pour Monique Antoine, le viol est un viol, quelle que soit l'origine sociale de l'agresseur, il doit être jugé à la hauteur de sa gravité. Elle est aussi l'une des 21 avocates qui, en 1978, porte plainte en diffamation contre un journaliste qui dénonçait... la féminisation de la profession d'avocate. Alors elle martèle, alors un message universel qui résume son engagement.
- Speaker #1
Les femmes attaquées aujourd'hui sont des juges, des avocates. Demain, dans un autre parti, qu'elles seront médecins ou ingénieurs, ce que certains ne supportent pas, c'est que les femmes agissent, qu'elles participent aujourd'hui de la connaissance, de la mort, de l'égalité et de la liberté.
- Speaker #0
Monique Antoine, elle était réputée pour sa modestie, sa générosité, conseillant souvent gratuitement seules et ceux qui n'avaient pas les moyens de la payer. Et à la fin de sa vie, elle se retire en Ariège, où elle s'engage une dernière fois en devenant conseillère municipale. Elle nous a quittés en 2015, à l'âge de 81 ans, et son travail colossal a été reconnu, notamment par la ville de Paris, qui a inauguré la place Monique-Antoine, pas loin de son ancien appartement. Un lieu symbolique qui ancre la mémoire de cette avocate rebelle au cœur de la capitale, là où elle a lancé ses plus grands combats. Alors Monique-Antoine, ça a été l'une des plus grandes architectes de la liberté des femmes à disposer d'elle-même. Et c'est pour cela que nous lui disons aujourd'hui merci Monique. Et je vous retrouve demain pour un nouveau portrait. Si cet épisode vous a touché, n'hésitez pas à le partager, à en parler autour de vous ou à me laisser un message. Je vous invite aussi à vous abonner sur votre plateforme de podcast favorite, à mettre 5 étoiles, ça aide au référencement et à la visibilité du podcast. Si vous souhaitez avoir plus de contenu, vous pouvez vous abonner à ma page Instagram merci.simone.podcast Et si vous aussi vous souhaitez venir... témoigner au micro de Merci Simone et nous raconter votre histoire, écrivez-moi. En attendant le prochain épisode, Merci Simone !