- Alice
Parfois dans la vie, certaines rencontres ne sont pas un hasard et la maternité est souvent un moment où les femmes se rencontrent de façon différente, peut-être plus intimement, en baissant la garde et cela peut donner de très belles surprises. Je m'appelle Alice, maman de Félix, femme de Luc, ancienne avocate et aujourd'hui fondatrice de Moming, afin d'aider les femmes à réconcilier carrière et maternité. Dans ce nouvel épisode, vous partirez à la rencontre de Lydie Riquier, qui est depuis quelques mois une des créatrices de Moming. Maman de trois enfants, elle est forte d'un parcours professionnel riche et vous allez le voir, de plusieurs vies en une. Lydie va nous partager une vision très personnelle de la carrière, profondément façonnée par ses maternités. C'est un joli moment d'écoute pour découvrir un peu plus les femmes derrière Mom Inc., comprendre ce qui nous anime et pourquoi nous nous engageons avec autant d'énergie sur les sujets de carrière et maternité. Je vous souhaite une belle écoute. Bonjour Lydie !
- Lydie
Bonjour Alice.
- Alice
Je suis contente et soulagée de te recevoir aujourd'hui parce que j'ai cru qu'on n'allait jamais y arriver.
- Lydie
Effectivement, ça a été compliqué mais on est là.
- Alice
Il faut savoir que Lydie est entrepreneur et maman et ses enfants lui ont décidé qu'elle n'avait pas le droit d'enregistrer cet épisode parce qu'il tombe tout le temps malade, la vie normale d'une maman. Donc je suis super contente qu'on ait réussi à faire ça aujourd'hui.
- Lydie
Moi aussi, très heureuse d'être là et même si mon fils a joué des tours pour ma venue jusqu'ici, je suis bien là et heureuse d'être là.
- Alice
Trop bien. Est-ce que tu veux te présenter pour les mamans qui nous écoutent ?
- Lydie
Oui, alors je suis maman, comme vous l'avez compris, de trois enfants. Une grande fille, Capucine, qui a 13 ans, Alexandre, 11 ans et Victor, 8 ans. Déjà en soi, c'est un travail à temps plein. Au-delà de ça, je suis mariée depuis 15 ans maintenant et je suis entrepreneur depuis peu. Je me suis lancée à mon compte il y a quelques mois après une carrière principalement dans le salariat. À différents postes, j'ai essayé plein de choses, des grands groupes, des petites structures, de la start-up, du conseil, de l'entreprise. et aujourd'hui... Je me suis mise à mon compte pour mieux accompagner soit les entreprises, soit les personnes. Voilà, à trouver elles aussi le bon endroit où elles veulent aller et où elles veulent grandir.
- Alice
Trop bien. Merci. Donc, je t'ai invitée aujourd'hui au micro de Moming parce qu'on travaille ensemble. Tu es notre coach qui est arrivé dès le début de l'aventure en septembre. Parce qu'on a reconnecté, après, on ne va pas avoir peur des mots, une vingtaine d'années.
- Lydie
C'est ça.
- Alice
On se fait vieille. Nos mamans sont amies depuis toujours. On a grandi ensemble, mais avec quelques années de différence à Bordeaux. Et tu es revenue dans ma vie cette année parce que tu es passée par l'incubateur Willa, avec le programme Possible, et tu as offert. du coaching à mes copines de promo qui t'ont encensé sur le groupe WhatsApp. Et donc, je vois un message, mais allez voir Lydie Riquier. Et je me dis, mais Lydie Riquier, je la connais. Donc, on est allé prendre un café. C'était début septembre, en pleine rentrée des enfants. Et en pensant, bon, c'est sympa de catch-up. Et en fait, ce café s'est éternisé. Tu as même décalé. Je me souviens, une interview, pour qu'on puisse aller jusqu'au bout de notre conversation, et on s'est dit, on n'a pas envie de s'arrêter là, et c'est comme ça qu'a commencé notre collaboration, que j'espère va durer encore longtemps. Je pense que j'aimerais bien que tu nous racontes un peu plus en détail ton parcours à la fois pro et perso. Parce que tes enfants sont un petit peu plus grands que mon Félix. Et donc, c'est ça que j'aime beaucoup dans notre... La collaboration, c'est notre complémentarité de point de vue. Peut-être que tu peux commencer par les débuts, avant les enfants, puis les enfants, les différentes casquettes. C'est chouette, un parcours comme le tien qui a beaucoup évolué de façon à la fois cohérente et en même temps assez challenging avec trois enfants. J'ai l'impression que tu as su très bien te réinventer. Je pense que tout n'a pas été facile et en même temps, aujourd'hui, tu utilises toute cette expérience et ces savoirs et ces moments douloureux et ces moments de succès pour les apporter pour les autres. Donc, tu es tout à fait le genre de gens avec qui j'ai envie de travailler et à qui j'ai envie de donner une plateforme parce qu'on ne peut que bénéficier de t'entendre nous raconter ton histoire.
- Lydie
Merci Alice. Alors, en fait, j'ai envie de commencer par avant les enfants, oui, mais même encore plus tôt, mon enfance, et je pense ma famille, parce que c'est ce qui m'a construite aussi et qui a apporté mon rapport au travail, mon rapport à la famille, à ce que je voulais faire et reproduire, potentiellement ce que je voulais aussi ne pas faire ou ne pas reproduire. Et j'ai eu la chance de grandir avec une grande sœur. mes parents qui sont toujours ensemble et que j'ai la chance d'avoir toujours aujourd'hui en bonne santé et donc une famille où il y a toujours eu beaucoup de communication, beaucoup d'amour, beaucoup de partage et un vrai dialogue en fait entre nous. Pour autant mon papa et ma maman ont travaillé tous les deux à temps plein je rentrais souvent tard le soir parce qu'on habitait assez loin de là où j'étais à l'école Et donc, on dînait à 20h, 20h15 le soir, quand on rentrait à la maison tous les quatre. Et pourtant, il y avait ces rituels de temps familiaux où on se retrouvait pour dîner ensemble. C'était essentiel, inévitable. On partageait nos journées, nos frustrations, nos désaccords, mais toujours en argumentant, en se challengeant les uns les autres. Et je pense que ça a vraiment contribué à... Ce que j'ai construit par la suite, je suis partie faire mes études à 20 ans à Paris. Et donc, ça a été un chamboulement aussi, parce que très différent de ce que j'avais pu connaître auparavant. J'y ai rencontré celui qui est devenu mon mari, mais on n'était pas encore en couple à cette époque-là. Et même si je me suis assez vite posé la question de ce que je faisais dans ce magistère Banque Finance Assurance, et que j'avais partagé avec mon papa en lui disant que j'avais rien à faire là, que ça ne me plaisait pas du tout, il m'a poussée à y rester. Et je pense que c'est le meilleur conseil de sa vie parce que c'est ce qui m'a permis de connaître mon mari et de fonder ma famille. Et ma vie aurait été très différente s'il ne m'avait pas poussée à rester à ce moment-là. J'ai fait mes années d'études et puis quand j'ai commencé à travailler avec un magistère banque, finances et assurances, Je suis partie en finance, ce qui était une suite logique, sachant que je n'aimais pas trop ça en fait. Je ne sais pas bien ce que je faisais là, mais j'ai continué le chemin. J'ai fait quelques années de conseil financier. C'était intéressant parce qu'intellectuellement, je découvrais plein de secteurs d'activité, plein d'entreprises. J'aimais beaucoup travailler avec les entrepreneurs et les patrons parce que c'est des parcours de vie souvent riches. intéressant avec des problématiques qui sont là aussi très intenses dans leur quotidien.
- Alice
Et puis tu es fille de chef d'entreprise.
- Lydie
Et je suis fille de chef d'entreprise effectivement, les deux, des domaines différents mais les deux. Et pour autant, ce qui n'avait qu'une volonté pour moi, c'était d'aller dans le salariat, de devenir cadre et surtout, surtout ne pas aller dans l'entrepreneuriat. et me mettre à mon compte.
- Alice
Je vois pas mal. Je vois pas mal.
- Lydie
Oui, tu vois bien. Effectivement. Il y a quelques parallèles. Et donc, voilà, j'arrive dans ce milieu-là, très intéressant, mais la posture conseil, on accompagne, et finalement, à un moment, ça s'arrête. Quand la réalité opérationnelle reprend le dessus, nous, on s'en va, et les équipes en place dans l'entreprise continuent. Et donc, assez naturellement, j'ai voulu passer de l'autre côté, aller en entreprise, et j'ai rejoint un... projet très entrepreneurial. J'aime bien raconter cette anecdote qui m'a fait les rejoindre, c'est que c'était des docteurs en sciences qui sortaient de normal sup, très techniques, très bons, etc., mais qui, à ce moment-là, se disent que pour gérer la start-up qu'ils montaient, ils n'avaient pas de compétences économiques, financières, RH, ils voulaient un docteur en économie. Et c'est souvent le cas dans les profils de doctorants, c'est le diplôme suprême et le doctorat. Et j'ai répondu à l'annonce en me disant, un docteur en économie, ça ne va pas leur servir pas grand-chose pour gérer une boîte. Peut-être qu'ils ont vraiment besoin de quelqu'un, et peut-être que ça peut être moi. Et c'est comme ça que je suis arrivée.
- Alice
J'adore. Pas trop de syndrome de l'imposteur, là. Et c'est très positif dans le sens dans lequel je l'utilise.
- Lydie
Oui, oui, après, en fait. Un peu au début, quand je me dis que c'est des gens très intelligents, ils ont un produit qui a l'air extraordinaire, qui donnera naissance notamment aux tests PCR par la suite, qu'on a tous connus. Mais effectivement, quand je vois l'annonce, je me dis, mais pas du tout. Ils sont très éloignés du monde économique, et ce qu'ils projettent ne va pas les aider à grand-chose. J'ai fait pas mal de cours d'économie, microéconomie, macroéconomie. L'application à part théorique me paraissait moins pertinente dans le cadre d'une start-up.
- Alice
C'est drôle parce qu'on dit souvent que les femmes ne répondent à des fiches de poste, à des offres d'emploi que si elles remplissent 100% des qualifications requises. Et là, j'adore. Tu vois l'importance business qu'il faut apporter là et tu vas quand même présenter ton profil.
- Lydie
Oui, parce que peut-être que sur une fiche de poste qui aurait été plus alignée avec ce que je savais faire, j'aurais fait comme je l'ai fait probablement par la suite, regarder que si j'avais 120, 130, 150 % des compétences. Mais c'était tellement absurde que je me suis dit non, même si ce qu'ils attendent, je ne l'ai pas. En fait, ils n'ont pas su calibrer le besoin. Et tu vois, en t'en parlant, je me dis à postériori, c'était peut-être les prémices de... de mon futur en recrutement à ce moment-là, où j'ai lu la fiche de poste et je l'ai déjà challengée pour en faire autre chose et identifier le besoin réel qu'ils avaient à ce moment-là. Et là, j'ai fait pareil. Trois ans et demi, j'ai eu... Alors, c'est vrai que je n'ai pas fait le parallèle avec la vie personnelle, mais dans mon premier poste en conseil, je me suis mariée. C'était la fin du cycle. et puis après j'ai changé de poste j'ai commencé dans la start-up j'ai eu ma fille voilà donc ce qui me permettait d'être quand même assez flexible.
- Alice
Start-up et première grossesse
- Lydie
Start-up, première grossesse, première naissance deuxième grossesse deuxième naissance voilà mes deux aînés je les ai eus en start-up mais c'est vrai que ça m'a permis en fait d'être plus flexible dans mon organisation parce que ça demandait beaucoup d'énergie et d'investissement Mais en revanche, j'étais assez libre de mon temps, de comment je l'employais et comment je voulais m'organiser à titre personnel. Mais effectivement, après le deuxième enfant, ce n'est pas lié qu'à la naissance, mais c'est aussi le constat dans cet environnement-là que la finance, c'était intéressant, que la technicité, parce qu'on avait des produits brevetés, c'était très bien. Pour autant, j'ai eu une prise de conscience vraiment que l'humain était le cœur de l'entreprise. À ce moment-là, en fait, je réalise qu'un super produit, une entreprise qui a levé des fonds, qui est indépendante financière, enfin indépendante, ce n'est pas vraiment de l'indépendance, mais en tout cas qui a du cash flow, sans les bonnes personnes, sans la capacité à retenir ces bonnes personnes avec un plan de carrière, un plan d'évolution, En fait, elle ne fait rien. Et c'est cette prise de conscience qui m'a permis de faire un virage vers les ressources humaines, où je me posais la question de faire un master's P, par exemple. Et finalement, je suis arrivée dans le monde du recrutement, où on m'a proposé de me payer pour me former à faire un des métiers de l'ARH, qui était le recrutement. Je n'avais pas grand-chose à perdre, et j'y suis partie.
- Alice
Très bien. Donc là, tu changes. Troisième carrière, un petit peu. Oui. Avec deux enfants.
- Lydie
Avec deux enfants.
- Alice
Qui ont quel âge à ce moment-là ?
- Lydie
Qui ont quel âge ? Deux ans et six mois.
- Alice
Ah oui ?
- Lydie
Oui.
- Alice
Mais ce n'est pas du tout lié à la maternité.
- Lydie
Un peu peut-être. Mais peut-être que, effectivement, la naissance des enfants fait aussi encore plus comprendre l'importance de l'humain et du lien.
- Alice
Et du coup, là, tu rentres dans cette boîte de recrutement.
- Lydie
Oui.
- Alice
Tu y es restée cinq ans ?
- Lydie
5-6 ans, oui, à peu près.
- Alice
Et puis, troisième enfant ?
- Lydie
Troisième enfant, pas tout de suite. J'attends un peu parce que le deuxième met plus de temps à faire ses nuits que la première. Donc, on ne s'y remet pas tout de suite. Et j'ai mon troisième. Et quand je reviens, peut-être qu'il faut que je revienne sur une grossesse un peu compliquée. Je travaillais beaucoup et j'ai attrapé la grippe en tout début de grossesse. Quand personne ne savait encore que j'étais enceinte, j'ai appelé à l'aide dans SOS mes beaux-parents qui habitaient à Paris à ce moment-là et qui ont appris à la fois ce soir-là quand mon mari m'emmenait aux urgences et pour garder les deux plus grands qu'il y avait un troisième en route et on ne savait pas trop ce qui se passait, si c'était lié à la grossesse ou autre chose. Il se trouve que c'était simplement la grippe et j'ai été très fatiguée. de tomber malade très très vite et j'ai toujours eu des débuts de grossesse où j'étais malade et je perdais du poids. Et avec le travail, plus on a déménagé, on a changé d'appartement. Et un matin, en me levant pour aller travailler, je prends ma trottinette. Comme je contractais beaucoup, dès que je marchais, je faisais tous mes trajets avec une trottinette. qui n'est peut-être pas très recommandée enceinte, alors je ne le conseille pas, et puis vu ce qui m'est arrivé, je le conseille encore moins. Mais en descendant l'escalier, parce qu'on était au premier étage, je prends ma trottinette à la main pour descendre, et je m'entrave, et je veux me rattraper, sauf qu'on vient d'emménager depuis une semaine dans notre nouvel appartement, et la barre de l'escalier n'est pas du même côté que dans notre ancien appartement, et là où j'essaie de me rattraper, en fait, il n'y a pas de barre, il n'y a rien, et donc je tombe sur le ventre, et je fais un étage. Sur le ventre pendant ma grossesse et je me casse le coccyx à cause de ma trottinette qui me tombe sur le coccyx pendant ma chute. Ça fera sourire probablement quelques auditeurs et auditrices et à ce moment-là, comme on me l'a toujours appris, je me relève, j'appelle mon mari et je lui dis non mais c'est pas grave, je vais quand même aller travailler.
- Alice
Oh my god !
- Lydie
Voilà. Et là,
- Alice
t'es combien de mois enceinte ?
- Lydie
Là, j'étais à 5 mois de grossesse. Et j'appelle ma sœur, qui est médecin, qui est toujours là pour les SOS dès que j'ai besoin, et qui me dit très calmement, parce qu'elle garde toujours son calme quand il s'agit de nous rassurer, justement, sur les moments un peu tendus. Elle me dit, non, tu ne vas pas aller travailler. Tu vas aller, tu vas rappeler ton mari. Tu vas aller à la clinique. tu vas vérifier que tout va bien. Donc, pas pour m'inquiéter, toujours hyper rassurante. Elle, elle a probablement mille idées de choses horribles qui lui passent par la tête à ce moment-là. Et puis en pleurs, je lui dis, ouais, peut-être que t'as raison. Voilà. Et donc, me voilà avec mon coccyx cassé, enceinte. Alors, je vous le conseille pas. Soyez prudente, parce que c'est très, très douloureux. Et quand on peut pas s'allonger sur le ventre, Ni sur le dos. Pendant la grossesse, les nuits deviennent vraiment difficiles. Et j'ai été arrêtée, du coup, à partir de ce moment-là. Donc j'ai eu une fin de grossesse très différente de mes précédentes, où j'avais travaillé jusqu'au bout comme j'étais en start-up. Voilà, je ne m'étais pas arrêtée. Et après deux mois vraiment difficiles, où j'avais vraiment très très mal, ça s'est consolidé, j'allais mieux. Et alors là... J'ai eu un huitième et neuvième mois de grossesse extraordinaire où j'ai profité, j'ai pas repris le travail et j'ai pu accueillir mon bébé en pleine forme.
- Alice
Mais non, quelle histoire ! Beaucoup de choses à dire et en même temps je ne sais pas quoi dire. Je suis ravie de savoir que ce baby est un grand maintenant, mais quelle histoire ! Et cette réaction de « Non, mais ça va, je vais au travail » , ça me fait sourire. À la fois, ça m'inquiète et en même temps, ça me fait sourire. Tout le sujet de « les femmes enceintes sont un poids pour la société, sont un poids pour l'entreprise » , ça me fait hurler, en fait. Parce que ton parcours, la chute avec le « se casser le coccyx » avec une trottinette, c'est assez unique quand même. Mais combien on est à… À vouloir compenser le fait qu'on est enceinte, alors qu'on devrait être soutenu et télèbré. Et bon, heureusement que... que ta sœur est là. De toute façon, je pense qu'avec le coccyx cassé, tu ne serais pas allée bien loin, mais quand même.
- Lydie
Je m'en suis rendue compte après, ça. Sur le coup, on a l'impression que, puis en fait, on se lève et là, on se dit que de toute façon, on ne peut plus rien faire. Et effectivement, on ne peut plus rien faire. On est complètement immobilisés. Mais j'aime bien faire le parallèle parce que ça m'arrive assez régulièrement. Et en vieillissant, j'apprends à détecter les signaux. Un peu plus tôt maintenant, quoique on se voit aujourd'hui avec mon genou en vrac et en partie immobilisé, mais mon corps m'a toujours arrêtée. En fait, et ça s'est répété par la suite, quand je ne m'écoutais pas, quand je compensais la grossesse parce qu'il faut être plus, il faut faire toujours mieux, et être au rendez-vous, et avoir la bonne note parce qu'il faut être la première de la classe. mon corps a toujours fini par lâcher et me forcer à l'arrêt.
- Alice
Ça, je me reconnais beaucoup là-dedans. Moi aussi, c'est pareil. Mon corps me dit stop de façon assez forte. Je me dis à la fois, bon, je pourrais être plus forte, et en même temps, non. En fait, il faut être à l'écoute, et c'est une chance d'avoir un corps qui nous dit stop. Mais, ok. Du coup... Troisième baby.
- Lydie
Oui.
- Alice
Et ensuite, nouveau projet.
- Lydie
Nouveau projet, mais lié aussi à l'arrivée de cet enfant, qu'on a choisi d'appeler Victor, parce qu'il avait quand même survécu à un étage sur le ventre, ce qui n'était quand même pas très chouette, ni pour lui, ni pour moi, mais il nageait dans un beau liquide à ce moment-là. Et en fait, Victor a eu assez vite des soucis de santé. À trois semaines de sa naissance, j'étais toujours en congé maternité, il était hospitalisé, en fait il avait de la fièvre et à cet âge-là, il faut aller consulter tout de suite. Et on s'est rendu compte, après des examens, qu'il avait une infection, une pylonefrite aiguë, donc une infection qui remontait jusqu'au rein et un rein qui était trois fois la taille de l'autre. À ce moment-là, on ne sait pas si la maladie est liée à une malformation du rein ou si le rein est inflammé lié à cette pylônéphrite. Donc moi, je pars, on est en vacances dans le sud de la France et je pars en maillot de bain, tongs et shorts aux urgences en me disant, bon, on y va, ils vont nous donner du Doliprane et on repart. Puis en fait, il est hospitalisé une semaine. Ils me disent, madame, vous allez rester avec nous. Mon mari repart me chercher une valise et toutes les affaires pendant que les plus grands sont restés chez les grands-parents. Et là, beaucoup de choses à appréhender parce que, déjà, on ne sait pas ce qu'il a, il est tout petit, on n'a pas été confronté à ça avec les plus grands, donc on découvre avec lui, si petit, le deuil de l'allaitement. parce que je suis très fatiguée, je n'arrive pas à dormir, donc je ne produis plus de lait. Et des infirmières d'une gentillesse absolue qui viennent me rassurer et me dire qu'à ce moment-là, il a besoin surtout de moi et peu importe le lait qu'il prend, il faut que j'arrive à me reposer aussi et à être là pour lui. Mais je me souviens d'une nuit à faire que pleurer avec les infirmières qui venaient me voir. pour me rassurer. Et puis, c'était ce que j'imaginais être mon dernier enfant. Donc, voilà, j'avais envie de profiter de cet allaitement jusqu'au bout. Mais voilà, la vie, on a décidé autrement. Et au bout d'une semaine, il règle l'infection. Mais on a eu des épisodes à répétition. Alors, beaucoup de suivis à partir de cette rentrée-là. Donc, je n'avais pas repris le travail. Je ne reprenais qu'en décembre. On était au mois d'août. Avec des... Des examens médicaux toutes les semaines, des échographies, des prises de sang, suivi de près jusqu'à ce qu'on tout rentre dans l'ordre et qu'on se rende compte que c'était uniquement son infection urinaire qui avait généré ce problème de rein, mais que tout allait bien. Et je reprends le travail en janvier et au mois de février, on part en vacances et il attrape une grosse gastro. Mon beau bébé qui faisait 11 kilos, avec cette gastro, pendant 48 heures va très mal. Je l'emmène voir le pédiatre et puis en fait en une nuit il perd 3 kilos, entre la veille le pédiatre et le lendemain matin. Et pourtant j'étais à lui donner à la pipette du soluté de réhydratation toutes les 5 minutes. Donc une nuit que beaucoup de parents connaissent où on reste éveillé, on ne dort pas, à essayer de soigner son enfant. Et donc on le laisse à la nounou le matin, on part travailler évidemment même si on n'a pas dormi de la nuit, même si on est fatigué, on part bosser. Et quand je reviens le soir, je rentre un peu tard. parce que j'étais au travail et je le vois dans les bras de mon mari et je m'effondre en pleurs parce que je vois la mort sur son visage. Pour ceux qui ont déjà accompagné le passage de quelqu'un, je vois les traits et donc là je m'effondre, je me retourne parce que encore une fois on préserve les siens, donc je pleure pour moi avant de reprendre des forces et de me retourner vers mon mari et de lui dire là on part tout de suite à l'hôpital, il faut qu'on l'emmène maintenant et donc on part à l'hôpital. Je ne sais plus comment on fait pour les grands. Je crois que c'est mon mari qui a gardé les grands et que je suis partie à l'hôpital toute seule. Et là, j'arrive et effectivement, ils voient toujours un beau bébé. Certes, ils faisaient 3 kg de moins, mais ça restait un beau bébé pour eux. Et puis, je leur montre une photo la veille et je leur montre une photo là. Et là, en fait, ils prennent conscience de la gravité. Ils commencent à prendre ces constantes, etc. Puis, ils étaient en déshydratation sévère, ils taquicardaient. Des médecins seraient bien mieux mettre les mots que moi sur ce que je décris, mais voilà, un épisode assez grave avec toujours ma sœur au téléphone que j'appelle et qui me dit avec son calme habituel « Mais t'es sûre de la mesure que tu me donnes des chiffres ? Tu t'es pas trompée là ? Ça m'étonne ! » Et elle dans sa tête qui se disait « C'est pas possible en fait… » C'était son niveau de sel, son taux de sel dans le sang à cause de la déshydratation qu'il faisait taquicarder. Et pour elle, elle se disait que ce n'était pas possible. Il risque l'arrêt cardiaque à tout moment. Et donc là, on voit le chef de service débarquer. Ils essaient de le perfuser comme ils peuvent. Mais il a toujours eu du mal à être perfusé depuis tout bébé parce que ça roule. Et donc là aussi, on reste à l'hôpital. Et puis au bout de 24 heures où ils n'arrivent pas à le réhydrater, on part en réa pour qu'il soit mieux accompagné et bien suivi. Mon mari pourrait encore vous raconter le trajet dans l'ambulance avec le SAMU, avec notre fils à l'arrière à 9 mois, en mailloté dans la barquette, etc. Et lui qui double sur l'autoroute, etc. Avec... En tant que passager du SAMU, où je pense que ça l'a marqué à vie, moi, je lui ai dit non, vas-y, je vais y aller tranquillement en voiture derrière. Moi, je ne peux pas faire ce trajet-là. Et finalement, et heureusement, tout est rentré dans l'ordre. Il va très bien aujourd'hui. Mais c'était une reprise de poste un peu sportive, avec une équipe derrière moi qui était adorable, qui m'a beaucoup soutenue. qui ne m'a pas demandé de rendre des comptes. J'ai eu la chance d'avoir une équipe qui était très à l'écoute et un employeur qui, à ce moment-là, savait ce que j'apportais à l'entreprise et ce que je traversais personnellement et a été dans le soutien. Mais je pense que ça a quand même beaucoup conditionné le choix de partir après et toutes les questions qui sont arrivées suite à ces événements. Pour Victor et pour mes grands, parce que mes grands étaient à la maison, ils ne savaient pas ce qui se passait. Mes parents étaient venus de Bordeaux pour les garder et les emmener, je me souviens très bien, au salon de l'agriculture pour les occuper et avoir une activité un peu joyeuse, en ne sachant pas à ce moment-là ce qui allait se passer. On était dans l'inconnu complète. Donc voilà, les impacts que ça peut avoir derrière sur... aussi les décisions de carrière et le choix à ce moment-là, je reprends mon travail, mais au bout de quelques mois, j'accueille un nouveau collaborateur et je reprends le même cycle de management, il faut que je le forme, etc. Et je ne trouve plus l'énergie, je n'ai plus l'envie et je demande à mon employeur, donc on est au printemps, quatre mois de congé parental que je n'avais jamais pris pour réfléchir en me disant, voilà, mai, juin, juillet, août. Je prends un peu de recul et puis je vois ce que je veux faire, si je veux continuer comme ça ou faire autre chose.
- Alice
Ouais, parce que... Comment revenir dans le même job, même train de travail après une expérience aussi intense ?
- Lydie
Et tu ne savais pas qu'on parlerait de ça ?
- Alice
Non, je suis vraiment... Merci de partager, c'est très très très fort, je suis très émue. Du coup, congé parental de 4 mois.
- Lydie
Congé parental de 4 mois.
- Alice
Qui te donne... Moi, je trouve ça très fort, en fait. Tu as vécu, vous avez vécu, on peut le dire, quand même, un enfer. Et vous en êtes sorti, et ton fils va bien. On le répète. Moi, j'ai besoin de le réentendre. Et tu aurais pu... À la fois, on se dit... On ne peut pas reprendre le train-train et en même temps, parfois, on s'enfuit dans le travail. Et là, tu trouves la force de se dire, ok, non, en fait, j'ai besoin d'un espace pour réfléchir.
- Lydie
Oui.
- Alice
Ça, c'est puissant quand même. Ça, c'est très, très puissant. Et encore une fois, je reviens toujours là-dessus, mais on se dit, congé parental. Et en fait, non, c'est... Ce congé parental, c'est l'administratif qui te donne cet espace pour réfléchir. Et en même temps, tu le saisis, tu te dis « Ok, j'en ai besoin » .
- Lydie
Oui, et c'est vrai qu'avec le recul maintenant, et c'est plus facile, c'est de voir le courage de prendre ces décisions-là et de se choisir, de s'offrir ce cadeau-là. Parce que la vie est courte et... C'est peut-être le plus important quand on a les injonctions de toujours être plus forte, être plus présente, être sur tous les fronts. Aussi de savoir dire que finalement, ce sont les injonctions des autres et quel est notre propre besoin. Et le courage peut-être réel est d'arriver à s'écouter soi, peu importe ce qu'en disent les autres.
- Alice
Exactement. Et de se donner un espace à soi aussi. C'est très difficile pour les... On en parle souvent, les femmes s'oublient, comme si c'était un reproche qu'on leur faisait. Mais prends du temps pour toi. C'est jamais facile. Parce qu'on a tellement d'injonctions contradictoires. On se met aussi beaucoup de responsabilités, de culpabilités. Le temps que je vais mettre sur moi, je ne vais pas le donner à mon boulot, ou à mon mari, ou à mes enfants. Alors qu'en fait... Moi, je suis intimement persuadée qu'une maman épanouie sera la meilleure maman possible pour ses enfants.
- Lydie
Et probablement la meilleure à côté professionnellement. Parce qu'elle aura trouvé son propre équilibre. Et équilibre qui, d'ailleurs, est mouvant. Et qui est vrai à un instant T, et peut-être ne sera pas le même le lendemain. Mais d'avoir cette capacité à... J'aime beaucoup cette expression sur l'impermanence de la vie, mais... Vraiment de s'ajuster. La vie est un flot, un flux. Et voilà, on va avec, on navigue. Et on s'ajuste en permanence.
- Alice
Du coup, ces quatre mois, qu'est-ce qui se passe ?
- Lydie
Alors, ces quatre mois, j'aurais envie de dire, pour raconter une belle histoire, que je me coupe complètement, j'en profite et je pense qu'à moi. Je suis vite rattrapée par mes propres angoisses et mes propres peurs du vide. Même si je me trouve courageuse d'avoir fait ce choix-là, finalement on a assez vite envie de remplir le vide. Et l'inconnu derrière peut faire peur. Et assez rapidement, je prends contact avec du réseau pour voir ce qui se passe un peu sur le marché. Et finalement, j'ai... très vite une offre pour aller dans un autre cabinet de recrutement. Qui n'est pas forcément la piste que j'avais envisagée à ce moment-là, mais qui est bien présentée, qui m'enlève le poids de choisir et de trop réfléchir, et de me poser les vraies questions. Et donc, pour le coup, là, par facilité, je me dis, ok, allons là-dedans, et puis on verra bien.
- Alice
En même temps, un petit peu de facilité, après... Ces deux années un peu hardcore, on ne va pas trop t'en vouloir.
- Lydie
Mais c'est bien de le reconnaître aussi, de savoir se dire que parfois, oui, on fait des choix par facilité et ce n'est pas grave non plus. C'est ce dont j'avais besoin à ce moment-là. Ça me rassurait et donc je démarre en septembre. Je finis quand même mes quatre mois, j'en profite avec la perspective de reprendre autre chose, ce qui me rassure, et de commencer dans un nouveau cabinet de recrutement. Là, on est en septembre 2019, assez vite arrive l'hiver 2020. En cabinet de recrutement, c'est quand même très compliqué à cette époque-là. On part se confiner toujours dans le sud, là où mon fils avait été hospitalisé la première fois. fois. Et puis à ce moment-là, je sais qu'en fait je fais la même chose que ce que je faisais précédemment dans un autre cabinet, mais globalement, tout est pareil. Et donc la question se pose vraiment de quelle est la prochaine étape ? Qu'est-ce que j'ai envie de faire ? Et là, de cabinet de conseil, puisque en recrutement c'est un cabinet de conseil, je me dis, je vais rebasculer. en interne dans un corporate pour aller découvrir peut-être le métier RH de l'autre côté. Et j'ai l'opportunité de rejoindre un grand groupe bancaire qui monte son cabinet de recrutement en interne et qui est une très belle opportunité pour moi de rejoindre un groupe qui est aligné avec mes valeurs humaines, ce qui n'était pas forcément le cas de tous les groupes bancaires, mais celui-ci, vraiment, je me sens alignée. Un projet intéressant puisque ça se lance, on construit l'équipe, il y a beaucoup de choses à faire au-delà du métier, qui répond à ma proactivité de manière générale. Et puis un poste qui est assez sécurisé, puisque en banque, avec un confort de vie, qui à ce moment-là, avec trois enfants qui sont encore petits, plein d'avantages CE comme on peut imaginer dans ce type d'environnement. me fait dire, oui, d'un point de vue salarial, ce n'est pas très intéressant, clairement. Par contre, ça va nourrir d'autres choses dans mon équilibre à ce moment-là, avec trois enfants de moins de 10 ans et la nécessité d'être plus présente dans ma famille.
- Alice
OK. Et ensuite ?
- Lydie
Et ensuite...
- Alice
Je pense que c'est déjà avec Didi.
- Lydie
Ce n'est pas la fin. Et ensuite, je reste deux ans et demi dans ce groupe bancaire. je m'y plais beaucoup j'y retrouve ce que j'étais allée chercher mais la difficulté dans ce type de groupe c'est que les mobilités, les évolutions sont très normées et comme souvent je ne rentre pas trop dans les cases et donc finalement on me dit que je ne pourrais pas avoir de mobilité avant mes 3 ans en poste alors que j'avais potentiellement des opportunités en interne je vois Qu'on me dit ça et pour le coup ça ne s'adresse pas forcément à tout le monde puisque d'autres peuvent avoir des mobilités plus tôt. J'ai une quantité de travail qui est assez significative par rapport à d'autres personnes de mon périmètre et je finis par ne plus m'y retrouver sur ce que j'étais venue chercher. J'approche de la quarantaine, peut-être un besoin à ce moment-là de me choisir aussi moi, d'aller me prouver ce que j'avais envie de me prouver et on vient me chercher en fait. dans cette période d'interrogation sur un poste qui permet d'évoluer du développement RH vers un rôle de DRH à moyen terme. Et je me dis que c'est intéressant d'envisager cette perspective et d'avoir ces possibilités d'évolution. Et donc je me choisis, j'ai une évolution de salaire très significative, on est sur tout l'inverse et qu'on mérite la performance. Et donc, je vais un peu chercher et me prouver ce que j'avais besoin de mettre sur mon CV, d'afficher socialement, je ne sais pas, mais en tout cas d'avoir le tampon social qui valide ce que je vaux. En tout cas, le sentiment que ça va répondre à ça.
- Alice
Et est-ce que ça a répondu ?
- Lydie
Partiellement, parce que... C'est quand même ce que je suis allée chercher et ça m'a nourrie. Et je peux peut-être me dire aujourd'hui que ce n'est pas ça que je voulais, parce que je l'ai coché. Si je ne l'avais pas coché, je ne sais pas si je serais capable d'en dire la même chose et en tout cas de faire les mêmes choix que ce que je fais aujourd'hui plus librement.
- Alice
Et donc là, on se rapproche de maintenant.
- Lydie
Oui.
- Alice
Parce qu'après cette expérience... Tu te retournes vers le coaching.
- Lydie
Oui.
- Alice
Et c'est là où, bon, tu t'es tournée vers le coaching bien avant qu'on se rencontre, mais c'est à ce moment-là qu'on commence à dessiner. Lydie coach avec ta propre activité en coaching d'équipe et en coaching individuel. Et si on peut commencer à parler de notre collaboration de coaching de maman en reconversion.
- Lydie
Oui.
- Alice
Pourquoi le coaching ?
- Lydie
C'est une très bonne question à laquelle je ne sais toujours pas répondre. Moi,
- Alice
j'ai quelques éléments pour toi, si tu veux.
- Lydie
Alors, en fait, c'est amusant parce que j'ai eu ma journée de supervision lundi. Et le coach qui m'a formée au coaching d'équipe et qui est donc mon superviseur, nous a posé une question simple à la fin de la journée de supervision. Qu'est-ce que vous aimez dans le coaching ? Intellectuellement, je sais ce que j'aime, et pour autant, j'ai eu une absence de réponse à ce moment-là, qui est intéressante pour mon propre auto-coaching, qu'on ne va pas faire là, je ne suis pas en séance, mais qui résonne avec ce dont tu parles. Et en fait, je crois que ce que j'aime dans le coaching, et ce que j'ai toujours aimé de manière générale, c'est d'aider les gens. Dans le coaching, c'est aider sans faire à la place, c'est d'accompagner, c'est de guider par des questions, par des réflexions, par des résonances pour permettre une prise de conscience à la personne et de la voir grandir. Et en fait, je crois que ça, c'est finalement le plus beau cadeau qu'on puisse avoir, c'est de se dire qu'on accompagne en l'occurrence toutes les deux des mamans. à grandir sur leur propre chemin, avec leur unicité, leur spécificité, leur propre vie, leur propre choix, sans projeter nos convictions à nous, mais juste les aider à mieux se réaliser elles, en tant que femmes, en tant que mères, en tant que personnes.
- Alice
Et ça c'est quelque chose, j'adore ta perspective là-dessus, parce que souvent quand on discute... et j'ai l'impression que tu me coaches depuis 4 mois, tu distingues beaucoup le coaching du conseil. Et tu switches et tu l'annonces. Et ça, dans les séances que tu fais avec nos mamans et dans nos séances de brainstorming qu'on fait et que j'adore, tu es très claire sur la position que tu fais. Soit tu as ta casquette coach, et parfois... Tu as cette sensibilité de se dire, là elle a besoin qu'en fait je mette ma casquette conseil. Tu l'annonces, c'est très clair. Il n'y a pas de doute ou il n'y a pas de manipulation, il n'y a pas tout ça. Il y a, là, et je t'ai entendu dire, là je sens qu'on a peut-être besoin plutôt d'un conseil. Et donc là on peut développer ensemble. Et c'est ça que j'adore chez toi, c'est que je suis très très alignée sur ton approche du coaching. Je vais te guider, mais c'est à toi de trouver tes réponses, parce que comme ça, après, tu vas pouvoir continuer sans moi. Et c'est là la force de ton accompagnement, c'est que tu donnes les clés, tu aides à les construire ces clés, mais tu donnes les clés, et ensuite la personne est ancrée en elle-même et va pouvoir faire ses choix en conscience. Et si ça se passe bien, tant mieux. Si ça ne se passe pas bien, il n'y a pas de regret, parce qu'elle aura fait ses propres choix. Et en même temps, tu as ce côté, quand tu vois qu'il y en a besoin, d'apporter une solution concrète quand c'est trop dur ou c'est trop fatigant ou il y a beaucoup de choses qui se passent en ce moment et on a besoin de ce petit coup de pouce. Et ça, je trouve que tu le fais extrêmement bien en étant très très clair là-dessus. Et parfois, il y a du coaching où il n'y a pas ce côté conseil. Du coup, ça perd un petit peu quand le travail est trop difficile de concrétiser. Et ça, je trouve que c'est une des plus grosses forces, c'est d'avoir ces deux casquettes-là. Mais je pense que ça ne doit pas être facile.
- Lydie
En fait, quand on nous forme, je l'ai découvert dans ma formation, on est très strict sur la distinction entre les deux. Chose qui me paraissait un peu poussée. au début, parce que je me disais oui, deux approches différentes, mais quand même assez complémentaires. Et en fait, il y a un mot très juste que tu as dit, c'est la manipulation. C'est d'être honnête avec la personne en face sur ce qu'elle attend comme prestation et ce qu'on peut lui renvoyer. Parce que finalement, si... On est dans du coaching et sans prévenir, on passe dans du conseil, on peut vite manipuler quelqu'un qui est en situation de faiblesse ou qui a besoin de se raccrocher à quelque chose parce que c'est plus facile d'aller trouver la réponse à l'extérieur et qu'on nous la donne parfois que d'aller la chercher à l'intérieur. Et donc je pourrais finalement la faire s'engager dans une voie qui est une projection de ce que j'imagine et non pas sa propre voie. Donc c'est effectivement d'être assez clair avec ça, et pour autant de ne pas être dans un enfermement puriste où on ne s'autorise rien, parce qu'il faut aussi accepter que tout le monde n'est pas prêt à faire un vrai coaching très introspectif. Et plus j'en parle d'ailleurs avec des coachs qui pratiquent depuis longtemps autour de moi, ceux qui sont en tout cas très honnêtes avec moi et dans une relation de confiance, m'avouent... que la plupart de leurs clients ne veulent pas un vrai pur coaching comme on nous l'apprend à l'école mais que c'est un peu un entre-deux tout en sachant nous mettre vraiment nos limites et être conscient de ce qu'on fait et donc
- Alice
d'en informer la personne qu'on accompagne et si on passe un petit peu de temps sur les mamans qu'on accompagne avec Mommy on a ces différents profils. On a ces personnes qui ont envie d'être coachées et on voit le potentiel. Certaines qui veulent atteindre quelque chose et ont besoin qu'on les aide à arriver à la conclusion que le coaching, ça peut être une bonne idée. Et en même temps, il y a aussi ce côté « travaillons ensemble » . On va vous aider à établir une stratégie. Et ça, je trouve que ton approche coaching-conseil bien décrite, bien séparée et en même temps très concrète, ça peut aider sur ce côté à établir une stratégie.
- Lydie
Oui, tout à fait. Et c'est ce que je faisais beaucoup quand j'étais en cabinet de recrutement, qui a une dimension pour principalement conseil, même si je pense que par moments, on coache aussi. Et effectivement, les personnes viennent nous voir. Parce qu'elles ont aussi besoin d'être un peu tenues par la main, accompagnées, qu'on leur donne aussi des informations sur le milieu de l'emploi, sur certaines entreprises, sur des modes de fonctionnement. Il y a l'offre CV chez Momink, par exemple, je pense à ça. Typiquement, c'est du conseil que d'aider les mamans à refaire leur CV. C'est hyper pragmatique, c'est très utile et dans une recherche soit de reconversion, de retour à l'emploi ou simplement de changement d'emploi, cette dimension conseil est essentielle sur le CV pour avoir une bonne traduction de nos compétences et aussi des compétences de mère qu'on peut traduire dans le monde professionnel. Et donc il y a ça, il y a effectivement ce que je te disais, la connaissance du marché de l'emploi, la connaissance du secteur, des métiers, des tendances. Est-ce que ça recrute ou pas en ce moment ? Tout ça, c'est de l'information qui, quand on est dans ce moment-là et qu'on n'est pas connecté habituellement au marché de l'emploi, on a besoin de cette dimension conseil.
- Alice
Oui, parce que ça, on l'entend souvent. Moi, j'ai des collègues, des camarades de promo de l'INSEAD. La plupart ont trouvé et d'autres ont des super CV. Mais ils postulent et il n'y a pas de réponse. Et en fait, ils ne savent pas. Ils ne savent pas ce qui se passe derrière. Est-ce que c'est en ce moment juste on ne recrute pas sur des postes comme ça ? Il y a un changement en plus avec l'IA en ce moment. Toutes les cartes sont rabattues. Et certains métiers dans lesquels, par exemple, les développeurs ont recruté, on a beaucoup trop recruté et maintenant on coupe. Sauf qu'on a poussé beaucoup de jeunes à aller là-dedans. Et maintenant, il y a une inadéquation. Offre et demande terrible en défaveur des candidats. Et si on n'a pas... Cette connaissance-là, on se retrouve derrière son ordinateur, avec toutes ses compétences, toute son envie de travailler, tout ce qu'on a à apporter, et on le prend personnellement. Et ça, c'est dur. Et ça, on ne se rend pas compte.
- Lydie
Et c'est exactement ça. C'est finalement cette méconnaissance du marché de l'emploi, en tant que candidat, qui fait que, quand ce n'est pas son métier... parce qu'on est opérationnel et qu'on travaille au quotidien et qu'on a autre chose à faire que d'aller se confronter au marché de l'emploi régulièrement. Les noms qu'on reçoit sont des noms qu'on prend pour nous, comme si, effectivement, c'était vraiment à nous. Sauf que... Dans beaucoup de cas, le CV n'a même pas été lu, donc ce n'est même pas un nom à la personne. Que potentiellement l'offre d'emploi a été postée et visible alors que l'entreprise avait déjà des candidats en interne et qu'elle n'avait pas d'autre choix que de diffuser largement pour montrer qu'elle avait eu un processus ouvert. Que beaucoup d'offres se passent en off-market parce que ça se fait par réseau. Et l'accompagnement est là aussi pour apporter de la confiance, rassurer. expliquer comment ça marche. Et une fois qu'on comprend comment ça marche, c'est comme dans tous les domaines, on a une meilleure lecture, on est capable de s'adapter et ça rassure.
- Alice
Et peut-être on peut passer un petit peu de temps sur les compétences transférables que tu as évoquées sur les rôles de maman. Parce que le sujet des mamans qu'on accompagne et de la mission de MomX, il est double. C'est qu'à la fois, il faut qu'on redonne confiance aux mamans, aux femmes qui sont devenues mamans, et la société ne les aide pas trop à voir toutes ces compétences qu'elles développent, en plus de tout ce qu'elles ont eu avec leurs études, leurs expériences professionnelles. On rajoute les expériences de mamans, et au lieu de les valoriser, la société n'aide pas. Et donc, on doit aller convaincre ces mamans de leur potentiel. Et ensuite, on va convaincre les entreprises de venir recruter ces talents en or qu'elles n'ont pas forcément l'habitude de recruter. Et ça, c'est un travail qui est très, très gratifiant, surtout quand on est toutes les deux convaincues du potentiel de nos mamans. Et en même temps, on reçoit des candidates. C'est ce qu'on s'est dit tout à l'heure. Depuis le début, depuis septembre, ça fait quatre mois. une seule personne qui ne nous a pas impressionnés par son parcours, par ses capacités, par son point de vue, par son expérience. Et pourtant, c'est pas forcément facile dans leur carrière aujourd'hui.
- Lydie
En fait, ce que je trouve intéressant dans ces compétences et je pense que... D'ailleurs, toutes les mamans et tous les papas qui nous écoutent le voient et en ont conscience, c'est qu'on développe, et les papas aussi d'ailleurs, Un certain nombre d'atouts, d'agilité, de capacité d'organisation, de gestion de crise, d'efficacité aussi parce qu'on a des contraintes qui font que dans un moins de temps, il faut qu'on fasse tout autant, voire plus, parce qu'on a envie de prouver qu'on est toujours aussi bonne dans ce qu'on fait. Et pour autant, ce n'est pas du tout valorisé en entreprise, voire l'inverse. Les mots à mettre dessus pour montrer que ce sont des compétences vraiment très riches, ce n'est pas toujours facile de les trouver. Et c'est là que je trouve intéressant l'accompagnement aussi de MomInc. C'est d'arriver à aider les femmes à trouver les mots justes, qu'on ne s'autorise pas à utiliser par humilité, parfois. et que ça fait du bien de les entendre aussi des autres et de voir qu'on n'est pas seul à avoir développé ses compétences, à avoir envie de les valoriser et qu'en plus elles peuvent réellement créer de la valeur en entreprise
- Alice
Et ce qu'on voit depuis moi je prêche ma paroisse depuis longtemps mais surtout depuis mars avec le lancement du projet c'est qu'à chaque personne, à chaque femme surtout mais aussi à chaque papa à qui je pitch Mom Inc., quand ils sont dans leurs entreprises en tant qu'RH, ils me regardent et la plupart, ils m'interrompent. Ils me disent, Alice, tu n'as pas besoin de me pitcher qu'une maman s'envoie. Donc viens nous, apporte-nous ton CV book quand tu l'auras fait et bonne chance pour ton projet parce que tu touches un point extrêmement important. J'ai pas besoin que tu me dises que les mères, elles sont efficaces, elles envoient, je le sais, moi j'en suis une maman, ou je vois ce qu'elle envoie à ma femme. Et ça c'est chouette. C'est ça qui porte le projet aussi, c'est que c'est un sujet de société, parce que si les femmes demain arrêtent d'avoir des enfants, ça va être compliqué quand même. Donc c'est un sujet de société, et il y a beaucoup de gens qui sont super sensibles sur le sujet, mais qui ne savent pas par quel bout le prendre. Et donc, je pense qu'on n'est pas trop d'être deux, toi et moi, et toutes celles. Il y a de plus en plus de projets, il y a de plus en plus de personnes qui se positionnent sur les sujets de parentalité, et c'est tellement important, et plus on va être sur le sujet, et plus on va faire... bouger les lignes et changer le point de vue. Un dernier conseil pour celles et ceux qui nous écoutent ?
- Lydie
Le dernier conseil, c'est venez, rejoignez-nous sur MomInc. On a plein de trucs super à vous présenter. Non, blague à part, j'ai envie juste de dire, écoutez-vous, parce que vous savez déjà. Et si vous avez besoin qu'on vous le murmure aussi à l'oreille, venez nous voir. On le fera avec joie et beaucoup d'amour.
- Alice
Et il est temps que les femmes investissent sur elles-mêmes et prennent le temps pour elles-mêmes, pour se faire avancer lorsqu'elles le souhaitent.
- Lydie
Se faire ce cadeau-là. On le mérite.
- Alice
On le mérite. La société devrait nous faire ce cadeau. Un immense... Merci, Lydie. Merci d'avoir autant partagé. C'était d'une force ton témoignage. Et ça ne fait que confirmer que tu es une vraie chance pour les mamans de Molnick.
- Lydie
Merci beaucoup, Alice. C'était une joie de partager avec toi et avec les personnes qui nous écoutent.